Février, le mois de l’histoire des Noirs

En février, le Canada et les États-Unis consacrent un mois à l’histoire des noirs. C’est en 1976 que la Semaine des Noirs devint le Mois de l’histoire des Noirs nous apprend le site canadien Mois de l’histoire des Noirs. Le rêve du fondateur de la manifestation, Carter G. Woodson était « d’intégrer l’histoire africaine dans les programmes d’études des écoles ».

Du rêve du fondateur au rêve de Martin Luther King, cette 22e édition met l’accent au Canada sur le cinquantenaire du discours du leader des droits civiques aux États-Unis.

La programmation du mois prévoit spectacles, concerts gospel, exposition Écriture d’Ébène sur « l’apport des écrivains noirs », conférences et projections « afin de rendre hommage aux réalisations des communautés noires et de les diffuser au grand public ».

À suivre également, les questions de santé (notamment avec l’anémie falciforme), la parure (cheveux naturels) ou un festival des films LGBT afro-caribéens (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans).

Coïncidence ? le film Lincoln de Steven Spielberg est sorti le 31 janvier en France.

Black Body is beautiful (chercheurs et artistes à Black Portraiture[s])

Le corps noir sous toutes les coutures, hier, aujourd’hui et demain… la profusion de thématiques abordées à Black Portraiture(s) a de quoi intéresser. Black Body in the West (la représentation du corps noir en Occident) est l’intitulé général de ces quatre journées de rencontres franco-américaines. Parmi les questions posées dans la présentation générale (détails sur le site Calenda) :

« Du XIXe siècle à nos jours, « Black Portraiture(s) » a pour objectif d’explorer les différents concepts de fabrication et outils d’auto-représentation ainsi que la notion d’échange à travers le regard, dans les domaines des arts plastiques et visuels, de la littérature, de la musique, de la mode et des archives. Comment sont exposées ces images, à la fois positives et négatives, qui définissent, reproduisent, et transforment la représentation du corps Noir ? Pourquoi et comment le corps Noir est-il devenu un produit négociable sur le marché mondial et quelle en est sa légitimité ? Tout aussi essentiel, quelles sont les réponses et les implications ? Comment la représentation du corps Noir pourrait-elle être libératrice tant pour le porteur de cette image que pour le regardant ? L’image du noir peut-elle être « déracialisée » afin d’encourager le regroupement culturel et favoriser la ré-appropriation et une expression diversifiée au-delà des limites de la race ? »

Parmi les thèmes déjà évoqués, notons les notions d’exotisme, de stéréotypes ou cet intitulé de table ronde : « Port de rêve : à la découverte du style, de la beauté et de l’élégance noirs », dont une exposition encore ouverte aujourd’hui à Paris nous donne un exemple éclatant, la Sape, ou Société des ambianceurs et personnes élégantes, dont l’épicentre est Brazzaville [voir Papalagui : « Mediavilla, grand sapeur », 16/01/13]. Sur ce phénomène de l’élégance ostentatoire, fierté d’être et magnifique pied de nez au laisser-aller, lire le livre d’Hector Mediavilla, S.A.P.E. (éditions Intervalles), préfacé par Alain Mabanckou, l’auteur de Black Bazar, mais aussi le tout récent essai de Dominic Thomas, enfin traduit en français, Noir d’encre (Black France) aux éditions La Découverte, qui consacre un chapitre important à la Sape. Dominic Thomas intervient cet après-midi au Quai-Branly sur le thème « Afropean Bodies » (corps afropéens) [voir site Calenda].

C’est aussi l’exemple de la Sape que nous avons pris pour illustrer Black Portraiture, dans ce reportage, tourné jeudi à l’École des Beaux-Arts (images : Massimo Bulgarelli, son : Daniel Quellier, montage : Claudine Soubeyre, complicité Sarra Ben-Cherifa), premier jour de la Conférence internationale (interviews de Deborah Willis, Diagne Chanel, Lydie Diakhaté et Hector Mediavilla, en présence du sapeur Arsène Touankoula, dit Allureux) :

Pour les deux dernières journées, rendez-vous au Musée du Quai-Branly. Ce samedi, notons parmi les titres de tables-rondes :

  • (Il)lisibilités : les éléments de lecture du corps noir
  • Exposer le corps noir
  • Érotismes noirs : nouvelles théories sur la race et le porno
  • Nommer et labéliser le corps noir
  • La beauté : de Joséphine à Maxime
  • L’universalisation du corps noir
  • Le cadre cinématographique et le corps noir
  • Jeunes femmes derrière la caméra

Lire l’article de Célia Sadai, La bourse des valeurs du New New Negro, dans La Plume francophone.

Liberté, Égalité, Fraternité

À Tunis, une journée nationale des embrassades (en arabe اليوم الوطني القبل, El-yaoum el-watani el qabil) était organisée samedi en solidarité avec un couple de Tunisiens condamnés à deux mois de prison pour s’être embrassés dans la rue.

À Paris, dimanche, une manifestation contre le mariage pour tous entendait faire nombre contre un projet de loi pour le mariage pour tous, donc y compris homosexuel.

Kiss-in à Tunis pour la LIBERTÉ, calicots roses-cathos à Paris défiant l’ÉGALITÉ.

À Tunis comme à Paris, un même combat s’impose pour la… FRATERNITÉ.

Marseille : révisez vos classiques !

Avant la dernière ce dimanche 13 janvier 2013 à la Maison de la Poésie, puis une prochaine tournée, on ne saurait trop recommander aux Parisiens, tristes d’être absents de Marseille pour le lancement des festivités de la capitale européenne de la culture, d’aller passer deux heures avec Philippe Caubère, seul en scène pour interpréter le texte admirable d’André Suarès, Marsiho (Marseille en provençal). C’est de la langue française de haute tenue, « un objet de trop pure lumière et de trop haute beauté », pour citer le texte lui-même [voir l’extrait infra], de la prose qui résonne comme alexandrin, à la précision sidérante, écrite en 1931, d’une actualité manifeste, servie par un Caubère époustouflant, alliant avec éclat tous les registres, complice, poétique, lyrique, coléreux, majuscule, joueur, jouissif, pensif. Jamais portrait d’une ville n’a mérité une si belle intention. Marseille a son portrait dressé sans complaisance mais avec quel amour !

Divers tableaux se succèdent nous offrant le meilleur d’un texte et d’un grand diseur, qu’il soit aux prises avec le mistral, dans un lupanar, dominant la cité de son verbe chaleureux et moqueur, ou s’insinuant dans les parlers des bouges.

Le texte est disponible aux éditions Jeanne Laffitte, « un bloc de soleil » a écrit l’auteur de Boudu sauvé des eaux, René Fauchois à sa sortie. Ainsi pp. 40-41 :

« De toutes les villes illustres, Marseille la plus calomniée. Et d’abord, Marseille calomnie Marseille. Chaque fois qu’elle tâche à n’être plus elle-même, elle grimace, elle se gâte au miroir de sa lie. Elle n’est jamais si laide que dans la louange de ses farceurs, les gens de lettres qui ont quitté Paris ou Lyon, pour passer l’hiver entre le Vieux-Port et la Plaine.

Ces bouffons ont naturellement fait de Marseille l’image la plus bouffonne : Marius et la bouillabaisse, bagasse et té mon bon, l’ail et pechère, qu’ils prononcent péchère, César Coin de Reboul et Misé Favouille. Les histoires marseillaises valent les histoires juives, et à peine si elles sont moins basses. Les fesses de l’homme-singe et le bas ventre de ses guenons, les derniers échos de la digestion, l’ignoble indécence et le rire fécal en font presque tous les frais. Et les excès ridicules de la parole, l’énormité des propos ne sont guère moins loin de l’excrément. Le théâtre de cette gaîté est un égout. Qu’on est loin de l’heureuse galéjade : le français la dénature. La langue française est un objet de trop pure lumière et de trop haute beauté pour les saillies d’une allégresse presque enfantine. »

Il y a 150 ans Lincoln mettait fin à l’esclavage aux États-Unis

Il y a tout juste 150 ans, le 1er janvier 1863, Abraham Lincoln, Président des États-Unis, signe la « Proclamation d’émancipation ». C’est le premier pas vers l’abolition de l’esclavage. Est déclaré libre tout esclave résidant sur le territoire de la Confédération sudiste qui n’est pas sous contrôle de l’Union.

À cette occasion, les éditions Michel Lafon publient le livre de Doris Kearns Goodwin, Abraham Lincoln, l’homme qui rêva l’Amérique, traduit par Catherine Makarius.

Le film de Steven Spielberg sort sur les écrans français le 30 janvier.

Lire dans le New York Times l’article d’Eric Foner, professeur d’histoire à l’université de Columbia, et auteur de The Fiery Trial : Abraham Lincoln and American Slavery.

En 2013, que notre vie soit poésie…

Alors que nous reviennent en mémoire ces mots du poète mexicain, Javier Sicilia, lorsqu’il apprend, le 28 mars 2011, la mort de son fils, torturé puis assassiné dans son pays gangrené par la violence liée au trafic de drogue : « Je ne peux plus écrire de poésie, la poésie n’existe plus en moi »,

alors que l’intraitable beauté du monde a été invoquée par Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dans leur éloge à Obama après sa première élection (publié par Galaade, 2009),

alors que l’ardeur du poème semble plus que jamais nécessaire,

alors qu’Yvon Le Men écrit dans son recueil, Sous le plafond des phrases (éditions Bruno Doucey) à paraître le 17 janvier 2013 :

« dans ce bar de Port-au-Prince

 

soudain

au milieu d’un vers

une larme tombe

malgré elle

de la joue droite du slameur

 

c’est mon meilleur ami qui pleure

à travers moi

c’est avec lui que j’ai écrit ce slam

il a été tué par une balle perdue

à la sortie de l’aéroport

il y a un mois

il y a toujours

(…)

alors que la poésie a toujours d’autres Printemps à vivre, malgré la crise économique ou les errements des politiques culturelles à court terme,

alors qu’Adonis nous rappelait déjà en 1999 dans Vers un sens à venir  (revue Mémoire du XXIème siècle, No 1 – Complexité et quête du sens, Éditions du Rocher, Monaco) qu’« il faut œuvrer pour que la vie humaine, au-delà des races, langues et pays, puisse être vécue comme si elle était poésie »,

alors que sort en ce début d’année 2013 ce titre du même Adonis, Le livre II (al-Kitâb), « Hier Le lieu Aujourd’hui » (Seuil),

alors que commence une nouvelle année,

souhaitons-nous qu’en toute langue, tout lieu, tout geste, toute forme,

notre vie soit poésie.

 

Un conte des frères Grimm

Le valet avisé
Comme un maître a de la chance et comme sa maison est bien tenue lorsqu’il a un valet intelligent qui écoute, certes, ce que son maître lui dit, mais qui agit autrement, en suivant plutôt ce que lui dicte sa propre sagesse. Un jour, Hans, un garçon malin de cette espèce, fut envoyé par son maître à la recherche d’une vache qui s’était égarée. Il était parti depuis longtemps, et son maître se dit : « Ah, ce bon Hans est si dévoué qu’il ne craint aucune peine dans son travail ! »Mais comme il ne le voyait toujours pas revenir, le maître se mit à craindre qu’il ne lui soit arrivé quelque malheur, et il partit lui-même à sa recherche. Il dut le chercher longtemps, mais il aperçut finalement son valet qui courait çà et là dans un vaste champ.
– Eh bien, Hans, as-tu trouvé la vache que je t’ai envoyé chercher ? dit le maître.
– Non, maître, répondit Hans, je n’ai pas trouvé la vache, mais je ne l’ai pas cherchée non plus.
– Qu’as-tu donc cherché, Hans ?
– Quelque chose de mieux, et cette chose, j’ai réussi à la trouver.
– Qu’est-ce donc, Hans ?
– Trois merles, répondit le valet.
– Et où sont-ils ? demanda le maître.
– J’en vois un, j’entends le deuxième, et je poursuis le troisième, dit le valet avisé.
Que cela vous serve d’exemple : ne vous préoccupez pas de votre maître ni de ses ordres, mais faites plutôt ce qui vous passe par la tête et ce qui vous chante, et vous agirez alors aussi sagement que Hans le malin.

Extrait de Jacob et Wilhelm Grimm, Contes pour les enfants et la maison.
Édités et traduits par Natacha Rimasson-Fertin
Collection Merveilleux n°40, Éditions José Corti

Martin Luther King par Alain Foix

La biographie qu’Alain Foix consacre à Martin Luther King sort aujourd’hui dans la collection Folio biographies de Gallimard.

« Trop en avant, trop lucide, il voit loin, trop loin peut-être. Il a passé la ligne des couleurs. Son combat n’est plus seulement pour l’avancement de sa communauté car il a perçu la nécessité d’une pensée, d’une action solidaire, sociale et politique débordant les limites de la race. Il sort du rang, du cadre où l’a assigné la raison politique. » (p. 25).

À noter la représentation de la pièce d’Alain Foix, La dernière scène, le 19 octobre à 20h 30 à Canal 93, Bobigny.

La mort d’Eric Hobsbawm

L’historien britannique Eric Hobsbawm, né à Alexandrie en 1917, mort ce jour à Londres à l’âge de 95 ans, était connu pour son ouvrage L’Âge des extrêmes, sous-titré « Histoire du court XXe siècle » (1914-1991) qui a été traduit en près de 40 langues, y compris en hébreu, en arabe et en mandarin, rappelle Le Monde.

Il écrivait p. 21, dans son 1er chapitre, en 1994 : « De nos jours, la plupart des jeunes grandissent dans une sorte de présent permanent, sans aucun lien organique avec le passé public des temps dans lesquels ils vivent. Les historiens, dont le métier est de rappeler ce que les autres oublient, en deviennent plus essentiels que jamais en cette fin du deuxième millénaire. »