L’Autre citoyen, une thèse par Syliane Larcher

L’Autre citoyen. Universalisme civique et exclusion sociale et politique au miroir des colonies post-esclavagistes de la Caraïbe française (Martinique, Guadeloupe, années 1840-années 1890).
Tel est le titre d’une thèse de doctorat en études politiques de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) que Syliane Larcher soutiendra le mardi 13 décembre 2011 à 14h au Collège de France, 3 rue d’Ulm, 75005, Paris.
Le jury est composé de Pierre Rosanvallon, Professeur au Collège de France, Directeur d’études à l’EHESS (directeur de thèse), Etienne Balibar, Distinguished professor, University of California, Irvine & Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, Justin Daniel, Professeur de science politique, Université des Antilles et de la Guyane (pré-rapporteur), Laurent Dubois, Marcello Lotti Professor of Romance Studies & History, Duke University (pré-rapporteur), Serge Paugam, Directeur d’études en sociologie, EHESS, Patrick Weil, Directeur de recherches au CNRS, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

 

« Résumé :  Ce travail invite à reconsidérer de manière plus complexe la dynamique croisée entre question sociale, exclusion politique et « race » dans la construction de la citoyenneté française au XIXe siècle.

Cette thèse interroge l’apparente « contradiction » entre égalité civile et politique et mise en dehors du droit commun dont font l’objet les citoyens des colonies des Antilles françaises après l’abolition de l’esclavage. Abordé pour sa fonction heuristique, ce paradoxe est resitué à l’intérieur de l’économie générale de la citoyenneté française et au croisement de l’histoire des statuts juridiques des personnes dans l’empire colonial français durant le second XIXe siècle.

L’enquête retrace, dans le temps long, une généalogie conceptuelle de la citoyenneté française à partir de sa marge. Elle montre que l’égalité civile et politique des individus n’entraîne pas la pleine inclusion dans la cité : la communauté des citoyens ne s’achève pas avec l’octroi des droits. La mise à l’écart des citoyens anciens esclaves se fonde en effet sur l’évaluation politique et morale, à l’aune de l’idéal de coïncidence entre individu autonome libéral et citoyen moderne, des héritages sociaux et historiques des sociétés auxquelles ils appartiennent : l’universalisation des droits et la généralisation de la loi requièrent l’appartenance des individus à un même éthos social.

En d’autres termes, à l’aune même des principes modernes, l’altérisation des égaux repose sur l’assignation des individus aux héritages sociaux et historiques qui les ont façonnés. Elle opère en cela comme un mécanisme de racisation : l’exclusion procède d’une politisation des origines. Ainsi, la citoyenneté française ne fut pas toujours unitaire ni abstraite — autant pour inclure que pour exclure. Sa construction historique s’est articulée à une certaine modalité de la « race », celle-ci étant ici comprise non simplement en termes coloristes, mais en termes « civilisationnels », ou dirions-nous aujourd’hui, « culturels ».

Enfin, l’étude des conceptions sociales que les acteurs concernés au premier chef se font de leurs droits, de l’égalité mais aussi de l’idée républicaine, invite à envisager la citoyenneté, plus que comme un simple statut juridico-politique ou comme l’objet d’une imposition d’État, mais encore comme un processus social et historique polémique.

Mots clefs : colonies, esclavage, citoyenneté, individu autonome, question sociale, droit commun, constitution, assimilation, héritages, post-esclavage, état social, race. »

 

Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout Monde (Cayenne, 13-17 décembre)

Le prix Carbet de la Caraïbe et du Tout Monde réunit sa 22e édition en Guyane du 13 au17 décembre 2011. Hommage à Édouard Glissant. Proclamation du prix le 17, choisi parmi ces titres :

1 – Jean Marc BEAUSOLEIL (Haïti), Blanc Bonsoir, Triptyque, 2011
2 – Louis Philippe DALEMBERT (Haïti), Noires blessures, Mercure de France, 2011
3 – Joël DES ROSIERS (Haïti), Gaïac, poésie, Triptyque, 2010
4 – Jean DUROSIER DESRIVIÈRES (Haïti), lang nou souse nan sous / notre langue se ressource aux sources, poésie, Caractères, 2011
5 – Emmanuel GOUJON (Martinique), L’Imperméable, Vents d’ailleurs, 2011
6 – Christian LANGOU (Guadeloupe), De l’ombre à la lumière, Panthéon, 2010
7 – Christine LARA (Martinique/Guadeloupe), Si le jour se lève, Mon petit éditeur, 2011
8 – Andréa LEVY (Jamaïque), Une si longue histoire, Traduit de l’anglais par Cécile
Arnaud, La Table ronde 2011
9 – Patrick MALHERBE (France), Devant le Chinois, Ibis rouge éditions, 2011
10 – Alain MENIL (Martinique), Les voies de la créolisation, Essai sur Edouard Glissant, De l’incidence éditeur, 2011
11 – Makenzy ORCEL (Haïti), Les latrines, Mémoire d’encrier, 2011
12 – Leonardo PADURA (Cuba), L’homme qui aimait les chiens, Métailié, 2011
13 – Lucien PAVILLA (Martinique), Tunnel éphémère ou L’épisode dramatique,  Edilivre.com, 2011
14 – Guy REGIS Jr (Haïti), Le trophée des capitaux, Vents d’ailleurs, 2011
15 – Rodney SAINT-ÉLOI (Haïti), Récitatif au pays des ombres, poésie, Mémoire d’encrier, 2011
16 – Lyonnel TROUILLOT (Haïti), La belle amour humaine, Actes sud, 2011
17 – Léo URSULET (Martinique), Le bonheur l’attendait ailleurs, Agathe, 2011
18 – Marvin VICTOR (Haïti), Corps mêlés, Gallimard, 2011

Le hip-hop comme un art de la combine

Vu du hip hop comme un ballet boxé avec talent et pour cause il offre le mariage du noble art (la boxe) avec l’art de la rue (le hip-hop) et la musique classique (du Quatuor Debussy). Cette première partie, L’adapté – Autour du spectacle Boxe Boxe, était chorégraphiée par Mourad Merzouki… un ancêtre dans le monde du hip-hop, avec ses 15 ans de pratique, tout comme l’auteur d’une autre proposition tout aussi ambitieuse et réussie…
celle de Farid Berki, dont la palette oscille entre danse, vidéo et formes qui veulent rappeler les tableaux de Kandinsky et porte le titre ésotérique de Vaduz 3036.
La suite au festival H2O à Aulnay-sous-Bois jusqu’au 11 décembre 2011.

Une heure avec Guila Clara Kessous, la mulâtresse solitude

Le Tarmac / La scène internationale francophone, propose ce 5 décembre à 20h, Une heure avec Guila Clara Kessous, artiste Unesco pour la Paix 2011, animée par Bernard Magnier, en présence de Simone Schwarz-Bart.

Cette rencontre sera suivie d’une lecture d’extraits de La mulatresse solitude d’André Schwarz-Bart avec Jacques Schwarz-Bart qui ponctuera cette lecture de moments musicaux au saxophone.

Réservation indispensable au 01 43 64 80 80.

La diffusion périphérique de L’Ordre et la Morale

Le film L’Ordre et la Morale sera bien diffusé en Nouvelle-Calédonie, mais par un circuit périphérique, à partir du 14 décembre 2011 (voir historique de l’affaire, Papalagui 25/10/11). »Loin de toute polémique, la décision du Conseil d’Administration [de la Fédération des œuvres laïques, FOL] de diffuser cette œuvre cinématographique se veut constructive et facilitante. Il s’agit de faire grandir la notion de destin commun en acceptant une pratique saine du désaccord », selon un communiqué de la FOL.

Les projections des 14, 17, 22 et 30 décembre seront suivies d’un débat.

Pour les administrateurs de la FOL, il reviendra à chacun de se faire un avis sur ce film qui n’est qu’un point de vue sur cet évènement tragique. Il n’est pas un appel à la haine mais revisite un évènement douloureux et symbolique de l’histoire du pays et à ce titre revêt une place particulière dans les œuvres cinématographiques disponibles. Il s’agit donc d’en permettre une large diffusion, mais aussi de créer du débat sur les questions et douleurs qu’il engendre. « 

Frantz Fanon, le cinquantenaire du 6 décembre 2011

 

6 Décembre 2011 : cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon et des Damnés de la Terre, neuf ans après Peau noire, masques blancs, dont la supplique finale est restée célèbre : « Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ».

En deux mots :

Le Martiniquais Frantz Fanon s’engage à 18 ans contre le nazisme. Puis fait des études de psychiatrie. Ecrit Peau noire, masques blancs. Travaille 3 ans à l’hôpital de Blida en Algérie. S’engage au FLN. Devient Algérien. Ecrit Les Damnés de la Terre. Et meurt d’une leucémie aux Etats-Unis à l’âge de 36 ans.

De cette vie placée entre deux guerres dans les années 50, Fanon a développé une analyse du racisme : le racisme fait de l’homme un aliéné, qu’il soit colonisé ou colonisateur. Et une théorie de la violence : à la violence globale, s’oppose une violence légitime. Devenu ambassadeur d’une Algérie pas encore indépendante, il critique les bourgeoisies africaines au pouvoir. Après sa mort, Fanon est considéré aux Etats-Unis comme un auteur noir révolutionnaire, en France comme un auteur algérien tombé dans l’oubli, en Martinique, comme le 3e homme, à côté de Césaire et Glissant. Celui qui a fait du déplacement et du décentrement une philosophie de vie prônait la décolonisation de l’esprit et des savoirs.

Actualités Fanon :

France Culture rend hommage à Frantz Fanon, du lundi 5 au samedi 10 décembre.

France Ô, page spéciale le 6 décembre, dans le journal de 18h30, avec Louis-Georges Tin. Interventions de Pierre Chaulet, Claude Lanzmann, Françoise Vergès, Magali Bessone, Matthieu Renault, Benjamin Stora.

Sur Radio Ô, Terres d’outre-mer de Tessa son émission spéciale du 5/12 (à podcaster) « Les masques et les damnés ».  Rediffusion d’un reportage à Alger et Paris de Tessa Grauman.

Documentaire Fanon :

« Frantz Fanon, un héritage sans frontière », documentaire de Antoine Lassaigne, Jérôme-Cécil Auffret et Frédéric Tyrode (production Beau Comme une Image et Martinique 1ère). Diffusion Martinique 1ère, mardi 6 décembre, 20h. À Paris, projection le 8 décembre, à 19h, à l’auditorium de l’Hôtel de ville.

Comprendre Fanon (rencontres) :

À Paris, le 7/12 à 18h30, au Centre Wallonie-Bruxelles, Fanon, quel héritage ? organisé par la Plate-forme Migrants citoyenneté européenne

À Alger, les 5 et 6 décembre : Colloque Frantz Fanon

En Martinique, Rencontre internationale organisée par le Cercle Frantz Fanon, du 6 au 9/12, avec Olivier Fanon, Alice Cherki, Samir Amin.

Lire Fanon :

Œuvres de Frantz Fanon, un volume qui réunit pour la première fois Peau noire, masques blancs / L’An V de la révolution algérienne / Les Damnés de la terre / Pour la révolution africaine. Très belle préface d’Achille Mbembe et beau texte de Magali Bessone.
La Découverte, 2011, 884 p.

Frantz Fanon, Une Vie de David Macey, Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christophe Jaquet et Marc Saint-Upéry, La Découverte, 2011, 598 p

Frantz Fanon. De l’anticolonialisme à la critique postcoloniale de Matthieu Renault
Éditions Amsterdam, 2011, 224 p.

Frantz Fanon, figure de dépassement. Regards croisés sur l’esclavage
Sous la direction de Christiane Chaulet Achour
Collection CTRF, Encrage, 2011, 146 p.

Frantz Fanon et les Antilles. L’empreinte d’une pensée d’André Lucrèce, Éditions Le Teneur, 2011, 166 p.

« Se souvenir de Fanon » : l’unité de la théorie et de la pratique,  (À propos du dossier « Frantz Fanon, 50 ans après… Une vie, une pensée de révolutionnaire », Contretemps, n° 10, juin 2011), Revue Mouvements.

Écouter Fanon : « Racisme et culture », Conférence de Frantz Fanon au Congrès international des écrivains et artistes noirs, à La Sorbonne le 20 septembre 1956 (durée 37min18s), accessible sur le site de l’INA :
http://www.ina.fr/video/ticket/PH909013001/65514/cab4c4404eb347f6f612064a64c4acd6
Le texte « Racisme et culture » est publié dans Pour la Révolution africaine (La Découverte). Photo [(c) Présence africaine] du Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, Paris, 1956 : Fanon est à la troisième rangée, deuxième en partant de la gauche.

Voir Fanon : « Orphelins de Fanon », exposition-hommage jusqu’au 29 janvier 2012, du sculpteur Mathieu Kleyebe Abonnenc à la Ferme du Buisson à Marne-la-Vallée.

Liens :

« Se souvenir de Fanon », revue Mouvements, à propos du numéro spécial de Contretemps.

Fondation Frantz Fanon

Frantz Fanon, la cause des peuples colonisés

Frantz Fanon international

La biographie de Fanon par Kathleen Gyssels sur le site littéraire Île en île

L’édition jeunesse entre Métropole et Outre-mer

Au dernier jour du Salon du livre jeunesse de Montreuil, à signaler la rencontre, à 10h : « Création et édition : entre la métropole et les Outre-mer
Quelles sont les conditions de production en outre-mer ? Quels sont les échanges avec la métropole ? Comment les auteurs et illustrateurs transmettent-ils leurs cultures ? Peut-on parler de « littératures ultramarines » ?
Avec Joël Cimarron, auteur-illustrateur, Ernest Pépin, Joëlle Ecormier, écrivains, Claudine Serre, Océan Editions, Juliette Maes, Présidente de Lire en Calédonie, David Louis, éditeur et libraire, éditions Orphie et Dorothée Costa, bibliothécaire et représentante de la Réunion des Livres.
Lieu : Librairie Outre-Mer – k16 – niveau 1″

Lire à 5,5% de TVA ou ne plus lire à 7%, telle est la question ?

Après José Corti et Le Clavier Cannibale, nous nous permettons de relayer cette lettre de Yannick Poirier de la librairie Tschann :

« Cette nouvelle menace risque d’être fatale à la survie déjà fragilisée de toute la chaîne du livre, en France.

Chers Tous,
Le projet de loi de finances rectificative, voté en ce moment à l’Assemblée et déjà en discussion au Sénat met en place la nouvelle TVA réduite à 7%. Elle était à 5,5% jusqu’alors.

Le livre est assujetti à cette TVA réduite.

La rentabilité de la librairie s’établit autour de 0,5% de son chiffre d’affaires avant impôt.
Cette fragilité l’empêche de résister au choc de cette progressivité du taux de 5,5 à 7.
Alerté par l’ensemble des professions du livre, l’État commence à en prendre conscience.
Les députés et sénateurs auront ce mercredi, dans la cadre de la commission mixte paritaire qui se réunira, le pouvoir de proposer un changement de la loi.
Le livre étant aussi un produit de première nécessité, l’affirmer à nos députés et sénateurs est vital ce samedi.
Je vous invite à leur adresser ce message par courriel dès aujourd’hui:

« Madame, Monsieur, nous comptons sur votre appui pour que l’Assemblée et le Sénat s’opposent à l’application de la TVA à 7% pour le livre. Cela menace directement toute la chaîne du livre (auteurs, imprimeries, éditions, librairies, bibliothèques) sur tout notre territoire. » :
1) http://www.assemblee-nationale.fr/qui/communes/recherche_new.asp ou http://www.assemblee-nationale.fr/qui/xml/liste_alpha.asp?legislature=13 ;
2) http://www.senat.fr/elus.html

Et bien sûr, nous comptons sur l’immense force de votre action si vous adressez aussitôt ce courriel à l’ensemble de votre fichier.

Yannick Poirier
Tschann Libraire
125 bd du Montparnasse
F 75006 Paris »

Exhibitions et exotismes dans la chronique Culture n°11, 2/12/11

Livres et événements culturels cités dans la chronique hebdomadaire du vendredi 2 décembre 2001 sur France Ô :

De l’exotisme pathologique :

1. Exposition Exhibitions, l’invention du sauvage. Jusqu’au 3 juin 2012 au musée du quai Branly, Paris. Et le livre-catalogue : Exhibitions, l’invention du sauvage, Actes Sud

2. Kannibals et vahinés, Imagerie des mers du Sud, collectif, Réunion des Musées nationaux

De l’exotisme stylisé, érotisé :

Goudemalion, Musée des Arts Décoratifs à Paris, du 9 novembre 2011 au 25 mars 2012 et le livre-catalogue, Jean-Paul Goude une rétrospective, éd. La Martinière

Du leporello ou livre-accordéon :

Clotilde Perrin, Au même instant, sur la Terre..., Rue du monde,

De l’exotisme médiéval et orientaliste :

Laurent Voulzy, Lys and Love, Sony, Columbia.

L’exotisme détourné en imagerie de livre jeunesse avec ce livre de Marie Desplechin, Emmanuelle Houdart, Saltimbanques, Thierry Magnier

Peut-on dire que l’exotisme, c’est fini ?