Dans le Gard… Vote FN, pourquoi ?

Seul département français à avoir placé Marine Le Pen en tête des présidentielles de 2012, le Gard a fait l’actualité nationale et internationale lors des dernières élections. Un collectif d’historiens et sociologues, réuni par les éditions Au Diable Vauvert ancrées dans ce même département, analyse les raisons de ce vote : « Retour aux chiffres, aux sources, aux statistiques, cet ouvrage décrypte, à la lumière d’un événement local, une actualité qui concerne la France mais aussi l’Europe. Il répondra aussi aux Gardois et Languedociens démocrates qui cherchent des réponses, des arguments, et ne se résolvent pas à laisser s’étendre le racisme et « le vote de la honte ». »

La mort de Stéphane Hessel

L’ancien résistant, déporté, diplomate et auteur du célèbre Indignez-vous Stéphane Hessel est mort dans la nuit de mardi à mercredi. Il avait 95 ans.

Publié en 2010 par les éditions Indigène, Indignez-vous a été traduit en 34 langues et vendu à 4 millions d’exemplaires, en un an. Ce manifeste, qui exalte « l’esprit de résistance », était présenté ainsi par Sylvie Crossman, co-éditrice avec Jean-Pierre Barou, citant Stéphane Hessel :

« 93 ans. La fin n’est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! » Quelle chance de pouvoir nous nourrir de l expérience de ce grand résistant, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l homme de 1948, élevé à la dignité d Ambassadeur de France et de Commandeur de la Légion d honneur !
Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c était l’indignation. » Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au toujours plus , à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu aux acquis bradés de la Résistance, retraites, Sécurité sociale… Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac, Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l homme… en sont la démonstration.
Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu’il appelle à une «insurrection pacifique ».

Nous avions rencontré Stéphane Hessel au Festival d’Avignon, en 2011. En ce mois de juillet 2011, Stéphane Hessel et Edgar Morin avaient été invités dans le cadre du programme « Théâtre des idées » à réfléchir à la question « L’autre voie, comment lutter contre la réaction réactionnaire ? »

Lire Ce que vous ne saviez pas forcément à propos du succès planétaire d’«Indignez-vous !», article de David Caviglioli (BibliObs).

Le site Édouard Glissant.fr nous propose de revivre une rencontre exceptionnelle qui s’était déroulée le 20 mars 2009 à l’Office des Nations unies à Genève, où avait été organisée une conférence-débat (« L’intraitable diversité du monde : adresse à l’universalité ») qui était l’occasion d’un dialogue fervent entre Édouard Glissant et Stéphane Hessel.

 

Rosa Parks, un centenaire

Quand Rosa Parks s’assied dans ce bus de Montgomery en Alabama ce 1er décembre 1955, elle sait bien que le bus est coupé en deux, les blancs devant, les noirs derrière.

Elle le refuse et devient une icône de la lutte pour les droits civiques. Après le refus, le procès. Rosa Parks est condamnée à 15 dollars d’amende. Un pasteur de 26 ans, Martin Luther King, se saisit de l’affaire et déclenche un boycott des bus qui va durer 381 jours. Un an après le refus de Rosa Parks, la Cour suprême casse les lois ségrégationnistes dans les bus.

Malgré la reconnaissance officielle, sa fin de vie est difficile. Elle meurt en 2005. C’est l’un des épisodes de cette fin de vie qu’a choisi Eugène Ebodé pour débuter son roman La Rose dans le bus jaune, chez Gallimard, collection Continents noirs (sortie le 28 février) :

« J’ai toujours rêvé d’être centenaire. L’agression dont j’ai été victime le 30 août dernier a failli tout remettre en question. Joseph Skipper, ce voyou qui m’a frappée, malgré mon grand âge, pour me voler une poignée de dollars, aurait pu m’occire, anéantissant par là même l’espoir de souffler mes cent bougies ! Le destin m’a probablement envoyé cette fripouille, me suis-je dit en quittant l’hôpital, pour me faire prendre conscience de ma fragilité ! »

Rosa Parks, thème de fictions, avait déjà inspiré Nimrod, en 2008, pour « Non à la discrimination raciale », collection Ceux qui ont dit non, chez Actes Sud junior.

Pierre Bayard se soumet à la question

Une fois de plus, Pierre Bayard fait mouche, en s’interrogeant. Le titre de son quinzième livre ne surprendra pas ses lecteurs : Aurais-je été résistant ou bourreau ? De ses ouvrages précédents (tous sauf un publiés par les éditions de Minuit), six étaient déjà des titres d’essai littéraire façon polar, du sérieux au fond, de la clarté dans la forme. On peut être professeur d’université, psychanalyste, et créer son style d’essayiste-enquêteur friand de questions.

Question pour achever Agatha Christie : Qui a tué Roger Ackroyd ? (1998) ; question gag qui se la raconte : Comment améliorer les œuvres ratées ? (2000) ; question pour le bac : Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ? (2004) ; question potache pour redoublant : Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? (2007, le livre qui l’a fait connaître au grand public, traduit en une trentaine de langues) ; question magico-comique : Et si les œuvres changeait d’auteur ? (2010) ; question-qui-sent-la-procédure : Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ?  (2012).

La nouveauté n’est pas dans le titre. Qui ne s’est jamais posé la question « Aurais-je été résistant ou bourreau ? » Cette fois Pierre Bayard se soumet lui-même à la question.

Pourquoi et comment s’opère le passage à l’action quand les valeurs sont en crise ? Démonstration élégante traversée par des figures de la Résistance (Romain Gary ou André et Martha Trocmé, par exemple). Au fur et à mesure que progresse l’enquête intellectuelle, Bayard s’interroge sur ce qu’il aurait fait. Il passe par l’uchronie individuelle et remonte dans le temps en s’inventant une « personnalité potentielle », déléguée, un Bayard-bis, un jumeau d’époque, né en 1922, désireux plus que tout d’entrer à l’École normale alors que la France vit et survit sous l’Occupation.

Son père a été résistant. Pas lui, mais son engagement est plus subtil que spectaculaire, conforme à son école de pensée. En ressort-il grandi ? Finalement plus humain, plein d’une humanité et de ses questions, comme celles qu’il pose tout au long de ce beau livre.

A chaque étape, sa lecture ou son film et son expérience humaine…

Avec Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle, Pierre Bayard explore les deux « personnalités potentielles » du héros, celle d’un bourreau et celle d’un résistant.

Avec l’expérience de Milgram qui s’est développée en laboratoire à l’université de Yale entre 1960 et 1963 pour tester la soumission à l’autorité à partir d’ordres, autrement dit de la difficulté à dire non, Pierre Bayard développe sa notion de « conflit éthique » entre deux positions : la morale individuelle et la soumission à l’autorité. Ceci rappelle l’excellent roman de Jérôme Ferrari, Là où j’ai laissé mon âme (Actes Sud) qui détaille pendant la guerre coloniale en Algérie les conflits psychique et éthique de deux officiers devenus bourreaux, alors qu’ils ont quitté la précédente guerre, celle d’Indochine, comme victimes.

Des hommes ordinaires de Christopher Browning retrace le comportement d’un bataillon de la police allemande pendant la Shoah, véhicule de mort pour 83 000 personnes. Lors de la première action, la rafle des 1 800 Juifs du village de Jozefow, en Pologne, le commandant Trapp met ses hommes devant un choix explicite : dans leur chasse aux Juifs, capturer les hommes, et tuer femmes, enfants, vieillards). Certains vont alors choisir de ne pas tuer. Ce choix positif s’affronte au « conformisme de groupe », ce qui fait dire à Bayard que « chaque vie est ainsi une succession de bifurcations ».

D’autres notions sont progressivement examinées par Pierre Bayard, en prenant exemple sur des choix de résistants, et le comportement de son double (Bayard sous l’Occupation, comme il aurait pu la vivre). L’universitaire-enquêteur s’appuie sur ces modèles pour en tirer des conclusions ou plutôt des hypothèses personnelles. Ainsi « Le désaccord idéologique est la condition nécessaire à toute résistance » est illustré avec l’exemple de Daniel Cordier, futur secrétaire de Jean Moulin.

Bayard, déjà auteur d’un essai sur Romain Gary, utilise La Promesse de l’aube comme « récit de bifurcation » : s’indigner certes, mais après ? partir ou rester en France occupée ? Point commun entre Cordier et Gary : « Une forme de contrainte intérieure, capable de vaincre leurs réticences à s’engager. Sans cette contrainte, la divergence idéologique demeure purement intellectuelle – comme c’est le cas chez mon personnage-délégué- et ne peut se concrétiser en un engagement actif. » Une certaine image de soi, appelée aussi narcissisme, est nécessaire pour passer à l’action.

Grâce à André et Martha Trocmé, 5 000 enfants juifs seront hébergés et protégés à Chambon-sur-Lignon, dans les Cévennes. Seule une personnalité altruiste permet à ces Justes de s’engager. C’est l’empathie où « l’Autre est, au moins en partie, soi-même (…) la personne, d’une certaine manière, se sauve elle-même en venant à l’aide à l’Autre et accomplit donc un acte qui, surprenant de l’extérieur, est pour elle une évidence ».

Dans la première partie du livre, Pierre Bayard esquisse un modèle fondé sur la personnalité potentielle soumis à un conflit éthique et à des possibles bifurcations. Dans la deuxième partie, la contrainte intérieure, il met son personnage délégué en situation de désaccord idéologique, de l’indignation et de l’empathie.

Dans sa troisième partie, la réticence intérieure, Pierre Bayard analyse ce qui peut souvent être invoqué dans les situations de crise majeures, tel le nazisme : la peur, les cadres de pensée de l’intéressé, le défaut de créativité. Partie essentielle du livre où sont convoquées des figures héroïques méconnues. Hans et Sophie Scholl ont créé la Rose blanche à Munich en 1942, un mouvement qui distribuait des tracts à la population allemande appelant à s’opposer à la dictature en pratiquant la résistance passive. Surmonter la peur physique, la peur de penser et « avoir une pensée autonome au cœur même de la pensée collective », sont les conditions pour franchir le pas.

L’exemple du consul du Portugal à Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes est exemplaire de la figure du résistant et de sa « capacité à sortir du cadre ». Contre une circulaire de la France en pleine débâcle, contre la position de Salazar (Président du Conseil des ministres du Portugal de 1932 à 1968), le fonctionnaire délivrera légalement puis illégalement 30 000 visas (dont 10 000 juifs) pour fuir la France. Et Bayard note justement : « Ne rien faire (…) n’est pas le symétrique de faire. Sousa Mendes n’a pas, en cela, le choix entre faire ou ne rien faire. Faire implique un effort intellectuel considérable, l’élaboration d’une pensée autonome, où la peur ne joue pas ou n’intervient qu’à la marge, par rapport à ce qu’implique de s’abstenir. »

Finalement, explique Bayard, « Sousa Mendes ne répond pas au choix posé par une bifurcation, il crée lui-même une bifurcation qui n’existait pas en tant que telle et dont peu de diplomates à l’époque, placés dans des conditions identiques, ont eu l’idée. »

Comme figure de la résistance créative, Pierre Bayard développe la biographie de Milena Jesenska, journaliste tchèque devenue célèbre pour sa correspondance avec Kafka, et qui, internée au camp de Ravensbrück « adopte en toutes circonstances des conduites empreintes de liberté ». Une figure magnifique de femme libre.

« En cela, ces actes d’opposition – qu’il soient le fait de héros ou de Justes – ne se limitent pas à résister, au sens de dire non. Ils impliquent de frayer à chaque fois une voie originale qui ne se présentait pas comme telle avant d’être inventée et qui fait après coup apparaître que le sujet disposait bien en réalité d’un choix, même si celui-ci était invisible.

Mais cette ouverture des possibles ne peut conduire à rien si le sujet n’est pas prêt à rompre avec soi et à s’extraire du cadre qu’il constitue pour lui-même. Cet abandon prend le plus souvent la forme d’un risque vital, mais il implique surtout d’être capable de perdre quelque chose de ce que l’on est et de ce à quoi l’on tient. Cette création n’est donc pas seulement l’invention d’une action sans modèle, elle est aussi, pour une part, une ré-invention de soi. »

La quatrième partie du livre, qui porte le titre « Le point de bascule », examine trois situations différentes de la Seconde guerre mondiale, à savoir le Cambodge, la Bosnie et le Rwanda. Avec à chaque fois, une nouvelle notion qui enrichit la compréhension du passage à l’acte de résistance.

Chez les Khmers rouges, la marge de manœuvre très réduite dans une atmosphère de terreur du peintre Vann Nath, l’un des sept rescapés des quelque 17 000 prisonniers de S-21 : « il est à lui-même sa propre référence ».

A Sarajevo, le choix du général serbe Jovan Divjak de rester en Bosnie, numéro 2 de l’armée bosniaque. Question aussi « d’image de soi », estime Bayard.

L’expérience de Justes parmi les Hutus, de ceux qui ont dit non au génocide et ont sauvé des Tutsis, permet à Pierre Bayard de rappeler le « caractère sacré de l’être humain » invoqué par ces résistants, dont Augustin Kamegeri qui ira « jusqu’à se baptiser lui-même ».

« L’évocation du mystère implique plutôt de reconnaître qu’il existe un au-delà de l’explication, ce que Freud appellerait un ombilic de l’interprétation, qui non seulement est inévitable, mais doit même être respecté car il est au cœur de l’Humain et de sa liberté. Si l’on peut s’approcher très près du point de bascule, celui-ci demeure cependant inaccessible, comme ce lieu d’énigme en chacun où se mêlent les forces antagonistes dont nous sommes la résultante et qui nous portent vers la décision. »

On laissera au lecteur le soin de découvrir la vérité de Pierre Bayard, de sa personnalité déléguée, et de quel engagement il est capable, en fonction d’une fiction possible, dans une bibliothèque de l’École normale. Attendre la Libération où quitter la France pour continuer la lutte ?

 

 

Le prologue du livre est lisible sur le site des éditions de Minuit.

À noter parmi les librairies où Pierre Bayard s’entretiendra avec ses lecteurs, la librairie Folies d’encre à Montreuil (le 1er mars 2013), sise, cela ne s’invente pas… 9 avenue de la Résistance.

L’essai de Pierre Bayard sur l’insoumission et le passage ou non à l’action trouve un écho dans l’édition pour adolescents avec la collection de chez Actes sud junior « Ceux qui ont dit non« , dont l’un des derniers titres en date est celui de Jean-Claude Mourvelat, Sophie Scholl : « Non à la lâcheté ».

Février, le mois de l’histoire des Noirs

En février, le Canada et les États-Unis consacrent un mois à l’histoire des noirs. C’est en 1976 que la Semaine des Noirs devint le Mois de l’histoire des Noirs nous apprend le site canadien Mois de l’histoire des Noirs. Le rêve du fondateur de la manifestation, Carter G. Woodson était « d’intégrer l’histoire africaine dans les programmes d’études des écoles ».

Du rêve du fondateur au rêve de Martin Luther King, cette 22e édition met l’accent au Canada sur le cinquantenaire du discours du leader des droits civiques aux États-Unis.

La programmation du mois prévoit spectacles, concerts gospel, exposition Écriture d’Ébène sur « l’apport des écrivains noirs », conférences et projections « afin de rendre hommage aux réalisations des communautés noires et de les diffuser au grand public ».

À suivre également, les questions de santé (notamment avec l’anémie falciforme), la parure (cheveux naturels) ou un festival des films LGBT afro-caribéens (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans).

Coïncidence ? le film Lincoln de Steven Spielberg est sorti le 31 janvier en France.

Black Body is beautiful (chercheurs et artistes à Black Portraiture[s])

Le corps noir sous toutes les coutures, hier, aujourd’hui et demain… la profusion de thématiques abordées à Black Portraiture(s) a de quoi intéresser. Black Body in the West (la représentation du corps noir en Occident) est l’intitulé général de ces quatre journées de rencontres franco-américaines. Parmi les questions posées dans la présentation générale (détails sur le site Calenda) :

« Du XIXe siècle à nos jours, « Black Portraiture(s) » a pour objectif d’explorer les différents concepts de fabrication et outils d’auto-représentation ainsi que la notion d’échange à travers le regard, dans les domaines des arts plastiques et visuels, de la littérature, de la musique, de la mode et des archives. Comment sont exposées ces images, à la fois positives et négatives, qui définissent, reproduisent, et transforment la représentation du corps Noir ? Pourquoi et comment le corps Noir est-il devenu un produit négociable sur le marché mondial et quelle en est sa légitimité ? Tout aussi essentiel, quelles sont les réponses et les implications ? Comment la représentation du corps Noir pourrait-elle être libératrice tant pour le porteur de cette image que pour le regardant ? L’image du noir peut-elle être « déracialisée » afin d’encourager le regroupement culturel et favoriser la ré-appropriation et une expression diversifiée au-delà des limites de la race ? »

Parmi les thèmes déjà évoqués, notons les notions d’exotisme, de stéréotypes ou cet intitulé de table ronde : « Port de rêve : à la découverte du style, de la beauté et de l’élégance noirs », dont une exposition encore ouverte aujourd’hui à Paris nous donne un exemple éclatant, la Sape, ou Société des ambianceurs et personnes élégantes, dont l’épicentre est Brazzaville [voir Papalagui : « Mediavilla, grand sapeur », 16/01/13]. Sur ce phénomène de l’élégance ostentatoire, fierté d’être et magnifique pied de nez au laisser-aller, lire le livre d’Hector Mediavilla, S.A.P.E. (éditions Intervalles), préfacé par Alain Mabanckou, l’auteur de Black Bazar, mais aussi le tout récent essai de Dominic Thomas, enfin traduit en français, Noir d’encre (Black France) aux éditions La Découverte, qui consacre un chapitre important à la Sape. Dominic Thomas intervient cet après-midi au Quai-Branly sur le thème « Afropean Bodies » (corps afropéens) [voir site Calenda].

C’est aussi l’exemple de la Sape que nous avons pris pour illustrer Black Portraiture, dans ce reportage, tourné jeudi à l’École des Beaux-Arts (images : Massimo Bulgarelli, son : Daniel Quellier, montage : Claudine Soubeyre, complicité Sarra Ben-Cherifa), premier jour de la Conférence internationale (interviews de Deborah Willis, Diagne Chanel, Lydie Diakhaté et Hector Mediavilla, en présence du sapeur Arsène Touankoula, dit Allureux) :

Pour les deux dernières journées, rendez-vous au Musée du Quai-Branly. Ce samedi, notons parmi les titres de tables-rondes :

  • (Il)lisibilités : les éléments de lecture du corps noir
  • Exposer le corps noir
  • Érotismes noirs : nouvelles théories sur la race et le porno
  • Nommer et labéliser le corps noir
  • La beauté : de Joséphine à Maxime
  • L’universalisation du corps noir
  • Le cadre cinématographique et le corps noir
  • Jeunes femmes derrière la caméra

Lire l’article de Célia Sadai, La bourse des valeurs du New New Negro, dans La Plume francophone.

Liberté, Égalité, Fraternité

À Tunis, une journée nationale des embrassades (en arabe اليوم الوطني القبل, El-yaoum el-watani el qabil) était organisée samedi en solidarité avec un couple de Tunisiens condamnés à deux mois de prison pour s’être embrassés dans la rue.

À Paris, dimanche, une manifestation contre le mariage pour tous entendait faire nombre contre un projet de loi pour le mariage pour tous, donc y compris homosexuel.

Kiss-in à Tunis pour la LIBERTÉ, calicots roses-cathos à Paris défiant l’ÉGALITÉ.

À Tunis comme à Paris, un même combat s’impose pour la… FRATERNITÉ.

Marseille : révisez vos classiques !

Avant la dernière ce dimanche 13 janvier 2013 à la Maison de la Poésie, puis une prochaine tournée, on ne saurait trop recommander aux Parisiens, tristes d’être absents de Marseille pour le lancement des festivités de la capitale européenne de la culture, d’aller passer deux heures avec Philippe Caubère, seul en scène pour interpréter le texte admirable d’André Suarès, Marsiho (Marseille en provençal). C’est de la langue française de haute tenue, « un objet de trop pure lumière et de trop haute beauté », pour citer le texte lui-même [voir l’extrait infra], de la prose qui résonne comme alexandrin, à la précision sidérante, écrite en 1931, d’une actualité manifeste, servie par un Caubère époustouflant, alliant avec éclat tous les registres, complice, poétique, lyrique, coléreux, majuscule, joueur, jouissif, pensif. Jamais portrait d’une ville n’a mérité une si belle intention. Marseille a son portrait dressé sans complaisance mais avec quel amour !

Divers tableaux se succèdent nous offrant le meilleur d’un texte et d’un grand diseur, qu’il soit aux prises avec le mistral, dans un lupanar, dominant la cité de son verbe chaleureux et moqueur, ou s’insinuant dans les parlers des bouges.

Le texte est disponible aux éditions Jeanne Laffitte, « un bloc de soleil » a écrit l’auteur de Boudu sauvé des eaux, René Fauchois à sa sortie. Ainsi pp. 40-41 :

« De toutes les villes illustres, Marseille la plus calomniée. Et d’abord, Marseille calomnie Marseille. Chaque fois qu’elle tâche à n’être plus elle-même, elle grimace, elle se gâte au miroir de sa lie. Elle n’est jamais si laide que dans la louange de ses farceurs, les gens de lettres qui ont quitté Paris ou Lyon, pour passer l’hiver entre le Vieux-Port et la Plaine.

Ces bouffons ont naturellement fait de Marseille l’image la plus bouffonne : Marius et la bouillabaisse, bagasse et té mon bon, l’ail et pechère, qu’ils prononcent péchère, César Coin de Reboul et Misé Favouille. Les histoires marseillaises valent les histoires juives, et à peine si elles sont moins basses. Les fesses de l’homme-singe et le bas ventre de ses guenons, les derniers échos de la digestion, l’ignoble indécence et le rire fécal en font presque tous les frais. Et les excès ridicules de la parole, l’énormité des propos ne sont guère moins loin de l’excrément. Le théâtre de cette gaîté est un égout. Qu’on est loin de l’heureuse galéjade : le français la dénature. La langue française est un objet de trop pure lumière et de trop haute beauté pour les saillies d’une allégresse presque enfantine. »

Il y a 150 ans Lincoln mettait fin à l’esclavage aux États-Unis

Il y a tout juste 150 ans, le 1er janvier 1863, Abraham Lincoln, Président des États-Unis, signe la « Proclamation d’émancipation ». C’est le premier pas vers l’abolition de l’esclavage. Est déclaré libre tout esclave résidant sur le territoire de la Confédération sudiste qui n’est pas sous contrôle de l’Union.

À cette occasion, les éditions Michel Lafon publient le livre de Doris Kearns Goodwin, Abraham Lincoln, l’homme qui rêva l’Amérique, traduit par Catherine Makarius.

Le film de Steven Spielberg sort sur les écrans français le 30 janvier.

Lire dans le New York Times l’article d’Eric Foner, professeur d’histoire à l’université de Columbia, et auteur de The Fiery Trial : Abraham Lincoln and American Slavery.

En 2013, que notre vie soit poésie…

Alors que nous reviennent en mémoire ces mots du poète mexicain, Javier Sicilia, lorsqu’il apprend, le 28 mars 2011, la mort de son fils, torturé puis assassiné dans son pays gangrené par la violence liée au trafic de drogue : « Je ne peux plus écrire de poésie, la poésie n’existe plus en moi »,

alors que l’intraitable beauté du monde a été invoquée par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dans leur éloge à Obama après sa première élection (publié par Galaade, 2009),

alors que l’ardeur du poème semble plus que jamais nécessaire,

alors qu’Yvon Le Men écrit dans son recueil, Sous le plafond des phrases (éditions Bruno Doucey) à paraître le 17 janvier 2013 :

« dans ce bar de Port-au-Prince

 

soudain

au milieu d’un vers

une larme tombe

malgré elle

de la joue droite du slameur

 

c’est mon meilleur ami qui pleure

à travers moi

c’est avec lui que j’ai écrit ce slam

il a été tué par une balle perdue

à la sortie de l’aéroport

il y a un mois

il y a toujours

(…)

alors que la poésie a toujours d’autres Printemps à vivre, malgré la crise économique ou les errements des politiques culturelles à court terme,

alors qu’Adonis nous rappelait déjà en 1999 dans Vers un sens à venir  (revue Mémoire du XXIème siècle, No 1 – Complexité et quête du sens, Éditions du Rocher, Monaco) qu’« il faut œuvrer pour que la vie humaine, au-delà des races, langues et pays, puisse être vécue comme si elle était poésie »,

alors que sort en ce début d’année 2013 ce titre du même Adonis, Le livre II (al-Kitâb), « Hier Le lieu Aujourd’hui » (Seuil),

alors que commence une nouvelle année,

souhaitons-nous qu’en toute langue, tout lieu, tout geste, toute forme,

notre vie soit poésie.