La solitude en Banquet (Lagrasse, été 2012)

Le Banquet du livre de l’été 2012 aura lieu du 4 au 10 août 2012, après un séminaire de philosophie « Le Temps et l’autre, Emmanuel Lévinas » – les 2 et 3 août -, et avant un concert baroque de clôture, le 11 août.
Thème retenu cette année : « Ombre et lumière de la solitude ».

Puisé dans le beau programme, riche à foison (à lire en détail sur le site) :

Gilles Hanus, philosophe, directeur des Cahiers d’Études lévinassiennes, Catherine Millot : « Ô Solitude », Pierre Bergounioux : « Les générations », Leilia, Voix de Galice et Jean-Michel Hernandez, Alvaro Cunquiero. Dominique Larroque-Laborde (Atelier de littérature et civilisation grecques), Françoise Valon, philosophe, Marc Augé : « Solitude de l’ethnologue et ethnologie de la solitude », Michel Schneider : « Musiques de la solitude » (conférence musicale), concert : Simon Fournier (trompette) et Jean-Pierre (orgue), à l’église de Lagrasse, Jean-Baptise Harang, Dialogue entre Jean-Louis Comolli et Patrick Boucheron (Le cinéma face à l’histoire), Claude Coste : « Le vivre ensemble de Roland Barthes », Michel Naepels : « Désaffiliation, déracinement et silence », « Corps ». Rencontre-lecture avec Marie-Hélène Lafon. Laurent Jenny : « La vie esthétique : une solitude très peuplée », Martin Rueff : « Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau », Gwenaëlle Aubry et Laurence Plazenet, Jean-Claude Milner : « Les paradoxes du solitaire ». Daniel de Roulet lit Tu n’as rien vu à Fukushima, en dialogue avec la violoniste Chiara Banchini, Christian Godin et Marc Perelmann : « Les métropoles et les conurbations : des agglomérations qui atomisent », «Quartiers d’hiver ». Lecture commentée d’extraits de ses romans par Jean-Paul Goux, L’orchestre Spiritato.

Colloque Perse, Césaire, Glissant en septembre 2012

Saint-John Perse, Césaire, Glissant : Regards croisés, est le titre d’un Colloque international, qui se réunira en  septembre 2012 à Paris. Il est organisé par l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV, Centre international d’études francophones) et l’Institut du Tout-monde, sous la direction de Loïc Céry et Anne Douaire-Banny.
Dans l’appel à contributions publié par Fabula, site de recherches en littérature, il est précisé : « À rebours d’une certaine tradition critique qui, comme y invite l’étymologie même du terme, a tendance à séparer pour clarifier, ce colloque international mobilisera des lectures croisées, le creuset de co-interprétations dynamiques et les mises en regard fécondantes. »
Le comité scientifique est assuré par : Pierre Brunel (Université de Paris-Sorbonne, Institut universitaire de France), Bernadette Cailler (Université de Floride, Etats-Unis), Loïc Céry (IFUPE, Paris), Patrick Chamoiseau, Maxime Del Fiol (Université Paul Valéry, Montpellier III), Anne Douaire-Banny (CIEF, Université Paris-Sorbonne), Joëlle Gardes-Tamine (Université Paris-Sorbonne), Samia Kassab (Université de Tunis).

Jean-Marie Le Clézio : blues, jazz, maloya, gwo ka, calypso, ravane-maravane, reggaeton, seggae, hip-hop

Ce texte de Jean-Marie Le Clézio, daté de Séoul, le 20/09/08, est destiné au parrainage du Festival Vibrations Caraïbes, à Paris, à la Maison des Cultures du monde, du 16 au 26 octobre 2008.

Cette liberté, comme une supplique, comme un appel dans la voix du blues et du jazz

« Nul n’a mieux parlé du jazz et du blues, nul n’a mieux traduit dans notre vieille langue métisse cousue de cicatrices, que le poète martiniquais Aimé Césaire.

Césaire, ça n’est pas quelqu’un qui écrit à propos de l’Afrique et du jazz. C’est quelqu’un qui parle cette musique, qui la vit et la crée, qui la fait entrer dans sa langue. Elle est en lui, à sa naissance, il l’a sucée avec le lait de sa mère, il l’a apprise dans le bruit des paroles qui l’ont entouré, dans les jeux, les couleurs et les rires, dans la douleur. Il l’a apprise dans la langue créole. Il l’a dite dans la langue qu’il invente.

Car c’est dans les marais de la faim que s’est enlisée sa voix d’inanition (un-mot-un-seul-mot et je-vous-en-tiens-quitte-de-la-reine-Blanche-de-Castille, un-seul-mot-un-seul-mot, voyez-vous-ce-petit-sauvage-qui-ne-sait-pas-un-seul-des-dix-commandements-de-Dieu).

Car sa voix s’oublie dans les marais de la faim. Et il n’y a rien, rien à tirer de ce petit vaurien, Qu’une faim qui ne sait plus grimper aux agrès de sa voix.

Une faim lourde et veule.

Une faim ensevelie au plus profond de la Faim de ce morne famélique.”

Entendons les encore, ces vers qu’aimait Franz Fanon:

Et à moi mes danses

Mes danses de mauvais nègre

A moi mes danses

La danse brise-carcan

La danse saute-prison

La danse il-est-beau-et-bon-et-legitime-d’être-nègre ».

Tout est là.

Il n’y a rien d’autre que ce qui passe dans ce souffle. Rien d’autre que ce qui brûle cette plaie. Dans le blues des plantations de canne et de coton, dans le jazz des rues du Bronx et de Harlem. Dans Armstrong et Coltrane, Mingus, Monk et Coleman, dans la voix de Bessie Smith, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Nina Simone. Dans la voix de Big Bill Broonzy de John Lee Hooker, de Jimmy Reed, de Muddy Waters, de Ray Charles. Cette puissance qui vient de loin, de la terre mythique d’Afrique, du fond des soutes des bateaux négriers, cette puissance née avec la langue créole, sous le fouet et le raidissement d’orgueil, dans la révolte des marrons, dans le combat pour garder son nom, son identité, sa foi.

Rien d’autre que ce souffle et cette violence, cet amour et cette douceur, dans The girl from Ipanema de Stan Getz chanté par Joao et Astrud Gilberto sur un rythme de Bossa Nova, dans la dialogue de Miles Davis et d’Easy Doo Bop interpretant Chocolate Chip. Le souffle, la durée, la résistance, dans le rythme jusqu’au vertige des Gnaouas d’Afrique du nord, ou dans la rencontre entre l’Orient et l’Afrique au Soudan. Dans les maloyas de Danyel Waro, dans le Gwo Ka, le calypso au steel drum de Trindidad , la ravane-maravane de ti Frère le Mauricien, la voix de Charleezia qui chante pour les Chagossiens en exil. Dans le reggaeton de Puerto Rico, le seggae de Kaya mort en prison a Port Louis, le hip hop du Bronx et de East L.A.

Rien d’autre que la liberté.»

Hienghène, oral austral et littéraire

 

Du 30 octobre au 4 novembre prochains, à l’orée de l’été austral, on ne parlera pas seulement des prix littéraires. Le 3e Salon International du Livre Océanien (SILO 2007, http://www.silo2007.com/) sera l’occasion, l’une des rares dans la région de créer un immense événement festif, intellectuel et populaire autour du livre.

La bibliothèque Bernheim de Nouméa l’organise pour le compte du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie autour du thème « Paroles ». Les organisteurs entendent mettre l’accent sur les performances, contes, slam. 

Il est quelquefois difficile de faire exister à terre le Pacifique Sud. Sa dimension archipélique n’est pas toujours perçue comme une chance. Et pourtant, la gravité de cette terre de la Province Nord était toute indiquée pour installer pendant quelques jours une manifestation littéraire à dimension océanienne.

Hienghène est le lieu d’un Centre culturel fondateur de la politique culturelle du pays, au prise avec la naissance de l’histoire moderne du Caillou en 1853, comme de son histoire tragique contemporaine. La mémoire locale garde le souvenir vivace du massacre de dix militants indépendantistes en 1984. Jean-Marie Tjibaou est né à Tiendanite, tribu distante de 17 km du centre communal de Hienghène. Signe de son passé meurtri, le nom même de « Hienghène » signifie dans la langue fwaî (l’une des langues kanak parlées dans cette aire coutumièe Hoot Ma Whaap) : « pleurer en marchant ».

Parmi les écrivains invités, outre les Calédoniens (Kurtovitch, Ohlen, Berger, Gope, Jacques, Barbançon), signalons un plateau de choix autour de John Maxwell Coetzee, le prix Nobel sud-africain, Albert Wendt, d’origine samoane, Marcel Meltherorong, du Vanuatu, Dany Laferrière, du Québec, les Polynésiens Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun, Flora Devatine, Chantal Spitz, et plusieurs écrivains australiens, été austral oblige.