En Noir et Blanc et en couleurs (chronique Culture n° 8 du 18 novembre 2011)

Dans la chronique Culture n°8 (France Ô, 19/11/11, 18h30) :

1. le livre Aveugles de Sophie Calle (Actes Sud) ; 2. le documentaire The Black Power Mixtape de Göran Olsson ; 3. le festival Africolor.

1. Sophie Calle est l’auteur d’un livre sur la « vision » qu’ont les aveugles de la beauté ou de la couleur, intitulé simplement Aveugles, publié par Actes Sud.

Dans ce livre, des aveugles « regardent » le lecteur dans le vertige de l’absence, souvent photographiés de face, accompagnés d’une photo qui représente ce qu’ils évoquent.

Bachir Kerroumi, qui l’a aidée pour une partie de ses rencontres, est photographié ici debout, en profil, face à une toile monochrome. Un texte accompagne cette situation, un très beau texte où la « vision » se développe en beauté :

(c) Sophie Calle

« Au début, je voyais beaucoup de rouge, de marron, raconte-t-il au Journal du dimanche. Après, j’ai eu une période bleue. Maintenant, cela tend vers le gris (…) Je lui ai décrit ce que je ‘voyais’. Ce n’est pas monochrome. Mon oeil gauche ‘voit’ du marron, un peu de gris. C’est scintillant, lumineux, avec un fond rose. L’oeil droit ‘voit’ toujours du noir, du gris. Cela change tout le temps… comme une couleur vivante. »

Ce livre est terriblement humain, tendu par l’obsédante question de Sophie Calle (« Quelles couleurs voyez-vous ? », « Quelle est votre image de la beauté ? »). Aveugles s’inscrit dans les thèmes qui lui importent, au premier titre ici, le manque, inséparable de la beauté, de son idée, dans cette magnifique démarche entre l’art et son usage :

« Le travail de Sophie Calle cherche à créer des passerelles entre l’art et la vie. Sous la forme d’installations, de photographies, de récits, de vidéos et de films, l’artiste construit des situations associant, selon la formule de Christine Macel, « une image et une narration, autour d’un jeu ou d’un rituel autobiographique, qui tente de conjurer l’angoisse de l’absence, tout en créant une relation à l’autre contrôlée par l’artiste. » (blog de Salomé Wael)

Aveugles, de Sophie Calle, est un livre bilingue, en clair et en braille (éditions Actes Sud).

Bachir Kerroumi est l’auteur du roman, Le Voile rouge (Gallimard, 2009). Voir Papalagui, 13/09/09 : « Admiration aveugle ».

2. The Black Power Mixtape de Göran Olsson est une compilation des reportages de journalistes suédois sur l’évolution du mouvement Black Power de 1967 à 1975. Le noir est celui de la cause d’une communauté, dont les composantes s’expriment dans des registres différents, de la non-violence de Stokely Carmichael, l’un des co-auteurs avec Charles V. Hamilton du livre Black Power (1967) jusqu’au révolutionnaire Black Panther Party (1966), en passant par le Mouvement des Droits civiques.

On retiendra quelques pépites de témoignages dans un ensemble décousu, dont un très bel entretien avec Angela Davis en prison et le rapport à la violence des Black Panthers, la comparaison par Martin Luther King du militarisme au Viet-nam et du racisme et ce libraire

« Je leur ai dit qu’être noir c’est quelque chose de beau, mais que ce n’est pas un pouvoir. Le pouvoir c’est le savoir. » clame Lewis Michaux, alias « The Professor », libraire dans l’épicentre de la littérature noire américaine, que l’on voit en début de bande-annonce du film :

 

3. Le festival Africolor, 23 édition, est à un tournant, avant le passage de témoin de son directeur-fondateur Philippe Conrath (Le Monde) :

« Lors de sa création, le but d’Africolor était de rapprocher les publics communautaires de l’ensemble du public de l’Ile-de-France, d’amener et de faire découvrir des artistes du continent africain, de l’océan Indien et des Caraïbes. Maintenant, « c’est aussi passer le témoin à des musiciens d’ici, qui ont de plus en plus envie de construire des ponts avec les musiciens de « là-bas » et de créer de nouveaux répertoires avec des artistes africains, car ils vont ainsi s’emparer, eux aussi, de cette question. »

Symbole aussi de cette nouvelle orientation, l’affiche du 3 décembre 2011, où joueront ensemble le Jacky Molard Quartet et le Founé Diarra Trio, associant la Bretagne et Bamako. C’est un label Innacor, expression qui en langue gallo de Bretagne signifie « Y’en a encore ! » :

par innacorrecords

L’arme du style du lauréat Laurrent

Avec Les Découvertes (Minuit), Eric Laurrent est le lauréat du prix Wepler Fondation la Poste 2011. Dans le genre maniérisme élégant, ironie de Proust, madeleine de la langue française, entre curiosité précieuse du mot rare et amplitude du geste littéraire, le tout au service d’un récit initiatique, à l’amplitude assumée, Les Découvertes est l’un des plus beaux styles de cette rentrée !

À l’île Maurice, Tintin et Kapitenn Mirenn reprennent du service

Après un premier album des aventures de Tintin en créole mauricien (Le Secret de la Licorne, Papalagui, 31/08/09), Shenaz Patel récidive en traduisant Le Trésor de Rackham le Rouge, toujours chez l’éditeur réunionnais Epsilon éditions.

On retrouve avec plaisir la plume de l’auteur du Silence des Chagos (L’Olivier, 2005) et de Paradis blues (Théâtre, 2009) donner vie et répliques et jurons au Kapitenn Mirenn (Haddock alias Sounouk à La Réunion devient donc Murène à Maurice), alors que les Dupondt sont baptisés Zimo et Zimaz.

Rakam Ti-Rouz, devient le 17e titre en créole (réunionnais ou mauricien) de l’éditeur Éric Robin à La Réunion.

À lire, Papalagui, 30/10/11 : Tintin en créoles, des traductions pleines de trouvailles.

Lire Fanon à Censier, Interroger le présent de Fanon à Chaillot

Le 19 novembre, l’Université Censier (Paris III) organise une journée d’études : Lire Frantz Fanon aujourd’hui.
Le 28 novembre 2011, Médiapart propose le débat : Frantz Fanon, au présent (au Théâtre National de Chaillot, à 20h30).

L’université Censier (Paris III) organise une journée d’études (10h-17h) ce 19 novembre Lire Frantz Fanon aujourd’hui. En partenariat avec la Fondation Frantz Fanon et l’Université de la Réunion.

Adresse : Université Paris III Censier : 13 rue Santeuil 75005 Paris / Salle Las Vergnas 3ème étage.

Programme :

Matin, président de séance : Daniel-Henri Pageaux

10h : ouverture par Mireille Fanon Mendès France, présidente de la Fondation Frantz Fanon.

10h15 : présentation de la journée par Carpanin Marimoutou.

10h25 : Françoise Vergès, Université de Londres, présidente du CPMHE, « Lire Fanon aujourd’hui », conférence inaugurale.

11h : Seloua Luste Boulbina, Collège international de philosophie et Université Paris VII Denis Diderot : « Une crise de possession ».

11h35 : Elsa Dorlin, Université Paris I, Panthéon Sorbonne

12h10 : Présentation de la réédition par La Découverte des œuvres de Frantz Fanon par Thomas Deltombe

Après-midi, présidente de séance : Françoise Vergès

14h: Matthieu Renault, EHESS : « Frantz Fanon ou le voyage des théories en situation (post)coloniale ».

14h35 : Mourad Yellès, INALCO, Paris : La théorie fanonienne dans le champ littéraire algérien. De la « théorie des trois phases ».

15h10 : Carpanin Marimoutou, Université de La Réunion : « Interroger l’œuvre de Frantz Fanon depuis un espace de créolisation ».

15h45 : Michel Gironde, Université Paris IV : « Peau noire, masques blancs de Fanon et Le Labyrinthe de la solitude de Paz : points de vue croisés sur l’ouverture à l’autre ».

16h20 : lecture de textes de Frantz Fanon

Interroger le présent de Fanon à Chaillot

Débat organisé par Médiapart : Frantz Fanon, au présent, 28 novembre 2011 au Théâtre National de Chaillot, à 20h30. En partenariat avec l’Institut du Tout-Monde, la Fondation Frantz Fanon et le Théâtre National de Chaillot.

Adresse : 1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris (entrée place du Trocadéro)

Présentation : 50 ans après sa mort, quel usage pouvons-nous faire, aujourd’hui, de la pensée de Frantz Fanon ? En quoi la vie de ce Martiniquais d’origine, inhumé en terre algérienne en 1961, médecin psychiatre, écrivain, théoricien et combattant anticolonialiste peut-elle nous aider dans notre saisie et conduite du présent ?

Participants : Elsa Dorlin, philosophe ; Nicole Lapierre, socio-anthropologue; Pap N’diaye, historien ; Louis-Georges Tin, porte-parole du CRAN. Edwy Plenel présentera cette soirée, le débat sera animé par Joseph Confavreux, journaliste à Mediapart.

Inscriptions : debats@mediapart.fr (merci d’indiquer le nombre de places souhaitées)