Les 12 meilleurs documentaires de 2012 (selon Sens Critique)

Le réseau social de la culture, Sens Critique, publie la liste des douze meilleurs documentaires de l’année 2012, selon les internautes abonnés. Sur le podium : Les invisibles ; Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde ; Un monde sans humains ?

Lire la liste des 12 meilleurs documentaires de 2012.

Lire sur Écrans, site de Libération.fr, D’Allociné à SensCritique : la course aux étoiles par Christophe Alix, Didier Péron, Eric Loret.

 

Les Bêtes du Sud sauvage, un poème américain

Si le cinéma américain était un poème, il ressemblerait aux Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin. Pour son premier long métrage, ce réalisateur trentenaire né à New-York nous plonge dans la vie quotidienne et les rêves de la petite Hushpuppy (remarquable Quvenzhané Wallis), 6 ans, qui vit dans le bayou louisianais avec son père (Dwight Henry). Ici la vie est un bouillon de culture, une utopie que ses habitants ne veulent pas quitter, où les animaux, petits ou grands, et les humains affrontent la même nature. Scènes merveilleuses où Hushpuppy porte à son oreille qui un oiseau qui un crabe pour écouter battre leur cœur…
Et quand la tempête survient, quand son père colérique est touché par la maladie, Hushpuppy partira à la recherche de sa mère disparue il y a longtemps.
De ce bout d’Amérique, séparé de l’autre par une digue immense, on voit (ou on imagine) la fonte des glaces de l’Arctique et le déferlement des aurochs colossaux enfin libérés par la fonte, bêtes mythiques dont Hushpuppy pourrait bien n’être que le petit déjeuner.
Un film à hauteur de gamine, caméra mobile sur monde flottant, où chacun, visible ou non, est une parcelle d’humanité, où tout va bien quand chaque chose est à sa place. Un conte moderne aux accents qui empruntent à Terrence Malick et à son The Tree of Life pour le tremblement, les doutes existentiels, à Lars Von Trier quand la planète Melancholia se dirige vers la Terre…

Roméo et Juliette, version théâtre (David Bobee), version cinéma (Rachid Djaïdani)

Roméo et Juliette, version théâtre

Le Roméo et Juliette de Shakespeare retraduit par Pascal et Antoine Collin, mis en scène par David Bobee est présenté au Théâtre de Chaillot dans un mixage de formes dansées, théâtrales et chantées en arabe. Des deux clans, Capulet et Montaigu sont des communautés disparates, dont le point commun est d’être marginales : « Une communauté de 14 personnages dans leurs diversités, dans leur beauté, explique le metteur en scène en résidence à Chaillot. Des acteurs à l’image de nos sociétés contemporaines, belles de leur mixité, vont tenir les rôles de cette tragédie. Dans Hamlet [sa précédente création en 2010 avec force acrobaties, rock, décor futuriste et macabre], les minorités étaient présentes, évoluant sur le plateau en périphérie d’un noyau familial blanc, autour du rôle-titre, ici, pour Roméo et Juliette ce sera l’inverse les Capulet comme les Montaigu seront interprétés par des acteurs d’origine arabe, Roméo comme Juliette, arabes ou d’origine tous les deux, pour éviter toute opposition grossière et inefficace, mais poser tout de même quelques questions. »
Les acrobates hip-hopeurs ont un accent latino-américain. L’origine arabe des comédiens n’est pas manifeste. On retiendra la remarquable exécution d’un chant en langue arabe par la comédienne syrienne Hala Omran (lady Capulet).
Nous avons suivi Jean Boissery. Né en Nouvelle-Calédonie, le petit neveu de l’écrivain Jean Mariotti, n’a jamais quitté complètement son pays natal, malgré son départ du Caillou en 1967.
Non seulement, il y revient pour transmettre son savoir-faire d’artiste mais il y pense même lorsqu’il joue en face de la tour Eiffel, au Théâtre de Chaillot, un Capulet aux multiples registres.

Roméo et Juliette, version cinéma

Rengaine, premier film de fiction de Rachid Djaïdani joue lui aussi avec les marges de la société. Contrairement à David Bobee qui ramène ces marges (sociales, linguistiques, migrantes) au cœur de l’action, sur le plateau, Rachid Djaïdani filme en gros plans, très gros plans. Il n’a pas besoin de les ramener au cœur de l’action, elle sont déjà omniprésentes. Une économie de moyens comme une intention d’auteur lui font choisir de s’intéresser aux marques sur le visage de Slimane (Slimane Dazi) : comment ce grand frère d’un tribu de quarante va assumer le « non » à sa sœur Sabrina (Sabrina Hamadi), « non » elle ne peut pas se marier avec un renoi, Dorcy (Stéphane Soo Mongo). Rachid Djaïdani filme un thème de théâtre classique façon black/beur, comme un combat de boxe, sport qu’il affectionne.

La Chasse : décompte morbide

La chasse est un coup de fusil dans cette morale gnan-gnan qui veut qu’un enfant ne peut pas mentir. Surtout quand la police des mœurs ronge l’esprit d’une paisible communauté d’un village danois. (En France, on se souvient de l’affaire d’Outreau, présumés abus sexuels sur mineur, symbole de l’erreur judiciaire des années 2004-2005.)
Au pays d’Andersen le conteur, Lucas (Mads Mikkelsen) est séparé de sa femme et obtient de justesse le droit de garde de son fils Marcus. Son travail lui donne entière satisfaction. Il s’occupe d’enfants avec qui le jeu est un plaisir partagé.
Il semble le seul confident de la petite Klara (Annika Werdderkopp), en mal d’affection parentale, jusqu’au jour où elle le dénonce pour avoir fait des choses « qui ne se font qu’entre adultes ».
Commence alors une chasse à l’homme. Pour son meilleur ami, le père de Klara, c’est simple : sa fille ne ment jamais. Pour la patronne de l’établissement pour enfants où il travaille, même certitude. Idem pour le patron du supermarché, qui ne veut plus le servir. Ses anciens amis deviennent ses ennemis intimes, exception faite de quelques uns.
Les accusations de Klara sont partagées par tous les enfants, qui évoquent tous un sous-sol chez lui… qui n’existent pas.
Après une garde à vue et une décision du juge de le libérer de ces accusations, la chasse n’est pas terminée. Elle ira crescendo.
La chasse de Thomas Vinterberg est un film interprété magistralement par Mads Mikkelsen. Sa métamorphose d’homme qui sait parler aux enfants, et les écouter, en homme traqué par une accusation honteuse est parfaite. Elle absorbe des longueurs de scénario ou des attendus pesants. Il absorbe les coups comme un boxeur qui tient à rester debout malgré tout.

L’émotion Perrault à la Cinémathèque

Que transmettre aux générations futures quand la culture est en voie de disparition ? Un formidable documentaire du Québécois Pierre Perrault, Pour la suite du monde, a été présenté à la Cinémathèque française ce lundi soir. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister à cette séance clé du cycle consacré au documentariste, ils pourront le visionner sur le site de l’Office national du film du Canada (ONF).

Considéré comme un chef d’œuvre du cinéma direct, Pour la suite du monde est un « documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. »

Le film débute par cet écran de présentation :

Un film qui possède une qualité rare, l’immersion et l’écoute d’un parler (sous-titré en français de France). Les anciens qui vont aider les plus jeunes à « relever la pêche » disent avec des mots simples tout l’enjeu de cette transmission : « il n’y a pas de plus belle chasse que la chasse aux marsouins ». On les devine en quête de la réalisation d’un mythe, tel Melville avec Moby Dick. Pour les spectateurs du film comme pour les insulaires, c’est la même communion dans un rituel où l’homme et la nature ne font qu’un, comme le montre ce plan où des centaines de harts sont plantés dans la mer pour qu’à marée haute, le marsouin soit piégé, grand geste collectif pour chanter à l’unisson l’appartenance à une tradition que Jacques Cartier dit venir des Indiens.

 

Pour la suite du monde par Michel Brault et par Pierre Perrault, Office national du film du Canada

À suivre prochainement, un colloque Pierre Perrault aux Ateliers Varan.

Au Japon, Naomi Kawase filme l’être-au-monde

Dans la forêt japonaise d’Okazaki, une maternité, une maison pour accouchements naturels. L’entrée du film passe par un sous-bois en contre-jour, de la lumière à l’humus des feuilles (bande-annonce). Une eau perle d’une canalisation. Des femmes pépient. Elles diront leur fierté d’être enceintes, sourire explosif sur le visage, dans une joie communicative. Elles s’accomplissent intégralement, accompagnées par le docteur Yoshimura âgé de 78 ans.

Cette conscience morale a la parole claire (la société a médicalisé l’accouchement, le corps, la femme, au point qu’il faut soigner, alors que l’acte est beau, peut-être douloureux, mais naturel). Il aurait pu virer gourou. Il a remis le corps des femmes au cœur de la grossesse.
Le film de Naomi Kawase agit comme un poème sylvestre traversé par les épreuves physiques en aérobic de montagne : 300 flexions quotidiennes par séances de cinquante, à polir un mur de bois, coupe du bois à la hache (c’est la hache qui fait l’effort, pas le corps). Documentaire sur l’art d’être enceinte. On se laisse porter par une douceur renouvelée du lien maternel : « J’aime me souvenir de la douleur de mon accouchement », dit l’une d’elle, elle-même médecin.
Naomi Kawase a filmé trois accouchements en présence des familles. Belles réactions des enfants, paroles sans geignardise : « Grand-mère, bébé est  né. » Ou les pleurs muets d’un jeune garçon submergé d’émotion.
Genpin évolue du documentaire d’empathie vers le documentaire existentiel avec le questionnement du docteur Tadashi Yoshimura, l’homme aux 20 000 accouchements naturels en cinquante ans de pratique. Sa fille aînée lui reproche de s’être moins occupé de sa famille que de sa clinique : « Je reviendrai moins souvent, dit-elle au vieil homme, mais je ne te hais pas. »

Genpin est un documentaire sur l’être-au-monde.

Voir la rétrospective présentée par la Cinémathèque française :
Et cette adresse de la réalisatrice au public de la Cinémathèque et aux spectateurs de Genpin : « J’aimerais que les femmes mais aussi les hommes voient ce film, et qu’il nous invite à une réflexion sur l’origine de nos vies, sur le sens de notre existence et comment ces vies se relient aux générations suivantes. »

par lacinematheque

N.B. : Le mot « Genpin » est le nom que donne le philosophe Lao-Tzu à l’esprit de la vallée. Il est censé être incarné par une femme qui donne la vie et renvoie à la notion d’immortalité. En effet, selon cette philosophie, la vie s’inscrit dans un cycle et la mort d’une personne n’est en réalité que la mort de sa conscience, une transition vers une force supérieure imagée par la vallée. [la production]

Au Médicis 2012, Féerie générale, Rétrospective, Congo, quelle histoire !

Le prix Médicis 2012 a été attribué à Emmanuelle Pireyre pour Féerie générale (L’Olivier). Son éditeur présente son livre comme « mêlant humour et érudition pour aborder le rôle de l’argent, la démilitarisation de l’Europe, la question du voile, le bonheur écologique » et « faisant littérature avec une langue actuelle, écrite et orale, celle des forums internet ».

Présentation sur le site de l’Olivier :

« Une petite fille déteste la finance et préfère peindre des chevaux ; des artistes investissent les casernes ; un universitaire ne parvient pas à achever sa thèse sur l’héroïsme contemporain ; une jeune musulmane choisit pour devise: Une cascade de glace ne peut constituer un mur infranchissable … Ainsi sont les protagonistes de Féerie générale : récalcitrants à l’égard de ce qui menace leur liberté, prompts à se glisser dans les interstices du réel pour en révéler les absurdités.

A partir de quelques échantillons prélevés dans les médias, ce livre mêle humour et érudition pour aborder – entre autres – le rôle de l’argent, la démilitarisation de l’Europe, la question du voile, le bonheur écologique. Il « fait littérature » avec une langue actuelle, écrite et orale, et celle des forums internet : « J’ai souvent eu l’impression, en écrivant ce livre, d’emprunter des discours tout faits comme on louerait des voitures pour le plaisir de les rendre à l’autre bout du pays complètement cabossées », nous confie l’auteur.

Emmanuelle Pireyre poursuit ici sa réflexion sur l’époque, dans un pastiche éblouissant des discours – savants, publicitaires, sociologiques – dont elle détourne les clichés. Cet écrivain-corsaire aborde les lieux communs avec une jubilation communicative et propose une radiographie de la conscience européenne en ce début de 21e siècle. »

Elle a commencé à publier chez Maurice Nadeau, avec Congélations décongélations (2000).

Le Médicis du roman étranger va à Avraham B. Yehoshua, pour Rétrospective,

et le Médicis essai à David Van Reybrouck, pour Congo, une histoire.

présenté ainsi par son éditeur, Actes-Sud : « Le livre du Congo, un essai total écrit comme un roman. De la préhistoire aux premiers chasseurs d’esclaves, du voyage de Stanley missionné par Léopold II à la décolonisation, de l’arrivée de Mobutu puis de Kabila à l’implantation industrielle d’une importante communauté chinoise, ce livre retrace, analyse, conte et raconte 90 000 ans d’histoire : l’Histoire d’un immense pays africain au destin violenté. »

Martinique, Calédonie, Outre-mer du documentaire : le festival Ânûû-Rû Âboro, Palmarès 2012

En Nouvelle-Calédonie, liberté, identité, exil, sont les thèmes des films primés au 6 ème Festival de documentaire Ânûû-Rû Âboro (du 26 octobre au 4 novembre 2012), à Poindimié sur la côte est de la Nouvelle-Calédonie :
(Anûû-rû âboro veut dire « l’ombre de l’homme » dans la langue paicî, autrement dit « cinéma ». Nous aimons cette définition poétique qui laisse une part d’ombre dans la recréation du réel que pose l’acte cinématographique documentaire.  Nous aimons aussi cette présence de l’homme dans la définition kanak du cinéma. A tout choisir, nous préférons filmer l’homme à hauteur d’homme que la terre vue du ciel. Jean-François Corral)

1. Grand Prix du jury : De engel van Doel, de Tom Fassaert.
Synopsis : Situé à proximité du port d’Anvers, Doel est un village qui encombrait l’expansion mégalomane de la ville depuis des décennies. Alors que Doel est en train de mourir doucement, Emillienne essaie de vivre comme si rien n’avait changé. Sera-t-elle finalement obligée d’abandonner Doel elle aussi ?
2. Prix spécial du jury : Vol spécial de Fernand Melgar
3. Prix NC 1ère Festival Anûûru-Aboro Pweedi Wiimia Poindimié: Imulal, Une terre, des racines et des rêves, de Nune Luepack

par NC1ere
4. Prix du jury jeunes : Lecciones Para Zafirah/ Carolina Rivas & Daoud Sarhandi

5. Prix du Public : Little Heaven de Lieven Corthouts


6. Prix du court métrage : Des histoires d’axe du mal pour s’endormir de Vibeke Bryld
7. Mentions spéciales NC 1ère à La place, de Emeri Tialetagi et Alphonse Kate et au Dernier assaut de Sylvain Pioutaz.

8. Prix KNS pour les quatre courts métrages sur la toponymie d’Antoine Reiss et Cedric Boaé Tyaé

9. Deux mentions spéciales au film Bakoroman, de Simplice Ganou ( Burkina Faso).

 

En Martinique, le Centre culturel de rencontres Fonds Saint-Jacques organise le mois du film documentaire depuis ce 3 novembre. Associé à la structure coordinatrice du Mois du film documentaire à la Martinique, « Tchok en doc » et Ciné Woulé. Ce samedi, c’était la projection de « Kinshasa Symphony », documentaire allemand réalisé par Martin Baer et Claus Wischmann, Prix du Cinéma allemand 2011.

Et samedi 17 novembre, en partenariat avec les mercredis ethnographiques de la Cité de l’Immigration, en présence de Brice Ahounou, anthropologue, journaliste, responsable des « Mercredis du film ethnographique à la Cité internationale de l’Immigration, à la suite de Jean Rouch.