Alain Mabanckou pour l’ensemble de son œuvre !

Parmi les 65 distinctions pour l’année 2012 que l’Académie française a rendu public ce jeudi, à remarquer Patrick Grainville (Grand prix de littérature Paul Morand, 45 000 euros), Alain Mabanckou (Grand Prix de littérature Henri Gal « pour l’ensemble de son œuvre », Prix de l’Institut de France, 40 000 euros), Daryush Shayeganrand (Grand prix de la francophonie, 22 500 euros) et Marie NDiaye, (Prix du théâtre, 1 000 euros).

À signaler également, Olivier Barrot lauréat du Prix Hervé Deluen doté de 25 000 euros pour la promotion de la littérature française (au sein de la Maison française de l’université de New York) et :

– Michèle Rakotoson, Médaille de vermeil, grande médaille de la francophonie.
– Parmi les Prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises, Médaille de vermeil : Association Haïti Mémoire et culture.
– Prix de poésie, Théophile Gautier, Médaille d’argent : Yvon Le Men, pour À louer chambre vide pour personne seule.
– Prix François Coppée, Médaille d’argent : Amin Khan, pour Arabian blues, Préface René Depestre.

Adieu Berthe ou le refus d’enterrer l’enfance

Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé, est une variation sur la disparition, de l’enfance, du temps, des êtres aimés. L’enfance est marquée par l’illusion et de ses magiciens qui en jouent, hier comme aujourd’hui. La Disparition de Georges Perec n’est pas loin : une lettre a disparu, la plus fréquente de l’alphabet, le e, magnifique et minuscule allégorie pour raconter la disparition de ses parents et donc d’une mémoire familiale, qui n’a même as eu le temps de se constituer, d’exister.

Au contraire, Adieu Berthe fait de l’enfance le cœur palpitant du héros, Armand, pharmacien, interprété par Denis Podalydès.

« Pourquoi ne pourrait-on pas tout mélangé ? » dit ce petit-fils de Berthe à ses obsèques. Armand est constamment dans l’indécision. Alors que son fils s’est ramassé à son devoir de philo (Qu’est-ce que vouloir ? [sic]), lui-même ne sait pas décider entre sa femme (Hélène, Isabelle Candelier) et son amante (Alix, Valérie Lemercier). Comme il ne sait pas décider entre deux entreprises de pompes funèbres : celle conseillée par belle-maman (Suzanne, Catherine Hiegel) qui porte le nom de Définitif [sic] et dirigée par un hurluberlu grandiloquent et new-age (Rovier Boubet, Michel Vuillermoz) et la seconde au nom de Hoolacool, dont le dirigeant est interprété par Bruno Podalydès, qui dirige une fois de plus son frère dans un film.

Armand est donc un pharmacien indécis dans une comédie de mœurs à l’humour noir, qui se déplace dans la vie comme entre son officine et son amante, à trottinette, et qui joue de la mémoire comme un héros échappé du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, film auquel on pense quand on le voit ouvrir son tiroir où il conserve tous les objets de ses tours de magie…

Près de 27 millions d’esclaves dans le monde, selon un rapport américain


Près de 27 millions de personnes seraient réduites en esclavage dans le monde aujourd’hui. C’est ce qu’a indiqué la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, au moment où les Etats-Unis dévoilait, mardi 19 juin, leur rapport annuel sur le trafic d’êtres humains.

Lire la dépêche AFP sur le site France 24 (en français) et l’article du New-York Daily News (en anglais).

En arabe, en chinois, en onze langues seulement Les Trois mousquetaires ?

Les Trois mousquetaires d’Alexandre Dumas est traduit en onze langues (Arabe, Chinois, Anglais, Estonien, Japonais, Finnois, Hongrois, Portugais, Espagnol, Italien, Russe) nous apprend la « plate-forme du livre traduit » de l’Institut français, If Verso, une base de données de 70 000 titres traduits du français vers une quarantaine de langues, constituée en partenariat avec la BnF et l’UNESCO.

Et l’allemand, où est passé l’allemand ? On trouve pourtant plusieurs versions allemandes de Die drei Musketiere sur le site de référence de l’Unesco, l’Index Translationum, partenaire d’If Verso ! If Verso est-il à jour ?

 

Par ailleurs, on peut s’intéresser à « Pourquoi n’y-a-t-il pas plus de livres traduits en arabe dans le monde ? » comme se demande  sur le site Yabiladi

 

Anthony Phelps : « Que JC Duvalier soit traduit en justice »

lu dans Le Nouvelliste (15/06/12), cette lettre ouverte d’Anthony Phelps :

« J’ai lu, avec étonnement, dans Le Nouvelliste, que j’ai reçu un hommage in abstentia, du président Martelly. Le 4 juin dernier j’ai reçu un courriel, m’annonçant que je serais honoré, en compagnie d’un groupe d’écrivains, par le président Martelly, et que je devrais prévoir quelqu’un pour me représenter. Ce courriel qui n’était pas envoyé par le bureau de la présidence, ne disait pas à quelle occasion devait avoir lieu cette cérémonie. Sans plus de précision, j’ai décliné l’invitation par courriel. De toute façon je ne saurais accepter un hommage en temps qu’auteur de Mon Pays que voici, tant et aussi longtemps que Jean Claude Duvalier ne sera pas traduit en justice. »

Dernier titre en date d’Anthony Phelps, sa très belle anthologie : Nomade je fus de très vieille mémoire (éd. Bruno Doucey)

Comment regarder la France quand les yeux sont remplis du monde ? (Depardon)

Le documentaire Journal de France commence à Nevers où Raymond Depardon a choisi un carrefour dont il espère que piétons et autos disparaîtront assez longtemps pour que reste seulement un paysage épuré.
Dans des paysages déserts de France, le créateur de l’agence Gamma recherche la bonne photo à bord de son camion labo.
Naguère, il était à l’étranger. Ces images filmées sont mises bout à bout par Claudine Nougaret, sa compagne, qui commente en voix off son choix à elle, des « chutes » de films. On passe du Vénézuela au Proche-Orient, en Centrafrique, où un certain dictateur Bokassa s’adresse sur un ton grandiloquent à un public de footballeurs professionnels.
Film à la fois autoportrait et mémoires de Raymond Depardon, co-réalisé par le couple, Journal de France pose une question simplement :

Comment regarder la France quand les yeux sont remplis du monde ?

C’est bien entendu une question qui s’adresse à chaque de nous, qu’il soit voyageur de facto ou voyageur par procuration (télé, romans, racontars).
Dans son camion labo, Raymond Depardon est souvent filmé de profil, lui regardant la route, nous, nous demandant ce qu’il cherche. A l’heure où la photo numérique a transformé tout quidam en capteur de visages, le grand reporter est en quête de paysages désertés.
Bonheur nostalgique d’effeuiller avec lui une mémoire commune, puisque ses images d’avant font partie non pas d’un récit national mais d’un récit mondialisé. C’était le 21 août 1968 : les chars russes entraient en Tchécoslovaquie. C’était le 21 avril 1974 : l’ethnologue Françoise Claustre était prise en otage dans le désert du Tibesti (Tchad) par des rebelles menés par Hissène Habré et Goukouni Oueddei. Une prise d’otage qui dura plus de mille jours et donna lieu aussi à une interview réalisée par Raymond Depardon. François Claustre : « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? ». Le désert du Tibesti sert de révélateur au désert français à venir.
La France attend l’élection présidentielle. Raymond Depardon tourne 1974, une partie de campagne, documentaire sur la campagne présidentielle du candidat Valéry Giscard d’Estaing, qui dans une séquence d’une réunion d’entre deux tours s’adresse à l’un de ses conseillers : « Ne m’interrompez pas ! ». VGE interdira sa diffusion.

Dans Journal de France, dernier documentaire en date d’une longue filmographie, photos d’aujourd’hui et bouts de films d’hier alternent. On aurait aimé que les photos prises aujourd’hui fassent un beau générique de fin : tabac, coiffeur, vitrines d’une France qui part de nos mémoires, angles droits de bâtisses, saillies de souvenirs debout dans des paysages en désertification.

Revue de presse, reprise d’Allo-ciné :

Les Cahiers du cinéma, Joachim Lepastier : « Depardon trouve avec le désert français le troisième terme du triptyque méditatif qui sous-tend la démarche d’une vie : un voyage erratique qui ne soit pas une fuite mais la reconnaissance d’un territoire à la fois terrien et intime, aussi bien un pré carré qu’un jardin secret. »

Le Journal du dimanche, Jean-Luc Bertet : Au delà des flash-back, il s’agit d’un double portrait, tout en pudeur et en retenue. Celui de Raymond Depardon, bien sûr, mais aussi de sa France, dont il cartographie les charmes à la fois désuets et vivaces. Souvenir d’un périple.

Marianne, Danièle Heymann : « [Raymond Depardon] s’arrête où bon lui semble, sort un gros appareil à l’ancienne, se recouvre la tête d’une étoffe rouge, et photographie « à la chambre ». Il y a dans son geste quelque chose d’anachronique, d’artisanal, d’éternel. »

Le Monde, Thomas Sotinel : « Journal de France » est donc fait de deux films : une chronique de la pérégrination du photographe et un montage de séquences inédites (…) De ces deux idées de films, les réalisateurs espéraient sans doute la naissance d’un troisième. Espoir déçu. « Journal de France » est une somme dont la valeur est bien inférieure à ses composants.  »

Télérama, Cécile Mury : « Bouts de pellicule, rushs inédits, images d’archives, ce « Journal de France » déborde les frontières et remonte le temps pour former un étonnant collage. (…) le portrait de l’artiste croise celui, multiple, changeant, toujours passionnant, de la société contemporaine. C’est la force de ce film-mosaïque. « 

Alain Mabanckou, étoile inconnue dans son pays (la presse)

« Il est de retour dans sa ville natale, après 24 ans d’absence ! Alain Mabanckou, l’écrivain le plus en vu de l’Afrique francophone, a reçu un accueil chaleureux par son public fidèle à Pointe-Noire, la capitale économique du Congo. Mais pour le grand public, la star littéraire mondialement acclamée reste un inconnu.

(…)

Dans un pays ou le taux d’alphabétisation ne dépasse pas les 60%, grand nombre de gens n’ont jamais entendu parler d’Alain Mabanckou. Jean- Batiste Tati-Utalian, jeune professeur de littérature, salue le retour de son écrivain préféré. Une passion qu’il aimerait tant partager avec plus de jeunes Congolais.

La plupart des élèves en terminal série A – littéraire n’ont pas lus les livres d’Alain. Ils ne sont pas sur le programme. Mais même les œuvres obligatoires, les élèves ont souvent du mal à les lire. Et acheter un livre demeure un luxe inabordable pour la plupart des Congolais. »

Lire l’intégralité de l’article de Sasha Gankine, Radio Nederland Wereldomroep, station internationale des Pays-Bas.

La solitude en Banquet (Lagrasse, été 2012)

Le Banquet du livre de l’été 2012 aura lieu du 4 au 10 août 2012, après un séminaire de philosophie « Le Temps et l’autre, Emmanuel Lévinas » – les 2 et 3 août -, et avant un concert baroque de clôture, le 11 août.
Thème retenu cette année : « Ombre et lumière de la solitude ».

Puisé dans le beau programme, riche à foison (à lire en détail sur le site) :

Gilles Hanus, philosophe, directeur des Cahiers d’Études lévinassiennes, Catherine Millot : « Ô Solitude », Pierre Bergounioux : « Les générations », Leilia, Voix de Galice et Jean-Michel Hernandez, Alvaro Cunquiero. Dominique Larroque-Laborde (Atelier de littérature et civilisation grecques), Françoise Valon, philosophe, Marc Augé : « Solitude de l’ethnologue et ethnologie de la solitude », Michel Schneider : « Musiques de la solitude » (conférence musicale), concert : Simon Fournier (trompette) et Jean-Pierre (orgue), à l’église de Lagrasse, Jean-Baptise Harang, Dialogue entre Jean-Louis Comolli et Patrick Boucheron (Le cinéma face à l’histoire), Claude Coste : « Le vivre ensemble de Roland Barthes », Michel Naepels : « Désaffiliation, déracinement et silence », « Corps ». Rencontre-lecture avec Marie-Hélène Lafon. Laurent Jenny : « La vie esthétique : une solitude très peuplée », Martin Rueff : « Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau », Gwenaëlle Aubry et Laurence Plazenet, Jean-Claude Milner : « Les paradoxes du solitaire ». Daniel de Roulet lit Tu n’as rien vu à Fukushima, en dialogue avec la violoniste Chiara Banchini, Christian Godin et Marc Perelmann : « Les métropoles et les conurbations : des agglomérations qui atomisent », «Quartiers d’hiver ». Lecture commentée d’extraits de ses romans par Jean-Paul Goux, L’orchestre Spiritato.