Bientôt les barbecues

Mot du jour : BARBECUE, mot d’origine taïno d’Haïti selon Le Robert, partenaire de La Semaine de la langue française (14-22 mars), un partenaire qui met l’accent sur « les mots qui voyagent ».
Pour Le Grand Robert « barbecue » est un mot qui vient de l’anglais de 1697, venu lui-même de l’espagnol du Mexique « barbacoa », qui lui-même l’a emprunté au haïtien.

Contrairement au Robert, le TLF (Trésor de la langue française) situe l’origine de « barbecue » chez les Arawaks, précisant « le terme est parvenu aux USA par les États du sud qui l’ont emprunté à l’hispano-américain « barbacoa » attesté, au sens de « dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air », en 1518 (…) d’origine arawak.» [Arawaks : famille linguistique qui compte parmi elle les Kali’na de Guyane et d’autres pays d’Amérique latine].

Dans un communiqué des éditions Le Robert, publié à l’occasion de la Semaine de la langue française, apprécions ces mignardises pour la langue :
« Les grands rendez-vous avec l’histoire ont laissé leur empreinte en français : l’arabe au Moyen Âge (alambic, alchimie, algèbre, chiffre, coton, élixir, zéro…), les langues d’Amérique au retour des voyages de découverte (cacao, maïs, tabac, tomate…), l’italien à la Renaissance (altesse, artisan, bandit, banque, courtisan…), l’arabe à nouveau au cours de la colonisation (barda, baroud, bled, clebs, flouze, guitoune…) et, plus récemment, l’anglais (biopic, blog, buzz, cougar, cupcake, selfie, sex toy…). »
Quelques origines inattendues : « crevette » est un mot qui vient du normand, « caviar », du turc, et « banane » du bantou.

L’image de l’Autre, au Louvre

L’image de l’Autre, par Victor I. Stoichita, est un cycle de conférences et projections au Louvre, du 18 septembre au 16 octobre 2014. C’est aussi par le même auteur un livre au titre explicite : L’image de l’Autre, Noirs, Juifs, Musulmans et « Gitans » dans l’art occidental des Temps modernes (1453-1789), co-édité par Hazan et le musée du Louvre.

Le cycle est présenté ainsi :  » Le questionnement qui traverse ce cycle de conférences n’est pas directement l’Autre, mais le regard qu’on a posé sur lui. Approcher la rencontre sous l’angle du visible n’est pas une tâche facile, car l’Autre ne s’expose pas de bon gré au regard du Même. Face aux soustractions et aux dérobades de l’Autre, il a fallu, afin de pouvoir le représenter, le «dé-couvrir », le construire et parfois l’inventer. Questionner l’image de l’altérité à l’époque de la cristallisation du « canon visuel occidental » signifie reconsidérer les données majeures de ce canon : perspective, récit pictural, composition, culte des proportions du corps humain, de la beauté, de l’harmonie chromatique et de l’éclairage. Quelle est la place de l’Autre dans cet idéal ? Quels seront les enjeux de la cohabitation de la Norme avec l’émergence de l’Autre ? L’Autre, c’est sûr, se construit en marge. Mais de quelle manière et pour qui ? »

Anthropologies numériques au Cube

Le Cube et Les écrans de la liberté proposent « Anthropologies numériques : une nouvelle édition » à Issy-les-Moulineaux les 20 et 21 mars, de 14h à 22h, deux jours de découvertes et de rencontres autour de l’anthropologie, des arts numériques et du cinéma.

Avec cette question : « Est-il possible d’envisager une combinaison de tous ces points de vue qui restituerait, en quelque sorte, un regard humain recomposé et partagé ? (…) Leur imagination nous invite à percevoir les correspondances, les analogies, les liens improbables qui jalonnent le cheminement de notre curiosité. »

Site du Cub, centre de création numérique.

L’Homo ecranus a son écran global

Homo ecranis, Homo computerus, l’homme dans la « globalisation écranique »… Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, déjà auteurs de La Culture-monde, proposent une nouvelle édition de L’écran global, sous-titré « Du cinéma au smartphone », publié chez Points.

Dans cette seconde édition (la première date de 2007), Lipovetsky, philosophe et sociologue, et Serroy, universitaire et critique de cinéma, examinent « derrière la lumière de l’autonomie et de l’ouverture au monde — qu’illustre Internet —, il y a une face sombre et noire : le côté obscur de la transparence ».

« Une majorité d’employés, de cadres, de dirigeants passent désormais l’essentiel de leur temps devant un écran : l’homme est devenu homo computerus. Pour le meilleur et le pire. Travailler devant un écran ne ressemble plus à descendre au fond de la mine : et pourtant, jamais la thématique de la souffrance au travail n’a eu un tel écho, social et sans doute individuel.

Cela à l’évidence n’est pas dû uniquement à l’ordinateur et relève pour l’essentiel de la mondialisation de l’économie et des exigences de résultats à court terme imposés par le capitalisme financier. Mais cela relève aussi des formes nouvelles du travail, lesquelles génèrent une urgence, créée par l’aspect impitoyable de la compétitivité et relayée par le harcèlement de l’écran, qui génère un stress particulier, engendre une souffrance intérieure d’un genre nouveau.

L’ouvrier fordien esclave de sa machine a fait place au cadre informatisé soumis à son écran et à l’intensivité d’un travail imposant le raccourcissement des délais, l’instantanéité des réactions, l’impossiblité de prendre du recul : un temps nouveau, que l’on croit maîtriser et qui en même temps impose son rythme infernal. La tyrannie du temps réel, direct, instantané. »

L’écran global, un livre qui devrait être remboursé par Facebook.

Cupidon donne des ailes au spectacle vivant

http://www.dailymotion.com/swf/video/xe5oen?additionalInfos=0Gilbert Peyre – L’Interview
envoyé par le_cent_quatre. – Futurs lauréats du Sundance.

Dernière représentation de Cupidon ce soir au 104 (104 rue d’Aubervilliers, Paris 19e). Hier, dans la salle bondée, les spectateurs ont eu tout leur champ de vision occupé par un castelet géant. Comment traduire autrement ce qui emplit l’œil et le sature ? Un théâtre de marionnettes ogresque, dans la pénombre, dont les détails restent encore indiscernables. Le titre lui-même, inspiré de Brassens, laisse auguré d’un spectacle improbable : Cupidon, propriétaire de l’immeuble sur l’enfer et le paradis.

Nous sommes dans du théâtre d’objets (de nos jours les spectateurs improvisés doivent se faire une idée rapide de ce qui leur est proposé, tant l’offre théâtrale prend toutes sortes de formes et de propositions créatives, quelquefois alambiquées).
Confirmation nous est donnée par l’entrée en scène côté jardin d’un premier objet ? robot ? animalcule ? qui traverse tout l’espace visuel, laissant toujours le fond de scène, énormité mystérieuse, peut-être monstrueuse, dans l’obscur. Un deuxième automate, un lapin blanc, fend l’espace, très rectiligne dans son mouvement.
Cette traversée déclenche la parole d’une fillette qui s’extasie devant le passage du lapin blanc. Avec la parole vient la lumière sur le castelet goliath. L’évidence d’une Alice au pays des merveilles est vite démentie par les nouvelles questions que se pose le spectateur enchanté, tant le ravissement le dispute à l’étonnement. Cette Alice est-elle réelle ou androïde ? Une actrice enfant se cache-t-elle derrière cette parole ? Ou Gilbert Peyre, « plasticien électromécanomanique » (comme il est présenté dans l’interview ci-dessus, extrait du site du 104) nous a-t-il concocté un vrai robot imitant à la perfection une comédienne ?
Les ambivalences ludiques composent en une pièce montée millimétrée la délicieuse performance de cet ensemble inouï.
La jeune princesse (dite la Mariée) demande à un petit monsieur sur son trône hydraulique : « Voulez-vous jouer avec moi ? ». Bientôt, elle entonnera la comptine « Une souris verte… » (Corinne Martin, étonnante). Ni Alice ni conte… puis viendront les paroles d’un comédien tronc qui se repaît d’une langue crue sur fond de musique lyrique (remarquable Jean-Yves Tual : voir son blog).

Comme Gilbert Peyre le raconte dans l’entretien vidéo pour le 104 (ci-dessus), le tout forme un opéra, mot que certains hommes de l’art lui ont reproché. Il faut dire (il le dit simplement) qu’il est autodidacte, et que lui l’opéra il le sent en vertu de ses résonances d’art lyrique.
Langue verte et chant lyrique, acteurs immobiles (circonscrits en un cercle pour elle, sur un rail transverse pour lui) ; conte pour enfants et grivoiserie joviale ; étonnante animation des objets hétéroclites du fond et justesse du jeu des deux comédiens-troncs ; bande sonore tantôt synchrone, tantôt savamment désynchronisée à la fin… tout se tisse comme un tricot mental (on comprend tout le profit que Jean-Pierre Jeunet a aimé en tirer pour Micmacs à tire-larigot), dans cette « réécriture polissonne du mythe d’Adam et Ève », comme le résume élégamment le site 20h59.com).

Grand moment cette approche de séduction entre un pantalon et un corsage-jupe suspendus, dans des va-et-vient tellement vraisemblables que l’attention de public est suspendue… Comme si le va-et-vient n’avait jamais été aussi bien illustré.

C’est comme un cabinet de curiosités moins motivé par la collectionnite aiguë de son concepteur que vers le spectateur en mode partagé. Les automates de l’autodidacte facétieux et plasticien électromécanomanique Gilbert Peyre nous offrent un univers gentiment borderline, comme une récréation de l’esprit, jusqu’alors ankylosé par les blockbusters industriels type Shrek (1,2,3). Le spectacle vivant n’a jamais mieux mérité son appellation.

Le résumé de Cupidon est consultable sur le site du 104.

Armelle Héliot en pense du bien, sur son blog, Le Grand théâtre du monde : « Cela brinqueballe et cela grince. La première fois que nous avions vu un spectacle de Gilbert Peyre nous avions écrit qu’il « met en branle » des objets, des êtres, des fantasmes, des images, des histoires. Ici aussi, dans ce nouvel opus… ».

Régis de Closets aussi, sur Bakchich : « Baroque, inclassable et jouissif… »

Et si vous n’en avez pas assez, consultez le site même de Gilbert Peyre, c’est plein de vidéos affriolantes… Et prenez un billet pour Bochum en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dont le festival Fidena programme Cupidon, les 10 et 11 septembre 2010. Pour l’avenir, on espère les programmateurs français aussi chaleureureux que ceux de la Biennale des arts de la marionnette à Pantin en 2009, ou du 104. 

Distribution et production :

Cupidon, Propriétaire de l’Immeuble situé sur l’Enfer et le Paradis
sculpturOpéra de Gilbert Peyre
Résidence au CENTQUATRE à Paris du 15 juillet au 6 août 2010 – Répétitions gratuites ouvertes au public de 16h à 17h : 15 au 17, 21 au 24, 28 juillet
6 représentations : 29 au 31 juillet 20h, 1er août 18h, 05-06 août 20h

Conception, sculptures, mise en scène et scénographie : Gilbert Peyre
Comédien : Jean-Yves Tual (Cupidon) ;
Comédiennes : Corinne Martin (La Mariée) ; Morgane Olivier (La Gouvernante)
Soprano : Lydie Morales
Voix : Achille Orsoni, Corinne Martin, Gwénola de Luze, Olga Nikolaeva
Texte : Yves Garnier et divers textes d’après Le Cantique des cantiques
Musique: « Mes béatitudes » (extraits) de Gérard Pesson ; « Mi par d’udir ancora » d’Enrico Caruso ; « Temps arrêté » de Raphaël Beau
Conseiller technicien, assistant scénographie : Vikonte de Bartholin
Ingénieur électronicien : Robert Breton
Electronicien :Marc Gaide
Ingénieur du son : Fabien Caron
Mise en lumière : Flore Marvaud
Costumes : Morgane Olivier
Manipulateurs console : Marc Gaide, Juliette Zanon
Photographe : Suzane Brun
Participants construction : Anne Pinguet, Virginie Chevrier, Claude Orsoni
Techniciens montage : Yann Lelarge, Claude Cottet
Traduction anglaise : Nelly Orsoni
Stagiaire : Elsa Mroziewicz

Production Compagnie P.P. DREAM/Laurence Alfieri
Coproduction Achille Orsoni – LE CENTQUATRE
Avec le soutien de Loupi Electronique et Robert Breton ; le Théâtre de la Marionnette à Paris ; le Théâtre de la Commune – CDN d’Aubervilliers ; la Ville de Pantin ; Paris quartier d’été
Merci à Gérard Pesson ; Emmanuelle Sagnier (Ensemble Cairn) ; Au CENTQUATRE : à Constance de Corbière (Secrétaire Générale) et Julie Sanerot, Valérie Perriot-Morlac, Claudia Petagna, Gilles Carle, Ronan Le Guern, Josselin Ligné, Anna Castro ; Au Festival Fidena : à Annette Dabs (Directrice), Anke Meyer (Assistante) ; Luc Petit (Régisseur Général, Direction du Développement Culturel de Pantin) ; Carole Fierz (Paris Quartier d’été)

Moaïs et Maoris ne perdent pas la tête, Néfertiti et Loti non plus

Les habitants de l’île de Pâques ont dit « non » au voyage en Europe d’une de leur statue-tête. Consultés par référendum, les Pascuans ont rejeté l’expatriation d’un des mille moaïs par 789 « non » contre 94 « oui » (4 000 habitants, 1 500 inscrits, 900 suffrages exprimés.

« Le projet de transfert d’un moaï à Paris, pour y être exposé du 26 avril au 9 mai au jardin des Tuileries, explique Le Monde, avait été lancé en 2008 par les fondations italienne Mare Nostrum et française Louis-Vuitton. Il visait à faire connaître la culture de l’île, en échange d’une contribution à la préservation de son patrimoine. »

Faut-il rapprocher ce mouvement populaire pascuan de la proposition de loi de Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime (Haute-Normandie) « visant à autoriser la restitution par la France des têtes maories à la Nouvelle-Zélande » ?

« Aujourd’hui est un jour important pour moi, écrit la sénatrice sur son blog, en date du 1er avril. J’ai été auditionnée par Colette Le Moal, députée, rapporteur à l’Assemblée Nationale de la proposition de loi autorisant la restitution des têtes maories a la Nouvelle-Zélande. Colette, qui est comme moi centriste, a souhaité défendre  devant nos collègues députés en commission de la Culture le 7 avril, puis dans l’hémicycle le 29 avril prochain, ce sujet qui me tient particulièrement a cœur. J’espère que comme elle l’a annoncé, Valerie Fourneyron, notre maire, soutiendra la démarche.
Si, après le vote au Senat, le texte est voté comme semble le souhaiter notre ministre de la culture, et bien il ne restera plus qu’a envisager le rapatriement de l’ensemble des têtes maories que détiennent les musées en France dont celle du muséum de Rouen. Après des années d’attente, elles seront enfin inhumées dans le respect des traditions du peuple maori (600 000 personnes aujourd’hui) qui a toujours lutté face aux menaces pesant sur sa survie identitaire et culturelle. »

A l’heure où le Pavillon des Sessions, antenne pionnière du musée du Quai-Branly au Louvre, fête ses dix ans, les questions épineuses de la restitution d’objets d’art ont pris un aspect nouveau avec au Caire, une conférence internationale de deux jours sur la restitution des antiquités « volées ».

Le chef des Antiquités égyptiennes Zahi Hawass entend faire pression pour que soient restituées les antiquités égyptiennes volées, menaçant les musées de « rendre leurs vies misérables » s’ils refusaient d’accéder à sa demande.Au nombre des objets dont l’Egypte souhaite en priorité la restitution se trouve le buste de Néfertiti, actuellement exposé au Musée égyptien de Berlin, ainsi que la pierre de Rosette, qui se trouve au British Museum de Londres ou le zodiaque de Denderah, aujourd’hui au Louvre. La Grèce a réaffirmé sa demande de restitution des frises du Parthénon détenues par le British Museum.

On consultera avec profit le dossier pédagogique préparé par Claude Stéfani à l’occasion de l’exposition Andreas Dettloff à Rochefort en 2009.

Les îles subantarctiques pour « changer de perspective »

Papalagui ne pouvait l’ignorer plus longtemps, ce blog Les îles subantarticques : « Drôle de perspective que cette Terre à l’envers pôle Sud vers le haut. Chacun met son pays au centre de la mappemonde, nous, les Américains, les Chinois… Changer de perspective, c’est changer sa manière de voir, c’est voir cette France la tête en bas, cette France extrême. »

C’est le blog du sénateur de l’Union centriste Christian Gaudin, auteur d’une proposition de loi relative à « l’élagage des abords des voies communales ».

Autrement dit, on peut être au Centre, vouloir légiférer sur le voisinage et considérer les Extrêmes pour « changer de perspective ».

Voir « Papalagui et la carte du monde upside down  » (21/08/06).