Centenaire Kerouac, né le 12 mars 1922

Fou j’ai écrit des rideaux

de

poésie en feu

[28 octobre 1954]

traduction Bernard Agostini

Aujourd’hui, centenaire de la naissance du jazz poet, Jack Kerouac, né le 12 mars 1922 à Lowell (Massachusetts), mort à l’âge de 47 ans, le 21 octobre 1969 à St. Petersburg (Floride).

Mad wrote curtains

of

poetry on fire

[October 28, 1954]

Jack Kerouac, Le livre des haïku, édition bilingue, La Table ronde, réédité pour ce centenaire, le 24/03.

Les œuvres les plus connues de Kerouac, Sur la route (considéré comme le manifeste de la Beat Generation), Les Clochards célestes, Big Sur ou Le Vagabond solitaire, racontent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis. Le genre cinématographique du road movie est directement influencé par ses techniques et par son mode de narration.

Nombreuses émissions à écouter sur France-Culture. Dans Sans oser le demander, Mathieu Garrigou-Lagrange a réuni Josée Kamoun, traductrice et Damien Aube, critique littéraire et d’art à Transfuge, mensuel qui consacre son numéro de mars au jazz poet.

A noter aussi la nouvelle édition de Poèmes dispersés, de Jack Kerouac, traduction Philippe Mikriamos, éditions Seghers.

Ce recueil publié pour la première fois chez Seghers en 1976 entend offrir « une vision complète de son œuvre poétique ».

 » Cette jolie ville blanche

De l’autre côté du pays

Ne me sera plus

Disponible

J’ai vu le firmament bouger

Ai dit  » C’est la fin « 

Parce que j’étais fatigué

De tous ces présages

Et dès que vous aurez besoin

de moi

Appelez

Je serai à l’autre

bout

Attendant

contre le mur final « 

Extrait de  » San Francisco Blues « 

« Même si l’auteur de Sur la route n’est pas toujours célébré pour sa poésie, à l’inverse de son complice Allen Ginsberg, celle-ci représente une part essentielle de son œuvre.

Pendant de son écriture romanesque, la poésie de Kerouac met en avant les aspects les plus caractéristiques de son écriture : là, plus encore peut-être que partout ailleurs, il cherche à se libérer de tous les carcans, faisant confiance à la spontanéité de sa plume, multipliant les libres associations, les mots-valise, les onomatopées, la recherche du rythme et de la sonorité pure… tout en créant de superbes métaphores.

 » On écrit tout ce qui vous vient à l’esprit comme ça vous vient, dit Kerouac, la poésie retourne à son origine, à l’enfant barde, véritablement orale… « 

Ce recueil, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1971, sous le titre Scattered Poems réunit des textes écrits dans les années 50 et 60 et qui avaient paru dans des publications éphémères et underground.

Drôles, grossiers, émouvants, désordonnés, bruts, énigmatiques, ludiques, à fleur de peau, ils s’attaquent vigoureusement à l’american way of life et explorent les failles et les traces de folie causées par l’absurdité et la violence de la vie dans la société capitaliste. Ils parlent aussi de liberté, de beauté et d’évasion.

Ils sont une formidable porte d’accès l’univers poétique de Kerouac. »

clair de lune

月光に一つの椅子を置きかふる

gekkō ni hitotsu no isu o oki kafuru

Au clair de lune

je tourne

une chaise

Takako Hashimoto (1899-1963)

橋本 多佳子

Haïjins japonaises, Anthologie, Traduction, choix et préface par Dominique Chipot et Makoto Kemmoku, édition bilingue japonais français, La Table ronde 2008, Points, 2010, p. 67

Rien n’est Vrai… mais sa parole demeure

Le poète est mort

Rien n’est Vrai tout est vivant

Sa parole demeure

Edouard Glissant est mort à Paris le 3 février 2011.

Le poète, philosophe et romancier du Tout-Monde, de la Relation et de la créolisation avait intitulé l’une de ses dernières conférences, en 2010, « Rien n’est Vrai, tout est vivant », avec un V majuscule à Vrai, soulignant ainsi l’absolu du concept, mais la relativité du vivant.

« Rien n’est Vrai, tout est vivant ». La formule est belle comme un poème, obscure comme une question philosophique nouvelle ou en gestation, encore inexprimée.

« Je suis tout à fait d’accord que c’est à peu près incompréhensible, disait Glissant, mais c’est à première vue seulement. Il y a là de quoi non seulement constituer l’épine dorsale d’un poème, mais aussi la réflexion d’une philosophie. »

Onze après la mort du penseur martiniquais, le « vivant » n’a jamais été autant en question. Réchauffement climatique, biodiversité en danger, planète malade… l’urgence s’est imposée. Lire en particulier l’essai de Séverine Kodjo-Grandvaux, Devenir vivants, Philippe Rey, 2021.

Glissant notait ce distinguo : « Le vivant est toujours créole, il rejoint sa diversité. Le Vrai hésite au bord des fleuves et des mers, dehors la ligne de ce qui naît. Nous avons tant eu besoin du Vrai quand nous ne savions ni ce qu’est une frontière ni ce que font deux saveurs. »

Dans cette conférence – quelquefois absconse – et les propos qui ont suivi – plus éclairants -, soulignons quelques questions clés.

« Y-a-t-il un Vrai comme absolu que nous devons accepter ? Y-a-t-il un Vrai comme absolu qui nous trompe ? Ces questions qui se posent à propos du « Vrai » majuscule ne se posent pas à propos du vrai (petit v) qui concerne les choses concrètes quotidiennes. »

et plus loin :

« Nous n’avons pas d’angoisse de la connaissance du vivant sauf lorsqu’il s’agit de notre propre corps et que nous nous posons des questions. Mais nous avons une angoisse de la connaissance du Vrai en tant qu’absolu. Car nous nous demandons si ce vrai entant qu’absolu ne nous dirige pas sans que nous le sachions. »

enfin :

« Ma position est que l’Absolu du Vrai est menaçant parce qu’il ne conçoit pas le mélange et que l’absolu du vivant est fantastique parce qu’il ne se conçoit pas sans mélange. »

Intégralité de la conférence « Rien n’est Vrai tout est vivant » et des discussions ici :

Ce dialogue instauré par le poète philosophe entre Vrai et vivant, entre un concept et une notion philosophiques, est traversé par d’autres concepts que l’on trouve développés dans La philosophie de la Relation (mot majuscule), « poésie en étendue », Gallimard, 2009 : pensées archipélique, de l’essai, du tremblement, des frontières, de l’errance, des créolisations, de l’imprévisible, de l’opacité du monde, de la trace…

Dédicace de l’auteur au lecteur