La beauté renversante des chiffres… en arabe

En cours d’arabe, l’enseignant explique que compter en arabe, c’est… comment dire… particulier.

Ainsi, ce principe : « les objets sont au pluriel quand ils sont comptés de trois à dix ». Et au singulier au-delà. Par exemple : onze voitures, se dit en arabe « ihda achrata sayyaratan » (onze + voiture). C’est une règle qui ne s’explique pas.

À cette inversion s’ajoute une deuxième, qui tient compte que le nombre s’accorde, contrairement au français. Ainsi, devant un nom féminin (par exemple voiture), le nombre est un substantif masculin pour les objets comptés entre trois et dix. Exemple : cinq voitures (en français) = Cinq (khams au masculin) voitures (féminin) (en arabe). Cette seconde règle qui nous met un peu plus la tête à l’envers est comme la précédente : ça ne s’explique pas…

Désarroi ou émerveillement ?

Je savoure cette remarque dans Penser entre les langues, de Heinz Wismann (éd. Albin Michel), lors d’une traduction par exemple, p. 19 :

« Dans des situations de communication compliquées (…) il s’agit de trouver chaque fois ce qui est en jeu et la manière dont on peut rendre compte non pas de l’effet de désarroi que cela engendre, mais de l’effet de découverte et parfois d’émerveillement. Ce n’est pas lost in translation, c’est le contraire. »

J’oubliais : en arabe, on n’emploie pas les chiffres dits « arabes », tels 1, 2, 3, 4 et 5 mais les chiffres… indiens : ٤, ٣ , ٢, ١  et ٥.

Sans compter si j’ose dise que l’arabe s’écrit, comme on le sait, de droite à gauche… sauf justement pour les… chiffres, qui se lisent de gauche à droite…

Donc… émerveillement !

Les androsphinx de Simon Siwak

Le monde vu par le photographe polonais Simon Siwak est déconcertant, fait d’êtres écorchés, bien que lisses, inachevés bien que debout. Ses androïdes androgynes androsphinx, mi-hommes mi-machines, sont des fœtus adultes, prisonniers de leur naissance prise en instantané, objets traversés de diverses fl!ches, comme des Saint-Sébastien de l’ère numérique. A voir sur un air de Klaus Nomi.

RememberYou, art numérique, 2011.

Tombouctou : Plus de 90 % des manuscrits ont été sauvés, selon un spécialiste sud-africain

Brulés ou sauvés, les manuscrits de Tombouctou ? Dans son billet d’hier, Papalagui relatait la disparition des manuscrits du centre Ahmed Baba, l’une des principales bibliothèques de Tombouctou (Papalagui, 30/01/13).

Une semaine après l’incendie d’un nouveau bâtiment abritant des manuscrits anciens à Tombouctou, l’universitaire sud-africain Shamil Jeppie affirme que plus de 90 % des collections ont été mises à l’abri avant l’arrivée des islamistes.

Directeur d’un projet de conservation des manuscrits basé au Cap en Afrique du Sud, M. Jeppie affirme qu’il y a eu « des dégâts et certains objets ont été détruits ou volés, mais beaucoup moins que ce qu’on a dit dans un premier temps. »

Il souligne que dès les premiers mois de l’insurrection islamistes dans le nord du Mali début 2012, les conservateurs ont déplacé les documents vers Bamako.

Source : Livres-Hebdo

Voir : Tombouctou project avec Shamil Jeppie.

La disparition des manuscrits du centre Ahmed Baba de Tombouctou

Au Mali, la pratique de la terre brûlée aurait sa version autodafé…

Selon le maire de Tombouctou, Halley Ousmane, qui se trouvait à Bamako : « Le centre Ahmed Baba où se trouvent des manuscrits de valeur a été brûlé par les islamistes. C’est un véritable crime culturel ». Le maire a été informé par téléphone par son chargé de communication.

La chaîne britannique Sky news a filmé l’intérieur du centre Ahmed Baba détruit. On voit des étagères vidées de leurs manuscrits anciens :

Photo de Sky news montrant des boîtes de manuscrits anciens à terre, vidées de leur contenu.

Nous l’avions visité en 2005, tel que le montre ce reportage (images Franck Nouailhetas) :

Césaire au bac ? Chiche ! dit Bayrou

Entre Aimé Césaire et François Bayrou, l’affaire remonte à 1994 quand le ministre de l’éducation nationale de l’époque décide d’introduire le Cahier d’un retour au pays natal, Le Discours sur le colonialisme, l’œuvre poétique, les Armes miraculeuses, Ferrements, etc. au programme du bac. Beau geste dont il se rétracte rapidement devant la polémique. Le Discours de Césaire n’assimile-t-il pas nazisme et colonialisme ? Selon cet extrait :

« Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXe siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »

Cinquante ans après la chute d’Hitler, l’entrée « officielle » de Césaire au bac est jugée provocatrice. Bayrou fait marche arrière.

En 2006, il rencontrera Césaire en sa mairie de Fort-de-France. Le poète lui délivrera un certificat de bonne conduite anti-colonialiste sous forme d’une dédicace de sa revue Tropiques (éditions Jean-Michel Place).

En 2008, François Bayrou assiste aux obsèques d’Aimé Césaire en Martinique.

En 2011, Césaire est au programme de l’agrégation de lettres modernes. Les poèmes de Césaire sur lesquelles les candidats planchent sont extraits du recueil Les Armes miraculeuses : « Conquête de l’autre », « Débris », « Investiture », « La forêt vierge » et « Annonciation ».

En 2013, François Bayrou participe à une table ronde au festival Le goût des autres au Havre. Il dit son admiration pour le poète :

 

Césaire et la dictée pleine de parakimomènes

Pour le festival littéraire Le goût des autres, organisé par Le Havre, une dictée truffée de mots rares a suscité quelques frayeurs, rires et stupeurs aux 85 participants. Les amateurs retrouveront ces mots dans l’œuvre d’Aimé Césaire, dont on célèbre le centenaire de la naissance en 2013. On pourra se reporter au livre de Patrice Louis, concepteur de cette dictée, AB-Césaire (éditions Ibis Rouge) et au Glossaire des termes rares dans l’œuvre d’Aimé Césaire, de René Hénane (éditions Jean-Michel Place), deux ouvrages qui peuvent constituer une étape pour approcher l’œuvre, non pas comme un monolithe inaccessible mais comme un éclat de connaissance et de poésie.

Avec Mabanckou, Le Havre (France) et Pointe-Noire (Congo), deux cités jumelées

Rencontré au Havre, à l’occasion du festival Le goût des autres consacré aux « littératures de la négritude », Alain Mabanckou occupe la figure de trait d’union entre deux villes jumelées, alors que son dernier livre Lumières de Pointe-Noire esquisse quelques des portraits de gens de sa famille, au cours d’un voyage au pays natal, 23 ans après…

Le goût des autres ? « Le plus dur reste à faire » (Syla, rappeur)

Pour son festival « Le goût des autres », Le Havre a voulu faire place aux « littératures de la négritude », pluriel ambitieux à cerner si l’on excepte le trio Senghor, Damas, Césaire. Césaire dont l’année 2013 est celle du centenaire de la naissance.

La belle idée des organisateurs est d’avoir lancé cette année du centenaire de Césaire la même semaine que Fort-de-France, en Martinique. Mais au Havre, en ce premier jour de rencontres, on a davantage évoqué le jumelage avec une autre ville, Pointe-Noire, capitale économique et principal port du Congo, avec la personne de l’écrivain Alain Mabanckou, qui publie Lumières de Pointe-Noire (Le Seuil), une forme de cahier d’un retour au pays natal.

Le programme du Goût des autres.

Dans ce reportage apparaissent successivement les rappeurs Syla, A-Kalmy et le député-maire du Havre, Édouard Philippe. Images : Leïla Zellouma, son : Bernard Blondeel, montage : Harold Horoks :

Black Body is beautiful (chercheurs et artistes à Black Portraiture[s])

Le corps noir sous toutes les coutures, hier, aujourd’hui et demain… la profusion de thématiques abordées à Black Portraiture(s) a de quoi intéresser. Black Body in the West (la représentation du corps noir en Occident) est l’intitulé général de ces quatre journées de rencontres franco-américaines. Parmi les questions posées dans la présentation générale (détails sur le site Calenda) :

« Du XIXe siècle à nos jours, « Black Portraiture(s) » a pour objectif d’explorer les différents concepts de fabrication et outils d’auto-représentation ainsi que la notion d’échange à travers le regard, dans les domaines des arts plastiques et visuels, de la littérature, de la musique, de la mode et des archives. Comment sont exposées ces images, à la fois positives et négatives, qui définissent, reproduisent, et transforment la représentation du corps Noir ? Pourquoi et comment le corps Noir est-il devenu un produit négociable sur le marché mondial et quelle en est sa légitimité ? Tout aussi essentiel, quelles sont les réponses et les implications ? Comment la représentation du corps Noir pourrait-elle être libératrice tant pour le porteur de cette image que pour le regardant ? L’image du noir peut-elle être « déracialisée » afin d’encourager le regroupement culturel et favoriser la ré-appropriation et une expression diversifiée au-delà des limites de la race ? »

Parmi les thèmes déjà évoqués, notons les notions d’exotisme, de stéréotypes ou cet intitulé de table ronde : « Port de rêve : à la découverte du style, de la beauté et de l’élégance noirs », dont une exposition encore ouverte aujourd’hui à Paris nous donne un exemple éclatant, la Sape, ou Société des ambianceurs et personnes élégantes, dont l’épicentre est Brazzaville [voir Papalagui : « Mediavilla, grand sapeur », 16/01/13]. Sur ce phénomène de l’élégance ostentatoire, fierté d’être et magnifique pied de nez au laisser-aller, lire le livre d’Hector Mediavilla, S.A.P.E. (éditions Intervalles), préfacé par Alain Mabanckou, l’auteur de Black Bazar, mais aussi le tout récent essai de Dominic Thomas, enfin traduit en français, Noir d’encre (Black France) aux éditions La Découverte, qui consacre un chapitre important à la Sape. Dominic Thomas intervient cet après-midi au Quai-Branly sur le thème « Afropean Bodies » (corps afropéens) [voir site Calenda].

C’est aussi l’exemple de la Sape que nous avons pris pour illustrer Black Portraiture, dans ce reportage, tourné jeudi à l’École des Beaux-Arts (images : Massimo Bulgarelli, son : Daniel Quellier, montage : Claudine Soubeyre, complicité Sarra Ben-Cherifa), premier jour de la Conférence internationale (interviews de Deborah Willis, Diagne Chanel, Lydie Diakhaté et Hector Mediavilla, en présence du sapeur Arsène Touankoula, dit Allureux) :

Pour les deux dernières journées, rendez-vous au Musée du Quai-Branly. Ce samedi, notons parmi les titres de tables-rondes :

  • (Il)lisibilités : les éléments de lecture du corps noir
  • Exposer le corps noir
  • Érotismes noirs : nouvelles théories sur la race et le porno
  • Nommer et labéliser le corps noir
  • La beauté : de Joséphine à Maxime
  • L’universalisation du corps noir
  • Le cadre cinématographique et le corps noir
  • Jeunes femmes derrière la caméra

Lire l’article de Célia Sadai, La bourse des valeurs du New New Negro, dans La Plume francophone.