À l’occasion du 450e anniversaire le la mort de Claude Garamont, le ministère de la culture ouvre un site des plus intéressants. A consulter pas seulement pour l’histoire mais aussi pour découvrir quelques typographes contemporains qui valent le détour…

Chronique culture du 25 novembre (Louis Otvas)

Les trois coups de cœur de Louis Otvas, auteur cette semaine de la chronique culture hebdomadaire de France Ô :

1. Donoma. Un film bluffant, déroutant, réalisé par un jeune Haïtien, Djinn Carrenard dont c’est le premier long métrage. Autodidacte, franc-tireur, Carrénard a bouclé son projet avec seulement 150 euros. Un choix plus qu’une nécessité. Il voulait démontrer qu’il est possible de faire du cinéma hors du système. C’est réussi. Avec beaucoup de maturité, Donoma entremêle trois histoires de couples. Les acteurs sont saisissants. C’est à l’affiche depuis mercredi

2. Le secret de l’oranger, album jeunesse, éditions Baobab (Mayotte). C’est l’histoire  d’un jeune cultivateur, à Mayotte, qui désespère de trouver une femme.  Son salut viendra du sage du village qui lui offre un talisman, perché dans un oranger. En parlant d’amour et du rapport à l’autre, ce livre constitue une porte d’entrée dans l’univers des contes mahorais. Si l’histoire est racontée en français, on y retrouve quelques mots locaux. Un glossaire en fin de livre permettra de vous initier à cette  langue. A retrouver au salon du livre jeunesse qui ouvre ses portes mercredi à Montreuil.

3. Baylavwa. Prenez une ambiance jazzy avec les standards de la Caraïbe et vous obtenez Baylavwa, un groupe de cinq chanteurs, accompagnés simplement d’une contrebasse. De Chabine à la Guadeloupéenne en passant par Day O de Harry Belafonte, ce groupe revisite le patrimoine musical de leur région  avec beaucoup de personnalité. C’est original et très abouti, c’est la démonstration que le jazz et les rythmes caribéens se marient  harmonieusement.

Ce Padura est décidément du meilleur cru !

Son Homme qui aimait les chiens (la biographie croisée de Trotski et son assassin, dont l’ambition n’est ni plus ni moins de restituer une partie de sa mémoire occultée à Cuba) n’en est pas à son premier prix, et ce n’est pas fini !

Le Prix Roger Caillois 2011 de littérature latino-américaine a été décerné à l’écrivain et journaliste cubain Leonardo Padura, « connu pour ses romans noirs corrosifs », croit bon de préciser l’AFP.
Le Prix Roger Caillois de littérature française a été attribué à Pierre Pachet et celui de l’essai à Jean-Pierre Dupuy, ont annoncé mardi dans un communiqué la Maison de l’Amérique latine, la Société des amis et lecteurs de Roger Caillois et le PEN Club français.

Sur Padura, lire Papalagui avec :

Initiales : Où j’ai laissé mon âme ? À Cuba !

Leonardo Padura, ce très grand roman (Le Devoir)

Leonardo Padura, l’optimiste (Foire du livre de La Havane)

Padura, à lire en français, en espagnol, en russe…

Cuba, bibliothèque idéale ?

La mort de Daniel Sada, lettré du Mexique profond

L’écrivain mexicain Daniel Sada vient de mourir d’une longue maladie à Mexico à l’âge de 58 ans. Il s’était rendu célèbre par son roman rabelaisien L’Odyssée barbare, publié en 2009 en français, année de l’invitation d’honneur au Mexique au Salon du livre de Paris.

(c) Hispanically speaking news

Daniel Sada avait vécu un fait divers d’une certaine banalité hélas ! quand des soldats dérobent une urne dans un village sous le nez des électeurs. Il en fit en 1999 Porque parece mentira la verdad nunca se sabe [Parce qu’elle ressemble à un mensonge, jamais la vérité n’est connue], traduit en français « L’Odyssée barbare », œuvre joycienne, pour son éditeur Passage du Nord-Ouest, saluée par Álvaro Mutis et Carlos Fuentes qui voyait en elle une « révélation pour la littérature mondiale », « étonnante » pour El País avec ses 90 personnages et 650 pages.

Romancier du désert, selon le quotidien El Universal, écrivain du Nord (catégorie récente, controversée et approximative, mais qui souligne la vitalité littéraire de ce pays inexhaustible), difficile d’étiqueter Daniel Sada, conteur, romancier, poète, selon La Crónica de Hoy tant il échappe au commun.

Son traducteur francophone, Claude Fell, dit de L’Odyssée barbare dans une très belle synthèse pour le Centre national du Livre : « Sada construit une métaphore du Mexique, un « arbre aux histoires », divisé en quinze « périodes » comportant elles-mêmes des chapitres courts et hantés par plus de quatre-vingt-dix personnages. Corruption, violence, rêves, amours, petites et grandes histoires, tout est brassé dans un flux narratif constamment maîtrisé qui ne cède jamais au folklore régionaliste ni à la fascination de l’anecdote.»

Né en 1953 à Mexicali, Basse-Californie dans les températures de 52°C, Daniel Sada a grandi dans un bourg de mille habitants, de son propre aveu, « comptant plus de morts que vivants ». Son enfance, passée sans autre influence que des œuvres classiques (allant jusqu’à croire que Don Quichotte était le dernier roman de la littérature) fait qu’il acquiert, selon Philippe Ollé-Laprune, directeur du centre culturel Casa Refugio Citlaltépetl « un sens de la langue peu commun ».

Remarquée par Roberto Bolaño comme « l’une des œuvres les plus ambitieuses de notre langue », l’entreprise de Daniel Sada était empreinte de l’influence de la figure tutélaire des lettres mexicaines, Juan Rulfo et de ses « ruses ». L’auteur de L’Odyssée barbare (lecteur lui-même de L’Illiade) admettait que son style n’avait rien à voir avec la brièveté ou le baroque, il le définissait comme « un chant aux dialectes du Nord, aux néologismes et à la contamination linguistique, au fabuleux goutte-à-goutte [goteo] de sons qui s’entend dans le Mexique profond », selon un entretien à El País, en 2011.

L’Odyssée barbare est une œuvre marquante – au-delà même du champ littéraire – pour le critique Christopher Domínguez Michael  : « Daniel Sada ne peut pas se détourner de la responsabilité d’avoir écrit le roman plus diaboliquement difficile de la littérature mexicaine. Il impose la féroce souveraineté du langage au point que, plus que désirer des lecteurs, il les invite à l’exil. »

Daniel Sada été récompensé d’un prix littéraire le jour de sa mort, vendredi 18 novembre 2011, le Prix national des sciences et des arts, nouvelle qu’il n’aura pas appris, car il était plongé dans l’inconscience. À quelques jours de l’un des plus grands rendez-vous du livre latino-américain, le FIL, le 26 novembre, à Guadalajara.

Un autre titre de Daniel Sada est traduit en français, L’Une est l’Autre, aux Allusifs (2002).

Lire le vibrant hommage de Martín Solares sur FB : « Il ne s’intéressait pas au luxe ni au pouvoir, bien que son écriture soit un véritable luxe, bien que personne ne pouvait écrire comme lui. »

Lire la nécrologie d’El País : « Daniel Sada, créateur d’un paysage unique en espagnol »

Écouter Daniel Sada au Salon du livre de Paris, 2009, Salón del Libro

Écrivains mexicains 2009 (documentaire de 13′)

Un voyage en compagnie d’écrivains mexicains, à l’occasion du Salon du livre de Paris de 2009.
Carlos Fuentes, le doyen, l’ambassadeur, et Paco Ignacio Taïbo II, le biographe et l’auteur de polars, nous ouvrent leur bibliothèque.
Trois jeunes auteurs sont nos guides dans un pays soumis à l’hyperviolence des narcotrafiquants, héritier de hautes cultures (olmèque, maya, aztèque, toltèque), où bouillonne une littérature solaire mais désenchantée, aux richesses méconnues.
Cette balade littéraire, mise en images par Jean-Pierre Magnaudet, nous emmène à Tampico, sur le Golfe du Mexique, en face des Caraïbes. Martín Solares s’est inspiré de sa ville natale pour écrire un roman policier qui résonne dans la terrible actualité du pays : Les minutes noires (Christian Bourgois éditeur).
A Coyoacán, quartier paisible d’une capitale démesurée, Guadalupe Nettel raconte son goût pour toutes les formes de beauté, projet développé dans son recueil de nouvelles, Pétales et autres histoires embarrassantes (Actes Sud).
Plus au Sud, à Oaxaca, la rebelle, se rejoignent les traces des Codex, grands récits aztèques, et le tout premier recueil de poèmes en langue mazatèque, Tatsjejín nga kjabuya (« La mort n’est pas éternelle », bilingue espagnol).
Juan Gregorio Regino nous dit ce qui change quand il écrit dans une langue indienne, l’une des 65 du Mexique de 2009.

L’Afrique réplique par ses lettres

Au Musée du Quai Branly, « Quand l’Afrique réplique », rencontres autour de la littérature africaine anglophone. Samedi 19 novembre de 14h à 19h.

À l’occasion de la parution de Quand l’Afrique réplique, la collection « African Writers » et l’essor de la littérature africaine de James Currey (L’Harmattan, Collection «L’Afrique au coeur des lettres »), le salon de lecture Jacques Kerchache propose d’aborder la littérature africaine anglophone à travers la collection-phare britannique « African Writers » (Éditions Heinemann), qui a joué dans le monde anglophone un rôle équivalent à celui de Présence africaine pour le monde francophone.
Un après-midi de rencontres et d’échanges avec des auteurs africains et des spécialistes de la littérature africaine.

et la participation de Brian Chikwava :

En Noir et Blanc et en couleurs (chronique Culture n° 8 du 18 novembre 2011)

Dans la chronique Culture n°8 (France Ô, 19/11/11, 18h30) :

1. le livre Aveugles de Sophie Calle (Actes Sud) ; 2. le documentaire The Black Power Mixtape de Göran Olsson ; 3. le festival Africolor.

1. Sophie Calle est l’auteur d’un livre sur la « vision » qu’ont les aveugles de la beauté ou de la couleur, intitulé simplement Aveugles, publié par Actes Sud.

Dans ce livre, des aveugles « regardent » le lecteur dans le vertige de l’absence, souvent photographiés de face, accompagnés d’une photo qui représente ce qu’ils évoquent.

Bachir Kerroumi, qui l’a aidée pour une partie de ses rencontres, est photographié ici debout, en profil, face à une toile monochrome. Un texte accompagne cette situation, un très beau texte où la « vision » se développe en beauté :

(c) Sophie Calle

« Au début, je voyais beaucoup de rouge, de marron, raconte-t-il au Journal du dimanche. Après, j’ai eu une période bleue. Maintenant, cela tend vers le gris (…) Je lui ai décrit ce que je ‘voyais’. Ce n’est pas monochrome. Mon oeil gauche ‘voit’ du marron, un peu de gris. C’est scintillant, lumineux, avec un fond rose. L’oeil droit ‘voit’ toujours du noir, du gris. Cela change tout le temps… comme une couleur vivante. »

Ce livre est terriblement humain, tendu par l’obsédante question de Sophie Calle (« Quelles couleurs voyez-vous ? », « Quelle est votre image de la beauté ? »). Aveugles s’inscrit dans les thèmes qui lui importent, au premier titre ici, le manque, inséparable de la beauté, de son idée, dans cette magnifique démarche entre l’art et son usage :

« Le travail de Sophie Calle cherche à créer des passerelles entre l’art et la vie. Sous la forme d’installations, de photographies, de récits, de vidéos et de films, l’artiste construit des situations associant, selon la formule de Christine Macel, « une image et une narration, autour d’un jeu ou d’un rituel autobiographique, qui tente de conjurer l’angoisse de l’absence, tout en créant une relation à l’autre contrôlée par l’artiste. » (blog de Salomé Wael)

Aveugles, de Sophie Calle, est un livre bilingue, en clair et en braille (éditions Actes Sud).

Bachir Kerroumi est l’auteur du roman, Le Voile rouge (Gallimard, 2009). Voir Papalagui, 13/09/09 : « Admiration aveugle ».

2. The Black Power Mixtape de Göran Olsson est une compilation des reportages de journalistes suédois sur l’évolution du mouvement Black Power de 1967 à 1975. Le noir est celui de la cause d’une communauté, dont les composantes s’expriment dans des registres différents, de la non-violence de Stokely Carmichael, l’un des co-auteurs avec Charles V. Hamilton du livre Black Power (1967) jusqu’au révolutionnaire Black Panther Party (1966), en passant par le Mouvement des Droits civiques.

On retiendra quelques pépites de témoignages dans un ensemble décousu, dont un très bel entretien avec Angela Davis en prison et le rapport à la violence des Black Panthers, la comparaison par Martin Luther King du militarisme au Viet-nam et du racisme et ce libraire

« Je leur ai dit qu’être noir c’est quelque chose de beau, mais que ce n’est pas un pouvoir. Le pouvoir c’est le savoir. » clame Lewis Michaux, alias « The Professor », libraire dans l’épicentre de la littérature noire américaine, que l’on voit en début de bande-annonce du film :

 

3. Le festival Africolor, 23 édition, est à un tournant, avant le passage de témoin de son directeur-fondateur Philippe Conrath (Le Monde) :

« Lors de sa création, le but d’Africolor était de rapprocher les publics communautaires de l’ensemble du public de l’Ile-de-France, d’amener et de faire découvrir des artistes du continent africain, de l’océan Indien et des Caraïbes. Maintenant, « c’est aussi passer le témoin à des musiciens d’ici, qui ont de plus en plus envie de construire des ponts avec les musiciens de « là-bas » et de créer de nouveaux répertoires avec des artistes africains, car ils vont ainsi s’emparer, eux aussi, de cette question. »

Symbole aussi de cette nouvelle orientation, l’affiche du 3 décembre 2011, où joueront ensemble le Jacky Molard Quartet et le Founé Diarra Trio, associant la Bretagne et Bamako. C’est un label Innacor, expression qui en langue gallo de Bretagne signifie « Y’en a encore ! » :

par innacorrecords