世の中は 地獄の上の 花見かな
[yo no naka wa / jigoku no ue no / hanami kana]
Tous en ce monde
sur la crête d’un enfer
à contempler les fleurs !
(trad. fr. C.Atlan et Z. Bianu).

Issa, l’un des poètes majeurs du haïku classique, est mort il y a près de deux siècles après avoir écrit plus de 20 000 haïkus. Celui-ci date de 1808-1812. Il est empreint d’un fond religieux bouddhiste, dit de la « Terre pure » (Jōdo Shinshū), qui est le plus largement pratiqué au Japon en termes de fidèles, où le « monde » (yo no naka) est à la fois le lieu de la souffrance et de l’impermanence (mujō) et celui où s’exerce la grâce salvatrice d’Amida, le bouddha de la Lumière infinie, source de salut et de compassion, selon une interprétation traditionnelle.

Le hanami (contemplation des fleurs) n’annule pas l’enfer. Il le révèle par contraste. La beauté éphémère est d’autant plus précieuse qu’elle se déploie sur un fond de douleur. C’est une vision typique de la « Terre pure ». Il n’y a pas de fuite possible hors du monde, mais une conscience lucide de sa misère et de sa grâce simultanées.
Robert Hass l’a traduit en anglais ainsi :
In this world
we walk on the roof of hell,
gazing at flowers
Comment ne pas voir notre époque comme un écho de ce poème à la densité et à la sobriété remarquables, où dans un intervalle entre beauté et enfer s’exprime son immensité ?








