La cosmopolitique créole de Françoise Lionnet

« Ayant beaucoup travaillé sur la créolisation, j’ai constaté à un moment donné que les concepts de créolisation et de cosmopolitisme recouvraient beaucoup de dynamiques similaires. Mais on employait le terme cosmopolite pour parler des élites qui voyagent, qui ont les moyens d’être très éduquées, d’avoir une vision du monde assez complexe et intellectuelle, et une capacité d’évoluer dans des milieux extrêmement différents, de s’adapter et de ne pas être cloisonnées dans des compartimentages nationaux ou chauvinistes. Depuis Kant, le sujet cosmopolite se dit citoyen du monde. Mais finalement le cosmopolitisme n’est-il pas une forme de créolisation des élites ? (…)

Je me suis lancée dans cette idée de cosmopolitique créole – et non pas cosmopolitisme – pour souligner l’importance de la politique, du milieu démocratique ou pas, dans lequel les gens évoluent. »

Le su et l’incertain. Cosmopolitiques créoles de l’océan Indien, Françoise Lionnet, professeure de littérature française, francophone et comparée à UCLA (Los Angeles)
. Entretien dans Le Mauricien, 10.08.12

En Haïti s’ouvre une Maison des Écrivains

Dans ce pays marqué par une culture irradiante, où Frankétienne est un « Trésor national vivant », où Dany Laferrière réussit à signer un millier de livres en une seule journée, où Port-Salut indique la voie [voir le documentaire Haïti, pays réel, pays rêvé], dans ce pays où l’une des rares valeurs toujours à la hausse à l’exportation est la culture et singulièrement la littérature, comme en a témoigné le dernier festival Étonnants voyageurs, en février 2012, il n’y a rien… d’étonnant à ce que la toute nouvelle Maison des Écrivains accueille des écrivains qui n’ont pas encore écrit. Les Ateliers du Jeudi, créés par Lyonel Trouillot, avaient déjà montré que la richesse littéraire de l’île ne se mesure pas aux seules signatures « bankables » à l’export. Cette nouvelle Maison est en premier lieu destinée au vivier interne, mais pas seulement, explique Emmelie Prophète dans Le Nouvelliste : « Elle recevra en résidence des auteurs d’Haïti comme de l’étranger, pourvu qu’ils, qu’elles, aient besoin d’un espace approprié pour entamer ou mener à bien un projet d’écriture. »

La Maison des Écrivains, résidence Georges Anglade, va être inaugurée ce vendredi 10 août  à Port-au-Prince (Haïti), avec ses premiers auteurs pour deux semaines de résidence. Ils sont huit et n’ont rien publié jusqu’alors. À l’initiative de cette résidence : le Centre Pen-Haïti, présidé par l’écrivain Jean-Euphèle Milcé (membres exécutifs : Pierre Buteau, Verly Dabel, Emmelie Prophète, Lyonel Trouillot).
« Tout le monde y est allé de son petit mot après le séisme du 12 janvier 2012 concernant la culture, répétant volontiers après Dany Laferrière, rajoutant aussi, comme ils pouvaient, que la culture aiderait le pays à se relever, écrit Emmelie Prophète, elle-même auteur d’une trilogie Le testament des solitudes, Le reste du temps et Impasse dignité (éd. Mémoire d’encrier à Montréal) et ancienne Directrice du livre. S’il n’y a pas eu énormément d’investissement de l’État dans le secteur, si la moyenne du mandat d’un ministre de la culture est de 8 mois, c’est l’un des rares secteurs, peut-être même le seul, malgré toutes sortes de difficultés, qui réussit à garder la tête hors de l’eau. C’est le secteur aussi d’où émergent des figures qui s’imposent comme modèles pour l’ensemble de la société.
Il était urgent de créer cet encrage [sic], ce lieu de création, de cohésion entre les écrivains, qu’ils viennent de Chambellan, de Grande Rivière du Nord ou de Petit-Goâve. »

La Maison des Écrivains, Résidence Georges Anglade abritera la permanence du Centre PEN Haïti. Georges Anglade, géographe et écrivain haïtien, spécialiste des lodyans (littérature orale haïtienne) était l’un des invités du festival Étonnants voyageurs prévu en janvier 2010, victime du séisme du 12 janvier.

« La Maison des écrivains, Résidence Georges Anglade, est la première résidence permanente d’auteurs de toute l’histoire d’Haïti. Toute l’année, des auteurs haïtiens, des ailleurs d’Haïti et étrangers, membres d’un des 140 centres PEN dans le monde, peuvent s’y installer pendant un certain temps pour entamer, avancer ou terminer un projet d’écriture », souligne Emmelie Prophète dans un second article du Nouvelliste, le 9 août 2012.

En Haïti, des bibliotaptaps

Le taptap disposera de 400 titres, à chaque déplacement.

Un bibliotaptap propose 400 titres à chaque déplacement.
(c) John Smith Sanon

Trois « Bibliotaptaps » seront mises en circulation entre juillet et janvier 2013. Il s’agit de taptaps transformés en bibliothèque grâce au professionnalisme d’artisans haïtiens et de bénévoles des Nations-unies, raconte Le Nouvelliste. Ces bibliothèques mobiles ont pour objectif de desservir plus de 15 000 enfants et adultes chaque mois dans la région métropolitaine de Port-au-Prince et dans les départements du Nord et du Centre, selon les explications des initiateurs. A Port-au-Prince, la bibliothèque mobile parcourra des zones durement frappées par le séisme, zones dans lesquelles il manque des infrastructures. Environ 2 400 titres haïtiens et étrangers seront disponibles. Chaque taptap apportera 400 titres à son public, à chaque déplacement.

Bibliothèques sans frontières (BSF), en partenariat avec le ministère de la Culture, la Direction nationale du livre, la Bibliothèque nationale d’Haïti et la fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), a procédé au lancement de la première bibliothèque mobile haïtienne, au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée dans les jardins de l’Institut français en Haïti.

À venir le colloque « Saint-John Perse, Aimé Césaire, Edouard Glissant : Regards croisés »

L’Institut du Tout-Monde organise du 19 au 21 septembre prochain à Paris un colloque international qui se tiendra sous le haut patronage de l’UNESCO durant trois journées, tour à tour au siège de l’UNESCO, à la Bibliothèque nationale de France et à la Maison de l’Amérique latine.

La rencontre aura pour objet une approche comparatiste des œuvres de Saint-John Perse, Aimé Césaire et Edouard Glissant : une appréhension des « regards croisés » liant ces trois figures tutélaires de la littérature du XXe siècle. Une mise en regard de paroles poétiques ayant essaimé en « rhizomes » de visions anticipatrices du monde. L’émission de ces voix singulières au cœur de notre modernité se devait de mobiliser aujourd’hui un renouvellement des lectures, soucieuses des pluralités comme des conjonctions de poétiques qui ont visé haut dans la reformulation de l’humanisme contemporain.

Le colloque sera l’occasion de se confronter à cette étude comparatiste, ouverte sur les ferments ardents et les entrelacs féconds. Une démarche inédite à ce jour.

Pour en savoir plus : colloque Glissant, Perse, Césaire

Source : communiqué Loïc Céry, Directeur IFUPE, La nouvelle anabase, animateur du site officiel Édouard Glissant.

Recommandé : « Historias », un film où personne ne meure la veille

Historias  les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient, film Brésil/Argentine/France de Julia Murat. Avec Sonia Guedez, Lisa E. Favero, Luiz Serra. (1h38).

 

Résumé par le distributeur Bodega films : « Comme chaque matin, Madalena pétrit et cuit le pain pour la boutique d’Antonio. Comme chaque jour, elle traverse la voie de chemin de fer désertée par les trains depuis de longues années, nettoie la porte du cimetière condamné, va écouter le sermon du prêtre puis prend le déjeuner avec les autres habitants de Jotuomba.

Se raccrochant à la mémoire de son mari défunt, vivant dans ses souvenirs, Madalena est rappelée à la vie lorsque Rita, une jeune photographe, débarque dans cette ville fantôme où le temps semble s’être arrêté. »

Il y a des films qui vous font voyager dans le temps et d’autres, très rares qui vous suspendent dans le temps… Historias est un film d’une grande poésie au pays du réalisme merveilleux… qui bat au rythme de la répétition des mêmes gestes, des mêmes dialogues entre vieux d’un village oublié par la modernité, dont on devine la gloire ancienne. Le temps s’est arrêté, le cimetière est fermé, une vieille dame aimerait bien mourir mais elle ne peut pas, car ici personne ne meure plus. L’apparition d’une jeune femme photographe dont les clichés valent leur pesant de talent, noirs et blancs où deux images (décor et visage) se superposent, cette apparition loin de rompre le charme va le décupler…

Un film qui aurait pu s’appeler, selon le toast porté par Antoño : « Personne ne meure la veille. »

« Dans l’œil de la spirale » (Haïti au filtre du chaos Frankétienne)

Dans l’œil de la spirale, qui vient d’être présenté à New-York, est un documentaire de Raynald Leconte, president de HCF (fondation culturelle haïtienne-New-York) et Eve Blouin. Avec les artistes Mario Benjamin, Frankétienne, Frantz Zephirin, Denis Smith, Préfète Duffaut, Patrick Vilaire, Sebastien Jean. Voici un teaser (bande-annonce) de 9′ :

IN THE EYE OF THE SPIRAL from In the Eye of the Spiral on Vimeo.

Prix du roman Fnac 2012 (sélection)

Premier prix littéraire de la rentrée, le prix du roman Fnac 2012 sera choisi le 28 août prochain parmi ces quatre titres :

  • Peste et choléra de Patrick Deville (Seuil)
  • La Déesse des petites victoires de Yannick Grannec (Anne Carrière)
  • Lame de fond de Linda Lê (Bourgois)
  • Le terroriste noir de Tierno Monénembo (Seuil).

eux-mêmes sélectionnés parmi trente nouveautés de la rentrée de septembre.
Lauréate 2011 : Delphine de Vigan, pour Rien ne s’oppose à la nuit (Lattès)

Au festival d’Avignon, « Very Wetr », «cet exotisme de pacotille», dit le site Evene

Lire sur le site Evene la critique comparatiste d’Etienne Sorin et Patrick Sourd (« Cherkaoui, Chopinot, Bel, Belaza… La danse dans tous ses états ») :

« La chorégraphe nous donne sur un plateau du Y a bon Banania en invitant le groupe Wetr (on prononce Ouetch), découvert lors d’un voyage en Nouvelle-Calédonie-Kanaky (…) Super Régine, mais est-ce une raison pour les exhiber hors de l’environnement de cette rencontre, donc dans un autre contexte forcément ridicule et se contenter de les regarder danser ou jouer au foot depuis le bord du plateau, un sourire ravi digne d’une touriste attendrie prenant des photos ? Pour être tout à fait honnête, quand elle ne lit pas sur son Ipad des textes, elle danse en solo dans un costume signé Jean-Paul Gaultier qui lui donne une allure de sauvage punk. Bref, un foutage de gueule dans la joie et la bonne humeur. Sauf qu’on avait oublié de prendre un acide pour tripper sur cet exotisme de pacotille. »