[Congo, J-10] : Faire de sa vie une œuvre d’art, de sa maladie aussi

« Faire de sa vie une œuvre d’art ? », s’interrogeait le philosophe Michel Foucault. « De sa maladie aussi », répond Salvatore Iaconesi. Atteint d’une tumeur au cerveau, cet artiste, militant et ingénieur italien, a créé un site La Cura, pour cesser d’être dépendant et pour être sauvé par ceux qui le liront. Son dossier médical n’est plus réservé aux seuls médecins, en langage d’expert, mais il est livré en open source [« code source du logiciel ouvert »] aux contributions du monde entier.

Salvatore Iaconesi a commencé par lancer un appel vidéo, rapporte Le Monde, 24/08/13 :  » Prenez les informations sur ma maladie et donnez-moi un traitement : créez une vidéo, une œuvre d’art, une carte, un poème, un jeu, ou essayez de trouver une solution à mon problème de santé. Artistes, designers, hackers, scientifiques, médecins, photographes, vidéastes, musiciens, écrivains. N’importe qui peut me donner un traitement. »

Sur le site La Cura qui a reçu 500 000 contributions au bout d’un an : « Nous pouvons changer le sens du mot « soins ». Nous pouvons transformer le rôle de la connaissance. Nous pouvons être humain. »

L’appel du créateur italien réactive une belle question de Michel Foucault (1926-1984), Dits et écrits, n°326, p.392, analysé par Édouard Delruelle, Métamorphoses du sujet. L’éthique philosophique de Socrate à Foucault, De Boeck-Université, 2006. Une analyse disponible en pdf sur le Net.

« Ce qui m’étonne, écrit Foucault cité par Delruelle, c’est le fait que dans notre société l’art est devenu quelque chose qui n’est en rapport qu’avec les objets et non pas avec les individus ou avec la vie (…). Mais la vie de tout individu ne pourrait-elle pas être une œuvre d’art ? Pourquoi une lampe ou une maison sont-ils des objets d’art et non pas notre vie ? »

« Dans les écoles philosophiques, poursuit Delruelle les techniques de soi, c’est-à-dire les pratiques par lesquelles on entre en dialogue avec soi-même, ne visent pas à se comprendre, à se déchiffrer, à percer le secret de ses désirs, mais à se façonner soi-même, à se créer et se transformer, à faire de soi-même une sculpture, comme dit Plotin (« Ne cesse jamais de sculpter ta propre statue »).

(…) Il y a dans l’éthique grecque une manière toute à fait originale d’envisager le rapport à soi : comme si nous étions pour nous-mêmes un objet qu’il s’agit de façonner. » Ces techniques sont au nombre de quatre, détaille Delruelle :

1) Il y a d’abord l’entraînement où l’on trouve les pratiques
concernant la sexualité, la diététique, la gymnastique ;
2) Ensuite le domaine de l’ascèse comme ensemble des exercices
par lesquels le sujet se met en situation de s’éprouver soi-même : les
épreuves de purification, de concentration, les retraites ;
3) Ensuite la méditation : la remémoration des faits passés ou la
« préméditation » des maux futurs, ainsi que toutes les techniques de
contrôle de nos représentations [interprétation des rêves notamment].
4) Enfin l’examen de soi et de sa conscience, c’est-à-dire l’évaluation
comparative de ce qu’on fait et de ce qu’on devrait faire (mais non pas
sur le modèle « judiciaire » de la loi et de la culpabilité qui sera celui du
christianisme, mais sur le modèle de l’inventaire, de l’inspection – un
peu comme un architecte vérifiant l’état d’avancement des travaux).
(…)

Dans notre culture, il y a ainsi comme une alternative sur le plan éthique :
– d’un côté, une tradition dominante (issue de Platon, mais transformée et
imposée par le monachisme chrétien) qui considère le rapport à soi comme
une forme d’introspection, de regard sur soi-même, comme si notre être était
à découvrir, à déchiffrer et surtout à juger, à passer au crible de ce qui bien ou
mal, authentique ou inauthentique ;
– d’un autre côté, une tradition « cachée » qui considère le rapport à soi comme
une activité, une transformation, où notre être n’est pas à connaître (et encore
moins à juger) mais à créer, à inventer.
Cette « tradition cachée » de l’esthétique de l’existence, après son apogée dans les
philosophies hellénistiques, n’a ressurgi dans notre culture qu’à de rares occasions : à la
Renaissance, bien sûr (les humanistes italiens, Montaigne), au 18e avec Diderot, au 19e avec le dandysme (Baudelaire, Nerval, Byron, plus tard Oscar Wilde) (on pourrait citer également Jean-Marie Guyau, auteur méconnu d’une Esquisse d’une morale sans obligation) ; au 20e siècle l’esthétique de l’existence se retrouve encore chez des écrivains aussi différents que Gide, Aragon, Malraux, et aussi Michel Leiris, dont les récits autobiographiques L’âge d’homme ou La Règle du jeu répondent explicitement à l’injonction de faire de sa vie une œuvre d’art.


Aujourd’hui, le philosophe Michel Onfray est certainement celui dont la pensée
consonne le plus avec l’esthétique de l’existence (cf. La sculpture de soi). Il répugne à se
réclamer de Foucault, auquel pourtant il doit tant, mais il puise à la même source d’inspiration que lui : Nietzsche, incontestablement le moraliste le plus esthétique, et donc le plus marginal, des temps modernes. »

Papini, une Vie de Personne

J’aime les librairies aux caisses entourées de livres minuscules, de petits formats, petits prix, ou coups de coeur du libraire. La librairie l’Atelier, rue du Jourdain, Paris XXe, dont j’ai vanté les mérites à l’automne, propose en vitrine une collection éditée par FMR/Panama et dont chaque ouvrage est préfacé par José Luis Borgès.

Le Miroir qui fuit de Gioanni Pannini est un de ceux là. Le titre dit bien le fantastique de l’affaire. Passons. A côté, les libraires ont disposé un livre de 47 pages, Le Vie de personne, édité par Allia, dans une collection repérable immédiatement, à 3 euros, qui suscite l’éloge.

Ce Papini écrit tout d’abord quelques pages pour dire à un ami qu’il ne saurait lui dédié son livre, à l’incipit incisif :

Cher Vannicola,

Je n’ai aucunement l’intention de te dédier ce petit livre qui n’est en rien  » exceptionnel « . Je n’ai jamais dédié mes livres à personne [etc.]

Papini serait-il un Diogène vivant de peu ? Un vrai cynique ? Un lucide déplorable ?  Réponse, selon la notice du Larousse :

 » Écrivain italien (Florence 1881 – id. 1956). Fondateur de nombreuses revues parmi lesquelles Leonardo, Lacerba et Rinascita, au centre de la culture futuriste, c’est dans l’autobiographie (Un homme fini, 1912 ; Récits de jeunesse, 1943) et la poésie (Jours de fête, 1918 ; Pain et vin, 1926) que sa philosophie d’autodidacte visionnaire et tourmenté s’exprime avec le plus d’originalité (le Crépuscule des philosophes, 1936).  »

Plus nettement, l’Encyclopaedia Britannica, écrit de Papini :  » l’une des figures littéraires les plus iconoclastes et les plus controversées du début et du milieu de XXe siècle.  »

Dans la bibliographie, on trouve des références qui qualifient d’une part son  » expérience futuriste  » (1913-1914), d’autre part son  » odyssée intellectuelle entre Dieu et Satan « , selon le titre d’une biographie de Lovreglio Janvier.

Et pour confirmer le goût délicieusement nauséeux de l’incipit de La Vie de Personne, le héros de l’un de ses romans, Gog, semble conforme : « Elle ne te paraît pas misérable cette vie, et petit ce monde ? » Pour faire passer son ennui, Gog, homme riche et excentrique, n’hésite pas à acheter un pays, créer des temples, monter une entreprise de poésie, collectionner des géants, des sosies, des squelettes, des cœurs d‘animaux vivants…  résume Tatiana sur son blog.

Pour Le Matricule des Anges :  » Se déploie sous la plume de Papini une vision cynique, agressive et parfois paranoïaque de la réalité sociale et culturelle qui confine souvent à la prophétie. Il faut rappeler que le roman fut traduit en 1932 chez Flammarion dans une version curieusement tronquée de cinq chapitres éloquents, rétablis ici soit avant la Seconde Guerre mondiale et le rugissement industriel, boursier et  » libéral  » du dernier demi-siècle. Le chapitre  » Pédocratie  » est à ce titre éloquent : Papini y dévoile peu ou prou le jeunisme à venir, le culte de la nouveauté, la  » monétisation  » des rapports entre classes d’âge, l’obsession de la vitesse et de l’instantanéité, etc. « 

Les 47 pages de La Vie de Personne ne démentent pas le profil tourmenté de Papini.

Nul autre que lui, semble-t-il, n’aurait pu décrire avec tant de désepérance le point de vue radical d’un foetus sur sa naissance et sa trajectoire toute tendue vers la mort (p.42) :

 » L’homme naît prisonnier dans le ventre maternel ; et il en sort en pleurant, et à peine l’enfance heureuse touche-t-elle à sa fin qu’il redevient prisonnier des lois et des jugements de ses compagnons de servitude ; seul le génie reconquiert au prix du sang et des larmes une douloureuse arrhe de liberté -et à la fin la Mort, qui emprisonne de nouveau le corps entre quatre planches, nous promet l’évasion définitive dans le néant. Chacun de nos efforts, chacune de nos peines réussit à passer d’une cellule à une autre, et c’est dans ces passages que nous respirons assez de ciels pour supporter les hivers infinis de la solitide sans porte de sortie.  »

A la suite de Pierre Bayard, pensant à l’extrême lucidité de Cioran, voire à son nihilisme ontologique, on pourrait évoquer à l’aune de son dernier essai, aux éditions de Minuit, un  » plagiat par anticipation « .

Encore cet extrait sur la vertu du silence (p.14) :  » Le parler au moyen de paroles avec les autres hommes n’est qu’un cas particulier – même s’il est fréquent – de notre bavardage infini.  »

On préfère cette notation :  » Le souvenir, dans le monde, est tout. Le souvenir est la poésie, le souvenir est l’histoire, le souvenir est le bonheur – spécialement le bonheur.  »

[pour la photo de couverture cf. le site de Richard Vantielcke]

Baby-foot

Dans une tentative sans cesse répétée de se dresser sur ses jambes, Yaël (6 mois) essaie de monter sur ses propres chaussettes, dans un mouvement continu de repoussoir.

Chaque pied tente d’enlever la chaussette de l’autre pied. Et vice-versa. A force, les chaussettes tombent au sol.

 

 » Yaël joue au foot avec ses chaussettes. « 

 

La déclaration fait rire aux éclats Sofia,

sa grande soeur de 3 ans.

Muqdisho, Somalie, Où c’est toujours la galère

C’est un café à 1,70 euro en salle. A Paris, rue Lassus, près de l’église Jourdain, sans doute l’un des moins cher de la capitale. Assis, on peut faire un tour du monde gratis. Cinq pendules. De gauche à droite :

  • Manaus, Amazonie ses forêts capitales, 5h20
  • Aït Issad (Algérie), c’est la ville du patron, 10h20
  • Villandry (France), ses jardins, un régal ! 11h20
  • Muqdisho, Somalie, Où c’est toujours la galère, 12h20
  • Les îles Crozet (France ?), 500 m² en plein océan Indien, 12h20.

Le phrasé du marché

A la librairie l’Atelier, 2 bis rue du Jourdain, Paris XXe, les étals du trottoir donnent le ton. L’intérieur est à l’avenant.

Que des livres aux propositions alléchantes. Ne pas s’arrêter à la libraire qui, ce matin, manifeste un commerce expéditif, libraire plus pressée que ses clients.

Marché du jour : Georges Perec, Jeux intéressants, édité par Zulma ; Tony Duvert, L’île atlantique, édité en poche par Minuit ; Antoine Bello, Éloge de la pièce manquante, chez Folio ; et Ailleurs d’Henri Michaux, qui réunit Voyage en Grand Garabagne, Au pays de la Magie, Ici, Poddema, dans la collection de poche Poésie de Gallimard.

Qu’est-ce qui nous fait acheter compulsivement des titres comme pour étancher une soif qui vient avec la lecture, pas avant, mais avec la lecture ?

Pourquoi George Perec ?  » L’écriture est un jeu qui se joue à deux « , aimait-il à dire. Quelquefois une aide supplémentaire serait nécessaire. Jeux intéressants réunit les contributions de l’auteur oulipien à la revue Ça m’intéresse pendant plus d’un an, au début des années 80. On y lit ce genre de devinette : Quel est l’intrus ? (p.45) :

Dans la liste suivante, un mot ne devrait pas logiquement figurer. Lequel, et pourquoi ? écrit, lisible, polysyllabique, court, singulier, masculin, adverbe, orthographiable, intrus, français, substantif, mot, traduisible, prononçable.

Pourquoi Tony Duvert ? Jean-Noël Pancrazi écrivait dans la nécro du Monde qu’il lui consacrait :  » L‘écrivain Tony Duvert, 63 ans, a été découvert mort, le mercredi 20 août, chez lui, dans le petit village de Thoré-la-Rochelle (Loir-et-Cher). Sa mort remonte à environ un mois. Une enquête a été ouverte, mais il s’agit probablement d’une mort naturelle. Tony Duvert n’avait pas publié de livres depuis 1989. On l’avait presque oublié, et pourtant, il a marqué son époque – les années 1970 – par l’extrême liberté qu’il manifestait dans son écriture comme dans sa vie, par un ton unique, fait de crudité et de grâce, par le rythme de sa phrase, sans ponctuation souvent, emportée par le seul mouvement du désir, capable, comme on l’imaginait alors, de changer le monde.  »

En 4e de couv. de L’île atlantique, je lis cet éloge de François Nourissier, extrait du Figaro Magazine du 17 mars 1979 :  » C’est énorme, irrespirable et d’un réalisme à faire peur. « 

Pourquoi Antoine Bello ? Une énigme et un puzzle littéraire en cinquante pièces (dans le désordre), dont la première commence ainsi :

 » Ma victoire n’est pas celle d’un homme, mais celle du continent africain tout entier. certains voudront y voir une revanche, mais ils ont tort : la fonction du puzzle est de rassembler, non de diviser. « 

Pourquoi Henri Michaux ? La réponse est simple : Henri Michaux, c’est la phrase parfaite. Prenez le premier paragraphe, juste après le titre de la nouvelle Chez les Hacs, dans Voyage en Grande Garabagne :

Comme j’entrais dans ce village, je fus conduit par un bruit étrange vers une place pleine de monde au milieu de laquelle, sur une estrade, deux hommes presque nus, chaussés de lourds sabots, solidement fixés, se battaient à mort. « 

 

Exotisme du dimanche

Dimanche, le marché de la Place des Fêtes. L’apiculteur ne propose que du miel saison 2007. Cette année la récolte n’est pas bonne. Il présente un schéma pour s’y retrouver entre les miels liquides, crémeux ou solides, des miels doux à forts. Je goûte l’arbousier, placé à l’extrême : très fort, amer.  » Il peut accompagner une sauce salade « , dit le pitch (comment pitch a-t-il pu entrer au Larousse 2008 ?).

La libraire présente comme à son habitude des petits trésors de poésie. Du classique ce dimanche, mais du bon. Ou Octavio Paz et son discours de Stockholm, La Quête du présent. Ou Le Labyrinthe de la solitude suivi de Critique de la pyramide, traduit de l’espagnol par Jean-Clarence Lambert (Gallimard, 1990).

Ce qui attire mon attention, c’est un livre qu’on feuillette comme on flâne, sans but, pour le plaisir : Grand Inventaire du Génie Français en 365 objets de Jérôme Duhamel, préfacé par Cavanna. Il a été publié la même année que le Labyrinthe de Paz, 1990.

Cet Inventaire c’est Les Miscellanées de Mr. Schott avant la lettre… avec de superbes illustrations de Katell Reymond et une conception graphique de Massin. Et en format beau livre ! Et là, la V.O. est en français…

Selon les âges et les références, on pense au catalogue Manufrance des objets du XXe siècle, aux Mythologies de Barthes ou à la caricature du Français, béret, baguette et les 363 autres objets de son patrimoine… Naturellement, les Arts Premiers n’y sont pas. En 1990, les Arts premiers n’étaient pas à la mode. On peut regretter l’absence des Guignols de l’info, nés justement en 1990… (mais Guignol a son article et ses illustrations).

C’est charmant, drôlement frais. On le parcourt et on le lit sans lassitude.

Extrait de la préface de Cavanna, intitulée  » Furieusement français !  » :

La France est essentiellement exotique. Bien sûr, nous autres, Français, baignés que nous sommes dans cet exotisme, ne le percevons pas comme tel. Il nous est tout naturel, il est la norme. Les exotiques, ce sont les autres. Il y a la France, et il y a, du mauvais côté de la vitre, l’étranger, en vrac. (…)

Beaucoup des objets présentés ici ont un goût de  » plus jamais « . Le célèbre catalogue de la Manufacture Française d’Armes et Cycles de Saint-Etienne, naguère encore bible illustrée de la campagne française, pointe le nez presque à chaque page. Eh oui, la nostalgie coule à ras bords.  »

Les premiers articles illustrés :

L’accordéon, L’affiche de mobilisation, L’agenda Quo Vadis, Les albums d’Astérix, Les albums de Bécassine, Les albums des Pieds Nickelés, L’alccotest, Les allumettes de ménage, L’almanach Vermot, etc.

La tonalité hisorique est dominante. Comme au marché, on flâne, et on tombe sur les rappels ou des surprises, car les poètes sont convoqués.

Exemple à l’article  » fermeture Éclair « , de Jacques Prévert, extrait de Sanguine,  :

La fermeture Éclair

A glissé sur tes reins

Et tout l’orage heureux

De ton corps amoureux

A éclaté soudain.

Jérôme Duhamel précise :  » Mieux vaut l’avouer tout de suite : la fermeture Éclair, cette invention au nom fleurant si bon la France, partie intégrante de notre patrimoine, est une invention… américaine, etc. « 

Grand Inventaire du Génie Français en 365 objets de Jérôme Duhamel, préfacé par Cavanna, publié par Albin Michel, n’est plus en vente que chez les bouquinistes. Mais l’auteur décidément amateur de listes et d’inventaires avait déjà écrit Le Grand méchant dictionnaire (Laffont/Seghers), Encyclopédie de la méchanceté et de la bêtise (Acropole), Le Mémorial martiniquais (Editions du Mémorial, Nouméa). Par la suite, il écrira plusieurs dizaines de titres, dont Vos gueules les femmes (avec Wolinski), ( » Les 500 petites phrases que les hommes aimeraient bien ne plus jamais entendre ! « ), Dictionnaire inattendu de Dieu, Le Dico tout fou des écoliers, La Passion des livres, etc.

L’époque est à l’inventaire, entre banal et scandale. On pense à Guillaume Durand qui présentera en septembre une nouvelle émission sur France 2, justement le dimanche : L’Objet du scandale.  » Des objets présents sur le plateau comme l’urinoir de Duchamp, un 4 x 4, une kalachnikov ou un baril de pétrole nourriront des débats culturels ou de société. « , signale Jean-Luc Bertet dans le Journal du Dimanche.

Culture alibi

Inquiétude dans l’audiovisuel public après la fin de la pub annoncée et l’incertitude budgétaire qui s’ensuit.

Inquiétude dans la culture après la baisse des subventions annoncées.

Dans le cas de l’audiovisuel public, la « no-pub » attitude serait garante de la qualité.

Dans le secteur culturel, un recentrage des aides vers les institutions culturelles nationales permetrait de rationaliser le secteur.

Dans l’audiovisuel public, on entend poindre le principe : no-pub = qualité. Or la qualité, nous dit-on, serait synonyme de télé populaire. Donc no-pub = télé populaire = qualité = culture populaire.

Ainsi par une curieuse coïncidence, on assimile la qualité (de la télé) à la culture. Mais en même temps on veut économiser la culture, au sens où la culture devrait aussi rendre des comptes.

L’apparition simultanée de l’interventionisme d’état en télé et de la rationalisation d’état dans la culture provoque une curieuse résonance. L’aspect  » financier  » unit, à première vue, ces deux projets. Soulignons un autre mot qui les réunit, le mot  » désengagement « . Dans les manifestations des professionnels de la culture ce 29 février, comme dans le « no-pub » audiovisuel. Dans le premier cas, les manifestants dénoncent un désengagement de l’état. Dans le second, il s’agirait de désengagement publicitaire.

Dans les deux cas, la culture sert d’alibi. En télé, la culture est l’alibi de la qualité. Dans le secteur culturel, l’argument de la culture rationalisée sert d’alibi à une politique culturelle qui se cherche. C’est curieux, vous ne trouvez pas, on ne parle plus d’exception culturelle ? On parle d’économie. C’est dans l’air du temps.

2 CV neuve à 25 000 euros

Au salon Rétromobile , porte de Versailles, à Paris, remarquée cette 2 CV quasi neuve  » jamais immatriculée « , de couleur rouge. Mais sans âme… d’autant que le prix demandé est hors de propos : 25 000 euros !

Née en 1948, la 2 CV a 60 ans cette année. A l’époque le prix annoncé était de 185 000 francs (la 4 CV 245 500 !). L’INSEE nous apprend que 1000 francs de 1948 équivalent en pouvoir d’achat à 31,46 euros de 2007, donc 185 000 francs de 1948 équivalent en pouvoir d’achat … 5 820,60 euros d’aujourd’hui. Ainsi cette 2 CV proposée à 25 000 euros c’est plus de 4 fois le prix d’origine !

On se réfugie sur un autre stand, celui de l’Association 2 CV clubs de France , avec cette trouvaille, un autocollant pour pare-brise, vendu 1 euro :  » Ceci n’est pas une voiture mais un art de vivre. « 

Plus loin, le Raid des baroudeurs vous fait rêver, en organisant des raids en Tunisie (pour débutants) ou pour Vladivostok (pour confirmés). Il peut même vous louer la Deuche (avec une majuscule s’il vous plaît). Son slogan :  » Vie l’âge 2 CV « . On aurait préférer l’impératif qui refuse la nostalgie :  » Vit l’âge 2 CV !  »

De quoi lire ou relire un classique de la littérature :

Extraits des Champs d’honneur, de Jean Rouaud, prix Goncourt 1990 :

 » Quand il pleuvait à verse, ce qui ne constitue pas une anomalie au bord de l’Atlantique, la 2 CV ballottée par la bourrasque, ahanant contre le vent, prenant l’eau de toutes parts, tenait du caboteur délabré embarqué contre l’avis météo sur une mer trop grosse. La pluie s’affalait sur la capote dont on éprouvait avec inquiétude la précarité, tonnerre roulant, menaçant, qui résonnait dans le petit habitacle comme un appel de grands fonds. « 

(…)

« La 2 CV est une boîte crânienne de type primate : orifices oculaires du pare-brise, nasal du radiateur, visière orbitaire des pare-soleil, mâchoire prognathe du moteur, légère convexité pariétale du toit, rien n’y manque, pas même la protubérance cérébelleuse du coffre arrière ».

D’Haïti à Tahiti, bonne année 2008 !

[animation empruntée à la Maison de la culture de Tahiti]

Bonne année se dit à Tahiti :

ia orana i te matahiti api,

et dans le créole haïtien :

bònn ané,

dans trois des langues d’Algérie (arabe, berbère de Kabylie et français) :

عام سعيد [prononcer : âam saïid], Assegwaz amegaz,  Bonne année.

Au cœur de l’Amérique latine, les Guaranís soufflent :

rogüerohory año nuévo-re

car, alentour, en espagnol :

Feliz año nuevo.

Dans l’océan Indien et à Zanzibar, en swahili, au choix :

soit : mwaka mzuri, soit : heri ya mwaka mpya,

en avion :

Happy new year,

dans les îles corses :

Pace è salute,

et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande :

Kia hari te tau hou.

Haïti, poids lourd de la littérature

Pour Haïti, emporter :

– DVD Créateurs ultrapériphériques ;

Le Magazine littéraire de décembre et les 6 pages de son dossier ( » Haïti : la vie littéraire continue « , signé Valérie Marin la Meslée) ;

Treize nouvelles vodou, de Gary Victor (Mémoire d’encrier) ;

– Les livres des éditions Vents d’ailleurs ;

Une heure pour l’éternité, de Jean-Claude Fignolé (Sabine Wespieser) ;

La Pierre du bâtisseur, de Madisson Smartt Bell (1040 pages !, Actes Sud) ;

– Les oeuvres complètes de Jacques Roumain (énorme et beau !à l’UNESCO) ;

Mauvaise langue de Cécile Ladjali (Seuil) ;

Sociologie de la lecture de Chantal Horellou-Lafargue et Monique Segré (La Découverte, repères n° 376) ;

– un téléphone portable ;

– une caméra ;

– deux carnets ;

– trois stylos, pour voyager léger.