Limonade pour 1 500 étudiants haïtiens. Une interview de J.M. Théodat

En Haïti, une nouvelle université commencera ses cours le 8 octobre prochain à Limonade [Papalagui, 17/08/12] près de Cap-Haïtien (260 km au nord de la capitale). Pour la région Nord, c’est « une occasion historique de prendre le train de la relance qui met en branle toute la société après le désastre du 12 janvier 2010 », nous explique Jean-Marie Théodat, président du conseil de gestion du campus de la nouvelle université Henri Christophe de Limonade (département du Nord, arrondissement de Cap-Haïtien). Depuis Haïti, ce professeur agrégé de géographie nous a accordé une interview. Questions écrites. Réponses écrites. Via le Net.

[Jean-Marie Théodat, 51 ans, est maître de conférences à l’Université Paris 1 – La Sorbonne. Après plus de trente ans passés à Paris, il a décidé après le séisme du 12 janvier 2010 de revenir vivre en Haïti, et d’aider à remettre sur pied l’enseignement supérieur. Il est rentré le 7 avril de la même année à Port-au-Prince. ]

Quel est votre rôle dans ce projet ?
Mon rôle a été de définir l’offre pédagogique, de recruter les professeurs selon des critères de sélection sévères, de mettre en place un modèle de gouvernance qui facilite la réalisation des ambitions élevées de ce nouveau campus.

Comment définissez-vous ce projet ?
Une première année de classe préparatoire aux filières s’intitule SALAM. C’est-à-dire « Salut ». Faire son salut, c’est passer soit par l’une des voies suivantes : Sciences et technologies ;  Administration ; Lettres, sciences humaines et sociales (SHS) ; Arts et Métiers.
Les premières (Sciences et technologies, Administration, lettres et SHS) sont des études de filières longues qui préparent à la Licence, au Master ou au Doctorat.
En deuxième année les postulants choisissent pour deux tiers d’entre eux entre la médecine, le génie, la médecine vétérinaire, l’électronique, la physique, la chimie, l’agronomie, etc.
L’autre tiers sera partagé entre les autres disciplines, dont certaines relèvent aussi de filières longues comme l’économie, l’histoire, la géographie, le droit, la philosophie, la sociologie, etc.
Les Arts et Métiers relèvent de filières courtes : hôtellerie-tourisme, logistique transports, informatique, gestion.

Le Salam est nouveau en Haïti ?
Le Salam est une mouture haïtienne d’une recette vieille comme la lune : l’université doit répondre aux attentes les plus diverses du corps social. Le Salam contient les divers aspects d’une formation scientifique, technique et humaniste de haut niveau. En Haiti, d’autres universités l’appliquent déjà sans le nom.

Est-ce la principale originalité du dispositif de formation ?
La principale originalité, c’est d’offrir également une formation à distance pour les professionnels déjà en poste, les personnes éloignées du site, etc. Nous entendons également avoir un engagement civique et citoyen forts dans la région, par la mobilisation des étudiants autour de tâches d’utilité commune.

Quel est son enjeu ?
L’enjeu, c’est de donner au Nord et au Nord-Est, historiquement délaissés une occasion historique de prendre le train de la relance qui met en branle toute la société après le désastre du 12 janvier 2010. Former les cadres, les professionnels, les ouvriers qualifiés dont la région a besoin, c’est cela l’enjeu.

Les étudiants étrangers seront-ils admis ?
Les étudiants étrangers sont admis sans limite d’origine.

Comment s’explique le choix de Limonade ?
Par une volonté de décentralisation.

Qui paye ?
La République Dominicaine a offert le campus, l’État haïtien fait tout le reste, avec l’aide de la France sur le plan du contenu des programmes.

Le campus de Limonade va-t-il fonctionner à l’américaine ou à l’haïtienne ?
Limonade va fonctionner comme une université normale, de plain-pied avec son époque, ni haïtienne ni américaine : simplement ancrée dans la réalité du Grand Nord d’Haiti.

Goncourt 2012 (1ère sélection)

Le prix Goncourt sera décerné le 7 novembre 2012. Voici sa première sélection :

– Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)

– Gwenaëlle Aubry, Partages (Mercure de France)

– Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)

– Serge Bramly, Orchidée fixe (JC Lattes)

– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)

– Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)

– Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)

– Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)

– Gaspard-Marie Janvier, Quel Trésor! (Fayard)

– Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)

– Tierno Monenembo, Le terroriste noir (Seuil)

– Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

En 2013, dans le match Larousse / Robert : 87 à 101

En cette rentrée littéraire, les dictionnaires grand public ont évidemment toute leur place, comme nous le rappellent les campagnes de publicité. C’est le moment choisi par le club d’orthographe de Grenoble pour publier son traditionnel travail critique. La dénommée Camille a épluché pour notre plus grand bonheur et celui des adhérents du club les deux éditions phares de l’année.

Et Camille nous rappelle à l’ordre. Elle s’en prend tant à la critique littéraire (qui s’en moque des dicos) qu’au marketing éditorial : « Pourquoi s’acharner à axer la publicité sur le pourcentage infime de mots nouveaux (…) ? Je milite pour une information plus complète sur le produit, car l’enjeu est énorme : c’est leur dictionnaire que les locuteurs d’une langue prennent pour référence. « 

Du coup Camille ne se crée pas que des amis. À commencer par Le Robert : « Cette publication [sa recension des mots nouveaux, cachés, sortis, réintégrés, l’examen des expressions nouvelles comme de l’évolution du prix] gêne considérablement les auteurs du dictionnaire, qui me l’ont fait savoir par la voix du juriste des éditions Le Robert, en août 2011 [On ne voit pas ce qu’on pourrait lui reprocher]. Mais m’est-il permis de faire autre chose (…) quand je vois que tous les médias, unanimement, célèbrent toute parution dictionnairique en reprenant sans recul et sans critique les éléments prémâchés par l’éditeur dans le dossier de presse du produit ? »

Camille nous apprend que parmi les 101 nouveautés du Robert 2013 « de nouveaux auteurs contemporains font leur entrée dans le dictionnaire par la voie de la citation : Caryl Férey (aux articles hacker et label), Fabrice Humbert (pack), Olivier de Kersauson (caillou, propulsif), Carole Martinez (crevé, ksar). »

Même travail à propos du Petit Larousse illustré 2013. Parmi les 87 nouveaux articles du dictionnaire, le club orthographique de Grenoble remarque que « les emprunts sont moins nombreux que d’habitude et, chose remarquable, ils ne proviennent pas majoritairement de l’anglais (cf. bissab et korité, du wolof, chibani, de l’arabe, dalit, du sanskrit, gaïta, de l’espagnol, gnawa, du berbère, kop, de l’afrikaans). « 

Une Guadeloupéenne indépendantiste (Maryse Condé)

Interviewée à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Maryse Condé affirme dans une interview à Philippe Triay, pour Culturebox (29.08.12) :

« Je crois que je ne serai jamais rien d’autre qu’une Guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne à ma manière, qui parle peu créole, qui réside en partie à New York, qui a visité le monde… Mais au fond de moi, le lieu qui a fait ce que je suis, mes parents, mes souvenirs d’enfance, ont créé quelque chose que ne pourrai jamais modifier. J’aime la Guadeloupe, le pays, la nature, les sons, les images. Je mourrai guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne indépendantiste. »

À rapprocher de ses propos de juillet 2007 lorsque l’amertume l’avait incitée à quitter son île natale (Papalagui, 16.07.07) :

« La Guadeloupe est un pays complètement laminé, décervelé par le colonialisme, un pays où on a peur de l’avenir, où on parle toujours du passé, un pays qui se replie sur ses traditions et qui ne veut pas la nouveauté, la création, la créativité. »

Son dernier livre porte bien son titre : La vie sans fards (Lattès).

La critique de Rodney Saint-Éloi, Le Nouvelliste.

Patrick Deville, Prix Fnac 2012 : « Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger »

À défaut du Nobel qu’il méritait mais qui n’existait pas encore, Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste à Hong-Kong en 1894, aura eu par procuration le premier prix de la rentrée littéraire 2012, le prix du roman Fnac. Ce qui n’est pas rien, pas seulement en raison des ventes à venir, mais aussi parce que le jury a du flair : les cinq derniers lauréats ont tous remporté un des grands prix de la saison. Peste et choléra (Le Seuil) a été choisi parmi trente titres par un jury de 800 lecteurs (400 libraires de l’enseigne et 400 clients adhérents) qui les ont lus sur épreuves pendant l’été.
Avec Peste et choléra, Patrick Deville signe un bel et bon livre plein d’empathie pour son sujet, un chercheur atypique « de la bande à Pasteur », à la curiosité insatiable, jamais à cour d’idées, microbiologiste, explorateur, traducteur, médecin des pauvres au Vietnam, fuyant les honneurs comme la peste… « mais les acceptant quand ils arrivaient, comme moi avec ce prix Fnac, qui m’aidera certainement », a plaisanté le lauréat au théâtre Marigny, le 28 août.

Ce qu’il y a de bien avec Deville, c’est qu’il est chevauché par son sujet comme un initié du vaudou est chevauché par son esprit. L’esprit c’est Yersin. L’initié c’est Deville. Et nous pauvres lecteurs, on est emporté dans l’effervescence et l’ivresse d’une chevauchée, d’une destinée magnifique, celle d’un spécialiste des microbes, dont la découverte puis le vaccin ont sauvé des vies (« Comme nous Yersin cherche le bonheur sauf que lui le trouve »).

Pour raconter cette « Vie de saint », Deville s’est tant documenté sur son sujet qu’à l’Institut Pasteur les archivistes ne tarissent pas d’éloges sur son travail (rendez-vous le 12 septembre). Surtout le biographe apparaît dans le roman à plusieurs reprises sous la déclinaison de « fantôme de l’avenir ». On a tant usé du poncif « fantôme du passé », qu’à l’inverse le surnom que se donne Deville sirotant un verre, fumant des Malborogh light avec son sujet d’étude, on s’y laisse prendre… et que ces anachronismes à l’humour en volutes nous enchantent.

Pour la biographie même de Yersin, il suffit d’aligner une liste longue comme une vie de curiosités, pendant 80 ans (1863-1943). Il ne sait jamais contenté de ce que « la bande à Pasteur »  voulait pour lui : l’enseignement ou la traque d’une bactérie sur tel spot démographiquement énorme de la planète. Quoique… et si Yersin était l’objet d’une manipulation inconsciente de « la bande à Pasteur », connue pour ses cohortes d’envoyés spéciaux à travers le monde ? Et ceci alors que ce siècle voyou qui enfanta tant de barbarités voyait s’opposer les grandes puissances par microbiologistes interposés. D’abord les Allemands contre les Français, Koch et la tuberculose contre Pasteur et la rage. Puis cette scène qu’on verrait bien dans un blockbuster genre Les Aventuriers de l’Arche perdue quand un Japonais et un Français (notre Yersin) se disputent à Hong-Kong les pestiférés pour débusquer ce foutu bacille. Que Yesrin va isoler en trois coups de cuillers à pot. Puis il repart, celui qui aimait écrire, seule contribution aux Parnassiens et à l’époque finissante des alexandrins : « Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger ».

Nul n’est prophète en son pays. Sauf que son pays à Yersin c’est le monde + le Vietnam, l’Indochine de l’époque, où il a sa tombe, et pas que… puisque des rues, des musées portent son nom.

Peste et choléra est aussi pour Deville-le-chevauché l’occasion de nous offrir le déroulement d’un monde, de tisser des vies et des époques comme si on les vivait toutes. « Le monde d’hier » dirait Zweig, celui du passé où la modernité triomphait des microbes. Yersin importe la première voiture au Vietnam. Celui du nouveau siècle à marche forcée où les Empires vont mourir comme des microbes (p. 117 : « Sa mission à Madagascar est davantage politique que scientifique et Yersin n’est pas dupe. C’est la grande histoire de la colonisation. C’est l’image de la France qu’on l’envoie répandre, comme on enverra Lyautey la répandre au Maroc. »)

Un roman où l’on croise Rimbaud, dont la destinée est habilement mise en perspective avec celle de Yersin. Céline, un temps apprenti dans « la bande à Pasteur ». Deville bouillonne de toutes ces vies, sans jamais les brouillonner.

Et puis, il y a chez Deville, comme chez Yersin, cette humilité qui font les anti-héros majuscules, quand il écrit p. 91 : « Sept milliards d’hommes peuplent aujourd’hui la planète. Quand c’était moins de deux, au début du vingtième siècle. On peut estimer qu’au total quatre-vingt milliards d’humains vécurent et moururent depuis l’apparition d’homo sapiens. C’est peu. Le calcul est simple : si chacun d’entre nous écrivait ne serait-ce que dix Vies au cours de la sienne aucune ne serait oubliée. Aucune ne serait effacée. Chacune atteindrait à la postérité, et ce serait justice. »

Avec Deville, la biographie prend perpète.

Liste des lauréats précédents du prix du roman Fnac.

La presse et Yersinia pestis :

Ce qu’en pense Bernard Pivot, juré Goncourt  (JDD) : « Il serait piquant, et même assez cocasse, que, près de soixante-dix ans après sa mort, par le truchement d’une magnifique biographie, Peste et Choléra, signée Patrick Deville, il [Yersin] soit couronné d’un grand prix littéraire de fin d’année… »

Pierre Assouline, juré Goncourt (La République des livres) : « Le romancier fait le portrait d’un rêve là où le biographe aurait fait le portrait d’un homme. »

Jean-Baptiste Harang (Le Magazine littéraire) : « C’est peut-être là, aiguillonné par l’anachronisme d’une cigarette américaine, que Deville a compris qu’il n’était pas en retard de quelques décennies mais qu’il était l’exact contemporain de ce qu’il raconte, «le fantôme du futur ». »

Alain Nicolas (L’Humanité) : « « On pourrait écrite une Vie de Yersin comme une Vie de saint. » C’est qu’il n’a pas vécu une « vie de roman », mais une vie d’où peut naître le romanesque, pour peu que l’écriture passe sur le réel. »

Emmanuel Hecht (L’Express) : « Patrick Deville domine son sujet. De la topographie de la côte d’Annam aux archives de l’Institut Pasteur, aucun détail ne semble lui échapper. Sûr de ses faits, il s’autorise quelques facéties de style nimbées d’humour. Il faut y voir l’ultime élégance d’un dandy qui, l’air de rien, façonne une œuvre. »

Raphaëlle Leyris (Le Monde) a interrogé Deville sur sa méthode par chasse aux papillons : « Patrick Deville pense que « le livre ne plairait pas à Yersin, qui n’aimait pas être sur le devant de la scène ». Mais il est heureux de « s’être mis au service d’un type à qui on ne peut rien reprocher – il n’était ni raciste ni colonialiste, il oeuvrait pour le bien… » Le prochain livre de Patrick Deville devrait l’emmener au Mexique, où il effectue un séjour annuel « depuis cinq ou six ans ». Il est temps d’épingler les papillons qu’il y a pris dans ses filets. »

Igor Capel (Le Canard enchaîné) : « Grand voyageur lui-même, Deville s’était déjà lancé, dans « Kampuchéa », à la poursuite des premiers explorateurs de ce coin d’Asie dont la IIIe République allait faire un empire (…) De nouveau, la réussite est totale. »

Guy Duplat (La Libre Belgique) : « Deville est un grand écrivain voyageur, comme Conrad, Kipling, Jean Rolin aujourd’hui. Il voyage dans l’espace, lentement, scrutant les microdétails qui font sens, rencontrant au fil des jours des hommes et des femmes qui racontent ces pays. Il arpente aussi le temps, revenant régulièrement sur l’histoire mouvementée de la région sous les coups des colonisations occidentales, et comment l’Histoire a façonné les paysages et les habitants. »

Xavier Thomann (BbliObs.com) : « Après avoir fait son travail d’explorateur pendant trois ans, il s’est enfermé dans une chambre d’hôtel pour écrire son livre en deux mois, travaillant jour et nuit. Mais il n’est pas pour autant un historien, précise-t-il, «Peste & Choléra» est bien un roman, un roman sur lequel plane l’ombre de Rimbaud. Et Deville de conclure: «Le rêve du second Rimbaud, c’était de devenir Yersin.»  »

Caroline Broué (France-Culture): « Tout l’art de Patrick Deville se retrouve dans ce roman qui relate l’histoire méconnue d’un personnage d’exception, le bactériologiste Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste. Passionnant. »

Grégoire Leménager (BibliObs): « Un des livres les plus stylés de la rentrée. Chez Deville, Alexandre Yersin, c’est Rimbaud qui aurait navigué du lac de Genève à la baie de Nha Trang, en faisant escale dans les labos parisiens de Pasteur. »

L’écriture-monde vue de l’île Maurice (Barleen Pyamootoo)

Avant de partir en résidence d’écriture aux États-Unis, l’éditeur et écrivain mauricien Barleen Pyamootoo [Bénarès (1999) et Le Tour de Babylone (2002), deux romans chez L’Olivier] a accordé un entretien au Mauricien (27.08.12). Extrait :

« Aujourd’hui le monde a changé, on peut vivre dans le plus petit village du monde et voir son texte être publié. En ce moment il y a Bertrand de Robillard qui vit ici et qui est publié en France. Il y a aussi Alain Gordon Gentil, Shenaz Patel, Carl de Souza, Akeel Gopee. Les données ont complètement changé, notamment avec les jeunes qui sont dans l’écriture-monde. Ils ont dépassé le colonialisme. Ils ont dépassé le post-colonialisme. Ils sont dans quelque chose de très moderne. Leur monde n’est pas nécessairement celui de Maurice. Françoise Lionnet l’a dit dans le cadre de la préparation de son livre « Cosmopolitique créole pour l’océan Indien » [voir Papalagui, 11.08.12].

Qu’est-ce que vous comprenez par écriture-monde ? Est-ce que vous estimez que les Mauriciens sont trop nombrilistes ?
Pas du tout. En littérature on dit que ce qu’il y a de plus universel, c’est le trou du cul du monde, c’est-à-dire, le village le plus retiré comme dans « Cent ans de solitude » de Gabriel Garcia Marquez. C’est « Une maison pour M. Biswas » de V.S. Naipaul c’est-à-dire dans un endroit complètement retiré qui est véritablement universel. Ce n’est pas New York, ce n’est pas Paris. Ce sont les quartiers de Dublin comme dans James Joyce. Ce que je suis en train de dire c’est qu’on peut être insulaire, on peut vivre dans le village le plus retiré de Maurice ou dans le quartier le plus défavorisé de l’île, ce qu’on écrit, ce qu’on pense n’en tend pas moins à l’universel. On n’est pas universel parce qu’on vit à Paris ou à New York, on l’est parce qu’on porte une condition humaine en soi, ou l’humanité tout simplement. »

En 2012-2013, l’esclavage entre au musée du quai Branly

On va y retrouver des figures connues et d’autres non. C’est a priori un programme alléchant, qui touille le sujet dans de multiples sens. Pour sa nouvelle saison, l’université populaire du Quai Branly (gratuite) va consacrer un cycle de treize conférences à l’esclavage et aux abolitionnismes. Des sociétés archaïques (Alain Testart) aux Siddi, une communauté d’esclaves noirs au Pakistan et en Inde (Alice Albinia), des pratiques esclaves dans le candomblé, le vaudou, la santeria (Maria-Inès Sampaio) aux maîtres et esclaves chez Hegel (Alain Badiou), ces conférences mensuelles seront proposées le jeudi à 18h30 (sauf exception), du 20 septembre jusqu’au  25 avril.
L’Université populaire du quai Branly est dirigée par Catherine Clément, philosophe et romancière, Tobie Nathan, ethnopsychiatre et romancier, et Frédéric Keck, anthropologue.

Programme :
L’esclavage dans les sociétés archaïques
Jeudi 20 septembre 2012, 18h30
Par Alain Testart, anthropologue. Dernier ouvrage en date : La Servitude volontaire (Errance, 2004).
L’esclavage dans l’Antiquité gréco-romaine
Jeudi 4 octobre 2012, 18h30
Par Jean Andreau, historien, auteur notamment de Esclave en Grèce et à Rome (2006)
Esclavages et abolitions en terres d’Islam
Jeudi 8 novembre 2012, 18h30
Par Roger Botte, anthropologue et historien, spécialiste de l’esclavage en Afrique subsaharienne, auteur en 2010 de Esclavages et abolitions en terres d’islam (Ed. André Versaille).
Engagements anti-esclavagistes au 19e siècle. Le « cas Schoelcher »
Jeudi 29 novembre 2012, 18h30
Par Nelly Schmidt, historienne, directrice de recherche au CNRS. Membre du Centre de recherches Caraïbes-Amériques.
Mémoire(s) des esclavages
Jeudi 13 décembre 2012, 18h30
par Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS et à l’Université des Antilles-Guyane, elle coordonne pour la période 2007-2012 le programme européen Slave Trade, Slavery, Abolitions and their Legacies in European Histories and Identities.
La critique moderne de l’esclavage, de Montaigne à Gide
Jeudi 24 janvier 2013, 18h30
par Frank Lestringant, historien de la littérature, professeur de littérature française de la
Renaissance à l’Université de Paris IV-Sorbonne depuis 1999.
Spécialiste des voyages français au Nouveau Monde au 16e siècle, Franck Lestringant a publié notamment Le Huguenot et le sauvage.
Femmes et enfants dans l’esclavage
Jeudi 14 février 2013, 18h30
En cours
Représentations de l’esclavage au cinéma
Vendredi 22 février 2013, 18h30
En cours
Les Siddi, communauté d’esclaves noirs au Pakistan et en Inde
Jeudi 21 mars 2013, 18h30
par Alice Albinia, journaliste et écrivain. Diplômée de littérature anglaise à l’université de
Cambridge, Alice Albinia a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste à Delhi, en Inde. Dans Les Empires de l’Indus, (Actes Sud, 2011), elle raconte le voyage qu’elle a réalisé seule, à l’âge de 29 ans, pour remonter le cours de l’Indus au Pakistan. Son dernier livre Leela’s book, autour du Mahabharata vient de sortir en Inde, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
Candomblé, vaudou, santeria, pratiques esclaves
Vendredi 29 mars 2013, 18h30
par Maria-Inès Sampaio, psychothérapeute
L’esclavage au Brésil
Jeudi 11 avril 2013, 18h30
par Charlotte de Castelnau L’Estoile, historienne, maître de conférences à l’Université Paris X Nanterre. Spécialiste de l’histoire de l’Amérique et du Brésil, ses domaines de recherche sont l’histoire des missions religieuses à l’époque moderne, l’histoire de l’expansion européenne et des sociétés coloniales à l’époque moderne.
Maîtres et esclaves chez Hegel
Jeudi 18 avril 2013, 18h30
par Alain Badiou, philosophe, romancier, essayiste, dramaturge et penseur politique. Fondateur du Centre international d’étude de la philosophie française contemporaine, L’esclavage dans l’empire chinois : servitude en Chine sous les dynasties Ming et Qing
Jeudi 25 avril 2013, 18h30
par Claude Chevaleyre, historien, doctorant à l’EHESS.

Voir le programme détaillé.

Avec un bouquin, Trouville c’est géant !

(c) Rue du monde, 2011

Une journée à la mer + un livre = un accès aux vacances + un accès à la culture, telles sont les  données de l’équation à 5 000 variables du Secours populaire français. L’association de lutte contre la précarité organise ce 24 août la Journée des oubliés des vacances : 5 000 enfants de 6 à 12 ans, issus de familles en difficulté de la région parisienne, embarqueront de Paris à bord de cent cars pour Trouville-sur-Mer.
Pour rattraper le temps perdu, les éditions Rue du monde, associées depuis 9 ans à ce pique-nique géant sur les traces de Proust, offrent pour l’occasion 5 250 livres dans le cadre de son Été des bouquins solidaires, un éditeur dont la devise n’est rien d’autre que : « Les oiseaux ont des ailes, les enfants ont des livres ».

Pour ce faire, 500 libraires ont participé à l’Été des bouquins solidaires. Chaque fois que deux des quatre titres participant à l’opération ont été vendus, un livre partait dans la cagnotte Trouville : Le diamant du sultan, Le singe et l’épi d’or, La grand-mère qui sauva tout un royaume, Le géant du pays des glaces.

Trouville, c’est géant ! n’aurait pas dit Marcel…