[Congo, J-16] : Robin Hammond : Àu Zimbabwe, la photo de Zacharie mourant…

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Vu aux Rencontres de la photographie d’Arles l’exposition bouleversante du Néo-Zélandais Robin Hammond, photojournaliste de la terreur et de la mort au travail.

Voir Polka et le livre chez Actes Sud :

[Congo, J-18] : La pensée en rébus de Wolfgang Tillmans

À quelques jours d’une Rencontre internationale d’art contemporain, organisée aux Ateliers Sahm de Brazzaville et avant de s’embarquer le 4 septembre, donc dans 18 jours, que faire du rébus du monde photographié ? Question au photographe allemand Wolfgang Tillmans.

Aux rencontres photographiques d’Arles (jusqu’au 22 septembre), l’exposition de Wolfgang Tillmans suscite la controverse. Les visiteurs ont laissé sur le livre d’or des appréciations expéditives : « une vieille daube » vs « c’est génial ». Leur font écho les critiques de professionnels. Pour Le Monde : « Il serait dommage de bouder son plaisir lorsqu’une exposition tient la route – c’est le cas avec celle de Tillmans » ou (encore) Le Monde : « Ces immenses formats aux couleurs éclatantes, soigneusement mis en scène, finissent pourtant par raconter une histoire, celle d’un voyageur séduit et étonné par l’absurdité du monde » ou enfin AD magazine : « Drôle et étonnant… le photographe allemand s’interroge sur l’évolution du numérique et prouve que cette technique peut encore nous étonner par sa précision. » vs. Ouvre tes yeux : « Il multiplie les accrochages et les supports. Une exposition présomptueuse et décevante. »
Aux Ateliers, dans cet espace grandiose de friche industrielle abandonnée… à une dizaine d’expositions, l’intention du photographe allemand est ainsi affichée : « Vingt ans après sa première image du monde Wolfgang Tillmans se demande si le monde peut-être regardé avec un œil neuf à une époque saturée d’images, et s’il est possible d’en dégager une vue d’ensemble. »
Dans l’espace n°16 de l’Atelier de chaudronnerie, attardons-nous dans la deuxième salle où sont exposées treize photos. Leur énumération situe le propos du photographe.

  1. Argent 112, 2013, « C-Print sur Dibond dans un cadre d’artiste » (une abstraction monochrome) ;
  2. Photographie Varanasi, 2003 (en surplomb, rue animée de Bénarès, Inde) ;
  3. Hutte masaï, 2003 (un magnifique gros plan de tentures indigo) ;
  4. Ombre de mouton, 2012 (banal profil naturaliste) ;
  5. Étoile guide, ESO, 2012 (simple plan d’écran d’ordinateur) ;
  6. Paranal Eso, Ciel et océan, 2012 (la nuit, un immense ciel étoilé écrase un relief terrestre à peine deviné) ;
  7. Défauts de capteur et pixels morts, Eso, 2012 (complexe plan d’écran d’ordinateur) ;
  8. Galaxies nommées et innomées, Eso, 2012 (plan d’écran d’ordinateur, un autre ou le même dans sa complexité spectrale) ;
  9. Pile d’œufs, 2009 (pile d’œufs sous néon qui les « couve ») ;
  10. Police financière (Lampedusa), 2008 (noir et blanc portuaire et documentaire) ;
  11. Soupe primordiale, B, 2010 (rive d’étang aux feuilles mortes de belle facture poétique malgré le titre) ;
  12. Dames de bibliothèque (São Paulo), 2010 (le silence omnipotent de la lecture) ;
  13. Iguaçu, 2010 (bouillonnement d’écume gigantesque en vue aérienne).

Tillmans passe du microcosme au cosmos, d’un écran d’ordinateur à la mesure de la lumière, d’un monochrome à un noir et blanc, d’un phare de bagnole profilé façon requin à un homme portant bidon, portable à l’oreille, de l’abstrait au documentaire. Il traduit la saturation du monde des images par un éclectisme déroutant, un rébus planétaire, un « nouveau monde »« la vie est astronomique » comme titre une monographie, Neue Welt, [Nouveau monde], Wolfgang Tillmans, éditions Taschen, trilingue allemand, anglais, français, dont on extrait les propos suivants :
« Quel est l’état des choses ? Dès le début, mon propos a été de tenter de répondre à cette question dans sa totalité. J’ai toujours été conscient que je n’y parviendrais qu’à l’appui de motifs choisis et de fragments significatifs du monde (…) la densité de l’information est aujourd’hui très élevée. Du coup, seuls des fragments peuvent être traités (…)
À la fin de la dernière décennie, j’en suis venu à me demander à quoi ressemblait le monde hors de mes sentiers battus. Pourquoi ne pas aller dans des endroits où je ne suis qu’un simple voyageur ? Peut-il y avoir un « nouveau » regard sur le monde ? (…)

La vraie question est plutôt : « Qu’est-ce qui est normal ? » Qui décide où commence l’esthétisation et où commence l’étude, ce qui est familier et ce qui est exotique ? Les images sont toujours la transposition d’une expérience du monde, et idéalement, elles posent la question d’une autre expérience possible du monde. Ce qui est dans l’image n’est pas le monde, l’image est une traduction. Un tableau figuratif formule la réalité devant nos yeux, ni plus ni moins. Même si c’est un lieu commun, il est bon de le rappeler de temps en temps. » Parole qui nous rappelle Édouard Glissant : « Notre seule ambition est de découvrir les lieux communs qui unissent les cultures et les hommes. Le chaos-monde, c’est le seul espace où les cultures occidentales peuvent rencontrer les cultures qui ne le sont pas. » (BibliObs)
La visite de l’exposition de Wolfgang Tillmans dégage un malaise. Hors le texte qui accompagne sa démarche, il est difficile d’éprouver dans le rébus de ses photos une émotion partagée. En revanche, le visiteur ne peut être que sensible aux questions posées par le photographe. Elles renvoient à de belles interrogations philosophiques d’un être au monde, être au monde lui-même fragmenté, dans une mondialisation qui le désempare. Tillmans ne réenchante pas le monde, il le déplie et tente d’en redistribuer les images glanées dans ses fragments diffractés.


En écho lointain, une exposition voisine, celle du photographe turc Halil résidant à Stockholm, toujours dans l’ensemble de hangars des Ateliers, propose une réflexion politique sur les « images manquantes » des années 68 en Turquie.

Les androsphinx de Simon Siwak

Le monde vu par le photographe polonais Simon Siwak est déconcertant, fait d’êtres écorchés, bien que lisses, inachevés bien que debout. Ses androïdes androgynes androsphinx, mi-hommes mi-machines, sont des fœtus adultes, prisonniers de leur naissance prise en instantané, objets traversés de diverses fl!ches, comme des Saint-Sébastien de l’ère numérique. A voir sur un air de Klaus Nomi.

RememberYou, art numérique, 2011.

Aborigènes façon captifs enchaînés

Reçois et découvre avec bonheur et stupéfaction le dernier beau livre d’Au Vent des îles, cet Aborigènes et peuples insulaires, l’histoire d’une « collision », racontée du point de vue des premiers habitants de l’Australie. Textes réunis par Marcia Langton et Rachel Perkins, traduit de l’anglais par Marc Orlando. Photos édifiantes de captifs enchaînés. On n’a pas fini d’en parler. Et on y reviendra.

 

Recommandé : « Historias », un film où personne ne meure la veille

Historias  les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient, film Brésil/Argentine/France de Julia Murat. Avec Sonia Guedez, Lisa E. Favero, Luiz Serra. (1h38).

 

Résumé par le distributeur Bodega films : « Comme chaque matin, Madalena pétrit et cuit le pain pour la boutique d’Antonio. Comme chaque jour, elle traverse la voie de chemin de fer désertée par les trains depuis de longues années, nettoie la porte du cimetière condamné, va écouter le sermon du prêtre puis prend le déjeuner avec les autres habitants de Jotuomba.

Se raccrochant à la mémoire de son mari défunt, vivant dans ses souvenirs, Madalena est rappelée à la vie lorsque Rita, une jeune photographe, débarque dans cette ville fantôme où le temps semble s’être arrêté. »

Il y a des films qui vous font voyager dans le temps et d’autres, très rares qui vous suspendent dans le temps… Historias est un film d’une grande poésie au pays du réalisme merveilleux… qui bat au rythme de la répétition des mêmes gestes, des mêmes dialogues entre vieux d’un village oublié par la modernité, dont on devine la gloire ancienne. Le temps s’est arrêté, le cimetière est fermé, une vieille dame aimerait bien mourir mais elle ne peut pas, car ici personne ne meure plus. L’apparition d’une jeune femme photographe dont les clichés valent leur pesant de talent, noirs et blancs où deux images (décor et visage) se superposent, cette apparition loin de rompre le charme va le décupler…

Un film qui aurait pu s’appeler, selon le toast porté par Antoño : « Personne ne meure la veille. »

Comment regarder la France quand les yeux sont remplis du monde ? (Depardon)

Le documentaire Journal de France commence à Nevers où Raymond Depardon a choisi un carrefour dont il espère que piétons et autos disparaîtront assez longtemps pour que reste seulement un paysage épuré.
Dans des paysages déserts de France, le créateur de l’agence Gamma recherche la bonne photo à bord de son camion labo.
Naguère, il était à l’étranger. Ces images filmées sont mises bout à bout par Claudine Nougaret, sa compagne, qui commente en voix off son choix à elle, des « chutes » de films. On passe du Vénézuela au Proche-Orient, en Centrafrique, où un certain dictateur Bokassa s’adresse sur un ton grandiloquent à un public de footballeurs professionnels.
Film à la fois autoportrait et mémoires de Raymond Depardon, co-réalisé par le couple, Journal de France pose une question simplement :

Comment regarder la France quand les yeux sont remplis du monde ?

C’est bien entendu une question qui s’adresse à chaque de nous, qu’il soit voyageur de facto ou voyageur par procuration (télé, romans, racontars).
Dans son camion labo, Raymond Depardon est souvent filmé de profil, lui regardant la route, nous, nous demandant ce qu’il cherche. A l’heure où la photo numérique a transformé tout quidam en capteur de visages, le grand reporter est en quête de paysages désertés.
Bonheur nostalgique d’effeuiller avec lui une mémoire commune, puisque ses images d’avant font partie non pas d’un récit national mais d’un récit mondialisé. C’était le 21 août 1968 : les chars russes entraient en Tchécoslovaquie. C’était le 21 avril 1974 : l’ethnologue Françoise Claustre était prise en otage dans le désert du Tibesti (Tchad) par des rebelles menés par Hissène Habré et Goukouni Oueddei. Une prise d’otage qui dura plus de mille jours et donna lieu aussi à une interview réalisée par Raymond Depardon. François Claustre : « Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? ». Le désert du Tibesti sert de révélateur au désert français à venir.
La France attend l’élection présidentielle. Raymond Depardon tourne 1974, une partie de campagne, documentaire sur la campagne présidentielle du candidat Valéry Giscard d’Estaing, qui dans une séquence d’une réunion d’entre deux tours s’adresse à l’un de ses conseillers : « Ne m’interrompez pas ! ». VGE interdira sa diffusion.

Dans Journal de France, dernier documentaire en date d’une longue filmographie, photos d’aujourd’hui et bouts de films d’hier alternent. On aurait aimé que les photos prises aujourd’hui fassent un beau générique de fin : tabac, coiffeur, vitrines d’une France qui part de nos mémoires, angles droits de bâtisses, saillies de souvenirs debout dans des paysages en désertification.

Revue de presse, reprise d’Allo-ciné :

Les Cahiers du cinéma, Joachim Lepastier : « Depardon trouve avec le désert français le troisième terme du triptyque méditatif qui sous-tend la démarche d’une vie : un voyage erratique qui ne soit pas une fuite mais la reconnaissance d’un territoire à la fois terrien et intime, aussi bien un pré carré qu’un jardin secret. »

Le Journal du dimanche, Jean-Luc Bertet : Au delà des flash-back, il s’agit d’un double portrait, tout en pudeur et en retenue. Celui de Raymond Depardon, bien sûr, mais aussi de sa France, dont il cartographie les charmes à la fois désuets et vivaces. Souvenir d’un périple.

Marianne, Danièle Heymann : « [Raymond Depardon] s’arrête où bon lui semble, sort un gros appareil à l’ancienne, se recouvre la tête d’une étoffe rouge, et photographie « à la chambre ». Il y a dans son geste quelque chose d’anachronique, d’artisanal, d’éternel. »

Le Monde, Thomas Sotinel : « Journal de France » est donc fait de deux films : une chronique de la pérégrination du photographe et un montage de séquences inédites (…) De ces deux idées de films, les réalisateurs espéraient sans doute la naissance d’un troisième. Espoir déçu. « Journal de France » est une somme dont la valeur est bien inférieure à ses composants.  »

Télérama, Cécile Mury : « Bouts de pellicule, rushs inédits, images d’archives, ce « Journal de France » déborde les frontières et remonte le temps pour former un étonnant collage. (…) le portrait de l’artiste croise celui, multiple, changeant, toujours passionnant, de la société contemporaine. C’est la force de ce film-mosaïque. «