Dans la forêt japonaise d’Okazaki, une maternité, une maison pour accouchements naturels. L’entrée du film passe par un sous-bois en contre-jour, de la lumière à l’humus des feuilles (bande-annonce). Une eau perle d’une canalisation. Des femmes pépient. Elles diront leur fierté d’être enceintes, sourire explosif sur le visage, dans une joie communicative. Elles s’accomplissent intégralement, accompagnées par le docteur Yoshimura âgé de 78 ans.
Cette conscience morale a la parole claire (la société a médicalisé l’accouchement, le corps, la femme, au point qu’il faut soigner, alors que l’acte est beau, peut-être douloureux, mais naturel). Il aurait pu virer gourou. Il a remis le corps des femmes au cœur de la grossesse.
Le film de Naomi Kawase agit comme un poème sylvestre traversé par les épreuves physiques en aérobic de montagne : 300 flexions quotidiennes par séances de cinquante, à polir un mur de bois, coupe du bois à la hache (c’est la hache qui fait l’effort, pas le corps). Documentaire sur l’art d’être enceinte. On se laisse porter par une douceur renouvelée du lien maternel : « J’aime me souvenir de la douleur de mon accouchement », dit l’une d’elle, elle-même médecin.
Naomi Kawase a filmé trois accouchements en présence des familles. Belles réactions des enfants, paroles sans geignardise : « Grand-mère, bébé est né. » Ou les pleurs muets d’un jeune garçon submergé d’émotion.
Genpin évolue du documentaire d’empathie vers le documentaire existentiel avec le questionnement du docteur Tadashi Yoshimura, l’homme aux 20 000 accouchements naturels en cinquante ans de pratique. Sa fille aînée lui reproche de s’être moins occupé de sa famille que de sa clinique : « Je reviendrai moins souvent, dit-elle au vieil homme, mais je ne te hais pas. »
Genpin est un documentaire sur l’être-au-monde.

par lacinematheque
N.B. : Le mot « Genpin » est le nom que donne le philosophe Lao-Tzu à l’esprit de la vallée. Il est censé être incarné par une femme qui donne la vie et renvoie à la notion d’immortalité. En effet, selon cette philosophie, la vie s’inscrit dans un cycle et la mort d’une personne n’est en réalité que la mort de sa conscience, une transition vers une force supérieure imagée par la vallée. [la production]