Le Québec de Dany Laferrière (13′)

Caraïbes, le mensuel

Reportage au Québec chez Dany Laferrière, écrivain québécois d’origine haïtienne membre de l’Académie française où il a été intronisé le 28 mai 2015. Images Jean-Pierre Magnaudet. Diffusé dans le magazine Caraïbes (production Martinique 1ère) en juin 2015. Au sommaire : la province cubaine de l’Oriente, lieu de naissance de Fidel Castro, la Jamaïque et l’économie des studios de musique et enfin, à 42’44 » : le Québec avec Dany Laferrière.

Dany Laferrière est un homme de trois pays, la France pour la langue et l’Académie, Haïti pour la naissance et la jeunesse, le Québec pour le pays où il a écrit son autobiographie américaine, ensemble de dix romans qui l’a fait connaître.
Nous sommes allés le rencontrer à Montréal et à Québec à l’occasion de l’essayage de son habit d’académicien, avec son couturier Jean-Claude Poitras, son tailleur Marc Patrick Chevallier, sa brodeuse Jeanne Bellavance, dans sa bibliothèque personnelle, au salon du livre de Québec.
Parmi ceux qui nous parlent de lui : des Québécois, Bernard Pivot, invité d’honneur du Salon du livre de Québec, l’éditeur Rodney Saint-Éloi et le poète et universitaire spécialiste des « écritures migrantes » Pierre Nepveu.

Bientôt les barbecues

Mot du jour : BARBECUE, mot d’origine taïno d’Haïti selon Le Robert, partenaire de La Semaine de la langue française (14-22 mars), un partenaire qui met l’accent sur « les mots qui voyagent ».
Pour Le Grand Robert « barbecue » est un mot qui vient de l’anglais de 1697, venu lui-même de l’espagnol du Mexique « barbacoa », qui lui-même l’a emprunté au haïtien.

Contrairement au Robert, le TLF (Trésor de la langue française) situe l’origine de « barbecue » chez les Arawaks, précisant « le terme est parvenu aux USA par les États du sud qui l’ont emprunté à l’hispano-américain « barbacoa » attesté, au sens de « dispositif pour faire rôtir les viandes en plein air », en 1518 (…) d’origine arawak.» [Arawaks : famille linguistique qui compte parmi elle les Kali’na de Guyane et d’autres pays d’Amérique latine].

Dans un communiqué des éditions Le Robert, publié à l’occasion de la Semaine de la langue française, apprécions ces mignardises pour la langue :
« Les grands rendez-vous avec l’histoire ont laissé leur empreinte en français : l’arabe au Moyen Âge (alambic, alchimie, algèbre, chiffre, coton, élixir, zéro…), les langues d’Amérique au retour des voyages de découverte (cacao, maïs, tabac, tomate…), l’italien à la Renaissance (altesse, artisan, bandit, banque, courtisan…), l’arabe à nouveau au cours de la colonisation (barda, baroud, bled, clebs, flouze, guitoune…) et, plus récemment, l’anglais (biopic, blog, buzz, cougar, cupcake, selfie, sex toy…). »
Quelques origines inattendues : « crevette » est un mot qui vient du normand, « caviar », du turc, et « banane » du bantou.

Sika Fakambi, traductrice qui augmente et « étrange» le français

Dans ce bel entretien mené par Daniel Morvan, publié dans le quotidien breton Ouest-France du 20/08/2014, Sika Fakambi, doublement récompensée (Prix Baudelaire et Prix Laure Bataillon) pour sa traduction du roman Notre quelque part du Ghanéen Nii Ayikwei Parkes (Zulma), revient certes sur le défi du passage d’une langue littéraire à l’autre, mais surtout sur les mondes que ce passage fait éclore, révèle et pourquoi cette coexistence nous est nécessaire.

Extraits :
L’enfance béninoise d’une traductrice :
« Parce que cette époque-là, c’est aussi celle où j’ai pris conscience que je pouvais parler différentes langues et différents français — selon que je m’adressais en français à mon frère, ma sœur ou mes parents (un couple mixte), en mina à ma grand-mère paternelle (qui vivait avec nous), en français de France à mes oncles, tantes et cousines parisiens lorsqu’ils venaient nous rendre visite ou que nous allions les voir.
En fon ou en français fongbétisé à mes cousins et copains béninois ou métis de Ouidah et Cotonou, en fon aux vendeuses de rue ou aux ouvriers de l’atelier de menuiserie que nous avions au fond du jardin, en fon très simplifié aux bouviers peuhl menant leur vaches dans les champs derrière la maison…
Alors je dirais que, en ce qui concerne le fait, pour moi, de traduire, tout s’est sans doute décidé là-bas, dans cette enfance entre les langues et les cultures, et dont j’ai aimé précisément cela : « être entre ». Et pour traduire ce texte-là, c’est sûrement aussi de cela que je me suis servi. »

La traduction :
« Traduire, cela peut aussi être augmenter le français, « étranger le français ». Faire entendre un français plus vaste qu’on ne nous le fait croire ou qu’on ne veut bien l’admettre : un français qui peut contenir des multitudes. »

[Congo, J-1] : Faire sa valise…

À la veille d’une Rencontre internationale d’art contemporain, organisée aux Ateliers Sahm de Brazzaville et avant de s’embarquer pour un atelier de critique d’art, ce 4 septembre, donc demain, il s’agit de faire sa valise…

Valise muette :

Mot-valise :

En haut, la couverture de la BD de Shaun Tan, Là où vont nos pères (Dargaud, 2007), remarquable récit graphique mais muet sur l’exil. Ci-dessus, une photo-montage de l’artiste polonaise Beata Bieniak.

Grappe de valises :

Ci-dessous, la couverture du livre de Fabrizio Gatti, Bilal sur la route des clandestins (Liana Levi, 2008), le récit d’un journaliste infiltré parmi les clandestins de Dakar à Lampedusa.

La Boîte-en-valise, de Marcel Duchamp

La boîte-en-valise (1936-1968) est conçue comme un musée portatif, autour de l’univers condensé de la boîte des surréalistes et du principe de cabinet de curiosité. L’œuvre est composée d’une valise contenant 69 reproductions des principales œuvres de Duchamp, dont de nombreuses photographies et les répliques miniatures des ready-made La Fontaine et Grand Verre. (Wikipédia)

[Congo, J-6] : Écarts de pensée

« Bien sûr chacun voit son XXIe siècle comme il veut… j’y perçois, quant à moi, ce risque que, en se mondialisant, la culture finisse par perdre toute possibilité d’écart. C’est la raison de fond de mon travail : faire barrage à cette sorte de basic de la pensée, de Habermas infini, qui est en train de se répandre et de rendre impossible _ ou ce qui retourne au même, j’en reviens à ce terme : inintéressante. Car qu’est-ce qui féconde la pensée sinon ses écarts – écarts de langue, d’histoire, de position ? C’est seulement à partir d’écarts, en effet, qu’on peut penser. Or, voilà que cette civilisation, qui avait acquis une telle originalité en se développant si loin de la nôtre, se couche aujourd’hui sous la nôtre, adoptant nos catégories « d’esthétique », nos catégories logiques, etc. Jusqu’à se rendre méconnaissable à elle-même et cela à son insu. »

François Jullien, Thierry Marchaisse, Penser d’un dehors (la Chine), Entretiens d’Extrême-Orient, Seuil, 2000

[Congo, J-9] : Le rêve de Martin Luther King a 50 ans

Il y a cinquante ans, le 28 août 1963, Martin Luther King proférait son célèbre discours I have a dream (« Je fais un rêve ») sur son espérance d’une société égalitaire entre Noirs et Blancs. Le discours fut prononcé sur les marches du Lincoln Memorial pendant la Marche vers Washington pour le travail et la liberté.

par Texwolf

Extrait : « Je vous le dis aujourd’hui mes amis, bien que nous devions faire face aux difficultés et aux frustrations du moment, j’ai tout de même fait un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. Je fais le rêve qu’un jour cette nation se lève et vive la vraie signification de sa croyance : nous tenons ces vérités comme évidentes que tous les hommes naissent égaux. Je fais le rêve qu’un jour, sur les collines de terre rouge de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je fais le rêve qu’un jour, même l’État de Mississippi, un désert étouffant d’injustice et d’oppression, sera transformé en oasis de liberté et de justice. Je fais le rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau mais à la mesure de leur caractère. J’ai fait ce rêve aujourd’hui. J’ai fait un rêve qu’un jour l’État de l’Alabama, dont le gouverneur actuel parle d’interposition et de nullité, sera transformé en un endroit où les petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs… Et si l’Amérique est une grande nation ceci doit se faire… »

A noter en télévision, sur France Ô ce 28 août à 22h35 : Martin Luther King, la voie de la liberté, un documentaire d’Ingrid Angeloglou.

et la biographie d’Alain Foix, Martin Luther King, ed. Gallimard, coll. Folio :

et l’interview d’Alain Foix sur le site de RFI : « Son action non-violente visait à éviter le pire. Une position totalement humaniste, qui trouvait dans la part noire des blancs et dans la part blanche des noirs un dénominateur commun pour ce qu’il appelle l’Américain : on est Américain avant d’être noir et blanc. Partant, il a fermé la porte à toute cette mythologie « négriste » des Black Muslims qui a continué avec les Black Panthers. »

La BPI de Paris consacre un dossier à Martin Luther King.

Les murs… Gliss——-slaaaaaaaaam……

Les réflexions d’Edouard Glissant font des émules dans la scène slam. Cela n’a rien d’étonnant ni de stupéfiant, que du revigorant.

Ainsi le Collectif On A Slamé Sur La Lune présentera à Lille, le 17 décembre, une création slam poésie, musique et théâtre, « adaptation du livre fulgurant » (sic) d’Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau « Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi », dont nous avions dit ici les premiers effets.

D’autres murs, ceux de l’auditorium du Palais des Beaux Arts, accueilleront aussi l’exposition « HLM » (Hors Les Murs) de Frédéric Ebami, graph designer de l’agence et dieu CREA (resic).

Ces interventions s’inscrivent dans un festival nomade, inauguré à Lille ce jour-là, puis en partance pour Paris, Marseille, Bordeaux, Nantes, Toulouse, New-York, La Havane, Santiago, Montréal, Toronto, et Johanesburg.

Pour le lancement du festival, le Collectif On A Slamé Sur La Lune investira le Palais des Beaux-Arts de Lille, dans le cadre de la semaine des Droits de l’Homme, et proposera au public un temps fort artistique de reflexion et débat citoyen sur la notion des « Murs », « qui nous entourent, nous emprisonnent, nous enferment sur nous-mêmes, ceux qu’on abat et qu’on dépasse aussi, pour trouver, rencontrer l’Autre et le miracle de l’altérité ».

Au menu : projection du film « Nous avons bu la même eau » en présence du réalisateur franco-arménien Serge Avedikian (génocide armémien) ; débat avec le cinéaste et Léonora Miano (Goncourt des lycéens 2006), Nathaly Coualy (comédienne), Rost (artiste et président de l’association 
Banlieues Actives).

À l’école, après le  » tout- français « …

Outre-mer, la rentrée scolaire se conjugue à tous les temps, passé, présent et futur…

Sans insister sur la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna (année scolaire 2009, du 19 février au 11 décembre), les Polynésiens comme les Réunionnais sont rentrés depuis quelques jours déjà. A la veille de la rentrée dans l’Hexagone et aux Antilles, à une semaine de la rentrée scolaire en Guyane, à une dizaine de jours de la rentrée à Saint-Pierre et Miquelon, signalons la sortie de l’ouvrage Vers une école plurilingue dans les collectivités françaises d’Océanie et de Guyane, sous la direction de Jacques Vernaudon et Véronique Fillol (L’Harmattan).

Ce recueil, qui résulte d’une rencontre de professionnels de l’éducation et des langues à Nouméa en 2007 à Nouméa, est présenté ainsi par l’éditeur :

 » Les collectivités françaises d’Océanie et de Guyane comptent plus de soixante-dix langues au total parlées sur l’ensemble de leur territoire, dont une cinquantaine reconnues comme  » langues régionales de France « . Certaines de ces langues sont progressivement intégrées dans les programmes d’une école outre-mer, héritière du modèle éducatif national, qui prônait le  » tout-français « . Cet ouvrage dresse un état des lieux des actions menées dans ces collectivités en matière d’enseignement plurilingue depuis une trentaine d’années.  »