Paris, résidence et fatwa

L’écrivaine bengladeshi Taslima Nasreen, en exil permanent en raison des menaces des fondamentalistes musulmans indiens, devrait être hébergée par la Ville de Paris, dans une résidence d’artistes, le couvent des Récollets dans le Xe arrondissement, à partir du 1er février. La Ville va prendre le loyer à sa charge pendant une durée déterminée.

Taslima Nasreen avait demandé à Bertrand Delanoë de bénéficier de sa protection au titre de la « citoyenne d’honneur de la Ville » qu’elle avait récemment obtenu.

Le quartier-monde de Koffi Kwahulé

Cette idée d’appeler la Goutte d’Or, un quartier-monde, sonne juste.

A l’origine, une rencontre entre un auteur et un théâtre. Un auteur dont la plume musicale confronte l’Homme à son animalité. Un théâtre animé par le souffle d’un quartier-monde. L’écriture respire alors au rythme de la Goutte d’Or : Koffi Kwahulé vit en résidence au Lavoir Moderne Parisien et écrit sur le thème de la Joie avec les acteurs de ce quartier.
Anima Kwahulé est le titre de ces deux mois de programmation (à partir du 5 avril) où se mêlent spectacles, concerts, lectures, colloque, expositions dans des chantiers d’écriture-jazz.
Si la programmation Anima Kwahulé est centrée sur l’écriture de Koffi, elle invite également à découvrir un essaim d’artistes engageants – écrivains, acteurs, musiciens – dont les impros et les textes entrent en résonance. D’où une carte blanche à Denis Lavant et Monique Blin sous le parrainage de Gabriel Garran. (Extrait du site du Lavoir moderne parisien,  » quartier-monde  » de Paris).

On y reviendra forcément.

… j’essaie d’être au coeur de la Ville importante (Nicolas Kurtovitch, chronique 8 et dernière)

Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien était en résidence d’écriture au Randell Cottage. Résidence qui vient de se terminer. Avant de rentrer à Nouméa, il nous envoie ses dernières impressions d’écrivain-poète-résident…

Le week-end dernier, la grande affaire c’était le « Super Seven ». Il s’agit de rugby, de rugby à Sept bien entendu. Il s’agit aussi d’une folie collective à Wellington. J’ai lu dans le courrier des lecteurs du New-Zeland Herald qu’une « Aucklandaise », regrettait amèrement sa migration vers le Nord. « Il n’y a qu’à Wellington que l’on peut trouver de la folie joyeuse et de l’irrévérence » affirme-t-elle. Les « Néos » ont gagné, les équipes du Pacifique ont été brillantes, particulièrement celle de Samoa, qui fit passer des sueurs froides aux supporters locaux jusqu’à l’ultime minute de la finale. Que demander de plus en ce weekend, d’autant que dans les tribunes du stade, bière, chants, déguisement et sympathie étaient de règle.

Mon séjour est terminé. J’ai aimé vivre là, toutes ces semaines protégé des attaques du quotidien professionnel –merci à mes collaborateurs restés « au travail »-, j’ai aimé le quartier de Thorndon, la rue de St Mary, la ville de Wellington, ses théâtres, ses jardins, ses Hip-Hoppers du Civic Center qui ont fait un remarquable accueil à ma fille et à son compagnon venus nous rendre visite mais aussi présenter un spectacle « dans la rue ». J’ai aimé être dans la ville au milieu des gens, regarder, entendre parfois écouter, être dans le bus y rencontrer la gentillesse et la disponibilité du chauffeur.

Il y a eu des longs jours d’attente que Nicole me rejoigne.

 En face de Isola Bella  /  mal assis sur cette chaise  /  de bois à peine raboté  /  quel goût aurait alors cette bière  /  si tu la buvais avec moi.

J’ai aimé survoler le pays vers le Sud, les Alpes et les vallées glaciaires, les plaines agricoles où les moutons se font de plus en plus rares au profit des vaches laitières ! Plus tard, nous sommes passés de la montagne enneigée à la plage tropicale en quelques heures de route, et toujours les Néozélandais accueillants, simples, disponibles. J’ai aimé les soirées avec les familles Kindman, Underwood, Mc Kays, Mireille, Jean, Sarah, Tia Bennet, et croiser dans un café Patricia Grace ! Je repense à Geof Cush et ses amis artistes de Newton, Arien Munkl, Adrian Wilkins lui va bientôt se rendre à Menton, poursuivre la présence autour du souvenir de Katherine Mansfield. Nous avons « parlé théâtre » avec Vincent O’Sullivan, Nicole, Yves et Maryse, et la veille du départ avec Hone Kouka. Un soir Alan Duff est arrivé au cottage, directement de chez lui à Havelock North, pour nous rencontrer et dormir une nuit avant de retrouver Christian Robert des Editions « Au vent des îles ». J’ai aimé et apprécié les repas en toute simplicité à l’Ambassade, sans protocole en compagnie de Michel et Marlyse Legras, simplement parler de littérature, de la Chine, des poètes Tang et de la Nouvelle-Calédonie, son histoire, son devenir, son quotidien. A propos de la fameuse poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, on me demandait ce que cela avait représenté pour moi :

 « Cette poignée de main signifiait la paix. Du moins nous l’espérions tous, je l’espérais ».

Je n’ai pas aimé être à Wellington alors que la saison de rugby est terminée, la suivante se fera sans moi ! Je me suis rabattu sur le championnat du monde de Netball, une découverte, un grand sport, je me demande si les hommes seraient capables d’y jouer, de vraiment y jouer ? Pas de basketball, sinon à la télévision, sur la chaîne Maori, les New Zéland Breakers qui s’en sortent très bien dans le relevé championnat professionnel australien. J’ai plusieurs fois posé la question et dis mon incompréhension lors de discussions à propos de l’enseignement : « Pourquoi le Maori n’est-il pas enseigné obligatoirement dès le classes primaires » ! Les réponses n’ont jamais été satisfaisantes. Qu’un tel facteur d’unité et de sympathie soit tout bonnement laissé sur le bord de la route me laisse pantois.

 

Par tous les temps à Montagne Froide

portail de branchage ouvert ou fermé

rien n’interdit de ne rien faire

ainsi c’est l’attitude que je préfère

 

c’est aux collines de Tinakori

que je me suis promené ces jours derniers

un escalier étroit raide et tout en pierre

en quelques marches je quittai la petite rue.

 

Il y a eu de très nombreuses heures d’écriture. Rien ne me faisait davantage plaisir que d’avoir ce temps devant moi. Ecrire si il y a vie, sinon ce n’est rien. Je peux dire que toutes ces semaines ont été de véritables semaines de vie, toutes tournées in fine, vers l’écriture. C’est bien là le but d’une résidence d’écriture !

La ville grande est moderne

par ses « buildings » ses « avenues »

zones piétonnes agréables

ses lumières ses halls lumineux

et par le nombre de banques

de distributeurs d’argent

de cartes de crédits autorisées

par le nombre important

de cafés de cordonniers d’hôtels

par le nombre important

de magasins de luxe

leurs articles, articles utiles

côtoyant articles inutiles

de décoration d’amusement

le nombre important de clients

dans les boutiques spécialisées

les librairies

les cinémas les théâtres

la ville est importante

les hommes sont en costume

les femmes sont belles

belles également leurs tenues

un nombre si important

de restaurants de « dancings »

de rue aménagées de taxis

de places accueillants en nombre

sculptures modernes et fontaines

artistes ambulants mimes et musiciens

quémandeurs simplement assis

un nombre si important

de banquiers d’affairistes

d’assureurs d’agents immobiliers

la ville est une capitale

un port un immense échangeur

la ville est importante

elle attire les pauvres

les très pauvres les abandonnés

ils dorment sur les trottoirs

mangent quand ils peuvent

ce qu’ils trouvent ce qu’on donne

la ville est la capitale

les pauvres sont maoris jeunes blancs

« Pacificas » peu souvent Asiatiques.

 

La ville est importante

son développement repose

sur les petits revenus

quelques sous ce qu’il faut

ne pas mourir se nourrir tout juste

c’est une ville importante

belle ville accueillante que nous aimons

un nombre si important

de baies de collines de forêt

des chemins de randonnées

des escaliers un « cable cab »

c’est une ville politique

la maison du ministre

celle des parlementaires

elle abrite les contres-pouvoirs

les anarchistes sur « Cuba street »

ont leur rassemblement

un nombre si important

de manifestations depuis toujours

de publications libres de luttes

nationales internationales

d’ambassades de consulats

dont celui de la Chine populaire

à côté du « cottage » qui nous accueille

je pense au Tibet magnifique symbole

des hommes sous l’oppression.

 

La ville cette ville

est une ville importante

s’y traite les affaires du pays

une part des affaires du Monde

s’y traite le sort des démunis

la réalité de l’équité tant espérée

 

Comme toutes les villes importantes

elle se doit d’être à l’écoute

de ceux qui ne gouvernent pas

qui sont soumis aux pouvoirs

les humbles qui sont ses Habitants véritables

invisibles des passants étrangers

 

C’est à eux que je pense

alors que de ma table de travail

j’essaie d’être au cœur de la Ville importante.

 

 

                                                           Nicolas Kurtovitch

Edmund Hillary est un héros néo-zélandais… (Nicolas Kurtovitch)

Edmund Hillary est un héros néo-zélandais. Ce n’est pas le seul, on devrait citer Ernest Rutherford bien sûr, mais aussi, selon un lecteur du Dominion Post, Marshal Sir Keith Park. Personne ne m’en a jamais parlé, pourtant il fut l’un deux principaux commandants des groupes d’aviation de la Bataille d’Angleterre. Une victoire dans les cieux qui sauva l’Angleterre et par là, permis la victoire contre le nazisme. La guerre toujours… la mémoire collective néozélandaise repose pour beaucoup sur les guerres, guerres mondiales mais aussi guerres entre maori et colons… [lire la suite sur le site de Nicolas Kurtovitch].

A Wellington, tout est paisible (Nicolas Kurtovitch, chronique 6)

Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien est en résidence d’écriture au Randell Cottage .

Aujourd’hui dimanche 23 décembre, la ville grouille de monde, les derniers achats de Noël… bien qu’il reste lundi pour les retardataires (mais lundi n’est pas chômé), les magasins ont font le plein, les trottoirs débordent, les cafés aussi à l’heure du repas, et tout est paisible. C’est ce qui me frappe : c’est paisible, pas de bousculade, pas de précipitation, pas de tension. « Alors tout est mort », penseront certains, et bien non, pas du tout, la vie peut aussi être autre chose que de l’agressivité, de la défiance ou « moi d’abord ». La vie de la cité est palpable, on l’entend, on la voit, on l’écoute. Des orchestres prennent place un peu partout, des musiciens de tous âges font la manche, deux jeunes filles tentent du Tchaïkovski avec leurs violons, un peu plus loin, un grand rouquin, pas plus de quinze ans, développe son Dylan puis son Led Zep acoustique ! Il y a même un duo de breakers débarqués de Nouméa, logeant au Backpacker du coin. Ils ont récupéré en deux minutes à la mairie l’autorisation d’aller exercer leur talent dans la rue, et depuis deux jours ils font un tabac, leurs homologues Wellingtoniens les reconnaissent dans la rue. Ils les invitent à venir danser avec eux sur le front de mer, puis leur payent la soirée quand ils n’ont pas eu le temps de glisser le billet dans le chapeau pendant l’une de leurs représentations quelque part dans Cuba Street. Au supermarché, un guitariste chanteur maori nous gratifie d’une très belle version de … « Whiter shade of pale » ! La ville sera ainsi jusqu’au 26 décembre, « boxing day », tout est fermé ce jour-là, mieux vaut ne pas s’aventurer en ville sous peine de dépression.

Et puis il y a la marche dans le parc avant d’atteindre Tinakori road avant de rejoindre le cottage.

C’est l’heure d’être en chemin / jusque chez moi / un carrefour une rue / que je connais / j’y séjourne / de temps à autre / hélas / j’en perds l’adresse trop souvent / il faut aller / de marches en marches / de nouvelles marches / taillées dans la terre brune / sans pierres ni rondins / celle-ci est battue ferme / après une vingtaine de ces marches / c’est le calme et la beauté / là / offerts / pour rien d’autre / quelques pas / merci aux habitants de Wellington / ils ont su / ne pas signer leur présence / laissant à la montagne / la place en totalité / merci à ces jardiniers / de Wellington / du chemin qu’ils ont tracé / c’est le jour aujourd’hui / d’être esprit et corps / en montagne.

Dans quelques heures / rien ne restera / de ces pas / l’œil en aura fait le tour / l’un après l’autre / des sentiers de terre ou d’herbe / ceux-là s’élèvent depuis le ciment / à l’assaut de la colline / ils osent / ils s’insinuent entre les immenses pins / venus d’Amérique / ils les accompagnent dans leur élan / je suis à la remorque / je suis pas et pas / au plus près de mes nouveaux amis / aujourd’hui est le jour / d’entendre les oiseaux inconnus / dans les hauteurs / trop d’invitations lancées / je ne peux assumer de conquérir le ciel / aujourd’hui est le temps de me trouver / là à aimer marcher pas et pas / dans le silence au cœur de Wellington / et dans d’autres heures / de mon passage rien ne restera / il y aura encore pour moi seul / l’exaltation.

 

Le long de cette pente

après la tourmente

les forestiers ont tout ôté

branches cassées arbustes brisés

Les jambes sont lourdes

à l’assaut du sommet

par l’un des côtés ou droit devant

pourquoi y aller ce matin encore.

 

Djembé congolais à Wellington (Nicolas Kurtovitch, chronique 5)

Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien est en résidence d’écriture au Randell Cottage .

 

Dimanche, tout commence à partir de 11 heures du matin. Le « brunch », le « breakfast », la simple tasse de café, ce ne sera pas avant 11 heures, avec un peu de chance. Le café en bas de la rue ce sera 10 heures. Mais à partir de 11h, tout fonctionne à plein régime, dans le commerce s’entend. Les librairies sont ouvertes, les restaurants, les cafés donc, les boutiques spécialisées, vêtements, aménagement, cuisine, équipement, quincailleries, magasins alternatifs, macrobiotiques, disquaires, dont le fameux et très intéressant « New boat », concurrent du « Real Groovy », parfumeries, bijouteries, tout fonctionne, il y a du monde partout, il est maintenant quinze heures, et cette agitation n’est pas uniquement due à la proximité des fêtes, me dit Geoff Cush, avec qui je suis. Il me dit que tout à changer dans les années quatre-vingts. C’est ainsi dans le monde entier me dit-il, sauf en France d’où il arrive après six mois de voyage dans toute l’Europe du nord. Il y a encore beaucoup de « choses amusantes » en France, ils sont « encore dans la nostalgie », ce sont ses propres termes. C’est donc ainsi que les Anglo-saxons voient les Français, sur cette question de l’ouverture des commerces le dimanche. Le débat n’a pas duré à Wellington, tout le monde était d’accord. Ce qui lui semble une évidence, et Geoff n’est pas un suppôt du capitalisme sauvage et triomphant. Non : « réaliste », me dit-il. Le sommes-nous en Nouvelle Calédonie où il est toujours impossible de faire admettre « l’heure d’été », adoptée dans pratiquement le monde entier, même en France, malgré la nostalgie ! Serions-nous à deux cent cinquante mille habitants, plus malins que les six milliards de terriens restants ? Et encore ! Je suis certain que beaucoup de Calédoniens y sont favorables ! Le ratio devient carrément surréaliste. Alors, quid de l’explication ? A propos, en ce moment il fait jour à Wellington jusqu’à vingt heures trente, facile, et nuit à Nouméa dès dix-huit heures trente, devinez où sont les rues les centres ville les plus agréables en fin de journée ? Et ce n’est pas qu’une question de latitude.

Geoff m’a emmené au lancement organisé par une petite maison d’édition de Wellington, Headworx , spécialisée dans la poésie – elle reçoit chaque année un budget suffisant à l’édition d’une demi-douzaine de recueils, et d’une complète.-

HeadworX invites you to their Launch/Xmas Party 2007 (Aujourd’hui trois livres sont présentés) :

Speaking in Tongues de L. E. Scott. A book of all new poems by jazz poet/writer L E Scott. 80 pages.


Dream Boat de Tony Beyer
A must-have selection of Beyer’s poems, from the 1970s to the new millennium. 224 pages.

Private Detective de Mark Pirie
Handprinted book published by Dunedin’s Kilmog Press
A hand-made book published in Kilmog’s new poetry series that includes works by Peter Olds, Stephen Oliver, Bob Orr, and Sandra Bell.

Venue: Wellington Arts Centre, Upstairs, back room, Abel Smith Street (next to Real Groovy)
Time: 3.00-5.30pm
Date: Sunday 16 December 2007
Drinks and book sales from
3.00pm.
Launch speeches and music to follow.
Merry Christmas and a Happy New Year from HeadworX

C’était très sympathique, sans prétention, beaucoup de lectures, courtes, un peu de musique dont trois chants par un artiste congolais avec qui j’ai pu discuter en français. Il s’accompagne seul au « djembé ». Sa musique est d’une grande douceur, il joue de son instrument avec une précision extrême, variant les volumes et les tonalités, ne tombant jamais dans la démonstration ou l’exotisme bon marché.

Demain notre ami Yves Borrini arrive, d’autres arrivées vont se succéder. La première partie de ma résidence se termine, une autre débute. Je ne serai plus seul. L’écriture sera autre. C’est très bien.

« Le soir je lis Tchouang Tseu… » [Nicolas Kurtovitch, chronique 4]

Cette semaine rien de particulier. Le quotidien des plus simples, chaque jour. Celui que tout le monde peut imaginer. En arrière du cottage nous avons la chance d’avoir une colline épargnée par l’immobilier. Pour cela on peut encore faire confiance au « Néo », ils préservent le plus possible des espaces verts autour de chez eux. C’est là que se brise la routine du quotidien. Quelle que soit l’activité, avec le temps il se crée toujours une routine.

A part ces quelques kilomètres parcourus à flanc de colline puis en forêt, il n’y aurait de chronique que de mes activités de la semaine qui se sont résumées à « écrire », un peu de lecture et le plaisir de revoir le match N°4 de la finale NBA 1993. Admirer Michael Jordan m’a une fois encore apporté de la joie, du bonheur, de l’enthousiasme. Woody Allen a plusieurs fois dit et écrit qu’un match de basket-ball au plus haut niveau est une dramatique fantastique. Il était surtout un fan des New-York Knicks, comme Spike Lee. Ces matchs de Michael Jordan emportés dans mes bagages sont davantage qu’une dramatique au sens où Woody Allen l’entendait : il s’agit de créativité, d’inspiration, et d’art. Oui. Sa vie est engagée, le monde, le banal, l’habituel sont abandonnés au vestiaire, c’est le temps de vivre à la frontière, de regarder par delà l’horizon au risque de s’y perdre. Il faut avoir vécues de véritables, d’insupportables défaites, de celles qui vous laisse sur le bord de terrain démunis, désemparé au bord de l’asphyxie, incapable de reconnaître quoi que ce soit, d’entendre qui que ce soit, d’aimer un être aimé, pour comprendre qu’il s’agit bien d’art. Il me reste quelques autres matches, ce sera pour d’autres jours. J’ai aussi une pensée pour cet autre artiste qu’était Drazen Petrovic, parti beaucoup trop tôt sur une route d’Allemagne par un jour de pluie et de vent. Vous voyez cela ne concerne que les connaisseurs, ceux qui se souviennent de la détresse des supporters du Real Madrid lorsqu’ils comprenaient qu’ils ne seraient jamais champions parce que Drazen Petrovic se dressait sur le chemin. Ils l’insultaient le traitant de « hijo de p… » dès qu’il touchait la balle et ridiculisait son adversaire, rien n’y faisait. Ces même madrilènes pleurèrent de joie, l’embrassèrent, le portèrent aux nuex l’année suivante, lorsque jouant cette fois du côté de Madrid, il scora 64 points en finale et leur apporta le trophée avant de s’envoler pour l’Amérique. Affaire de passionnés encore.Une semaine trop intime, sans lecture de journaux ni véritable contact avec l’extérieur, pour qu’une chronique est un sens, un quelconque intérêt. Je crois que cette nuit ce sera le match N°6 de la série contre Cleveland, avec ce pauvre Greg Ehlo, qui ne connu jamais que la défaite contre Michael Jordan, il avait l’impossible tache d’empêcher notre artiste de nous emmener au ciel. Et si Michael Jordan nous y emmenait à chaque fois, c’est certainement parce que la qualité de la défense du désespéré Greg Ehlo, l’obligeait à se surpasser, créant chaque fois de nouvelles trajectoires pour son corps, ses bras, ses mains -là est peut-être l’un des secrets de la réussite de Michael Jordan, des mains surdimensionnées qui lui ont permis des milliers de fois de se jouer des défenses en portant la balle d’une seule main, hors de portée des défenseurs se succédant à ses trousses, lorsqu’il planait au-dessus de notre quotidien.        

Derrière la maison il y a la colline        

la maison est au milieu de la pente        

la journée je marche dans la colline

le soir je lis Tchouang Tseu avant de me coucher.

Nicolas Kurtovitch, chronique (3)

A Wellington il y a plusieurs musées, dont le TE PAPA, qui n’est pas à proprement parler qu’un musée. Il est plus que cela:c’est un lieu d’apprentissages, de rencontres, de réflexion sur le devenir des gens, une leçon d’histoire, de sciences naturelles, de géographie, en pleine ville, sur le front de mer. On y passerait de journées entières, une par étage. J’ai hâte d’y retourner, ce sera pour le mois prochain.

Le PATAKA, un autre centre culturel, en fait un ensemble de différentes galeries sous une même administration, est situé à une demi-heure de Wellington, dans la commune de Porirua. Aujourd’hui est le dernier jour de « kanakart », une manifestation organisée conjointement par la Nouvelle Calédonie et le PATAKA. Cette exposition proposait « Traditional and contemporary indigenous art from New Caledonia » ; nous avons pu la visiter avec le renfort de commentaires et d’explications bienvenues sur les différentes pièces et les objectifs de cette exposition, merci Marianne Tisssandier pour la simplicité et les paroles essentielles. L’ensemble des pièces présentées forment un tout compact disposé à l’intérieur d’un espace de dimension moyenne, on est proche des objets, pas de vitre de séparation ni de « distance de sécurité », nous ne sommes pas, non plus, noyés dans une masse d’objets dont on ne saurait quoi penser, l’impact est immédiat d’autant que les pièces ont été très bien choisies, en petit nombre. Elles suffisent à donner un premier aperçu de la culture patrimoniale kanak. La présence d’œuvres d’art contemporaines, elles aussi choisies parmi le meilleur de ce qui se crée aujourd’hui, permet de réaliser, entre autres, l’importance pour les artistes kanak de s’inscrire dans une relation forte avec leurs anciens. Cette exposition va vraisemblablement être présentée en Nouvelle-Calédonie, Nouméa mais aussi l’intérieur de la Grande Terre et pourquoi pas les Îles. Suggestion : qu’il y ait toujours un guide lorsque les groupes d’élèves se présenteront. Car la compréhension, l’analyse, le commentaire, le regard critique, ça ne s’invente pas et ne s’improvise pas sur le tas ! Il est urgent de développer un véritable esprit critique dans un pays où la tendance, dans les différents domaines artistiques, est de tout mettre sur le même plan par ignorance, par facilité, parce qu’on pense que ce n’est « pas si important que ça », par crainte de froisser, heurter, attrister, ou carrément crainte de se tromper.

Au PATAKA, j’ai raté l’exposition de Michel Tuffery, d’il y a deux semaines. Aujourd’hui, j’ai récupéré la plaquette de présentation, plusieurs de ses peintures placent James Cook dans le monde maori et sous des traits maoris. On m’a dit avoir pensé au « Dieux sont borgnes » en visitant cette exposition. C’est vrai pour l’affiche du spectacle, bien qu’elle ne représentait pas Cook, mais c’est aussi l’ensemble du personnage de James Cook dans cette pièce qui peut avoir laissé l’impression d’un Capitaine momentanément devenu polynésien ! L’artiste, comme quelques autres à travers le monde, dont un de Papouasie-Nouvelle- Guinée qui a exposé au Centre culturel Tjibaou il y a quelques années, a fait un « bœuf » en boîtes de corned beaf de récupération, en fait il en a fait quatre de ces « life-sized bull sculptures ». Alors que la plupart de ses bœufs en boîtes de conserve aplaties, de couleurs multiples et savamment disposées, sont posés les quatre pattes au sol, celui présenté ici, toujours en place alors que l’expo est terminée, a une attitude similaire à celle du taureau que l’on peut voir dans une fresque crétoise, provenant du palais de Cnossos, si je me souviens bien : les deux pattes arrières violemment projetées en l’air, alors que la tête lance furieusement sa paire de cornes vers l’avant et qu’un athlète plane littéralement au-dessus de la bête.

Je me demande si Michel Tuffery a vu des reproductions de ses fresques. J’espère que les enfants d’aujourd’hui ont toujours, en classe, la possibilité d’aller à la rencontre de civilisations merveilleuses, inaccessibles autrement qu’en rêve.

Nicolas Kurtovitch, chronique (2)

Le dimanche, un écrivain calédonien, en résidence en Nouvelle-Zélande, nous livre sa chronique.

Aujourd’hui dimanche 25 Novembre, c’est, à Wellington mais je suppose dans toute la Nouvelle Zélande, la journée consacrée au port d’une petite boucle de tissu blanc, sur soi. Le sens donné à cette boucle est : « Montrez que vous êtes contre la violence envers les femmes ». (Il est entendu qu’il s’agit avant tout de violences physiques.) Certes on peut rétorquer à cette initiative qu’un morceau de tissu blanc affiché au vu et au su de tout le monde n’empêchera pas la violence physique contre les femmes, non, mais tout de même, cette action me semble très utile. Il s’agit d’une prise de position individuelle rendue publique. Elle contraint tous les hommes qui croisent l’affiche annonçant cette journée et proposant le port de ce ruban, à se poser la question : « Et moi, suis-je contre la violence envers les femmes, suis-je prêt à me mobiliser, ne serait-ce qu’une journée, enfin est-ce-que j’exerce une quelconque violence envers les femmes ? » Se poser la question c’est s’obliger à y répondre, ne serait-ce que pour cela, cette initiative vaut le coup.

Depuis vingt ans, un peu plus même, chaque année, un écrivain néo zélandais se rend dans la ville de Menton. Il y reste six mois en résidence, son lieu de travail est la maison où résidait Katherine Mansfield au tout début des années 20 (elle y resta jusqu’à quelques mois avant de mourir en janvier 1923), le nom de la maison est « Villa Isola Bella ». Mardi dernier, le nom de l’écrivain retenu, vainqueur d’une « compétition » assez intense ici, a été annoncé lors d’un pot réunissant bon nombre d’écrivains dont plusieurs anciens résidents de Menton, ainsi que l’Ambassadeur de France, partie prenante dans la « Résidence de Menton ». Adrian Wilkins est l’heureux vainqueur, il partira au mois de mars, il était heureux, sa famille aussi, ému il remercia le principal sponsor, en fait celui qui règle la facture : voyage, indemnité mensuelle qui vient justement d’être doublée par ce tout nouveau sponsor, à savoir la poste de Nouvelle Zélande. Le discours du « postier » m’a beaucoup plu, intense, vif, expressif, il dit les choses importantes, le besoin de créateurs dans son pays, le besoin d’écrivains, d’artistes qui ne se contentent pas de chanter le beau temps et le bonheur d’être Néo Zélandais. Il dit qu’il veut des écrivains levant le voile sur le monde réel, des écrivains qui parlent vrai, avec leur cœur et leur esprit. Plus tard j’ai discuté deux minutes avec cet homme, je lui ai demandé d’envoyer un petit mot à son collègue, patron de la poste en Nouvelle Calédonie, pour l’inciter à prendre le même chemin à la rencontre des écrivains calédoniens. Sera-t-il entendu ? C’est à espérer car Dieu sait que nous avons besoin de soutiens et d’aides concrètes ; l’argent public est seul à pouvoir remplacer le mécénat, des mécènes qui n’ont jamais existé en Nouvelle Calédonie, ils ont raté leur époque, il faut espérer que les pouvoirs publics ne rateront pas la leur, qui est maintenant.

Je repense à Katherine Mansfield, sans pensées particulières, simplement de la sympathie envers cette jeune femme, morte trop tôt, soutenue par son père, aimée aujourd’hui de tout un pays. Je ne réside pas bien loin de sa maison natale en ce moment, dans un quartier dont les maisons, beaucoup d’entres elles, sont de son époque. Les voies de communication ont bouleversé le paysage mais avec un peu d’imagination je peux facilement me figurer les allées et venues de cette famille nombreuse dans les rues de Thorndon, son quartier. Je retournerai visiter cette maison avant de partir, saluer sa mémoire, apprécier davantage encore ses remarquables nouvelles.

[Le 17 décembre 1999, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 25 novembre Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, et a invité les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales à organiser ce jour-là des activités conçues pour sensibiliser l’opinion au problème. Voir le site officiel.]

A lire également sur le site de Nicolas Kurtovitch, les notes de son journal de résidence, notamment l’épisode n°9 consacré à la visite du musée Te Papa. Nous en avions parlé lors de la restitution annoncée d’une tête maorie par le musée de Rouen, restitution pour l’instant suspendue et non encore jugée [Papalagui, 28/10/07 et 23/10/07 ].

Extrait par l’auteur du Piéton du Dharma :

Qu’avons-nous apporté, retiré, enlevé, transformé, détruit, modifié, bouleversé, qu’avons-nous élevé, rabaissé, ignoré, imposé ? Ce que propose le Te papa à son étage Maori révèle qu’ils n’avaient rien à envier à cet autre monde venu les conquérir. J’ai vu les formidables navires qui ont permis les traversées trans-pacifiques, -on le sait maintenant- en « aller et retour », certitude fondamentale car elle enlève tout idée de rupture à l’intérieur du triangle polynésien, après les découvertes des îles et archipels, les contacts ont continués avec les îles d’origines, Tonga, Wallis, Samoa, par exemple.

J’y ai vu les maisons, les greniers, les manteaux, les bijoux, les armes. J’y ai vu tout ce qui en Europe faisait culture et civilisation, une conception du monde, du ciel, du cosmos, de Dieu, de la bonté, de l’amour, du politique, de la famille. J’y ai vu aussi le visage et entendu le nom, de chaque soldat maori –mais aussi le nom et le visage de ceux originaires des îles Cook- parti à la Première et ceux partis à la Seconde Guerre mondiale. Les yeux disent la jeunesse, l’étonnement, l’effroi, certains ont le sourire, l’aventure, l’incrédulité aussi : « que va-t-il nous arriver, là-bas, si loin, chez eux, les blancs, les vainqueurs des guerres coloniales, qu’elles sont leurs guerres, leurs combats ? ». Ces yeux devant le photographe, aujourd’hui devant moi, me posent la question : « Qu’avez-vous fait » ?