« Halte ! Haïku », n°15

En trois pages, ce nouveau numéro de « Halte ! Haïku », le 15ᵉ, accompagne la prochaine balade-haïku de printemps, samedi 2 mai 2026.

Randonneurs sur le Kumano Kodô (Japon)

Cette édition est plus théorique que les précédentes, auxquelles vous pourrez vous reporter pour des exemples détaillés ou des comptes rendus de balades.

Ici, vous lirez, si le cœur vous en dit, quelques notes prises au fil des saisons, sous forme d’une poétique des balades-haïkus. 

Puis la présentation de deux anthologies qui mettent en évidence, chacune à sa manière, ce qui fait l’esprit du haïku, pris entre l’immuable et l’éphémère. 

Une façon de dire que le marcheur n’a besoin que de deux guides, un pour ses préparatifs (une bonne anthologie), un pour sa marche : sa propre sensibilité.

Lien pour télécharger le pdf en cliquant ici ⤵️ (3 pages, 1,7 Mo

Haïku du Sénégal

Du ciel à la terre

Soleil d’été sur la peau

Odeur du milieu

signé Mouhamadou Sy, lauréat du concours annuel du haïku, dont la 38e édition était organisée par l’ambassade du Japon au Sénégal. Instituteur de métier, il a aussi : «  expliqué avoir voulu, à travers ce texte, évoquer à la fois la nature, la saison estivale et des réalités africaines perceptibles à travers les sens ». Son haïku a été choisi par le jury parmi 450 productions.

Source : Agence de presse sénégalaise (APS).

fleurs de cerisiers

世の中は桜の花となりにけり

(Yo no naka wa 

sakura no hana to 

nari ni keri)

ce monde
n’est plus que
fleurs de cerisiers

Ryokan, Ah! Le printemps, traduction du japonais Cheng Wing fun & Hervé Collet, éditions Moundarren (1991, 2007)

En grec :

Αυτός ο κόσμος 

δεν είναι παρά μόνο 

άνθη κερασιάς.

Trad. et photo Vassilis Koltoukis

le vide s’apprend en le traçant

.

L’immense volume intérieur de la Rotonde de Thessalonique (Grèce actuelle) éclairé par une lumière chatoyante de fin d’hiver laisse le visiteur à ses questions. 

Conçu pour être le mausolée d’un empereur romain, cet édifice bâti sur l’immensité d’un vide sidéral (30m de haut, 25m de diamètre) ne devint jamais mausolée mais successivement église chrétienne, mosquée (ainsi ce minaret qui a survécu à l’incendie de 1917), église grecque orthodoxe Saint-Georges et monument classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Au Japon, avec le kanji 空 on écrit le ciel, le vide, la vacuité. La spiritualité du bouddhisme zen y convoque non pas le néant mais la Relation, un non-attachement (notamment aux identités fixes), une transformation du rapport de soi au monde. 

La Rotonde nous écrase et nous envahit de son vide sidéral. 

Le vide zen nous renvoie à nos questions.

Vie sous le ciel bleu

lumière et fumeroles —

univers derviche

sans but je marche



il y a un siècle, le poète et moine Santôka continuait son bonhomme de chemin, les préférant (les chemins) à une vie rangée, lui qui savait conjuguer zen, saké et haïku, notant ses étapes dans l’exquise sobriété d’un poème de trois lignes, comme celui-ci qui tombe à pic en ce week-end de superlune :

正月三日お寺の方へぶらぶら歩く
(Shōgatsu mikka otera no kata e burabura aruku)

troisième jour du premier mois
dans la direction du temple
sans but je marche

(« Santoka, journal d’un moine zen », CHENG Wing fun et Hervé Collet, Moundarren, 2003, 2013)

Si Santôka nous autorise, écrivons :

le moine errant va –

son tracé en trois lignes

sous la lune froide