Poètes universitaires au risque de l’entre-soi 

« Beaucoup de grands poètes d’aujourd’hui sont aussi des universitaires » , écrit Gabriel Vittorio dans cet article du blog Littérature Portes ouvertes.

Après une série de portraits concis (Jean-Michel Maulpoix, Béatrice Bonhomme, Jean-Yves Masson, Patrick Quillier, Michèle Finck, Yves Charnet, Claude Ber, Jean-Claude Pinson, Pierre Vinclair), il attire notre attention sur l’université comme lieu de discussion de la poésie (cf les séminaires de littérature notamment d’Helene Cixous (lien) ou d’Arno Bertina, cette année à l’EHESS) et sur le revers de la médaille : l’entre-soi.

« La figure du poète-universitaire révèle finalement une évolution profonde de la poésie contemporaine. Dans une société où la poésie a perdu sa centralité sociale, l’université est devenue l’un des rares lieux où elle peut encore être étudiée, transmise, discutée avec intensité.

Mais le danger existe aussi : celui d’une poésie écrite principalement pour un milieu déjà convaincu, circulant dans des cercles restreints, parlant parfois davantage aux spécialistes qu’aux lecteurs ordinaires. Le risque d’endogamie esthétique n’est pas imaginaire. Il faut éviter que les poètes-universitaires ne se lisent qu’entre eux, ne s’étudient qu’entre eux, ne s’invitent et ne se publient qu’entre eux. »

On peut lire l’article ici :

beautéclosion du mot-valise

Les mots voyagent, c’est bien connu. On a même inventé le « mot-valise ». Principe 1/2 + 1/2 = un. 

Exemples : avec français et anglais a été créé « franglais », avec information et obésité : « infobésité ». Mais tous les mots-valises ne franchissent pas le stade de l’expérimentation. « Courriel » (courrier + électronique » a bien du mal face à « mail ». 

Dernier en date, venu du Québec : « beautéclosion » est défini comme la « Transformation progressive et perceptible par laquelle une personne s’épanouit, devient plus attirante et gagne en confiance ». C’est l’un des fruits d’un « Concours de créativité lexicale ».

« Beautéclosion » va-t-il supplanter « confiance en soi », « estime de soi », « beauté intérieure » ? Ça va être dur…

Pour en savoir plus, consulter la Vitrine linguistique du Québec.

« Halte ! Haïku », n°15

En trois pages, ce nouveau numéro de « Halte ! Haïku », le 15ᵉ, accompagne la prochaine balade-haïku de printemps, samedi 2 mai 2026.

Randonneurs sur le Kumano Kodô (Japon)

Cette édition est plus théorique que les précédentes, auxquelles vous pourrez vous reporter pour des exemples détaillés ou des comptes rendus de balades.

Ici, vous lirez, si le cœur vous en dit, quelques notes prises au fil des saisons, sous forme d’une poétique des balades-haïkus. 

Puis la présentation de deux anthologies qui mettent en évidence, chacune à sa manière, ce qui fait l’esprit du haïku, pris entre l’immuable et l’éphémère. 

Une façon de dire que le marcheur n’a besoin que de deux guides, un pour ses préparatifs (une bonne anthologie), un pour sa marche : sa propre sensibilité.

Lien pour télécharger le pdf en cliquant ici ⤵️ (3 pages, 1,7 Mo

Haïku du Sénégal

Du ciel à la terre

Soleil d’été sur la peau

Odeur du milieu

signé Mouhamadou Sy, lauréat du concours annuel du haïku, dont la 38e édition était organisée par l’ambassade du Japon au Sénégal. Instituteur de métier, il a aussi : «  expliqué avoir voulu, à travers ce texte, évoquer à la fois la nature, la saison estivale et des réalités africaines perceptibles à travers les sens ». Son haïku a été choisi par le jury parmi 450 productions.

Source : Agence de presse sénégalaise (APS).

l’Écrit dans la fournaise numérique

Faire du monde, un spectacle ; du citoyen, un spectateur. Être conscient de cette nouvelle condition très contemporaine : cette lucidité n’est pas une blessure proche du soleil. Dans la fournaise numérique, l’un des rares espaces de résistance est l’Écrit. Oui, l’Écrit résiste. C’est une forme de résistance. Quand il suspend le flux, ralentit le soliloque iconique, déploie sa forme dans la haute conscience de son rôle, il œuvre en bien commun. Celui, celle qui écrit – et écrire bien, bien écrire, c’est habiter ce monde défait, décousu – et celui, celle qui lit font œuvre commune. Ce n’est pas rien.

fleurs de cerisiers

世の中は桜の花となりにけり

(Yo no naka wa 

sakura no hana to 

nari ni keri)

ce monde
n’est plus que
fleurs de cerisiers

Ryokan, Ah! Le printemps, traduction du japonais Cheng Wing fun & Hervé Collet, éditions Moundarren (1991, 2007)

En grec :

Αυτός ο κόσμος 

δεν είναι παρά μόνο 

άνθη κερασιάς.

Trad. et photo Vassilis Koltoukis

le vide s’apprend en le traçant

.

L’immense volume intérieur de la Rotonde de Thessalonique (Grèce actuelle) éclairé par une lumière chatoyante de fin d’hiver laisse le visiteur à ses questions. 

Conçu pour être le mausolée d’un empereur romain, cet édifice bâti sur l’immensité d’un vide sidéral (30m de haut, 25m de diamètre) ne devint jamais mausolée mais successivement église chrétienne, mosquée (ainsi ce minaret qui a survécu à l’incendie de 1917), église grecque orthodoxe Saint-Georges et monument classé au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

Au Japon, avec le kanji 空 on écrit le ciel, le vide, la vacuité. La spiritualité du bouddhisme zen y convoque non pas le néant mais la Relation, un non-attachement (notamment aux identités fixes), une transformation du rapport de soi au monde. 

La Rotonde nous écrase et nous envahit de son vide sidéral. 

Le vide zen nous renvoie à nos questions.

Vie sous le ciel bleu

lumière et fumeroles —

univers derviche