Comment peut-on être descendant de marron en Guadeloupe ? (Gisèle Pineau)

Cent vies et des poussières (Mercure de France) est le vingtième livre de Gisèle Pineau. L’histoire d’une femme de la Guadeloupe qui ne vit que pour faire des bébés et se remplir de consommation, alors qu’alentour la jeunesse est dans l’impasse. Un style ample et généreux pour ce roman, traversé par les grandes grèves de 2009, où est mise en question la responsabilité des adultes héritiers d’une histoire glorieuse, celle des nègres marrons.

Liens avec le roman d’Alfred Alexandre, Les villes assassines (Écriture, 2011) et avec Nèg maron, film de Jean-Claude Flamand Barny :

 

Carlos Fuentes, la mort d’un grand du Mexique

L’écrivain mexicain Carlos Fuentes est mort à l’âge de 83 ans, a annoncé, mardi 15 mai, sur son compte Twitter le président Felipe Calderon. « Je regrette profondément la mort de notre estimé et admiré Carlos Fuentes, écrivain et Mexicain universel. Qu’il repose en paix », a écrit le président sur le site de micromessagerie. Selon la presse locale, il aurait succombé à des problèmes cardiaques dans un hôpital du sud de la capitale mexicaine. [Le Monde].

L’un de ses romans les plus connus est La Mort d’Artemio Cruz : Un riche homme d’affaires mexicain se meurt, au milieu des siens, dans les années 1950. De chapitre en chapitre, sa mémoire et sa conscience sont progressivement atteintes, jusqu’à

l’issue fatale. « Dans cette biographie on navigue comme dans un archipel, d’île en île, c’est-à-dire de femme en femme, car les affaires —agriculture, mine, industrie, édition, immobilier, etc— qui assurèrent la fortune d’Artemio, fils bâtard d’un propriétaire foncier qui l’a abandonné, ne forment pas l’essentiel du récit. Les seuls épisodes essentiels de son ascension correspondent à des épisodes de la guerre civile » (Wodka).

Nous avions rencontré en 2009 dans sa maison du quartier San Jerónimo (Sud de la capitale mexicaine) l’écrivain-diplomate francophile (il avait été ambassadeur de son pays en France) peu avant le Salon du livre de Paris, où le Mexique était le pays invité d’honneur.

Voici ce reportage en lettres mexicaines :

De même, il était invité dans l’émission Ce soir où jamais :

Voir le site de Carlos Fuentes sur Club Cultura (en espagnol).

Voir Un jour avec Carlos Fuentes (Azteca TV) : archives, Légion d’honneur, sa bibliothèque, les deux sons « typiquement » mexicains avec les mains (à 24′)… très diplomatique :

Lire dans El Paìs (en espagnol) l’une de ses dernières interviews, lors de sa visite de la Foire du livre de Buenos Aires : « Je n’ai aucune peur littéraire », évoquant un titre à venir : « La danse du centenaire », citant Picasso : « Quand on est jeune, c’est pour la vie », retraçant ses matinées d’écriture, très matinales…

Lire sa dernière interview traduite en français dans Courrier international.
Lire le dossier complet d’El País : « Adieu à l’un des piliers du « boom » latino-américain ».

Lire la nécrologie du New-York Times.

La réaction de Mario Vargas Llosa : « Une curiosité universelle » (El Pais) :

(c) El Pais, non daté (de gauche à droite : Vargas Llosa, Fuentes, Garcia Marquez)

Lire Rue 89 : « Mort de Carlos Fuentes, un écrivain mexicain au cœur de l’histoire »

Alexis Gloaguen sur Inter et dans La Quinzaine littéraire

À écouter sur France Inter, ce 15 mai, 22h20, Alexis Gloaguen, auteur de La Chambre de veille (Maurice Nadeau) dans l’émission Ouvert la nuit, ce qui pour une chambre de veille est plutôt bon signe !

À lire aussi une très belle critique « Le guetteur de la plus haute tour » dans La Quinzaine littéraire n°1061, signée du poète breton Marc Le Gros :

« C’est là en tout cas, dans la lumière violente et fraîche de l’ouest, l’ouest qu’il voit toujours comme « l’horizon d’où interroger l’énigme, à l’orée du murmure du pays des morts », que s’offre à lui la chance d’un « mariage inespéré avec le réel » ; c’est là surtout que la « surgie de la merveille » lui fera la grâce d’apparaître. « Surgie » ! Un mot-clé (un de ces « mots leviers » tout de fulgurance et de clarté) qui affleure sans cesse dans La Chambre de veille et ne traduit rien d’autre que la naissance de l’image poétique. »

SOGIP, la recherche comparative sur les relations entre le global et le local

À signaler : « le projet SOGIP (acronyme anglais pour « Échelles de gouvernance, les Nations-Unies, les Etats et les peuples Autochtones : l’autodétermination au temps de la globalisation ») est un projet de recherche comparative, global et multiscalaire sur les dimensions sociales, culturelles et politiques de la gouvernance et des droits des peuples autochtones.

Sous la direction de Irène Bellier, Directrice de recherche au CNRS, principal investigator est mis en place un dispositif de recherche pour appréhender les relations complexes entre le global et le local. »

Chronique Culture du 11 mai 2012

La chronique du jour (France Ô) a réuni des écrivains qui aiment se coltiner le réel, que ce réel traverse la société d’aujourd’hui ou que ce réel reflète l’Histoire. Prenons trois auteurs et trois formes littéraires différentes, le roman au sens où l’entend la littérature générale, la bande dessinée et le polar. Ces trois genres traduisent la richesse d’un réel inépuisable comme source de fiction.

Le colloque consacré à l’archéologie de l’esclavage, a réuni des spécialistes durant trois jours au musée du Quai Branly : « L’archéologie de la période coloniale joue un rôle décisif pour documenter les conditions de vie des esclaves, leurs habitats, les rites d’inhumation, l’état sanitaire des défunts, leur âge, leur sexe. »

Or, le dernier roman de Gisèle Pineau, qui porte le joli titre de Cent vies et des poussières (Mercure de France) s’appuie sur un épisode douloureux de la Guadeloupe : un massacre de nègres marrons. Cette faute originelle est l’une des composantes romanesques du livre.

L’auteur de Morne Câpresse va plus loin en installant une communauté d’aujourd’hui sur les lieux-mêmes du massacre. En bout de chaîne : une femme en mal d’enfants qui a pour seule envie d’avoir des bébés, quitte à délaisser ces enfants grandis, vivant d’illusions, comblant le vide de son existence par le plein de bébés. Sur ce terreau, se développe la misère sociale et affective, bifurquent les mauvaises pistes pour une jeunesse déboussolée, s’égarent dans la voie de la sur-consommation les citoyens d’aujourd’hui.

Gisèle Pineau est une écorchée vive de la littérature guadeloupéenne. Elle nous interpelle : les enfants des illustres marrons vivent dans un ghetto social. La question de la responsabilité collective est posée par l’auteur, qui vit aujourd’hui à Marie-Galante : que sont devenus les enfants des nègres marrons ? Ce thème de la jeunesse en impasse était aussi traité par l’écrivain martiniquais Alfred Alexandre l’an dernier avec Les villes assassines et par le cinéaste Jean-Claude Flamand Barny en 2004 avec Neg’marron.

Une bande dessinée nous donne l’occasion de nous intéresser à la date du 8 mai qui est commémorée à la fois en France et en Algérie, dans un chassé-croisé de mémoires : l’Armistice dans un cas, le rappel d’un massacre dans l’autre cas.

Car la date de l’Armistice, c’est-à-dire de la capitulation de l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe est aussi la date d’un massacre à Sétif en Algérie, thème d’une bande dessinée signée Azouz Begag et Djillali Defali, Leçons coloniales (Delcourt).

La BD décrit l’installation d’une institutrice qui essaiera en vain d’ouvrir l’école aux autochtones musulmans et les préparatifs clandestins d’une manifestation d’opposants politiques. Les qui voulaient profiter de l’armistice pour mettre en avant leurs revendications d’indépendance et réclamer la libération de Messali Hadj, leader du Parti populaire algérien (PPA).

 

Bilan : un mort à Sétif puis des émeutes qui font une centaine de morts parmi les Européens puis des représailles qui vont causer la mort de plusieurs dizaines milliers de personnes.

3e page historique, 3e forme littéraire, le polar historique avec Le choix des désordres de Pierre D’Ovidio (éditions 10-18) qui s’attache à un autre massacre colonial, celui de Madagascar en 1947.

Voir l’exposition des photos de Pierrot Men à Paris. Ces insurgés, l’inspecteur Maurice Clavault va les croiser lors de son enquête sur la disparition d’un colon. Un polar qui vaut pour la description de l’atmosphère de survie dans la France d’après-guerre et sur la genèse d’une insurrection qui s’est soldée elle-aussi par plusieurs dizaines de milliers de morts en 47 et 48.

 

En Afrique, une moto de rêve…

J’ai fais un rêve, car Pinocchio aussi était de bois…

Je l’ai réalisé…

J’en suis fier…

Je suis allé lire Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, roman de Robert Pirsig, dont le manuscrit a subi 121 refus d’éditeurs (ce qui m’encouragea à poursuivre), où j’ai puisé cette philosophie de vie (traduction de M. Proulx) :


« Le piège suivant qui vient à l’esprit est l’ennui. Il se trouve à l’opposé de l’anxiété et accompagne généralement les problèmes d’égo. L’ennui signifie que vous avez quitté la voie de la Qualité, vous ne voyez plus les choses avec un esprit neuf, vous avez perdu votre « esprit du débutant » et votre moto est en grand danger. L’ennui veut dire que votre provision de détermination est basse et qu’il faut en faire le plein avant toute chose.

Quand vous vous ennuyez, arrêtez ! Allez au spectacle. Allumez la télé. Prenez la journée. Faites n’importe quoi, mais ne travaillez pas sur la bécane. Si vous n’arrêtez pas, la prochaine chose qui se produira, c’est la Grosse Connerie, et c’est alors que tout l’ennui et la Grosse Connerie se combinent en un seul de ces coups du sort des dimanches qui vous vident de toute votre détermination, et vous stoppent vraiment. »

Je me suis additionné et abonné à « l’Afrique est magique », où je trône à côté des meilleurs :

Il n’est pas dit que sur la route, je ne rencontre pas Jack Kerouac

 

 

 

 

Merci à Eddy B.

Björk, Earth Intruders et le tsunami de la pauvreté

Björk a écrit la chanson Earth Intruders à la suite d’un rêve fait lors d’un vol transatlantique jusqu’à New York. La chanteuse raconte « qu’un tsunami de millions et millions de gens touchés par la pauvreté » s’étirait jusqu’au-dessus de l’avion dans lequel elle se trouvait. Bien entendu la vague avala l’avion, frappa les côtes, et fit sombrer la Maison Blanche dans l’oubli. « C’est une chanson assez chaotique » dit-elle au sujet du premier single issu de Volta. « À proprement parler c’est un assemblage de toutes ces images » enfouies dans sa mémoire, collectées pendant son voyage et ce rêve aérien.
source : MTV.com – Mars 2007

Voir le site francophone de Björk et le témoignage de Michel Ocelot, dont le magazine Metropolis d’Arte dresse un portrait.