Carole Martinez, prix Goncourt des lycéens 2011

Le 24e prix Goncourt des lycéens a été décerné à Carole Martinez pour Du Domaine des murmures (Gallimard). Les organisateurs du prix (Fnac et ministère de l’éducation nationale) ont réuni aujourd’hui à Rennes, les treize délégués des 2000 lycéens jurés, qui ont choisi leur lauréate au terme de deux mois de lecture des quinze livres en lice.
Le président du jury des lycéens a déclaré : « Les lycéens ont été séduits par l’écriture poétique du livre de Carole Martinez qui offre une autre vision du monde ».

Source : communiqué.

Le palmarès du prix Goncourt des lycéens.

Guadeloupe, Martinique : deux ans après les événements de 2009, quelles questions ?

Dans la programmation de la magnifique Citéphilo de Lille, réunie à Lille du 8 au 29 novembre, notons cette table ronde  : « Guadeloupe, Martinique : deux ans après les événements de 2009, quelles questions ? », au Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République, le 26 novembre, à 18h30 à 21h30.

Présentée ainsi :

« Poursuite de la réflexion publique sur le sens et la nouveauté des mouvements qui ont soulevé la Guadeloupe puis la Martinique, de janvier à mars 2009. Réflexion qui n’est d’ailleurs pas close là-bas ; en témoignent notamment les textes produits par des acteurs de ces événements dans « Guadeloupe – Martinique, janvier-mars 2009 : la révolte méprisée » numéro spécial de la revue Les Temps modernes (janvier-avril 2011, n°662-663), et La liste des courses, film de Gilles Elie-Dit-Cosaque, également sorti au printemps 2011. »

  • Jean Bourgault
    Coordinateur du numéro 662-663 des Temps modernes, professeur de lettres supérieures au Lycée Jeanne d’Arc à Rouen, membre du Groupe d’Études Sartriennes, du comité de rédaction des Études sartriennes et des Temps modernes, co-animateur de l’équipe ITEM-Sartre (CNRS-ENS UME 8132)
  • Gérard Delver
    Directeur des Affaires culturelles de la ville de Basse-Terre (Guadeloupe), président de l’Association Tout-Monde, secrétaire général de l’Institut du Monde Caribbéen, musicien et comédien (« L’Incroyable destinée de Monsieur Byennémé »), signataire du Manifeste pour les produits de haute nécessité, contributeur au numéro 662-663 des Temps modernes (« Lettre de sous mon tamarinier »)
  • Gilles Elie Dit Cosaque
    Cinéaste et photographe,
    Auteur, notamment, de Ma grena’ et moi (2004), Outre-mer, Outre-tombe (2006) et Zétwal (2008) [Production La Maison Garage]
  • Présentation: Jacques Lemière
    Institut de sociologie et d’anthropologie CLERSE (UMR 8019 CNRS) université Lille 1
  • projection de La liste des courses, film de Gilles Elie Dit Cosaque (2011, 52’, couleur) à 18h30.

 

La chronique Culture n°7 du 4 novembre 2011

Référence des événements culturels cités dans la chronique Culture sur France Ô au JT du soir :

Exposition : Le Louvre accueille Jean-Marie G. Le Clézio, Les musées sont des mondes.

Livre : Jean-Marie G. Le Clézio, Histoire du pied et autres fantaisies (Gallimard) ;

Musique : Tanya Saint-Val, 25 ans de carrière avec la sortie d’un triple album Tanyamania (dix titres ré-enregistrés (CD 1 ), dix titres re-masterisés (CD 2 ) et dix chansons inédites (CD 3).

 

Grâce à Le Clézio, Haïti entre pour la première fois au Louvre

Une statuette grecque du IIIe millénaire avant JC, des peintures historiques, des gravures révolutionnaires, des objets vaudou d’Haïti et des tableaux tel Le Serment des ancêtres en cours de restauration, des nattes du Vanuatu, des ex-voto mexicains, ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais un musée imaginé par Jean-Marie G. Le Clézio, grand invité du Louvre pendant trois mois pour un cycle de conférences, de rencontres et une exposition « Les musées sont des mondes », du 3 novembre 2011 au 6 février 2012 (voir la programmation).

A l’aune de Malraux et d’André Breton, Le Clézio écrit dans le livre catalogue son opposition à la « hiérarchie des cultures », en invitant le visiteur à « faire un pas de côté » pour regarder l’artisanat autant que l’art.

Un rôle d’iconoclaste qui convient à ce « fantaisiste » comme le reconnaît joliment le titre de son dernier livre, Histoire du pied et autres fantaisies (Gallimard). Grâce à Le Clézio, Haïti entre pour la première fois au Louvre. Le parcours qu’il propose commence par Haïti, dont les œuvres d’Hector Hyppolite  [lire l’article d’André Breton] et se poursuit par l’Afrique, le Mexique et le Vanuatu. Le pied étant cette partie du corps « souvent négligée » qui nous mène à l’aventure, à travers le monde, dans le métro, dans un musée…

Choc esthétique

Volonté manifeste de faire se correspondre l’ancien et le contemporain, ce qui est considéré comme de l’art premier et l’art à base de récupération. Autre très belle performance muséographique par celui qui ne prétend pas avoir de compétence particulière dans ce domaine : la présence de deux superbes automobiles low-riders avec leurs propriétaires, des familles de Chicanos de Los Angeles, emblèmes d’une culture urbaine métissée, objets roulant customisés, capitonnés, bichonnés, magnifiés, qui à eux seuls vont attirer quantité de curieux… Cette « Orgullo mexicano » trois fois primée dans un concours de beauté pourrait rendre jaloux quelques conservateurs ! Un véritable choc esthétique.

Lyonel Trouillot, Grand Prix du roman Métis 2011

Selon une indiscrétion avérée, Lyonel Trouillot, à défaut de prix Goncourt, pourra se consoler avec le Grand prix du roman Métis 2011 qui sera décerné à La Réunion début décembre pour son roman La Belle amour humaine (Actes Sud).

Le Grand Prix du Roman Métis avait récompensé en 2010, lors de sa première édition, Maryse Condé pour En attendant la montée des eaux et avait décerné une mention spéciale à Une année chez les Français de Fouad Laroui.

Avec Lyonel Trouillot, voici les finalistes 2011 :

Marine Bramly, Mon petit bunker, éditions Jean-Claude Lattès, 2011
Delphine Coulin, Samba pour la France, éditions du Seuil, 2011
Rose Nollevaux, Petite reine de Saba, Memory Press, 2011
Catherine Pinaly, Sur Feuille de Songe…, L’Harmattan, 2011
Marc Trillard, Les Mamiwatas, Actes Sud, 2011
Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard, 2011.

Goncourt 2011 : le Jenni de L’Ordre et la Morale

L’Art français de la guerre est un gros roman écrit en cinq ans par un « écrivain du dimanche » [belle modestie !] qui a envoyé son manuscrit par la poste aux éditions Gallimard. Son blog de dessinateur nous parle de ses « Voyages pas très loin ».

Son livre est pourtant très ambitieux et très documenté, déployant la vie d’un ancien combattant et de ses guerres coloniales qu’il raconte à un homme jeune à l’avenir incertain. Comment transmettre ce passé qui ne passe pas ? Comment décoder ce qui se passe dans une banlieue de Lyon, alors que « l’émeute s’annonce », que des militants extrémistes nostalgiques de la guerre et de la force profitent de la misère sociale ?

L’Art français de la guerre décrit le génie français au sens ironique de la « guerre à la française ». Un art de la manipulation selon Jenni, une manipulation de la langue française aussi, celle qui classe les gens malgré eux, en conformes et non-conformes. Une aliénation qui parle de nous aujourd’hui, de notre destin commun après les guerres coloniales, en Indochine, en Algérie… voire dans les banlieues.

À lire avec profit le travail de Fluctuat.net, pour un bel entretien et un visionnage par Alexis Jenni du film L’Ordre et la Morale [signalé par Alexandre Le Quéré]. Le lauréat du Goncourt affirme [décidément modeste] : « On m’a souvent demandé ce qu’était L’Art français de la guerre, et je ne sais pas bien répondre. J’ai tourné autour pendant 600 pages et je ne sais pas le dire en quelques mots. Mais maintenant, je sais ce que je vais dire : « L’Art français de la guerre ? Regardez L’Ordre et la Morale, regardez le film de Mathieu Kassovitz. Tout est là, tout est montré ; c’est exactement ça, l’art français de la guerre, cette façon grandiose et absurde d’aller au massacre. J’en parle, il le montre ; regardez. »

Le loufiat indolent trône

Dans la nouvelle édition d’Au fil de l’eau suivi de Haïkais (Les premiers haïku français, 1905-1922), Éric Dussert [grand fourbisseur de marges littéraires, selon la MEL, lire sur FB aussi] nous gratifie de quelques exemples pour faire nos haïku nous-mêmes, empruntés à Émile Gribouri, Haïkaï du zinc, Ed. Fornax, 2004,

en 5, 7, 5 syllabes :

Au soir de sueur

Voir les vies depuis le bar

M’instruit tout à coup

ou en 7, 5, 5 syllabes :

Le loufiat indolent trône

Sert les bières nouvelles

Se tamponne du reste

ou en 5, 5, 7 syllabes :

Au café je lis

Je suis faible, vieux

client dont le verre bourgeonne

Brassens, Vian et Alexis Jenni : décélébrer ? décérébrer ?

En 1952, Frantz Fanon écrit Peau noire, masques blancs.

En 1952, Georges Brassens chante La Mauvaise réputation :

« Le jour du Quatorze Juillet
Je reste dans mon lit douillet.
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n’écoutant pas le clairon qui sonne.
Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux,
Non les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux,
Tout le monde me montre du doigt
Sauf les manchots, ça va de soi. »

En 1953, Boris Vian chante Le Déserteur :

Monsieur le Président / Je ne veux pas la faire / Je ne suis pas sur terre / Pour tuer des pauvres gens

C’est pas pour vous fâcher / Il faut que je vous dise / Ma décision est prise / Je m’en vais déserter.

Depuis que je suis né / J’ai vu mourir mon père / J’ai vu partir mes frères / Et pleurer mes enfants.

En 1954, commence la Guerre d’Algérie, le 1er novembre, date qui deviendra le Jour de la fête nationale.

En 2011, le roman d’Alexis Jenni, L’Art français de la guerre, évoque La Bataille d’Alger, film (1965) de Gillo Pontecorvo sur la guérilla dans la Casbah d’Alger (1957). La présence d’un char russe prêté par l’Armée de libération nationale algérienne (ALN) fait prendre conscience au narrateur du livre que La Bataille d’Alger est un « film officiel des accords d’Évian » où Algériens du FLN et Français de France « se mettent d’accord pour ne rien dire d’un peuple pied-noir » (p.591).

Brassens, Vian, Jenni décélèbrent les rassemblements patriotiques pour éviter sans doute de nous décérébrer.