Paul Arrighi : Les êtres, le cosmos, la terre et le vin

Les êtres, le cosmos, la terre et le vin
(Dédié à cet incomparable génie Charles Baudelaire)

Les ceps murissent longuement sous l’énigmatique lueur des cieux,
irisés par les ondes astrales du Cosmos et ses grands vents de feu.
Des gelées de janvier aux averses d’avril, le vigneron soigne ses vignes.
qui souffrent des fournaises de l’été jusqu’à la bouilloire dorée de l’automne.
Le vin est d’abord fruit des astres et des cieux, mais aussi de la patience et de l’art du vigneron.

Il y a une magie du vin qui vient sceller les noces mystiques de l’azur, de la terre, du cosmos et des graves.
Il existe dans le vin comme une consécration des noces d’or de la terre, des pierres et de l’azur,
Qui lui donne son caractère âpre ou velouté, son goût inimitable, sa vraie signature, son héraldique.
Un palais exercé saura toujours en déceler l’empreinte pour y trouver sa genèse et gouter ses merveilles.
Mais c’est le vigneron qui consacre ces noces avec son savoir, son doigté, sa manière d’opérer le grand œuvre des vendanges.

Le choix de la date des vendanges dépend de l’intuition humaine et correspond au sacre de l’automne.
Au moment où les grappes pèsent et ou les raisins sont gonflés comme de lourds pendentifs,
alors que les raisins mûrs sont prêts à sortir de leur enveloppe dorée pour se transformer en élixir.
Le vigneron prend la décision sacrale de celle dont dépend la qualité du vin à naître.
Et les vendanges vont se mener dans une atmosphère d’excitation et de sentiment de franchissement du danger.

Désormais le vin sorti du pressoir va murir dans des barriques de chêne
Le bois peut apporter sa chauffe méthodique afin que se mêlent au jus   des arômes de bois et de forêts,
C’est sûr, cette année, les forces de la nature et de l’Homme nous préparent un grand vin.
Aussi quel honneur et quel rite magique que d’en boire les premières gorgées dans des coupes d’argent ou des verres de cristal,
avant même que le vin ne soit fait et tiré pour en détecter les grands traits et les failles.

Enfin, vient le moment de boire, comme une élévation des cœurs et des esprits.
L’on ne boit bien qu’en groupe, qu’avec de vrais amis, sa chérie ou des belles.
Boire c’est d’abord humer et découvrir par le nez les secrets d’un terroir et des pampres,
puis humecter ses lèvres afin de s’imprégner des sucs et des saveurs,
et puis boire surtout, c’est œuvre de finesse, d’expression de l’Esprit et de bonne humeur; qu’il y ait de l’ivresse, fort bien, mais jamais d’ivrognerie.
Paul Arrighi ; Toulouse,  novembre 2013.

Frantz Fanon : « Je n’aime pas les gens qui s’économisent. »

A signaler l’édition poche (600 pages quand même) de l’indispensable Frantz Fanon, une vie, par David Macey, aux éditions La Découverte (parution le 14/11 après la première édition grand format en 2011). C’est LA biographie sur Fanon, traduite par Christophe Jaquet et Marc Saint-Upéry, avec son chapitre sur Les Damnés de la terre, actuellement adapté au théâtre du Tarmac, à Paris, par Jacques Allaire.

Extrait p. 486 (Sartre n’a pas encore préfacé Les Damnés de la terre) :

« La conversation avec Fanon fut entamée lors du déjeuner et se poursuivit jusqu’à 2 heures du matin, à tel point que Simone de Beauvoir commença à s’inquiéter et signala de façon aussi polie que possible que Sartre devait dormir un peu. Fanon fut scandalisé et confia à Lanzmann : « Je n’aime pas les gens qui s’économisent. » Ils restèrent donc debout jusqu’à 8 heures du matin. Sur un ton plus conciliant, il ajouta qu’il paierait volontiers 20 000 francs pour pouvoir converser avec Sartre du matin au soir pendant quinze jours. De fait leurs échanges durèrent trois jours et ils se rencontrèrent de nouveau dix jours plus tard lorsque l’écrivain antillais repassa par Rome pour prendre l’avion en direction de Tunis. »

Changer de monde ?

Vu au Musée national d’art moderne, à Paris, l’œuvre de Théo Mercier, « La Possession du monde n’est pas ma priorité », une bibliothèque de pierres d’aquarium (en résine) au titre dévastateur, catégorie humour de l’art, une des pièces de l’exposition Le surréalisme et l’objet.

Courtesy de l’artiste et galerie Gabrielle Maubrie, Paris

Lu que 75% des 15-30 ans trouvent plus important d’utiliser un produit que de le posséder.

Théo Mercier a 29 ans.

J’en conclus que la jeunesse d’aujourd’hui n’a pas envie de posséder le monde,

mais d’en changer.

 

Paul Arrighi, poème d’automne

Hourra, Hourra ; élégie à notre automne chéri

Cher automne, tu es vraiment ma saison chérie,
Tu portes la couleur dorée des pêches et des prunes
Avec quelques reflets des raisins de Moissac,
Alors que les feuillages roux te font un tapis d’or.
Et que dame châtaigne crépite dans les feux de bois.

Tu es la saison chère des amours romantiques,
Et des êtres esseulés, assoiffés de ta lumière tamisée,
des tons délicats et de ta vêture de velours.
Automne, tu es Femme splendide qui le sait et en joue ;
de celles que l’on n’oublie jamais avec leurs chevelures rousses.

Cher automne, tu flamboies partout où l’on te trouve,
des châtaigniers de Corse, aux eaux de la Volga.
Ta couleur préférée est le roux mordoré
Avec quelques nuances de soleil flamboyant,
Sans jamais oublier le marron des châtaignes.

Automne, tu es par excellence la saison d’intellect
Où poètes et penseurs trouvent l’inspiration,
propice à leurs rêves et à leurs créations.
Tu nous tends le miroir de la contemplation
Qui rend l’esprit aux vraies priorités qui sont spirituelles.

Ton ciel devient tapisserie avant que le soir tombe,
Tant soleil, nuages et lune jouent un ballet de feu
Il reste en toi assez du bouillonnement de l’été
Et des excès grandioses de la saison brûleuse
Peu à peu refroidies par Eole qui pointe quand les jours rétrécissent.

Ce n’est qu’en fin d’automne que tes atours déclinent
Avec quelques journées d’une telle beauté,
Que notre cœur se serre à devoir te laisser
Peu à peu t’engourdir dans un linceul d’hiver
D’où le printemps nous éveillera ; déjà rêvant d’automne.

Paul Arrighi, Toulouse, octobre 2013.

Mia Couto (Mozambique), Prix Neustadt 2013

Le Mozambique est un pays de malheurs, dont le dernier en date est la rupture d’un cessez-le-feu de 21 ans, et le Mozambique est un pays dont l’un des fils est l’un des plus grands écrivains du continent africain. Mia Couto, né à Maputo en 1955, vient de remporter le Prix Neustadt, surnommé le « Nobel américain », récompense littéraire dotée de 50 000 dollars (37 000 €) par l’Université d’Oklahoma, la famille Neustadt et la revue littéraire World Literature Today (WLT).

Ce prix bisannuel, destiné à consacrer tant des romanciers, des poètes que des dramaturges, est décerné à un auteur traduit en une vingtaine de langues, déjà lauréat du Prix Camões en 2013, le plus important prix littéraire du monde lusophone.

« Mia Couto essaie de soulever le joug colonial d’une culture en revivifiant sa langue« , a commenté le directeur exécutif de WLT, Robert Con Davis-Undiano.

Gabriella Ghermandi, qui a sélectionné Mia Couto pour le Prix a écrit quant à elle : « Certains critiques ont appelé Mia Couto « auteur de contrebande », une sorte de Robin des Bois des mots qui vole des sens pour les rendre disponibles dans chaque langue, en forçant des mondes apparemment séparés pour communiquer. Dans ses romans, chaque ligne ressemble à un petit poème. »

« Ce prix tombe à pic, car le Mozambique approche d’une période difficile. Pour moi personnellement, ce prix est bien sûr un rayon de soleil, en ce moment national triste », a réagi Mia Couto.

[« La Renamo, groupe armé reconverti en parti d’opposition, a mis fin à un cessez-le-feu de 21 ans pour réclamer notamment, une meilleure redistribution des richesses. Samedi, un bus a été attaqué faisant un mort et une dizaine de blessés. La peur de retomber dans la guerre civile a envahi le pays », selon Courrier international.]

Parmi les anciens lauréats du Prix Neustadt, figurent Gabriel Garcia Marquez (Colombie, 1972), le poète français Francis Ponge (1974), Octavio Paz (Mexique, 1982), Tomas Tranströmer (Suède, 1990), Edward K. Brathwaite (Barbade, 1994), Assia Djebar (Algérie/France, 1996), Nuruddin Farah (Somalie, 1998), David Malouf (Australie, 2000), Patricia Grace (Nouvelle-Zélande, 2008).

Extrait p. 76 du recueil de nouvelles Le fil des missangas [perles de verre] (2010, éd. Chandeigne, traduction Élisabeth Monteiro Rodrigues) :

« La vie est un collier. Je donne le fil, les femmes donnent les missangas. Elles sont toujours nombreuses, les missangas.

À chaque fois qu’il faisait l’amour avec l’une d’elles, il ne rentrait pas directement chez lui. Il allait, oui, chez sa vieille mère. À elle, il lui racontait les intimités de chaque nouvelle liaison, les différentes douceurs de chacune de ses maîtresses. Les yeux fermés, la vieille écoutait et faisait même semblant de s’endormir sur le canapé fatigué de la salle à manger. À la fin, elle prenait les mains de son fils dans les siennes et lui ordonnait de prendre un bain là même.

— Que ta femme n’aille pas sentir la présence d’une autre, disait-elle.

Et JMC se plongeait dans la baignoire pendant que sa vieille mère le frottait avec une éponge parfumée. Le bain terminé, elle le séchait, lente comme si le temps passait par ses mains et qu’elle le retenait dans les plis de la serviette.

— Continue, mon fils, distribue ton cœur qui est si grand. Ne cessa jamais de visiter les femmes. Ne cesse jamais de les aimer… »

 

Vient de paraître : Césaire, Perse, Glissant par Chamoiseau

Le mot de l’éditeur : « Aimé Césaire. Saint-John Perse. Édouard Glissant. Trois des plus grands poètes de tous les siècles. Pourtant, il nous est difficile d’envisager une entité pareille. Dans l’ordinaire perception, on les distingue, on les oppose, on les distingue en les opposant. (…) L’homme de l’Afrique et de la Négritude. L’homme de l’universel conquérant, orgueilleux et hautain. L’homme des chaos imprévisibles du Tout-Monde. (…) Dès lors, il nous faut tenter de deviner leur inévitable relation, ces « liaisons magnétiques » qui les rassemble sans les confondre, et qui nourrissent, et leurs mouvements particuliers et leurs musiques secrètes. »

Césaire, Perse, Glissant, les liaisons magnétiques, par Patrick Chamoiseau, éditions Philippe Rey.

Voir le site Édouard Glissant.

[Centenaire Césaire] « Une Tempête » au Centre culturel Tjibaou de Nouméa

Début novembre, selon que vous serez en Martinique ou en Nouvelle-Calédonie, vous aurez le choix entre deux pièces de Césaire, proposées pour son centenaire. A Fort-de-France, le TNP de Villeurbanne met en scène et joue Une saison au Congo [Papalagui, 15/10/2013], à Nouméa, Pacifique et Compagnie met en scène et joue Une Tempête au Centre culturel Tjibaou, du 31 octobre au 03 novembre et du 07 au 10 novembre 2013.

Présentation par la compagnie Pacifique et Compagnie :

« Un navire sombre dans les eaux furieuses d’une tempête infernale. Depuis l’île où il a été exilé à la suite d’un funeste complot, le duc et magicien Prospero contemple le naufrage… et voit débarquer ses ennemis d’autrefois. La vengeance est proche !… Mais son esclave Caliban se révolte, et rien ne sera plus comme avant… Aimé Césaire a adapté pour un théâtre nègre « La Tempête » de Shakespeare.

Ce monument du théâtre est revisité par une écriture anticolonialiste. Exilé de force sur une île, Prospero devient le maître tyrannique de l’esclave Caliban et du docile Ariel. Les rouages de la domination coloniale sont décortiqués au fil de la confrontation des personnages, enfermés sur ce bout de terre sans horizon. »

Bernard Pivot : « S’il n’y a pas de nouveaux candidats, Laferrière sera élu » [à l’Académie française]

Après l’annonce de la candidature de Dany Laferrière à l’Académie française, le plus célèbre chroniqueur littéraire français jusqu’en 2005, Bernard Pivot, estime que les chances de l’auteur de faire son entrée dans la vénérable institution sont très bonnes, ainsi que le rapporte Radio-Canada, dans son édition du 25 octobre :

« En entrevue vendredi à l’émission Pas de midi sans info avec Jacques Beauchamp, Bernard Pivot a salué la candidature de l’auteur québécois d’origine haïtienne, assurant qu’il voterait pour lui « s’il était membre de l’Académie » (Bernard Pivot est membre de l’Académie Goncourt).

« S’il n’y a pas de nouveaux candidats, Laferrière sera élu, c’est lui qui recevra le plus grand nombre de voix », a indiqué le journaliste et animateur.

« L’académie sera très sensible à sa candidature parce que c’est un homme de la francophonie et qu’il est noir. Les Noirs sont peu ou pas présents à l’Académie depuis Senghor. » [élu le 2 juin 1983]

L’élection pour succéder à Hector Bianciotti, décédé en 2012, aura lieu le 12 décembre prochain. Les deux autres candidats sont Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier [candidatures auxquelles s’ajoutent celles de Catherine Clément et Georges Tayar déposées précédemment, le 17 octobre, selon le site de l’Académie]. Le membre élu doit obtenir une majorité absolue des suffrages exprimés »

[« Le scrutin est direct, secret et requiert pour qu’un candidat soit élu qu’il ait recueilli la majorité absolue des suffrages (la moitié des voix exprimées plus une). Un scrutin ne peut avoir lieu qu’en présence d’un quorum de votants fixé à vingt. Si celui-ci n’est pas atteint, l’élection est renvoyée à huitaine. Si, ce jour-là, dix-huit académiciens au moins ne sont pas présents, l’élection est remise à une date ultérieure, selon l’Académie.]

Dany Laferrière candidat à l’Académie française

« L’Académie française, à l’issue de sa séance du 24 octobre, a annoncé trois candidatures au fauteuil d’Hector Bianciotti (fauteuil 2), décédé en juin 2012. L’écrivain québécois d’origine haïtienne Dany Laferrière est l’un d’eux. Les deux autres candidats sont les auteurs Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier.

Comme le veut le protocole, Dany Laferrière a envoyé sa lettre de candidature à
Hélène Carrère d’Encausse, qui occupe le poste de secrétaire perpétuel de l’Académie, afin de postuler au fauteuil d’Hector Bianciotti. Enthousiaste, le quotidien français Le Figaro note : « C’est une candidature de poids et un profil rare que vient d’enregistrer l’Académie française. » L’élection se tiendra le 12 décembre. »

La suite est à lire sur Le Devoir, 25/10/13.

Son dernier livre en date est Journal d’un écrivain en pyjama (Grasset, 2013). Auparavant, il s’est fait connaître avec Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit ?, prix RFO 2002, Vers le sud (2006), adapté au cinéma, Tout bouge autour de moi, récit du séisme en Haïti en 2010, dont il fut rescapé, ou L’Énigme du retour, prix Médicis 2009.

Laferrière est entré au Larousse dans l’édition 2012 [Papalagui, 16/06/11]. Le Petit Robert 2012 cite une de ses œuvres à l’article cellulaire, l’édition 2013 le cite à l’article fenêtre. Mais Le Grand Robert, dans sa 3e édition (2013) ne lui consacre pas de notice.