Cartier-Bresson, la source africaine

Ce soir je revois comme un aveugle ébloui l’exposition Henri Cartier-Bresson (1908-2004) au Centre Pompidou. Elle est classique dans sa chronologie, superbe dans son parcours, le parcours d’un homme qui a fait son œil au contact des peintres à Paris et dans son premier voyage en Afrique. A Paris, en 1925, il rencontre René Crevel, Max Jacob et Elie Faure. Il est attiré par le surréalisme. Il prend des photos, qu’il détruira pour la plupart, sauf une plage de Dieppe, que l’on considère comme sa première photographie, en 1926 :

L’année suivante, il étudie la peinture dans l’atelier d’André Lhote. Et en 1931, à 23 ans, il part à l’aventure en Côte d’Ivoire, où la maladie aurait pu l’emporter. Il prend des photos. De retour en France, il se consacre à la photographie. La découverte d’un instantané du Hongrois Martin Munkacsi, représentant trois enfants noirs courant vers les vagues, au Congo, est une « révélation ». C’est aussi l’unique photo qu’il accroche dans son appartement.

En 1931, Henri Cartier-Bresson découvre cette photo de Martin Munkacsi dans Arts et métiers graphiques, représentant trois enfants noirs courant se jeter dans les vagues du Tanganyika. Tout dans l’image le subjugue : le contraste des corps sur l’écume, leur harmonie dans l’espace, leur dynamique. Elle lui rappelle non seulement son expérience de l’Afrique, mais elle lui montre surtout ce qu’il est possible de faire avec un appareil photo. « J’ai soudain compris que la photographie peut fixer l’éternité dans l’ instant, dira-t-il plus tard. C’est la seule photo qui m’ait influencé. Il y a  dans cette image une telle intensité, une telle spontanéité, une telle joie de vivre, une telle merveille, qu’elle m’éblouit encore aujourd’hui. La perfection de la forme, le sens de la vie, un frémissement sans pareil… » Il renonce alors à la peinture pour se consacrer à la photo. Il décide de reprendre la route, cette fois-ci pour photographier : Europe de l’Est, l’Italie, le Sud de la France, l’Espagne.

[Source : dans la collection Découvertes de Gallimard, Henri-Cartier-Bresson, Le tir photographique,  de Clément Chéroux (commissaire de l’exposition au Centre Pompidou, l’écouter sur France-Culture).]

Le mouvement saisi par Martin Munkacsi (1896-1963) qui influença Cartier-Bresson est-il aussi celui que peint en 1909-1910 Henri Matisse (1898-1967) avec La Danse, (Saint Petersbourg, Musée de l’Hermitage) ?

et plus près de nous dans le temps, non plus le mouvement mais un regard commun, vers quoi ? de ces trois garçons photographiés par Caroline Blache à Pointe-Noire (Congo) :

photo que l’auteur a voulu nommer, en hommage à HCB, « L’instant décisif » :

 

Exposition Henri Cartier-Bresson, jusqu’au 9 juin 2014, de 11h00 à 23h00 Galerie 2 – Centre Pompidou, Paris.

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