Questions de femmes entre Maryse Condé et son personnage

Maryse Condé est une habituée du festival d’Avignon. La romancière, connue pour Ségou (deux volumes, 1984-1985) est aussi auteur de pièces de théâtre. Elle vient régulièrement au festival. La Chapelle du Verbe incarné, lieu historique des théâtres d’outre-mer, l’accueillait non pour une de ses pièces mais pour l’une de ses autobiographies récentes, consacrée à sa période africaine à la genèse de son écriture, La Vie sans fards (Lattès). La pièce a fait salle comble.

 

 

Cartier-Bresson, la source africaine

Ce soir je revois comme un aveugle ébloui l’exposition Henri Cartier-Bresson (1908-2004) au Centre Pompidou. Elle est classique dans sa chronologie, superbe dans son parcours, le parcours d’un homme qui a fait son œil au contact des peintres à Paris et dans son premier voyage en Afrique. A Paris, en 1925, il rencontre René Crevel, Max Jacob et Elie Faure. Il est attiré par le surréalisme. Il prend des photos, qu’il détruira pour la plupart, sauf une plage de Dieppe, que l’on considère comme sa première photographie, en 1926 :

L’année suivante, il étudie la peinture dans l’atelier d’André Lhote. Et en 1931, à 23 ans, il part à l’aventure en Côte d’Ivoire, où la maladie aurait pu l’emporter. Il prend des photos. De retour en France, il se consacre à la photographie. La découverte d’un instantané du Hongrois Martin Munkacsi, représentant trois enfants noirs courant vers les vagues, au Congo, est une « révélation ». C’est aussi l’unique photo qu’il accroche dans son appartement.

En 1931, Henri Cartier-Bresson découvre cette photo de Martin Munkacsi dans Arts et métiers graphiques, représentant trois enfants noirs courant se jeter dans les vagues du Tanganyika. Tout dans l’image le subjugue : le contraste des corps sur l’écume, leur harmonie dans l’espace, leur dynamique. Elle lui rappelle non seulement son expérience de l’Afrique, mais elle lui montre surtout ce qu’il est possible de faire avec un appareil photo. « J’ai soudain compris que la photographie peut fixer l’éternité dans l’ instant, dira-t-il plus tard. C’est la seule photo qui m’ait influencé. Il y a  dans cette image une telle intensité, une telle spontanéité, une telle joie de vivre, une telle merveille, qu’elle m’éblouit encore aujourd’hui. La perfection de la forme, le sens de la vie, un frémissement sans pareil… » Il renonce alors à la peinture pour se consacrer à la photo. Il décide de reprendre la route, cette fois-ci pour photographier : Europe de l’Est, l’Italie, le Sud de la France, l’Espagne.

[Source : dans la collection Découvertes de Gallimard, Henri-Cartier-Bresson, Le tir photographique,  de Clément Chéroux (commissaire de l’exposition au Centre Pompidou, l’écouter sur France-Culture).]

Le mouvement saisi par Martin Munkacsi (1896-1963) qui influença Cartier-Bresson est-il aussi celui que peint en 1909-1910 Henri Matisse (1898-1967) avec La Danse, (Saint Petersbourg, Musée de l’Hermitage) ?

et plus près de nous dans le temps, non plus le mouvement mais un regard commun, vers quoi ? de ces trois garçons photographiés par Caroline Blache à Pointe-Noire (Congo) :

photo que l’auteur a voulu nommer, en hommage à HCB, « L’instant décisif » :

 

Exposition Henri Cartier-Bresson, jusqu’au 9 juin 2014, de 11h00 à 23h00 Galerie 2 – Centre Pompidou, Paris.

« Eza nini ? » demande la foule devant la performance de Julie Djikey

Djikey YJulie Djikey au tout récent festival Ravy de Yaoundé (Cameroun). DR

Julie Djikey, performeuse de rue des capitales d’Afrique. Membre du Collectif Kisalu Nkia Mbote (Kinshasa), elle était invitée récemment au festival RAVY (Rencontres d’arts visuels de Yaoundé). Djikey est son propre permis de créer. Elle fend la foule, qui devient son public béant, puis final de compte s’interroge : la bagnole, qu’est qu’elle pollue en nous ? Et nous rappelle aussi un bon moment aux Ateliers Sahm (Brazzaville, septembre 2013) où nous avions examiné au filtre de la critique cette création, Ozonization.

Voici la performance filmée dans les rues de Kinshasa et la critique de Sigismond Kamanda Ntumba Mulombo, par ailleurs sculpteur à Brazzaville :

 

Ozonisation : une performance mise à nu
Allusion est faite à l’ozone, la couche protectrice de l’atmosphère terrestre et ancienne appellation d’un quartier de Kinshasa, lieu de la performance de Julie Djikey. Corps enduit d’une mixture d’huile de moteur et de la cendre de pneus brûlés. Lunettes solaires. « Soutien-gorge » en boîtes de conserve. Réservoir de véhicule porté en bandoulière. Corps en exergue. Identité dissimulée.
Muette, Julie « conduit » un véhicule tout terrain, en réalité un jouet, assemblage hétéroclite d’objets récupérés. Ni tout à fait nue, ni réellement folle, elle met à nu la folie des personnes sensées. L’Homo sapiens dilapide son héritage, l’environnement. Loin d’Al Gore, auteur d’Une vérité qui dérange, elle exhibe ses atouts : son propre corps, telles les Femenes, ces militantes féministes aux seins nus.  Prise de risque assumée : la femme, cet obscur objet du désir,  selon un film de Luis Buňuel, suscite voyeurisme et curiosité. Spectacle assuré.
Le Kinois s’interroge : « Eza nini ? » (Qu’est-ce que c’est ?). Subtile implication dans cette expression minimaliste convoquant l’ici et l’ailleurs, l’éphémère et l’intemporel, le traditionnel et le contemporain. Naguère, au Kasaï, la femme adultère repentie, faisait amende, Tshibawu, en arpentant nue le village. Dans l’ethnie mongo, au terme d’une longue réclusion, la primipare, Wala, paradait enduite de ngola, pigments végétaux. La patiente atteinte de maladie psychosomatique, Zebola, procédait mêmement. Julie s’inscrirait-elle dans cette lignée ?

Sigismond Kamanda  Ntumba Mulombo

Deux divas pour un divan littéraire, champagne !

C’est à écouter sur la 1ère.fr, l’émission qui réunit à la même table de grande causerie Jean-Marie G. Le Clézio et Patrick Chamoiseau. C’est rare, et même exclusif : le festival Étonnants voyageurs qui s’était transporté à Rabat (Maroc) les avait invités tous deux. Dominique Rœderer à la tête de l’émission hebdomadaire Paris-sur-Mer en a profité. Il a bien fait. Comme souvent. Pour ce divan littéraire [de l’arabe dīwān qui signifie « réunion »], Rœderer peut déboucher le champagne !

Un livre de philo africaine sélectionné pour le Prix Essai France Télévisions 2014

Très heureux de signaler avec Katia Martin, coordinatrice du Prix, la sélection de six ouvrages en lice pour le Prix essai France Télévisions 2014. Vingt-et-un lecteurs ont deux mois pour lire ces ouvrages. Ils se réuniront le jour de l’inauguration du Salon du livre de Paris, jeudi 20 mars, pour choisir un lauréat… À vos lectures :

  • Stéphane Audoin-Rouzeau, Quelle histoire. Un récit de filiation (1914-2014) – Editions du Seuil
  • Souleymane Bachir Diagne, L’encre des savants. Réflexions sur la philosophie en Afrique – Présence Africaine Editions
  • Etienne Klein, En cherchant Majorana. Le physicien absolu – Editions des Equateurs
  • Gilles Lapouge, L’âne et l’abeille – Editions Albin Michel
  • Boualem Sansal, Gouverner au nom d’Allah. Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe – Editions Gallimard
  • Sandrine Treiner, L’idée d’une tombe sans nom – Editions Grasset.

 

Pourquoi envisager une philosophie africaine alors que la philosophie tout court a prétention à l’universalité ? A quoi pourrait-être utile cette philosophie africaine ? Souleymane Bachir Diagne, enseignant à l’université Columbia de New-York, entreprend de vulgariser ses connaissances dans une nouvelle collection de livres chez Présence africaine.

Au milieu des années 1970, sont apparus les nouveaux philosophes. Les années 2015 seront-elles celles des philosophies africaines ? Question légitime au vu de la production éditoriale récente.

Nées dans les universités africaines, françaises et américaines ces nouvelles philosophies sont nomades. Elles puisent dans la réalité africaine de quoi exercer leur réflexion critique.

Elles donnent de quoi penser les conflits ethniques, comme nous le rappelle le 20e anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda, ou l’esthétique des arts dits premiers célébrés dans les musées occidentaux ou encore les prétendues cultures orales « soumises » à la tradition : les sujets que prennent en compte les philosophies africaines ne manquent pas.

Nouveaux nouveaux philosophes

Face à la philosophie historiquement représentée par la pensée grecque, deux ouvrages récents dans une nouvelle collection éditée par Présence africaine, permettent à tout un chacun de faire de la philosophie comparée.
D’abord Philosophies africaines de Séverine Kodjo-Grandvaux et  L’encre des savants de Souleymane Bachir Diagne, philosophe sénégalais, qui est responsable de la collection. Et ce dernier n’entend pas rester à la parole de Senghor : « L’émotion est nègre, comme la raison est hellène ».
Le titre de l’essai de Souleymane Bachir Diagne se veut « précis » de vulgarisation philosophique. Il insiste sur le rôle historique de l’Afrique de l’écrit. Il déconstruit le vieil adage : « En Afrique, quand un vieillard meurt c’est une bibliothèque qui brûle. » Non, dit-il, l’Afrique n’est pas qu’oralité. Elle s’écrit depuis toujours, au moins depuis Saint-Augustin, comme en témoignent les nombreux manuscrits des bibliothèques de Tombouctou.
Preuve de l’engouement pour ces « nouveaux nouveaux philosophes », son essai Comment philosopher en Islam en en est à sa troisième édition chez Philippe Rey.

 

Voir l’entretien avec le philosophe Souleymane Bachir Diagne interrogé par Nadia Yala Kisukidi :

Carnets d’artistes à Abidjan

capt Mol

À Abidjan, la fondation Donwahi pour l’art contemporain présente jusqu’au 1er février l’exposition « At Work » avec, in vivo et en virtuel, une série de carnets Moleskine signés par des artistes tels que le Sénégalais Fally Sene Sow, le plasticien zambien Baaba Jakeh Chande, le Bulgare Ivan Moudov ou la Française guyanaise Audry Liseron-Monfils (ci-dessus), réunis par la commissaire d’exposition Katia Anguelova. « Nous avons demandé des croquis aux architectes, des notes aux écrivains, des dessins aux plasticiens, mais aussi des carnets libres à de simples amateurs », explique Simon Njami, conseiller de la fondation.

L’Afrique littéraire est digne d’anthologies

Avant même les anthologies, saluons la sortie dans la collection Continents noirs du premier volume des œuvres complètes de Tchicaya U Tam’si, J’étais nu pour le premier baiser de ma mère (Œuvres complètes I, Gallimard Continents noirs, édition et préface de Boniface Mongo-Mboussa). La libraire-galerie Congo, à Paris, organise une rencontre pour présentation ce volume, mardi 14 janvier à 19h avec Boniface Mongo-Mboussa et Gabriel Okoundji.

Tchicaya U Tam’si, surnommé le Rimbaud noir, est largement représenté dans le formidable déploiement littéraire présenté par Bernard Magnier dans Panorama des littératures francophones d’Afrique (L’Institut Français, octobre 2012), la plus complète et la plus didactique des quatre anthologies citées dans ce billet.

Ce Panorama présente par fiches d’une grande lisibilité de 250 œuvres de près de 150 écrivains. Chaque titre fait l’objet d’une notice informant sur le pays de publication et décrivant brièvement l’intrigue et l’auteur. Le lecteur peut naviguer dans cet ouvrage en s’orientant par thématiques et par ordre chronologique, puis par auteur.

Anthologie la plus récente et la plus engagée : L’Afrique au regard de ses romanciers, par la revue en ligne Terangaweb. Un engagement qui prend la forme de questions : L’Afrique a-t-elle peur de la page blanche ? Les défis de la circulation des idées et des textes en RDC, Quel rôle des écrivains dans nos sociétés ? ou de recension de l’essai iconoclaste Décoloniser l’esprit de Ngugi wa Thiong’o (La Fabrique éditions). Avec des textes de, notamment, Cheikh Amidou Kane, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Alaa El Aswany, Petina Gappah, Chimamanda Ngozi Adichie, Jean-Luc Raharimanana, Fatou Diome, Scholastique Mukasonga, Sami Tchak, Boubacar Boris Diop, Alain Mabanckou

L’anthologie de poche Le goût de l’Afrique, s’insère dans la collection Le petit Mercure du Mercure de France. Elle est présentée par Jacques Barozzi et offre une « Balade en compagnie de Joseph Kessel, Frédéric Mitterrand, Karen Blixen, Joseph Conrad, Louis-Ferdinand Céline, Marie NDiaye, Alain Mabanckou, J.M.G. Le Clézio, André Brink, J.M. Coetzee, Maryse Condé, Léopold Sédar Senghor, Amin Maalouf, etc. »

Anthologie la plus anglophone : James Currey, Quand l’Afrique réplique. La collection « African Writers » et l’essor de la littérature africaine, L’Harmattan, coll. « L’Afrique au cœur des lettres » (dirigée par Jean-Pierre Orban), 2011, 450 p. Présentée par Chinua Achebe pour qui la collection African Writers constituait « Le meilleur et le plus important catalogue de littérature africaine » et par l’éditeur : « L’African Writers Series (la collection « African Writers ») de la maison d’édition britannique Heinemann a joué en anglais un rôle équivalent à celui de Présence Africaine en français. De 1962 à la fin du 20e siècle, de Chinua Achebe à Dambudzo Marechera en passant par Ngũgĩ wa Thiong’o et Nuruddin Farah, elle a popularisé la plupart des auteurs africains de langue anglaise et, de Naguib Mahfouz à Mongo Beti ou Mia Couto, a fait connaître au monde anglo-saxon la littérature africaine de langue arabe, française ou portugaise. Collection à visée éducative au départ, elle a, grâce à son format broché bon marché et une diffusion à grande échelle, révélé aux Africains leur propre littérature. »

À tu et à toit, Koffi Kwahulé, Prix Édouard Glissant 2013

Qu’est-ce qu’un prix littéraire ? C’est un « toit », a répondu le dramaturge Koffi Kwahulé, heureux et fier de recevoir le Prix Édouard Glissant. L’auteur des pièces de théâtre Big Shoot, Misterioso-119, La Mélancolie des barbares, P’tite souillure, du roman Babyface a reçu cette récompense le 6 décembre à la Maison d’Amérique latine des mains de la présidente de l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, Danielle Tartakowsky.

Cette métaphore d’un Prix littéraire comme « toit »… voilà de quoi donner à penser. Ce n’est pas le toi du village planétaire où, à défaut de se connaître, on se fréquente en foule furieuse qui flue en mondialisation goulue. « Mondialité », préférait Glissant.

Non, ce « toit » est bien celui du partage, d’une famille de pensée, d’un « lieu commun » aimait à dire le poète, en une formule détournée à la fois provocante et littérale, car au pied de la lettre – citons-le ici avec Traité du Tout-monde (1997), p. 23 – : « une des traces de cette Poétique [de la Relation] passe par le lieu commun. Combien de personnes en même temps, sous des auspices contraires ou convergents, pensent les mêmes choses, posent les mêmes questions. Tout est dans tout, sans s’y confondre par force. Vous supposez une idée, ils la reprennent goulûment, elle est à eux. Ils la proclament. Ils s’en réclament. C’est ce qui désigne le lieu commun. Il rameute mieux qu’aucun système d’idées, nos imaginaires. »

Dans l’euphorie d’un discours improvisé, l’auteur de Jaz, à l’écriture travaillée par cette musique justement (Misterioso est un album du pianiste de jazz Thelonious Monk) l’a dit tout net, dans une parole qui donne justement à penser : « Les vrais penseurs sont des créateurs de marges ; avec la pensée de Coltrane, avec la pensée de Glissant, on peut essayer l’inédit. »
Cela fait longtemps que Glissant nourrit notre questionnement du monde et rameute les imaginaires. Voir son recueil La Terre le feu l’eau et les vents : une anthologie de la poésie du Tout-monde (Galaade, 2010)… où l’on écrit et parle en de nombreuses langues, 14 ans après son essai Introduction à une poétique du Divers. Et Kwahulé est un cas.
Au nom du jury du Prix Glissant, le philosophe François Noudelmann a rappelé à son propos : « Le jazz joue un rôle décisif dans ses pièces et ses récits, sous forme d’orchestres, de blues ou de scat, de rythmes qui définissent ses personnages. Les sujets de ses œuvres ne sont pourtant pas de simples divertissements : la guerre et la mise à mort, les viols et l’exil donnent le ton d’un déchirement intime et collectif. »
Après Vassilis Alexakis (Grèce/France), le premier lauréat du Prix Glissant en 2003, et jusqu’à Michaël Ferrier (France/Maurice/Japon) en 2012, associé à la photographe Anabell Guerrero (Vénézuela/France), et aujourd’hui  pour ce 11e Prix, Koffi Kwahulé (Côte d’Ivoire/France), l’université Paris 8 Vincennes Saint-Denis en partenariat avec l’Institut du Tout-Monde et la Maison de l’Amérique Latine donne écho une fois l’an à la pensée d’Édouard Glissant, et donne repère – et repaire – au Tout-Monde.
Une question de sens. Clin dœil ? (Danielle Tartakowsky a dirigé à Paris 8 l’Ecole doctorale « Pratique et théorie du sens »  jusqu’en 2010). Nous avons rencontré à plusieurs reprises Kwahulé au festival d’Avignon, souvent à La Chapelle du Verbe incarné (il en est le « cardinal » selon ses hôtes, premier auteur de la première pièce jouée dans ce lieu des théâtres d’outre-mer, avec Village fou ou Les Déconnards, créée en juillet 1998, voir présentation Africultures, mai 1999).
Dix ans plus tard, nous rencontrons Kwahulé à la Goutte d’Or, à Paris : « A l’origine, une rencontre entre un auteur et un théâtre. Un auteur dont la plume musicale confronte l’Homme à son animalité. Un théâtre animé par le souffle d’un quartier-monde. L’écriture respire alors au rythme de la Goutte d’Or : Koffi Kwahulé vit en résidence au Lavoir Moderne Parisien.» [Papalagui, 29/03/2008]
Kwahulé avait donné un Big Shoot de haute volée, avec un Denis Lavant magistral. [Papalagui, 06/04/2008] L’auteur évoquait ainsi son geste créateur : « L’ambition est celle-ci : faire se rencontrer dans l’écriture Coltrane et Monk. Deux sons, deux respirations. Big Shoot est née de ces deux respirations, bien qu’il n’y ait dans la pièce aucune référence directe au jazz. Monk disait aux musiciens qui voulaient l’accompagner :  » Non, non, jouez, moi je vous suis.  » Mes deux personnages ont ce rapport-là, l’un dit à l’autre :  » Joue, je t’accompagne.  » Tout est parti de cette phrase de Monk, qui est en principe le leader et qui dit à l’autre : « Je te suis. » »]
Autre clin d’œil ? pour Glissant le jazz était une marque de la mondialité : « Le jazz est un créole et c’est pour ça que cette musique est devenu valable universellement tandis que la chanson de mariage irlandaise aussi belle soit-elle ne l’est pas pour le monde entier. » [Mondomix, recueilli deux ans avant sa mort, le 03/02/2011]. [Quoique, là on n’est pas sûr d’être d’accord : dans Titanic, apparaît le groupe Gaelic Storm – né en Californie un an plus tôt – avec ce titre An Irish Party in Third Class, devenue une musique irlandaise mondialisée.]
Chez Kwahulé, la va-et-vient (Tours et détours d’Édouard Glissant, titre un article de Raphaël Lauro dans Esprit de juillet 2013) prend des allures formelles. Ainsi le précisait Virginie Soubrier, doctorante [Papalagui, 09/09/2009] : « L’écriture de Kwahulé est (…) une écriture déambulatoire qui contraint celui qui voudrait en témoigner à une reconstruction a posteriori. Mais, en dehors de ces extravagances de la fable, construites le plus souvent par les mises en abîme, qui brouillent sa linéarité, la font digresser et instaurent ainsi un ton d’écoute. »
Et Kwahulé, on l’écoute quand il lance : « Les vrais penseurs sont des créateurs de marges ; avec la pensée de Coltrane et de Glissant, on peut essayer l’inédit. »
Du coup, on a presque oublié les deux lauréats de la bourse Édouard Glissant. Anis Fariji pour son projet de thèse sur « la modernité dans la musique d’art arabe contemporain » et Gonzalo Yanez Quiroga qui envisage une thèse sur « le divers en exil, la relation et la rencontre confidentielle, l’oralité, les décolonisations poétiques et nouvelles articulations du commun » (tiens, tiens !). Quiroga est en cours de traduction en espagnol du Discours antillais, d’Édouard Glissant (Pour les traductions, voir Île en île).

LIENS :

Site personnel de Koffi Kwahulé.

Fiche K.K. sur le site des Francophonies en Limousin.

Chez Koffi, lors de sa résidence à Villepinte (Une forme de toit, non ?).

Site officiel d’Édouard Glissant.

Site Institut du Tout-Monde.

Anis Fariji, Esquisse d’une physionomie formelle de la période dite de « synthèse » chez Saed Haddad, Université Paris 8, Département de Musique.

Atelier de Gonzalo Yanes Quiroga : poésie et translation.

 

PROCHAINEMENT, on assistera au théâtre de Koffi Kwahulé :

– à Lausanne, Misterioso-119 ;

– à Toulouse, La Mélancolie des barbares, reprise en 2014.

Mandela (1918-2013) par Césaire, par Glissant

Aimé Césaire (1913-2008), dans un discours public :
« La volonté de l’homme d’en finir avec tout ce qu’il y a de barbarie dans le monde pour accéder à un stade de civilisation supérieure où l’on pourra sans abusive hyperbole parler d’humanisation de l’humanité.
Et si j’avais à citer une seule phrase de Nelson Mandela (…) ce serait celle-ci, celle qu’il a prononcée lorsque, prisonnier, le gouvernement sud-africain lui offrait sa libération contre la promesse d’une renonciation à la lutte politique : « Je ne suis pas prêt à vendre mon droit de naissance et je ne suis pas prêt à vendre le droit de naissance du peuple pour être libre, la liberté du peuple et la mienne ne peuvent être séparées, je reviendrai. »

Édouard Glissant (1928-2011), dans Une nouvelle région du monde (Esthétique I, 2006) :
L’Institut du Tout-Monde a rendu hommage à Nelson Mandela (1918-2013), ainsi qu’au Docteur Pierre Aliker (1907-2013), décédé en ce même 5 décembre :
« Robben pousse sa troupe de roches jusqu’au Cap c’est une traînée de points de suspension,
Nous saluons la beauté soumise à tant de crimes, hier soumise au pass et à l’interdit, et qui lève ici. La beauté.
Mandela Sisulu Sobukwe Kathrada Mbeki un Arbre a pris racine,
Levant de l’ombre une lumière et de la lumière une nuit, et de la lumière une première nuit, Indiens Zoulous Noirs Métis Blancs et Arabes et Juifs et Malgaches autant que Chicanos, et tant d’oiseaux, tant de ces oiseaux, immigrants et passeurs de frontières. »

Le Tarmac (Paris, xxe), côté pratique littéraire

Qui connaît la littérature mauritanienne ? Si vous avez un manque, vous serez comblé, ce vendredi 22 novembre à 20h, au Tarmac qui a prévu une table ronde avec Beyrouk, Bios Diallo, Karim Miské et Abdoul Ali War.

A propos du Griot de l’émir de Beyrouk, lire la critique de Théo Ananissoh dans La Cause littéraire.

Et sur Césaire, séance de rattrapage avec Daniel Maximin, auteur de Aimé Césaire, frère volcan (Le Seuil)samedi 30 novembre à 18h.

Sans oublier Karavan’Karaïb, pour les 10 ans d’ETC Caraïbe :
En compagnie des auteurs, l’occasion de faire entendre les voix des lauréats du prix ETC Caraïbe/Ville de Paris : Gustavo Ott et Ariel Felipe Wood, et de fêter les 10 ans d’ETC Caraïbe. En cadeau, le premier texte de théâtre de Lyonel Trouillot et la redécouverte du roman Un dimanche au cachot de Patrick Chamoiseau à travers l’adaptation théâtrale de José Pliya. Mercredi 11 et jeudi 12 décembre à 17h et 19h.