Fun’ya no Yasuhide (IXe siècle), poème d’automne de genre waka (31 syllabes sur 5 vers), extrait de l’anthologie Kokin wakashū, Recueil de poèmes japonais d’hier et d’aujourd’hui, traduit par Michel Vieillard-Baron, éditions Les Belles Lettres, 2022.
Cet espace il te faut l’abandonner à sa propre fructification. Tu n’y entres pas, il est ce qui se délègue au-devant de toi mais l’entrevue est silencieuse.
Parle, si tu veux, mais par voix d’arbre ou d’herbe ; c’est-à-dire : ne pratique pas l’imposture, ne mélange pas l’esprit à ce donné si pur.
Abandonne ces directions qui vont pourrir en terre ; sois la simple résonance de la flèche qui te traverse sans fin. »
Pierre-Albert Jourdan (1924-1981), L’espace de la perte, Éditions Unes, 1984
« أيها السوريون الهلاكيون، (…) انهضوا في كل لغة وكل كتاب وكل أجل وكل خيالٍ، واضطربوا في كل ترابٍ، وانهضوا كما ينهض البرق في الأشجار. »
« Ô Syriens damnés, (…) levez-vous dans chaque langue, chaque livre, chaque moment fatal, chaque imaginaire, et vibrez dans chaque terre. Levez-vous comme l’éclair se lève dans les arbres. »
Traduit en français par Antoine Jockey dans l’anthologie de Nouri Al-Jarrah, Le Sourire du dormeur, qui vient de paraître chez Sindbad Actes Sud.
page extraite de l’anthologie de Nouri Al-Jarrah, Le Sourire du dormeur, traduite en français par Antoine Jockey, éditions Sindbad Actes Sud, 2022
Torii Kiyonaga, La poétesse Ono no Komachi, 1784, Paris, musée Guimet
Dans le glacial automne soufflées par le vent au vu et au su les feuilles paroles amères s’entassent ah triste saison
小野 小町 Ono no Komachi (825-900), seule femme parmi les « Six poètes immortels » de l’époque Heian (IXe-XIIe siècle). Peu de ses textes nous sont parvenus. Ils sont faits d’une poésie amoureuse voire érotique en style waka, soit 31 syllabes réparties en cinq vers, dont les trois premiers auront pour écho quelques siècles plus tard, le haïku (5, 7, 5 unités sonores). Sa beauté était telle que son nom est devenu par la suite un nom commun.
Ono no Komachi a été choisie pour héroïne du théâtre nô par le maître du genre Zeani Motokiyo (1363-1443), dans sa pièce Sekidera Komachi, où le chœur chante :
”Si le sable fin de la plage toujours s’épuise Jamais les paroles de la poésie ne s’effacent Le temps a beau s’écouler et toute chose nous quitter tant que nous seront écrites les syllabes d’un poème les traces aux pattes d’oiseau jamais ne seront effacées”
page extraite du recueil bilingue d’Alisher Navoï, ”Gazels et autres poèmes”, traduit du turc d’Ouzbékistan par Hamid Ismaïlov, adapté par Jean-Pierre Balpe, éditions La Différence, coll. Orphée, 1991.
Ce poème est de moi
j’aimerais bien moi-même
le comprendre
Ce chanteur ne comprend pas le poème qu’il chante et je ne le comprends pas.
Quelqu’un dit : « J’ai appris ce poème par cœur mais je ne comprends pas ce qu’il dit. »
Moi je dis : « Ce poème est de moi : j’aimerais bien moi-même le comprendre. »
Alisher Navoï [né et mort à Hérat (Afghanistan), 1441-1501], Gazels et autres poèmes, traduit du turc d’Ouzbékistan par Hamid Ismaïlov, adapté par Jean-Pierre Balpe, éditions La Différence, coll. Orphée, 1991.
Jusqu’en 1927, l’ouzbek, qui est une langue turcique, était écrit en caractères arabes. La langue littéraire d’Alisher Navoï est du tchaghataï, proche de l’ouzbek et du ouïghour actuels. À l’origine langue administrative, elle servit de langue littéraire au XVe siècle en Asie centrale.
Le mot gazel est un mot emprunté au persan et désigne, dans les langues perse, arabe, ouzbek, un poème d’amour (”ghazal”, ”gazel”, ”gazal”). On retrouve ce genre poétique en arabe. En français, le mot a donné gazelle…
أيُّها الواقفون على العَتَبات ادخلوا، واشربوا مَعَنَا القهوة العربيَّةَ [ قَدْ تَشْعُرونَ بأَنَّكُم بَشَرٌ مثلنا ] أَيُّها الواقفون على عَتَبَاتِ البيوتِ، اخرجوا من صباحاتنا، نطمئنَّ إلى أَنَّنا بَشرٌ مثلكُمْ !
Vous, qui vous tenez sur les seuils, entrez Et prenez avec nous le café arabe. Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous. Vous, qui vous tenez sur les seuils, Sortez de nos matins Et nous serons rassurés d’être comme vous, Des humains !
extrait de Mahmoud Darwich,Anthologie (1992-2005), éd. bilingue, trad. Elias Sanbar, édition Farouk Mardam Bey, Actes Sud
Le Monde : « Chaque poème, chaque ligne, chaque mot fait déjà partie de l’histoire ukrainienne. Après notre victoire, les générations futures doivent se souvenir de ce que nous avons traversé et être inspirées par le courage et la lutte héroïque. Rejoignez le patrimoine culturel et ajoutez vos œuvres, car nous savons avec certitude que les guerres sont finies et que la poésie ne l’est pas. »
Le Monde semble avoir utiliser un traducteur automatique mais sans traduire le titre de la page d’accueil du site qui collecte les poèmes :
Наша поезія – це зброя, що надихає тих, хто тримає зброю справжню.
Кожен вірш, кожен рядок, кожне слово – це вже частина Української історії. Після нашої перемоги, майбутні покоління мають пам’ятати крізь що ми пройшли та надихнутись відвагою і героїчною боротьбою. Долучайтеся до культурної спадщини й додавайте свої твори, адже ми точно знаємо, що війни закінчуються, а поезія – ні.
en français (trad. automate Google) :
Notre poésie est une arme qui inspire ceux qui détiennent de vraies armes.
Chaque poème, chaque ligne, chaque mot fait déjà partie de l’histoire ukrainienne. Après notre victoire, les générations futures doivent se souvenir de ce que nous avons traversé et être inspirées par le courage et la lutte héroïque. Rejoignez le patrimoine culturel et ajoutez vos œuvres, car nous savons avec certitude que les guerres sont finies et que la poésie ne l’est pas.
Aujourd’hui, centenaire de la naissance du jazz poet, Jack Kerouac, né le 12 mars 1922 à Lowell (Massachusetts), mort à l’âge de 47 ans, le 21 octobre 1969 à St. Petersburg (Floride).
Mad wrote curtains
of
poetry on fire
[October 28, 1954]
Jack Kerouac, Le livre des haïku, édition bilingue, La Table ronde, réédité pour ce centenaire, le 24/03.
Nombreuses émissions à écouter sur France-Culture. Dans Sans oser le demander, Mathieu Garrigou-Lagrange a réuni Josée Kamoun, traductrice et Damien Aube, critique littéraire et d’art à Transfuge, mensuel qui consacre son numéro de mars au jazz poet.
A noter aussi la nouvelle édition de Poèmes dispersés, de Jack Kerouac, traduction Philippe Mikriamos, éditions Seghers.
Ce recueil publié pour la première fois chez Seghers en 1976 entend offrir « une vision complète de son œuvre poétique ».
» Cette jolie ville blanche
De l’autre côté du pays
Ne me sera plus
Disponible
J’ai vu le firmament bouger
Ai dit » C’est la fin «
Parce que j’étais fatigué
De tous ces présages
Et dès que vous aurez besoin
de moi
Appelez
Je serai à l’autre
bout
Attendant
contre le mur final «
Extrait de » San Francisco Blues «
« Même si l’auteur de Sur la route n’est pas toujours célébré pour sa poésie, à l’inverse de son complice Allen Ginsberg, celle-ci représente une part essentielle de son œuvre.
Pendant de son écriture romanesque, la poésie de Kerouac met en avant les aspects les plus caractéristiques de son écriture : là, plus encore peut-être que partout ailleurs, il cherche à se libérer de tous les carcans, faisant confiance à la spontanéité de sa plume, multipliant les libres associations, les mots-valise, les onomatopées, la recherche du rythme et de la sonorité pure… tout en créant de superbes métaphores.
» On écrit tout ce qui vous vient à l’esprit comme ça vous vient, dit Kerouac, la poésie retourne à son origine, à l’enfant barde, véritablement orale… «
Ce recueil, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1971, sous le titre Scattered Poems réunit des textes écrits dans les années 50 et 60 et qui avaient paru dans des publications éphémères et underground.
Drôles, grossiers, émouvants, désordonnés, bruts, énigmatiques, ludiques, à fleur de peau, ils s’attaquent vigoureusement à l’american way of life et explorent les failles et les traces de folie causées par l’absurdité et la violence de la vie dans la société capitaliste. Ils parlent aussi de liberté, de beauté et d’évasion.
Ils sont une formidable porte d’accès l’univers poétique de Kerouac. »