Πρώτες εντυπώσεις της Θεσσαλονίκης

Loizos Sergiou (Chypre, 1951-), « Pêcheur », 1979, Fondation des arts Tellogleion, Thessalonique.

Έφτασα το βράδυ της Πέμπτης.

Ήρθα για μερικές μέρες μαθήματα ελληνικών.

Μένω σε σπίτι ντόπιων στα ανατολικά της πόλης, κοντά στο Στάδιο Τούμπας. 

Απέχει από το κέντρο αλλά είναι οικονομικό. Και είναι ενδιαφέρον να ζει κανείς σε μια γειτονιά μικτή, κατοικημένη και δημοφιλής.

Επισκέφθηκα πολλά μουσεία, την αγορά Καπάνι, το Επταπύργιο.

Έφαγα τυρόπιτα, σπανακόπιτα, ένα γιαούρτι με φρούτα και χαλβά από ολικής άλεσης σουσάμι.

Ο μπακάλης της αγορά Καπάνι μού είπε ότι οι Ηνωμένες Πολιτείες και το Ισραήλ είχαν βομβαρδίσει το Ιράν το πρωί του Σαββάτου.

Είπα σε μια φουρνάρισσα ότι η τυρόπιτά της ήταν εξαιρετική. Γέλασε πολύ.

Έφαγα μια νόστιμη χταποδοσαλάτα στην Άνω Πόλη. 

Τρεις γάτες της γειτονιάς με κοίταζαν να τρώω το χταπόδι.

Ανάμεσα στις πολυκατοικίες της κάτω πόλης, επισκέφθηκα τη Μονή Αγίας Θεοδώρας. Είναι ένα σημαντικό προσκύνημα της Ελληνική Ορθόδοξη Εκκλησία. Καταστράφηκε από την πυρκαγιά του 1917 (χίλια εννιακόσια δεκαεπτά) και στη συνέχεια ανακατασκευάστηκε. 

Είδα μια γυναίκα να μπαίνει στην εκκλησία και να φιλάει την εικόνα της Αγίας Θεοδώρας ως ένδειξη προσκύνησης.

Αγόρασα ένα ελληνικό βιβλίο και έναν χάρτη της πόλης.

Άκουσα συζητήσεις στο λεωφορείο ανάμεσα σε άγνωστα άτομα. Μιλούσαν μεταξύ τους σαν να γνωρίζονταν.

Αγόρασα ένα τουριστικό T-shirt με τυπωμένο επάνω τον Λευκός Πύργος.

Στο Εβραϊκό Μουσείο Θεσσαλονίκης έμαθα ότι: «Το 1943 (χίλια εννιακόσια σαράντα τρία), περίπου 46.000 (σαράντα έξι χιλιάδες) Εβραίοι της Θεσσαλονίκης εκτοπίστηκανσε στρατόπεδα εξόντωσης στην Πολωνία. Τα υπάρχοντά τους λεηλατήθηκαν. Οι συναγωγές και το παλιό κοιμητήριο της πόλης καταστράφηκαν

Ζαλίστηκα όταν το έμαθα.

Άκουσα τραγούδια στα λαντίνο, διάβασα κορανικές επιγραφές μέσα στο Σπίτι-Μουσείο Ατατούρκ.

Έγραψα ένα χαϊκού για τις ανθισμένες κερασιές και έναν χαρταετό αιχμάλωτο των τειχών της ακρόπολης.

Ήμουν στην Πλατεία Αριστοτέλους κατά τη διάρκεια του λεπτού σιγής για τα 57 (πενήντα επτά) θύματα της σιδηροδρομικής σύγκρουσης στα Τέμπη, πριν τρία χρόνια.

 Ύστερα είδα διαδηλωτές black-block να τρέχουν. Αναποδογύρισαν κάδους απορριμμάτων. Πολλοί αστυνομικοί, πεζοί ή με μηχανές, τους καταδίωκαν.

Ο ποιητής Βασίλης Κολτούκης ευχήθηκε «Καλό μήνα!» στους φίλους του στο Facebook. Παράθεσε έναν άλλο ποιητή, τον Νίκο Καρούζο, ένας αντιφασίστας και υπαρξιακός ποιητής.

 Έγραψε στα μέσα του προηγούμενου αιώνα:

« Βγάλε ψυχή μου τραγούδι
να πολεμήσω την Άνοιξη.
Ξένος είμαι στο σπίτι μου
ξένος στους δρόμους
με λένε Γιάννη δεν έχω τίποτα δικό μου. »

Αυτή τη στιγμή, στη Θεσσαλονίκη, ο άνεμος είναι κρύος αλλά οι άνθρωποι είναι ζεστοί.

Την 1η (πρώτη) Μαρτίου λέμε «Καλό μήνα!»

Yang Yongliang (Shanghaï, 1980-), Impression numérique de la série « Greece [2009], MOMus-Musée d’art contemporain, Thessalonique.

Premières impressions de Thessalonique

Tu es arrivé jeudi soir.

Tu es venu pour quelques jours de cours de grec. 

Tu loges chez l’habitant à l’Est de la ville, près du stade Toumba.

C’est loin du centre mais c’est bon marché. Et c’est intéressant de vivre dans un quartier mixte, résidentiel et populaire.

Tu as visité plusieurs musées, le marché Kapani et l’Heptapyrgion. 

Tu as mangé des tyropita (tourte au fromage feta), des spinakopita (tourte aux épinards), un yaourt aux fruits et du halva au sésame complet.

L’épicier du marché Kapani t’a appris que les Etats-Unis et Israël avaient bombardé l’Iran samedi matin. 

Tu as dit à une boulangère que sa tyropita était excellente. Elle a beaucoup ri.

Tu as mangé une salade de poulpe délicieuse dans la vieille ville.

Trois chats du quartier t’ont regardé manger le poulpe. 

Entre les immeubles de la ville basse, tu as visité le monastère Sainte-Théodora. C’est un important sanctuaire de l’Église orthodoxe grecque. Il a été détruit par l’incendie de 1917 puis reconstruit. 

Tu as vu une femme entrer dans l’église et donner un baiser à l’icône de Sainte-Théodora en signe de vénération.

Tu as acheté un livre grec et un plan de la ville.

Tu as entendu des conversations dans le bus entre des personnes inconnues. Elles se parlaient comme si elles se connaissaient. 

Avec ce titre en caractères latins, le journaliste grec Stefanos Tsitsopoulos rend hommage au « flâneur » de Baudelaire…

Tu as acheté un T-shirt pour touristes avec la Tour Blanche imprimée dessus. 

Au musée juif, tu as appris qu’ : « En 1943, environ 46 000Juifs de Thessalonique ont été déportés vers des camps de la mort en Pologne. Leurs biens ont été pillés. Les synagogues et l’ancien cimetière de la ville ont été détruits. »

Tu as eu le vertige en l’apprenant.

Tu as écouté des chansons en ladino, tu as lu des écritures coraniques dans la maison-musée d’Atatürk.

Tu as écrit un haïku sur les cerisiers en fleurs et un cerf-volant captif des remparts de l’acropole.

Tu étais place Aristote lors de la minute de silence en mémoire des 57 victimes de la collision ferroviaire de Tempi, il y a trois ans. Ensuite, tu as vu courir des manifestants black-block. Ils ont renversé des poubelles. Beaucoup de policiers à pied ou à moto les poursuivaient.

Le poète Vassilis Koltoukis a souhaité Kalo mina ! (« bon mois ») à ses amis Facebook. Il a cité un autre poète, Nikos Karouzos, poète anti-fasciste et existentiel. Il a écrit au milieu du siècle dernier : 

« Sors, mon âme, un chant

pour combattre le printemps.

Je suis étranger dans ma maison

étranger dans les rues

on m’appelle Yannis, je n’ai rien qui m’appartienne. »

En ce moment, à Thessalonique, la fraîcheur vient du Vardaris, le vent du Nord, mais les gens sont chaleureux.

Le 1er mars, on se dit : « Kalo mina ! »

sans but je marche



il y a un siècle, le poète et moine Santôka continuait son bonhomme de chemin, les préférant (les chemins) à une vie rangée, lui qui savait conjuguer zen, saké et haïku, notant ses étapes dans l’exquise sobriété d’un poème de trois lignes, comme celui-ci qui tombe à pic en ce week-end de superlune :

正月三日お寺の方へぶらぶら歩く
(Shōgatsu mikka otera no kata e burabura aruku)

troisième jour du premier mois
dans la direction du temple
sans but je marche

(« Santoka, journal d’un moine zen », CHENG Wing fun et Hervé Collet, Moundarren, 2003, 2013)

Si Santôka nous autorise, écrivons :

le moine errant va –

son tracé en trois lignes

sous la lune froide

l’hiver, écrire dehors

 « Le paysage s’offre en cristal vertical radical, piqueté de myriades de petites aiguilles, de paillettes et de spicules d’un blanc… comment dire… d’un blanc de page blanche. »

Extrait de Poètes givrés, prélude à notre rendez-vous du 25 janvier 2026.

Cette écriture du dehors nous saisit autant que l’hiver nous saisit. Une saison associée au froid, à la solitude comme aux moments de retrouvailles autour du feu.
Par ses extrêmes, c’est la saison d’une écriture de haute intensité.
Pour les détails de la prochaine balade-haïku d’hiver, consulter Halte ! Haïku nº14.

Le pin, sa rumeur, son calme et son tourment

La lecture est une zone de convergences. Par exemple, entre la rumeur du pin, venue du Japon, de l’ère Edo, et son calme et son tourment, dans une œuvre de littérature contemporaine, écrite en français par Céline Minard.

Dans son roman Tovaangar (Rivages, 2025),  le lecteur accompagne son héroïne, Ama, qui découvre « le jardin-monde Huntington », et lit p. 520 : 

« Elle avançait éberluée, interpellée à chaque tournant. L’espace était saturé de silhouettes et de discours disparates. C’était joyeux. »

Puis, deux pages plus loin : 

« Une forêt de bambous coupait leur avancée d’ogres. Haute, martiale et frémissante, elle traçait vers un vallon herbeux au bord duquel elle s’arrêtait aussi net qu’elle avait pris son élan au milieu des Ficus.

Un Pin miniature occupait le terrain. L’eau coulait à son pied. Une pelouse rase l’encerclait. La figure épurée, le port complexe, étagé, il distribuait des dizaines de directions, et les rassemblait dans son tronc. Son calme et son tourment imposaient beaucoup de silence aux alentours. L’ombre de chacune de ses aiguilles se découpait noire sur la toile verte. Dans un creux plus profond, une Carpe tâtait l’eau d’une mare de sa bouche timide. »

Puis le lecteur avance encore dans un paysage qu’il dévore, enchanteur. Alors, il laisse venir, revenir la poésie de Bashô (Japon, 1644-1694), qui aimait apprendre du pin :

松のことは松に習え、

竹のことは竹に習え。

qui se dit : 

Matsu no koto wa matsu ni narae, 

take no koto wa take ni narae.

ce qui signifie : 

Ce que c’est qu’un pin, apprends-le du pin. 

Ce que c’est que le bambou, apprends-le du bambou.

[Matsuo Bashô (1644-1694), Les Trois Livres.]

Alors, vient dans le même fil, un poète antérieur, Uejima Onitsura (Japon, 1661-1738), écrivant :

涼風や虚空に満ちて松の声

Suzukaze ya 

kokū ni michite 

matsu no koe

ce qui donne, dans une traduction de Roger Munier (Haïkus des quatre saisons, éditions du Seuil, 2010) :

La brise fraîche

emplit le vide du ciel

de la rumeur du pin 

alors, le lecteur avance encore dans le texte-paysage de Tovaangar et, page 525, tombe sur cette phrase qui émerveille tout ce qui précède :

« Ama donnait au monde une forme nouvelle. »