Jours brûlants kokushobi… et après

「酷暑日」という言葉の存在を知りました。

Je découvre l’existence du terme japonais « kokushobi » : « journée cruellement chaude ».

Le Monde, relayant une dépêche de l’Agence France-Presse, en a fait un titre, dans un article en accès libre : « « Kokushobi » : le Japon invente le terme de « journées cruellement chaudes » pour décrire les températures de plus de 40°C ».

Il existait déjà les termes de « natsubi » (journée d’été 25°C+), « manatsubi » (journée de plein été 30°C+) et « mōshobi » (journée férocement chaude 35°C+), comme le raconte le site (en français) Nippon.com

C’est à l’issue d’un sondage grand public que l’Agence météorologique japonaise (JMA) a choisi officiellement « kokushobi », le 17 avril dernier (le terme circulait déjà dans l’usage courant). Parmi 13 termes proposés, il y a eu 478 296 réponses au questionnaire.

Signe des temps du réchauffement climatique, le Japon nous montre la voie : nommer, c’est s’habituer, entériner.

C’est en 2007 que le Japon a adopté « mōshobi », l’étape de la férocité. Le pays franchit donc un nouveau pas, avec l’étape de la cruauté.

Photo publiée sur le site The Japan Times, 17/04/2026

Pour la suite, si l’on continue sur la lancée, car pourquoi s’arrêter, les mots existent déjà. Parmi les treize évoqués dans le questionnaire, pour les températures de 40°C, recyclons-les pour les températures de 45°C et au-delà (années 2050) :  超猛暑日 (chōmōshobi), arrivé deuxième au sondage (journée de super-canicule ou de canicule extrême). Ou encore gokushobi (極暑日, journée de chaleur extrême), qui est arrivé en troisième position.

Plus bas dans le classement, pour les températures de 50°C et plus (années 2070-2100), un terme pourrait convenir : « 炎暑日(enshobi) », « 炎 : en » étant le brasier, avec deux fois le kanji du feu 火, disons donc « journée doublement brûlante » ou « journée du four ardent », pour sa poésie sèche.

le vendeur d’éventails

風一荷になふ暑さや団扇売
Kaze ikka ninau atsusa ya uchiwa-uri

Haïku célèbre d’un poète méconnu du nom de Kakô.

Traduction littérale :

Une charge de vent sur le dos —
quelle chaleur ! —
le vendeur d’éventails. 

que le poète et traducteur français Philippe Jaccottet a traduit ainsi :

Le vendeur d’éventails 

Portant son faix de vent :

Comme il fait chaud !

in

Haïku, présentés et transcrits par Philippe Jaccottet, Fata Morgana, « Les immémoriaux », 1996

traduit du japonais en anglais par Reginald Horace Blyth

puis traduit de l’anglais en français par Philippe Jaccottet. 

Version anglaise :

The fan-seller;

A load of wind he carries;—

Ah, the heat !

Estampe de type ukiyo-e, signée Suzuki Harunobu (1725-1770) : « le vendeur d’éventails ». Musée d’Edo-Tokyo.
La Japonaise, Claude Monet, Musée des Beaux-Arts de Boston
« Ce tableau, pendant à « Camille (Femme en vert) » exposé au Salon de 1886, représente une femme vêtue d’un luxueux uchikake (kimono extérieur) brodé, posant avec un éventail. Seize éventails, accessoires emblématiques de l’esthétique japonaise alors en vogue, sont représentés, soulignant l’atmosphère exotique de la scène. Monet lui-même collectionnait l’art et l’artisanat japonais. »

La poésie, selon Philippe Jaccottet : archives INA, 1974.

« Halte ! Haïku » voyage au Néolithique

L’équipe de Halte!Haïku vous propose un numéro caniculaire mais presque. 

Vous pourrez lire dans cette 16e édition datée du 30 mai 2026 un florilège des haïkus écrits pendant la balade de printemps, dont certains en arabe, preuve s’il en fallait que les frontières sont des inventions humaines plutôt que poétiques. Un carnet de terrain donne quelques à-côtés, sans tout dévoiler. 

Si le cœur vous en dit, peut-être que la balade-haïku d’été, prévue le 21 juin, vous tentera. 

Balade-haïku, printemps 2026. Bois Bruneau

Détails pratiques et pédagogiques dans ce numéro de Halte!Haïku n°16 (à télécharger ci-dessous) bouclé au lendemain de la disparition d’Edgar Morin, à l’âge de 104 ans.

Poètes universitaires au risque de l’entre-soi 

« Beaucoup de grands poètes d’aujourd’hui sont aussi des universitaires » , écrit Gabriel Vittorio dans cet article du blog Littérature Portes ouvertes.

Après une série de portraits concis (Jean-Michel Maulpoix, Béatrice Bonhomme, Jean-Yves Masson, Patrick Quillier, Michèle Finck, Yves Charnet, Claude Ber, Jean-Claude Pinson, Pierre Vinclair), il attire notre attention sur l’université comme lieu de discussion de la poésie (cf les séminaires de littérature notamment d’Helene Cixous (lien) ou d’Arno Bertina, cette année à l’EHESS) et sur le revers de la médaille : l’entre-soi.

« La figure du poète-universitaire révèle finalement une évolution profonde de la poésie contemporaine. Dans une société où la poésie a perdu sa centralité sociale, l’université est devenue l’un des rares lieux où elle peut encore être étudiée, transmise, discutée avec intensité.

Mais le danger existe aussi : celui d’une poésie écrite principalement pour un milieu déjà convaincu, circulant dans des cercles restreints, parlant parfois davantage aux spécialistes qu’aux lecteurs ordinaires. Le risque d’endogamie esthétique n’est pas imaginaire. Il faut éviter que les poètes-universitaires ne se lisent qu’entre eux, ne s’étudient qu’entre eux, ne s’invitent et ne se publient qu’entre eux. »

On peut lire l’article ici :

beautéclosion du mot-valise

Les mots voyagent, c’est bien connu. On a même inventé le « mot-valise ». Principe 1/2 + 1/2 = un. 

Exemples : avec français et anglais a été créé « franglais », avec information et obésité : « infobésité ». Mais tous les mots-valises ne franchissent pas le stade de l’expérimentation. « Courriel » (courrier + électronique » a bien du mal face à « mail ». 

Dernier en date, venu du Québec : « beautéclosion » est défini comme la « Transformation progressive et perceptible par laquelle une personne s’épanouit, devient plus attirante et gagne en confiance ». C’est l’un des fruits d’un « Concours de créativité lexicale ».

« Beautéclosion » va-t-il supplanter « confiance en soi », « estime de soi », « beauté intérieure » ? Ça va être dur…

Pour en savoir plus, consulter la Vitrine linguistique du Québec.

« Halte ! Haïku », n°15

En trois pages, ce nouveau numéro de « Halte ! Haïku », le 15ᵉ, accompagne la prochaine balade-haïku de printemps, samedi 2 mai 2026.

Randonneurs sur le Kumano Kodô (Japon)

Cette édition est plus théorique que les précédentes, auxquelles vous pourrez vous reporter pour des exemples détaillés ou des comptes rendus de balades.

Ici, vous lirez, si le cœur vous en dit, quelques notes prises au fil des saisons, sous forme d’une poétique des balades-haïkus. 

Puis la présentation de deux anthologies qui mettent en évidence, chacune à sa manière, ce qui fait l’esprit du haïku, pris entre l’immuable et l’éphémère. 

Une façon de dire que le marcheur n’a besoin que de deux guides, un pour ses préparatifs (une bonne anthologie), un pour sa marche : sa propre sensibilité.

Lien pour télécharger le pdf en cliquant ici ⤵️ (3 pages, 1,7 Mo

Haïku du Sénégal

Du ciel à la terre

Soleil d’été sur la peau

Odeur du milieu

signé Mouhamadou Sy, lauréat du concours annuel du haïku, dont la 38e édition était organisée par l’ambassade du Japon au Sénégal. Instituteur de métier, il a aussi : «  expliqué avoir voulu, à travers ce texte, évoquer à la fois la nature, la saison estivale et des réalités africaines perceptibles à travers les sens ». Son haïku a été choisi par le jury parmi 450 productions.

Source : Agence de presse sénégalaise (APS).

l’Écrit dans la fournaise numérique

Faire du monde, un spectacle ; du citoyen, un spectateur. Être conscient de cette nouvelle condition très contemporaine : cette lucidité n’est pas une blessure proche du soleil. Dans la fournaise numérique, l’un des rares espaces de résistance est l’Écrit. Oui, l’Écrit résiste. C’est une forme de résistance. Quand il suspend le flux, ralentit le soliloque iconique, déploie sa forme dans la haute conscience de son rôle, il œuvre en bien commun. Celui, celle qui écrit – et écrire bien, bien écrire, c’est habiter ce monde défait, décousu – et celui, celle qui lit font œuvre commune. Ce n’est pas rien.