Bernard Pivot : « S’il n’y a pas de nouveaux candidats, Laferrière sera élu » [à l’Académie française]

Après l’annonce de la candidature de Dany Laferrière à l’Académie française, le plus célèbre chroniqueur littéraire français jusqu’en 2005, Bernard Pivot, estime que les chances de l’auteur de faire son entrée dans la vénérable institution sont très bonnes, ainsi que le rapporte Radio-Canada, dans son édition du 25 octobre :

« En entrevue vendredi à l’émission Pas de midi sans info avec Jacques Beauchamp, Bernard Pivot a salué la candidature de l’auteur québécois d’origine haïtienne, assurant qu’il voterait pour lui « s’il était membre de l’Académie » (Bernard Pivot est membre de l’Académie Goncourt).

« S’il n’y a pas de nouveaux candidats, Laferrière sera élu, c’est lui qui recevra le plus grand nombre de voix », a indiqué le journaliste et animateur.

« L’académie sera très sensible à sa candidature parce que c’est un homme de la francophonie et qu’il est noir. Les Noirs sont peu ou pas présents à l’Académie depuis Senghor. » [élu le 2 juin 1983]

L’élection pour succéder à Hector Bianciotti, décédé en 2012, aura lieu le 12 décembre prochain. Les deux autres candidats sont Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier [candidatures auxquelles s’ajoutent celles de Catherine Clément et Georges Tayar déposées précédemment, le 17 octobre, selon le site de l’Académie]. Le membre élu doit obtenir une majorité absolue des suffrages exprimés »

[« Le scrutin est direct, secret et requiert pour qu’un candidat soit élu qu’il ait recueilli la majorité absolue des suffrages (la moitié des voix exprimées plus une). Un scrutin ne peut avoir lieu qu’en présence d’un quorum de votants fixé à vingt. Si celui-ci n’est pas atteint, l’élection est renvoyée à huitaine. Si, ce jour-là, dix-huit académiciens au moins ne sont pas présents, l’élection est remise à une date ultérieure, selon l’Académie.]

Shibboleth, schibboleth, le retour et détour par l’art contemporain

Heureux de l’idée de Libération spécial FIAC 2013 de rapprocher l’actualité avec des œuvres d’art contemporain. C’est une performance de journal, une performance de lecture, inspirée, nous dit Gérard Lefort, par Alexis Jakubowicz et Jean-Brice Moutout, fondateurs de la revue NonPrintingCharacter.

Pour la Une Le concept de Cordelia, Détail, œuvre signée Benoît Maire (2010), choisie par Vincent Honoré, accompagne le titre sur Pôle Emploi et le chômage : « L’art de (ne pas) trouver un job »

Parmi les bonnes associations, je tombe sur Shibboleth, de Doris Salcedo (2000), proposée par Albertine de Galbert, directrice du réseau artesur.org, pour accompagner dans le Libé des Livres, une critique philosophique signée Robert Maggiori à propos des ouvrages d’Awel Honneth, notamment Un monde de déchirements. Théorie critique, psychanalyse, sociologie, édité en français par La Découverte.

Les déchirures du social sont ainsi rapprochées de la crevasse (de 167 m) creusée, exposée, dans le sol de la Tate Moderne, de Londres.

Et me renvoie aux mots schibboleth rencontrés aux Congo [Papalagui, 25/09/13].

Et montre que la critique d’art contemporain, son exposition par le texte, peut être une pensée élaborée, en phase avec les tremblements du monde.

 

Black Body is beautiful (chercheurs et artistes à Black Portraiture[s])

Le corps noir sous toutes les coutures, hier, aujourd’hui et demain… la profusion de thématiques abordées à Black Portraiture(s) a de quoi intéresser. Black Body in the West (la représentation du corps noir en Occident) est l’intitulé général de ces quatre journées de rencontres franco-américaines. Parmi les questions posées dans la présentation générale (détails sur le site Calenda) :

« Du XIXe siècle à nos jours, « Black Portraiture(s) » a pour objectif d’explorer les différents concepts de fabrication et outils d’auto-représentation ainsi que la notion d’échange à travers le regard, dans les domaines des arts plastiques et visuels, de la littérature, de la musique, de la mode et des archives. Comment sont exposées ces images, à la fois positives et négatives, qui définissent, reproduisent, et transforment la représentation du corps Noir ? Pourquoi et comment le corps Noir est-il devenu un produit négociable sur le marché mondial et quelle en est sa légitimité ? Tout aussi essentiel, quelles sont les réponses et les implications ? Comment la représentation du corps Noir pourrait-elle être libératrice tant pour le porteur de cette image que pour le regardant ? L’image du noir peut-elle être « déracialisée » afin d’encourager le regroupement culturel et favoriser la ré-appropriation et une expression diversifiée au-delà des limites de la race ? »

Parmi les thèmes déjà évoqués, notons les notions d’exotisme, de stéréotypes ou cet intitulé de table ronde : « Port de rêve : à la découverte du style, de la beauté et de l’élégance noirs », dont une exposition encore ouverte aujourd’hui à Paris nous donne un exemple éclatant, la Sape, ou Société des ambianceurs et personnes élégantes, dont l’épicentre est Brazzaville [voir Papalagui : « Mediavilla, grand sapeur », 16/01/13]. Sur ce phénomène de l’élégance ostentatoire, fierté d’être et magnifique pied de nez au laisser-aller, lire le livre d’Hector Mediavilla, S.A.P.E. (éditions Intervalles), préfacé par Alain Mabanckou, l’auteur de Black Bazar, mais aussi le tout récent essai de Dominic Thomas, enfin traduit en français, Noir d’encre (Black France) aux éditions La Découverte, qui consacre un chapitre important à la Sape. Dominic Thomas intervient cet après-midi au Quai-Branly sur le thème « Afropean Bodies » (corps afropéens) [voir site Calenda].

C’est aussi l’exemple de la Sape que nous avons pris pour illustrer Black Portraiture, dans ce reportage, tourné jeudi à l’École des Beaux-Arts (images : Massimo Bulgarelli, son : Daniel Quellier, montage : Claudine Soubeyre, complicité Sarra Ben-Cherifa), premier jour de la Conférence internationale (interviews de Deborah Willis, Diagne Chanel, Lydie Diakhaté et Hector Mediavilla, en présence du sapeur Arsène Touankoula, dit Allureux) :

Pour les deux dernières journées, rendez-vous au Musée du Quai-Branly. Ce samedi, notons parmi les titres de tables-rondes :

  • (Il)lisibilités : les éléments de lecture du corps noir
  • Exposer le corps noir
  • Érotismes noirs : nouvelles théories sur la race et le porno
  • Nommer et labéliser le corps noir
  • La beauté : de Joséphine à Maxime
  • L’universalisation du corps noir
  • Le cadre cinématographique et le corps noir
  • Jeunes femmes derrière la caméra

Lire l’article de Célia Sadai, La bourse des valeurs du New New Negro, dans La Plume francophone.

La vie sans fards, de Maryse Condé, entretien France-Culture

« Écrire ne facilite pas la vie », explique Maryse Condé dans cet entretien avec Sandrine Treiner et Augustin Trapenard, pour l’émission quotidienne (14h) de France-Culture, Les Bonnes feuilles où l’écrivaine guadeloupéenne est invitée pour son récit autobiographique, édité par JC Lattès lors de cette rentrée littéraire, La vie sans fards, dont la phrase incipit et déclic est : « Pourquoi faut-il que toute tentative de se raconter aboutisse à un fatras de demi-vérités ? » On recommande à la fois l’entretien et le livre…

Chronique Culture du 22 juin 2012

Cet été j’espère troquer mes guêtres pour des tongues, des claquettes (comme on dit à Nouméa) ou des savates deux doigts (comme on dit à la Réunion)… ainsi que raconté en chronique culture, sur France Ô ce vendredi 22 juin 2012.

1. J’irai à travers les vastes océans, en commençant par l’Indien du côté de l’Afrique du Sud et de Soweto avec le Buskaid Soweto String Ensemble, c’est-à-dire l’Ensemble à cordes de Soweto, écouté hier à la Cité de la musique à Paris, parmi un parterre de parents, d’enfants de toutes couleurs, et de mioches allaités entre deux cris aigus..

Buskaid ? Car en anglais to busk c’est faire de la musique dans les rues. Cette école de musique classique créée à la fin de l’apartheid en 1992 vient d’ajouter à son répertoire le compositeur français du 18e siècle, fils d’esclave, le Chevalier de Saint-Georges (Lire dans Le Monde l’article de Benoît Hopquin, Soweto et le musicien français fils d’esclave).

Dans le film de Mark Kidel, Soweto Strings, on voit le travail quotidien et quelques prestations, dansées ou simplement jouées comme les mélodies élégiaques pour orchestre à cordes op.34 du compositeur norvégien Edvard Grieg, ou des danses à deux quand l’orchestre joue Rameau.

L’ensemble à cordes Buskaid Soweto jouera dimanche salle Gaveau à Paris, et mardi à Toulouse.

2. Du symphonique au polyphonique, de l’Indien à l’océan Pacifique qui sera présent en Avignon, festival qui n’est pas que théâtre mais aussi danse avec Very Wetr spectacle d’un groupe très connu en Nouvelle-Calédonie depuis sa création il y a vingt ans lors du festival des arts du pacifique aux îles Cook.

Le Wetr est l’une des grandes chefferies de l’île de Lifou. Le groupe travaille depuis trois ans avec la chorégraphe Régine Chopinot, grande figure de la danse contemporaine. « Le spectacle est découpé en six tableaux de douze minutes. Sur scène, on est onze danseurs et Régine Chopinot. On a eu trois semaines de résidence-création en mai, à Hnathalo », a expliqué Joseph Hnamano aux Nouvelles Calédoniennes.

L’enjeu est une création qui part du registre traditionnel et guerrier, où les danseurs sont vêtus de tutus en pandanus, où les chants sont polyphoniques, les percussions végétales, pour créer Very Wetr, costumes Jean-Paul Gaultier.

3. Puis direction les Caraïbes version Cuba, Cuba libre, piano libre avec Roberto Fonseca qui vient de sortir l’album Yo, et nous propulse avec ses invités dans les hybridités transatlantiques, jazz-funk, chants ancestraux, harmonies mandingues, rythmes gnawas.

Enregistré ici en concert à Londres tout récemment :

Roberto Fonseca le virtuose, petit chapeau grand talent, sera la semaine prochaine en concert, le 28 juin à Orléans, et le 18 juillet à l’Olympia au festival Nous n’irons pas à New-York.

chronique Culture 1er juin 2012

[Sur France Ô, JT du 1er juin, à 08’08 »]

1. Et si le printemps arabe était aussi une révolution sexuelle ?

Le cinéaste égyptien Mohamed Diab nous propose un premier film épatant : Les femmes du bus 678 en salle depuis mercredi.

 

Trois femmes du Caire, en bus, au stade, dans la rue, trois agressions sexuelles. La chanteuse Boushra interprète une femme du peuple, la peur au ventre. Scène sans dialogue, promiscuité étouffante. Nelly Karim joue le rôle d’une femme qui va aller jusqu’au procès malgré la pression de sa famille. Nahed El Sebai interprète le rôle d’une femme libre qui, après un viol, organise des cours d’auto-défense. Quelle méthode contre le harcèlement ? le droit ou la vengeance ?

Les femmes du bus 678 est réussi jusque dans les rôles masculins, du fiancé lâche au fiancé solidaire, en passant par le commissaire de police bourru mais plein d’humour…

Quelques jours avant la révolution de la place Tahrir l’agression sexuelle a été reconnue comme un délit.

À relier au contexte français avec ces deux propositions de loi sur le site du Sénat, l’une relative à la définition du harcèlement sexuel, l’autre au délit de harcèlement sexuel.

Proposition de loi relative à la définition du harcèlement sexuel
Texte de Mme Muguette DINI et plusieurs de ses collègues, déposé au Sénat le 24 mai 2012
Lire le dossier
Proposition de loi relative au délit de harcèlement sexuel
Texte de Mme Chantal JOUANNO et plusieurs de ses collègues, déposé au Sénat le 29 mai 2012
Lire le dossier

2.  120 lectrices de Elle ont récompensé du Grand prix des lectrices Elle dans la catégorie Document l’Américaine Helene Cooper pour son autobiographie La Maison de Sugar Beach publiée en français par Zoé, éditeur suisse.

Helene Cooper a grandi dans le milieu très privilégié des Congos, ces descendants d’esclaves américains affranchis  venus créer le Liberia au XIXe siècle. Dans son livre qui est une ode aux femmes du Libéria, elle raconte son enfance dorée, un coup d’Etat, le viol de sa mère, l’exil forcé aux Etats-Unis, son métier de journaliste. Aujourd’hui elle est correspondante du New-York Times à la Maison blanche. (Lire son portrait dans Libération, sa biographie dans le New-York Times).

3. Gregory Porter, sort un deuxième album Be good qui est un ravissement. Sa voix vient du blues et du gospel, une grande souplesse vocale dans un corps de près de 2 mètres…

Belle voix et belle chemise à jabot ! Gregory Porter est venu sur le tard au jazz, après avoir renoncé au football américain. Né à Los Angeles, il vit aujourd’hui à Brooklyn. Il aime le Brésil, l’Afrique, Nat King Cole, Billy Holiday.

Il sera demain à La Cigale à Paris. C’est complet mais d’autres dates sont prévues, le 9 juin à Blois, le 30 juin et le 19 juillet à Paris. Dans sa tournée des dates jusqu’en février 2013.

Alexis Gloaguen sur Inter et dans La Quinzaine littéraire

À écouter sur France Inter, ce 15 mai, 22h20, Alexis Gloaguen, auteur de La Chambre de veille (Maurice Nadeau) dans l’émission Ouvert la nuit, ce qui pour une chambre de veille est plutôt bon signe !

À lire aussi une très belle critique « Le guetteur de la plus haute tour » dans La Quinzaine littéraire n°1061, signée du poète breton Marc Le Gros :

« C’est là en tout cas, dans la lumière violente et fraîche de l’ouest, l’ouest qu’il voit toujours comme « l’horizon d’où interroger l’énigme, à l’orée du murmure du pays des morts », que s’offre à lui la chance d’un « mariage inespéré avec le réel » ; c’est là surtout que la « surgie de la merveille » lui fera la grâce d’apparaître. « Surgie » ! Un mot-clé (un de ces « mots leviers » tout de fulgurance et de clarté) qui affleure sans cesse dans La Chambre de veille et ne traduit rien d’autre que la naissance de l’image poétique. »