[Congo, J-5] : Congo river à Shanghaï

L’exposition Fleuve Congo, Arts d’Afrique centrale, présentée sous le titre Congo river, a accueilli 480 517 visiteurs du 04/04 au 07/07/13 au musée de Shanghai. L’exposition Masques, Beauté des esprits au Musée national de Chine à Pékin a accueilli près de 300 000 visiteurs du 17/06 au 16/08/13. Soit au total 780 517 visiteurs qui ont découvert en Chine les collections du musée du quai Branly et ses expositions temporaires thématiques. Les deux expositions poursuivront leurs tournées asiatiques. Le Musée national de Corée accueillera du 22/10/13 au 19/01/14 l’exposition Congo river, et l’exposition Masques, Beautés des esprits sera présentée à Taiwan au National Palace Museum à l’été 2014 puis à Tokyo au Japon au printemps 2015.

Source : communiqué.

[Congo, J-6] : Écarts de pensée

« Bien sûr chacun voit son XXIe siècle comme il veut… j’y perçois, quant à moi, ce risque que, en se mondialisant, la culture finisse par perdre toute possibilité d’écart. C’est la raison de fond de mon travail : faire barrage à cette sorte de basic de la pensée, de Habermas infini, qui est en train de se répandre et de rendre impossible _ ou ce qui retourne au même, j’en reviens à ce terme : inintéressante. Car qu’est-ce qui féconde la pensée sinon ses écarts – écarts de langue, d’histoire, de position ? C’est seulement à partir d’écarts, en effet, qu’on peut penser. Or, voilà que cette civilisation, qui avait acquis une telle originalité en se développant si loin de la nôtre, se couche aujourd’hui sous la nôtre, adoptant nos catégories « d’esthétique », nos catégories logiques, etc. Jusqu’à se rendre méconnaissable à elle-même et cela à son insu. »

François Jullien, Thierry Marchaisse, Penser d’un dehors (la Chine), Entretiens d’Extrême-Orient, Seuil, 2000

[Congo, J-7] : L’art, à une condition : l’ivresse (Nietzsche)

« A propos de la psychologie de l’artiste. Pour qu’il y ait de l’art, pour qu’il y ait un acte et un regard esthétique, une condition physiologique est indispensable : l’ivresse. Il faut d’abord que l’excitabilité de toute la machine ait été rendue plus intense par l’ivresse. Toutes sortes d’ivresses, quelle qu’en soit l’origine, ont ce pouvoir, mais surtout l’ivresse de l’excitation sexuelle, cette forme la plus ancienne et la plus primitive de l’ivresse. Ensuite, l’ivresse qu’entraînent toutes les grandes convoitises, toutes les émotions fortes. L’ivresse de la fête, de la joute, de la prouesse, de la victoire, de toute extrême agitation : l’ivresse de la cruauté, l’ivresse de la destruction – l’ivresse née de certaines conditions météorologiques (par exemple le trouble printanier), ou sous l’influence des stupéfiants, enfin l’ivresse de la volonté, l’ivresse d’une volonté longtemps retenue et prête à éclater. – L’essentiel dans l’ivresse, c’est le sentiment d’intensification de la force, de la plénitude. C’est ce sentiment qui pousse à mettre de soi-même dans les choses, à les forcer à contenir ce qu’on y met, à leur faire violence : c’est ce qu’on appelle l’idéalisation. Débarassons-nous ici d’un préjugé : l’idéalisation ne consiste nullement, comme on le croit communément, à faire abstraction – ou soustraction – de ce qui est mesquin ou secondaire. Ce qui est décisif au contraire, c’est de mettre violemment en relief les traits principaux, de sorte que les autres s’estompent.  »

Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles « 8e divagation d’un inactuel », Gallimard Folio essais, mars 2009, p. 62-6. Livre troublant voire outrancier ou « comment philosopher à coups de marteau » contre Socrate et autres qui ne lui plaisent (Victor Hugo, « phare au bord de l’Absurde », Zola « puant »). Voir le blog de Menon.

[Congo, J-8] : Le mot d’esprit et ses rapports avec la critique

À quelques jours d’une Rencontre internationale d’art contemporain, organisée aux Ateliers Sahm de Brazzaville et avant de s’embarquer pour un atelier de critique d’art, le 4 septembre, donc dans 8 jours, je feuillette quelques journaux sur les rapports entre les peintres et la critique, et j’apprends que Le MoMA (Musée d’Art moderne) de New York, accueillera du 28 septembre au 12 janvier 2014, une exposition Magritte intitulée « Le Mystère de l’Ordinaire ».

René Magritte, L’Assassin menacé, Bruxelles, 1927. Huille sur toile, 150,4 x 195,2 cm. Museum of Modern Art. Kay Sage Tanguy Fund. © 2012 C. Herscovici, Brussels / Artists Rights Society (ARS), New York

Quand le mot d’esprit vient à la rescousse de la raillerie, cela devient cinglant. Exemple parmi les plus beaux sarcasmes en réponse avec cette lettre de Magritte répondant à un critique en 1936 qui raillait sa « curiosité maladive » :

Qu’avait écrit le critique du Soir de Bruxelles ? Le site André Breton nous en donne l’origine, l’article de Richard Dupierreux :

Deux des tableaux moqués par Dupierreux, La Lampe philosophique (1936) :

et Le portrait (1935) :

Fallait-il donc que Magritte accordât grande importance aux propos du critique, plutôt désinvoltes. Cet échange amer s’inscrirait nous rappelle Parisianshoegals dans le contexte d’avant-guerre en Belgique et de l’art dit « dégénéré » par les nazis ou leurs sympathisants pour qui le surréalisme était « démodé ». Pourtant le critique d’art Richard Dupierreux (1891-1957) ne semble pas dans cette mouvance politique. Il était proche du socialiste Jules Destrée pour qui « L’art exige une absolue liberté. Toute contrainte le stérilise ! L’État n’a que des devoirs vis-à-vis de l’art ; il n’a pas de droits » « Art et socialisme », Bruxelles, Journal Le Peuple, 1896.

À noter que sous Le Portrait se cache une œuvre, un fragment de la Pose enchantée, comme la rapporte la presse et la commissaire de l’exposition, Le Mystère de l’Ordinaire, Anne Umland, et un conservateur du MoMA, Michael Duffy, qui sont à l’origine de cette mystérieuse découverte…

Le Portrait de Magritte aux rayons X. Charly Herscovici-ADAGP-ARS, 2013.

 

[Congo, J-9] : Le rêve de Martin Luther King a 50 ans

Il y a cinquante ans, le 28 août 1963, Martin Luther King proférait son célèbre discours I have a dream (« Je fais un rêve ») sur son espérance d’une société égalitaire entre Noirs et Blancs. Le discours fut prononcé sur les marches du Lincoln Memorial pendant la Marche vers Washington pour le travail et la liberté.

par Texwolf

Extrait : « Je vous le dis aujourd’hui mes amis, bien que nous devions faire face aux difficultés et aux frustrations du moment, j’ai tout de même fait un rêve. C’est un rêve profondément enraciné dans le rêve américain. Je fais le rêve qu’un jour cette nation se lève et vive la vraie signification de sa croyance : nous tenons ces vérités comme évidentes que tous les hommes naissent égaux. Je fais le rêve qu’un jour, sur les collines de terre rouge de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité. Je fais le rêve qu’un jour, même l’État de Mississippi, un désert étouffant d’injustice et d’oppression, sera transformé en oasis de liberté et de justice. Je fais le rêve que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau mais à la mesure de leur caractère. J’ai fait ce rêve aujourd’hui. J’ai fait un rêve qu’un jour l’État de l’Alabama, dont le gouverneur actuel parle d’interposition et de nullité, sera transformé en un endroit où les petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs… Et si l’Amérique est une grande nation ceci doit se faire… »

A noter en télévision, sur France Ô ce 28 août à 22h35 : Martin Luther King, la voie de la liberté, un documentaire d’Ingrid Angeloglou.

et la biographie d’Alain Foix, Martin Luther King, ed. Gallimard, coll. Folio :

et l’interview d’Alain Foix sur le site de RFI : « Son action non-violente visait à éviter le pire. Une position totalement humaniste, qui trouvait dans la part noire des blancs et dans la part blanche des noirs un dénominateur commun pour ce qu’il appelle l’Américain : on est Américain avant d’être noir et blanc. Partant, il a fermé la porte à toute cette mythologie « négriste » des Black Muslims qui a continué avec les Black Panthers. »

La BPI de Paris consacre un dossier à Martin Luther King.

[Congo, J-10] : Faire de sa vie une œuvre d’art, de sa maladie aussi

« Faire de sa vie une œuvre d’art ? », s’interrogeait le philosophe Michel Foucault. « De sa maladie aussi », répond Salvatore Iaconesi. Atteint d’une tumeur au cerveau, cet artiste, militant et ingénieur italien, a créé un site La Cura, pour cesser d’être dépendant et pour être sauvé par ceux qui le liront. Son dossier médical n’est plus réservé aux seuls médecins, en langage d’expert, mais il est livré en open source [« code source du logiciel ouvert »] aux contributions du monde entier.

Salvatore Iaconesi a commencé par lancer un appel vidéo, rapporte Le Monde, 24/08/13 :  » Prenez les informations sur ma maladie et donnez-moi un traitement : créez une vidéo, une œuvre d’art, une carte, un poème, un jeu, ou essayez de trouver une solution à mon problème de santé. Artistes, designers, hackers, scientifiques, médecins, photographes, vidéastes, musiciens, écrivains. N’importe qui peut me donner un traitement. »

Sur le site La Cura qui a reçu 500 000 contributions au bout d’un an : « Nous pouvons changer le sens du mot « soins ». Nous pouvons transformer le rôle de la connaissance. Nous pouvons être humain. »

L’appel du créateur italien réactive une belle question de Michel Foucault (1926-1984), Dits et écrits, n°326, p.392, analysé par Édouard Delruelle, Métamorphoses du sujet. L’éthique philosophique de Socrate à Foucault, De Boeck-Université, 2006. Une analyse disponible en pdf sur le Net.

« Ce qui m’étonne, écrit Foucault cité par Delruelle, c’est le fait que dans notre société l’art est devenu quelque chose qui n’est en rapport qu’avec les objets et non pas avec les individus ou avec la vie (…). Mais la vie de tout individu ne pourrait-elle pas être une œuvre d’art ? Pourquoi une lampe ou une maison sont-ils des objets d’art et non pas notre vie ? »

« Dans les écoles philosophiques, poursuit Delruelle les techniques de soi, c’est-à-dire les pratiques par lesquelles on entre en dialogue avec soi-même, ne visent pas à se comprendre, à se déchiffrer, à percer le secret de ses désirs, mais à se façonner soi-même, à se créer et se transformer, à faire de soi-même une sculpture, comme dit Plotin (« Ne cesse jamais de sculpter ta propre statue »).

(…) Il y a dans l’éthique grecque une manière toute à fait originale d’envisager le rapport à soi : comme si nous étions pour nous-mêmes un objet qu’il s’agit de façonner. » Ces techniques sont au nombre de quatre, détaille Delruelle :

1) Il y a d’abord l’entraînement où l’on trouve les pratiques
concernant la sexualité, la diététique, la gymnastique ;
2) Ensuite le domaine de l’ascèse comme ensemble des exercices
par lesquels le sujet se met en situation de s’éprouver soi-même : les
épreuves de purification, de concentration, les retraites ;
3) Ensuite la méditation : la remémoration des faits passés ou la
« préméditation » des maux futurs, ainsi que toutes les techniques de
contrôle de nos représentations [interprétation des rêves notamment].
4) Enfin l’examen de soi et de sa conscience, c’est-à-dire l’évaluation
comparative de ce qu’on fait et de ce qu’on devrait faire (mais non pas
sur le modèle « judiciaire » de la loi et de la culpabilité qui sera celui du
christianisme, mais sur le modèle de l’inventaire, de l’inspection – un
peu comme un architecte vérifiant l’état d’avancement des travaux).
(…)

Dans notre culture, il y a ainsi comme une alternative sur le plan éthique :
– d’un côté, une tradition dominante (issue de Platon, mais transformée et
imposée par le monachisme chrétien) qui considère le rapport à soi comme
une forme d’introspection, de regard sur soi-même, comme si notre être était
à découvrir, à déchiffrer et surtout à juger, à passer au crible de ce qui bien ou
mal, authentique ou inauthentique ;
– d’un autre côté, une tradition « cachée » qui considère le rapport à soi comme
une activité, une transformation, où notre être n’est pas à connaître (et encore
moins à juger) mais à créer, à inventer.
Cette « tradition cachée » de l’esthétique de l’existence, après son apogée dans les
philosophies hellénistiques, n’a ressurgi dans notre culture qu’à de rares occasions : à la
Renaissance, bien sûr (les humanistes italiens, Montaigne), au 18e avec Diderot, au 19e avec le dandysme (Baudelaire, Nerval, Byron, plus tard Oscar Wilde) (on pourrait citer également Jean-Marie Guyau, auteur méconnu d’une Esquisse d’une morale sans obligation) ; au 20e siècle l’esthétique de l’existence se retrouve encore chez des écrivains aussi différents que Gide, Aragon, Malraux, et aussi Michel Leiris, dont les récits autobiographiques L’âge d’homme ou La Règle du jeu répondent explicitement à l’injonction de faire de sa vie une œuvre d’art.


Aujourd’hui, le philosophe Michel Onfray est certainement celui dont la pensée
consonne le plus avec l’esthétique de l’existence (cf. La sculpture de soi). Il répugne à se
réclamer de Foucault, auquel pourtant il doit tant, mais il puise à la même source d’inspiration que lui : Nietzsche, incontestablement le moraliste le plus esthétique, et donc le plus marginal, des temps modernes. »

[Congo, J-11] : Curiosité

« L’art actuel, grâce à l’extraordinaire variété des supports qu’il emprunte, est sans doute le domaine culturel le plus à même, aujourd’hui, de susciter la curiosité. » Michel Houellebecq à propos d’une exposition à Dijon (mai 2012) librement adaptée de son roman La carte et le territoire, prix Goncourt 2010.

« Jed consacra a vie (du moins sa vie professionnelle qui devait assez vite se confondre avec l’ensemble de sa vie) à l’art, à la production de représentations du monde, dans lesquelles cependant les gens ne devaient nullement vivre. Il pouvait de ce fait produire des représentations critiques – critiques dans une certaine mesure, car le mouvement général de l’art comme de la societé tout entière portait en ces années de la jeunesse de Jed vers une acceptation du monde, parfois enthousiaste, le plus souvent nuancée d’ironie. » La carte et le territoire, p. 39.

[Congo, J-12] : se retirer du centre…

À quelques jours d’une Rencontre internationale d’art contemporain, organisée aux Ateliers Sahm de Brazzaville et avant de s’embarquer pour un atelier de critique d’art, le 4 septembre, donc dans 12 jours, je m’imagine en Afrique équatoriale… donc dans un centre géographique, mais bien entendu loin du centre des affaires, en une lointaine périphérie des affaires de l’art contemporain, pour d’autres affaires et revoie l’exposition Simon Hantaï au Centre Pompidou qui se termine le 2 septembre, où le peintre déplie avec méthode, peintre des plis, se rappelant cette parole avant retrait :

« Il y a quinze ans, je me suis placé en dehors. Je me suis retiré du centre, parce que vouloir se placer au centre n’a aucun sens, interdit d’avoir une vision critique. Il ne reste qu’une fonction sociale. Alors, je suis rentré dans l’atelier, sans considération du marché, librement. C’était la seule solution. Sinon la peinture devenait  de la chose, du produit. » Le Monde, 16/03/1998.

par centrepompidou

Voir [Papalagui, 02/09/10] : La littérature monde est indienne, centrale, pas périphérique.

[J-13] : Aux enfants de Syrie, un poème de Mariam Al Masri


اطفال سورية ملفوفون في كفنهم


مثل السكاكر في أغلفتها


ولكنهم ليسوا من السكر


انهم من لحم
وحلم


وحب



 

الطرقات تنتظركم


الحدائق تنتظركم


المدارس وساحات العيد


تنتظركم أطفال سورية

 



باكر جداً كي تصبحوا عصافير


لتلعبوا


في السماء

c’est-à-dire, en français :

Les enfants de Syrie, emmaillotés dans leurs linceuls

comme des bonbons dans leur enveloppe.

Mais ils ne sont pas en sucre.

Ils sont de chair et de rêves

et d’amour.

Les rues vous attendent 
les jardins,

les écoles et les fêtes vous attendent,

enfants de Syrie.

C’est trop tôt pour être des oiseaux

et jouer

dans le ciel.