Grand Prix du Roman Métis 2012 à Tierno Monénembo

Annoncé à Saint-Denis-de-La-Réunion, la troisième édition du Grand Prix du roman Métis récompense Tierno Monénembo pour Le terroriste noir (Seuil). Le jury est présidé par Mohammed Aïssaoui. Les deux précédents lauréats ont été Maryse Condé en 2010 et Lyonel Trouillot en 2011. Tierno Monénembo a été prix Renaudot en 2008 pour Le Roi de Kahel. Sa littérature explore une mémoire commune entre Guinée, son pays natal, où il vit, et la France.

Le mot de l’éditeur :

Tout commence en lisière de la forêt des Vosges, un jour de 1940, quand un père et son fils partis cueillir des champignons tombent par hasard sur un « pauvre nègre » endormi au pied des arbres. Conduit au village, ce jeune Guinéen adopté en France à l’âge de 13 ans, à la fois austère et charmeur, y fera sensation. Il saura enflammer les cœurs, s’attirer des protections. Mais ce n’est qu’un début : en 1942, il entre en contact avec la Résistance et crée un des premiers maquis de la région. Lancés sur ses traces, les Allemands l’appelleront « le terroriste noir ».

Qui a trahi Addi Bâ ? Une de ses nombreuses amantes ? Un collabo professionnel ? Ou tout simplement la rivalité opposant deux familles aux haines séculaires ? À travers cette figure fascinante, c’est tout un pan méconnu de notre histoire qui défile : ceux que l’on appelait les tirailleurs sénégalais. C’est aussi la vie quotidienne de la population des Vosges, évoquée par Tierno Monénembo avec une verve irrésistible… comme s’il s’agissait d’un village africain.

Voir le site d’Etienne Guillermond : Addi Bâ Mamadou, héros méconnu de la résistance.

Au Médicis 2012, Féerie générale, Rétrospective, Congo, quelle histoire !

Le prix Médicis 2012 a été attribué à Emmanuelle Pireyre pour Féerie générale (L’Olivier). Son éditeur présente son livre comme « mêlant humour et érudition pour aborder le rôle de l’argent, la démilitarisation de l’Europe, la question du voile, le bonheur écologique » et « faisant littérature avec une langue actuelle, écrite et orale, celle des forums internet ».

Présentation sur le site de l’Olivier :

« Une petite fille déteste la finance et préfère peindre des chevaux ; des artistes investissent les casernes ; un universitaire ne parvient pas à achever sa thèse sur l’héroïsme contemporain ; une jeune musulmane choisit pour devise: Une cascade de glace ne peut constituer un mur infranchissable … Ainsi sont les protagonistes de Féerie générale : récalcitrants à l’égard de ce qui menace leur liberté, prompts à se glisser dans les interstices du réel pour en révéler les absurdités.

A partir de quelques échantillons prélevés dans les médias, ce livre mêle humour et érudition pour aborder – entre autres – le rôle de l’argent, la démilitarisation de l’Europe, la question du voile, le bonheur écologique. Il « fait littérature » avec une langue actuelle, écrite et orale, et celle des forums internet : « J’ai souvent eu l’impression, en écrivant ce livre, d’emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l’autre bout du pays complètement cabossées », nous confie l’auteur.

Emmanuelle Pireyre poursuit ici sa réflexion sur l’époque, dans un pastiche éblouissant des discours – savants, publicitaires, sociologiques – dont elle détourne les clichés. Cet écrivain-corsaire aborde les lieux communs avec une jubilation communicative et propose une radiographie de la conscience européenne en ce début de 21e siècle. »

Elle a commencé à publier chez Maurice Nadeau, avec Congélations décongélations (2000).

Le Médicis du roman étranger va à Avraham B. Yehoshua, pour Rétrospective,

et le Médicis essai à David Van Reybrouck, pour Congo, une histoire.

présenté ainsi par son éditeur, Actes-Sud : « Le livre du Congo, un essai total écrit comme un roman. De la préhistoire aux premiers chasseurs d’esclaves, du voyage de Stanley missionné par Léopold II à la décolonisation, de l’arrivée de Mobutu puis de Kabila à l’implantation industrielle d’une importante communauté chinoise, ce livre retrace, analyse, conte et raconte 90 000 ans d’histoire : l’Histoire d’un immense pays africain au destin violenté. »

Tombouctou, demi-tour !

« Sur le plan culturel, les nations civilisées du monde formaient une file en tête de laquelle trônait Tombouctou, mais un jour dit « Demi-tour ! » et Tombouctou se retrouva en queue. » Amadou Hampaté Ba, cité par Tor-A. Benjaminsen et Gunnvor Berge dans Une histoire de Tombouctou (traduction du norvégien Yves Boutroue, éd. Actes Sud, 2004).

Tombouctou : Voyage au pays des 100 000 manuscrits

C’était en novembre 2005, à Tombouctou, à l’occasion de l’université des Cinq continents et de la francophonie. Des ministres étaient venus de la capitale du Mali, Bamako. Des étudiants de l’ensemble de l’Afrique devaient bénéficier d’une semaine de séminaires sous l’intitulé : « Penser la diversité en termes de création et de professionnalisation ».

Un thème qui prend toute sa valeur à l’heure où l’obscurantisme gagne du terrain. Après la destruction des mausolées de la cité des 333 saints, le péril pèse sur les 100 000 manuscrits de Tombouctou.

À consulter, la page Tombouctou du site de l’UNESCO.

Lire l’article (accès réservé abonnés) dans Le Monde (29.06.12) de Jean-Michel Djian : « Tombouctou, épicentre du nouvel obscurantisme islamiste africain ».

À consulter le site malien Afribone.

Alain Mabanckou, étoile inconnue dans son pays (la presse)

« Il est de retour dans sa ville natale, après 24 ans d’absence ! Alain Mabanckou, l’écrivain le plus en vu de l’Afrique francophone, a reçu un accueil chaleureux par son public fidèle à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Mais pour le grand public, la star littéraire mondialement acclamée reste un inconnu.

(…)

Dans un pays ou le taux d’alphabétisation ne dépasse pas les 60%, grand nombre de gens n’ont jamais entendu parler d’Alain Mabanckou. Jean- Batiste Tati-Utalian, jeune professeur de littérature, salue le retour de son écrivain préféré. Une passion qu’il aimerait tant partager avec plus de jeunes Congolais.

La plupart des élèves en terminal série A – littéraire n’ont pas lus les livres d’Alain. Ils ne sont pas sur le programme. Mais même les œuvres obligatoires, les élèves ont souvent du mal à les lire. Et acheter un livre demeure un luxe inabordable pour la plupart des Congolais. »

Lire l’intégralité de l’article de Sasha Gankine, Radio Nederland Wereldomroep, station internationale des Pays-Bas.

En Afrique, une moto de rêve…

J’ai fais un rêve, car Pinocchio aussi était de bois…

Je l’ai réalisé…

J’en suis fier…

Je suis allé lire Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, roman de Robert Pirsig, dont le manuscrit a subi 121 refus d’éditeurs (ce qui m’encouragea à poursuivre), où j’ai puisé cette philosophie de vie (traduction de M. Proulx) :


« Le piège suivant qui vient à l’esprit est l’ennui. Il se trouve à l’opposé de l’anxiété et accompagne généralement les problèmes d’égo. L’ennui signifie que vous avez quitté la voie de la Qualité, vous ne voyez plus les choses avec un esprit neuf, vous avez perdu votre « esprit du débutant » et votre moto est en grand danger. L’ennui veut dire que votre provision de détermination est basse et qu’il faut en faire le plein avant toute chose.

Quand vous vous ennuyez, arrêtez ! Allez au spectacle. Allumez la télé. Prenez la journée. Faites n’importe quoi, mais ne travaillez pas sur la bécane. Si vous n’arrêtez pas, la prochaine chose qui se produira, c’est la Grosse Connerie, et c’est alors que tout l’ennui et la Grosse Connerie se combinent en un seul de ces coups du sort des dimanches qui vous vident de toute votre détermination, et vous stoppent vraiment. »

Je me suis additionné et abonné à « l’Afrique est magique », où je trône à côté des meilleurs :

Il n’est pas dit que sur la route, je ne rencontre pas Jack Kerouac

 

 

 

 

Merci à Eddy B.

Chronique Culture du 27 avril 2012

1.

Le Retour d’Ataï, scénario Didier Daeninckx, dessins Emmanuel Reuzé.
Ataï, l’un des chefs de la rébellion de 1878 en Nouvelle-Calédonie. Sa tête devenue trophée pour musée. Sa restitution est annoncée depuis peu.

Dans la BD, un vieux kanak fait le voyage depuis sa tribu de Tendo dans la province Nord de la NC. Il vient à Paris pour enquêter sur la tête, dans les musées, les salles de ventes et dans les collections privées.
La narration est assez succincte, mais ce qui fait la force de la BD est son graphisme qui nous plonge dans une atmosphère mystérieuse, de non-dit, sur la marchandisation officielle des têtes ou sur la perversité de certains collectionneurs privés. Le trait d’Emmanuel Reuzé réussit à donner une gravité et une dignité aux têtes kanak.
2.

Le Secret de l’enfant fourmi, premier long métrage de Christine François, qui sort le 2 mai, film dont le principal intérêt est de lever un tabou sur l’assassinat des enfants-sorciers par toute une communauté, les Baribas du Nord-Bénin.

(c) Agat films et Cie

Dans le film, basé sur des faits réels, une jeune femme en mal d’amour débarque chez son ancien amant qui vit en Afrique, se perd dans la nuit de la brousse, se voit confier de force un enfant abandonné par une mère en plein désarroi.

Bande-annonce :

 

Reportage réalisé par Sabine Godard, (France 3 Amiens), tant sur l’objectif  de la réalisatrice-documentariste Christine François, que sur la musique (très originale) composée par Jean-François Hoël, l’un des musiciens du groupe picard Zic Zazou :

 

3.

En Afrique du Sud … au temps de l’apartheid avec The Suit, (Le costume), une pièce de théâtre du Sud-Africain Can Themba, adaptée, mis en scène et en musique par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et Franck Krawczyk.
C’est l’histoire d’un homme amoureux de sa femme qui rentre chez lui et la découvre avec son amant qui part en courant et laisse son costume dans la place.
La suite de The Suit raconte comment ce couple va vivre avec ce costume… entre comédie et tragédie…
C’est une pièce où tout fonctionne à merveille, y compris l’anglais sur-titré en français. La violence sociale ou conjugale est sublimée par les chants de la comédienne Nonhlanhla Kheswa dont voici un avant-goût :


Vous avez reconnu Feeling Good de Nina Simone. The Suit, ce n’est pas une comédie musicale mais du théâtre chanté avec trois musiciens sur scène et qui interprètent des rôles de figurants, où Miriam Makeba côtoie Franz Schubert.
The Suit se joue à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 5 mai.

L’Afrique réplique par ses lettres

Au Musée du Quai Branly, « Quand l’Afrique réplique », rencontres autour de la littérature africaine anglophone. Samedi 19 novembre de 14h à 19h.

À l’occasion de la parution de Quand l’Afrique réplique, la collection « African Writers » et l’essor de la littérature africaine de James Currey (L’Harmattan, Collection «L’Afrique au coeur des lettres »), le salon de lecture Jacques Kerchache propose d’aborder la littérature africaine anglophone à travers la collection-phare britannique « African Writers » (Éditions Heinemann), qui a joué dans le monde anglophone un rôle équivalent à celui de Présence africaine pour le monde francophone.
Un après-midi de rencontres et d’échanges avec des auteurs africains et des spécialistes de la littérature africaine.

et la participation de Brian Chikwava :