Aux Francophonies en Limousin, festival de théâtre qui présente une très belle programmation cette année, on ne compte aucun artiste africain empêché pour refus de visa. Assister le même soir au Marivaux de Jean-René Lemoine, Le Jeu de l’amour et du hasard, avec une langue qui va du précieux de l’imparfait du subjonctif jusqu’au créole pour les apartés au public, apprécier cette nouvelle génération de comédiens haïtiens qui vient à la scène comme des morts de faim, qui font aimer le théâtre comme personne puis courir voir dans un genre radicalement différent Et si je les tuais tous madame ? d’Aristide Tarnagda (déjà remarqué cette année au TNP de Villeurbanne dans Une saison au Congo de Schiaretti), où la question Partir ou Ne pas partir est pulsée dans un brûlot de gorge chanté à saturation dans le temps étiré de l’heure d’un feu rouge, c’est éprouver l’urgence de l’exil, alors que cela fait longtemps que l’on désespère l’Europe et Lampedusa, sinistre cimetière où agonisèrent humains, de tous genres, sexes, âges, espoirs et leurs vies qui vont avec.
Dans ma boîte aux lettres, le livre « Exil »

De retour du Congo, je trouve dans ma boîte aux lettres le livre Exil, de Jacob Ejersbo, dans une traduction du danois par Hélène Hervieu, édité par Galaade qui écrit : « Dans la lignée d’aussi prestigieux écrivains de l’Afrique qu’Hemingway, Conrad ou Blixen, une œuvre puissante qui se démarque de la littérature danoise et de celle consacrée à l’Afrique. »
Donc, si j’en crois l’éditrice Emmanuelle Colas, un belle expérience de lecture en perspective, résumée ainsi :
« Fille d’immigrés britanniques, Samantha grandit à Tanga près de l’océan, entre un père ancien agent des forces spéciales, qui loue désormais ses services aux despotes locaux, et une mère qui s’abîme dans l’ennui et l’alcool. Arrivée à trois ans en Tanzanie, Samantha ne connaît pas son pays natal. Blanche et habituée à fréquenter les lieux privilégiés des occidentaux et des riches africains, elle parle le swahili et côtoie les Tanzaniens. Adolescente, son corps et ses désirs sont ceux d’une femme, mais ses parents et ses professeurs la voient encore comme une enfant. Samantha ne trouve sa place nulle part. Livrée à elle-même, elle risque sa peau dans les premiers apprentissages du sexe, de l’alcool et de la drogue. Où peut-elle aller, elle qui n’appartient à aucune terre – sinon vers l’inéluctable.… »
Le destin en puzzle
À Montparnasse, au milieu de la foule, un homme assis sur un pouf rouge compose un puzzle de mille pièces. L’homme est habillé d’un costume bien mis. Il dispose patiemment un élément après l’autre sur la toile, indifférent au bruit ambiant.
Comme un essaim affairé, la multitude ne voit pas l’homme. Déjà deux grands agrégats sont terminés, posés debout contre le kiosque à journaux.
Les milliers de fourmis humaines ne le savent pas : leur trajectoire est entre les mains de l’homme. Car c’est l’homme du puzzle qui compose la grande symphonie du destin.
Recommandé : Fifi hurle de joie

Vu à Cinéma du Réel, Fifi az khoshhali zooze mikeshad (Fifi hurle de joie), magnifique film sur la création de Mitra Farahani, Prix international de la SCAM. Suivre les derniers moments de la vie de l’artiste Bahman Mohassess nous renvoie au Mystère Picasso d’Henri Georges-Clouzot.
Il sort en salle le 2 octobre 2013.
Congo, fin d’un cycle
La deuxième Rencontre internationale d’art contemporain aux Ateliers Sahm de Brazzaville vient de s’achever. Les artistes et critiques d’art étaient réunis autour du thème de l’eau. Dossier de presse de bilan sur le site des Ateliers Sahm.
Le retour du zombie (utopie triste)
Les morts aux trousses… ou comment un artiste fait une recherche en arts plastiques sur les zombies dans le film d’horreur américains. Réponse de Karim Charredib sur Radio Thésards avec sa thèse (Les Zombies et le Visible : ce qu’il en reste), entre esthétique et politique sur le corps funambule du zombie, entre pratique artistique et pensée du cinéma : le zombie est une « forme de chaos dans la profondeur de champ », une « survisibilité » en quelque sorte, « une occupation de l’espace filmique (…) objets impossibles dans le cinéma. Qu’est-ce qu’on en fait, où est-ce que ça va ? » Utopie triste d’un « changement possible qui ne se fait pas et devient à travers l’horreur sa propre parodie ».
Jacques Loubelo…
« Jacques Loubelo était un homme à part dans l’univers musical congolais. Celui dont les gens fredonnent les chansons sans connaître son visage. Artiste méconnu, il s’est éteint à Brazzaville, le 25 septembre, à l’âge de 73 ans. »
Lire l’article de Jeune Afrique.
La femme, l’argent et l’homme africain

Vu le film Hyènes de Djibril Diop-Mambety (Sénégal, 1991) à l’Institut français du Congo et sa beauté théâtrale, burlesque et tragique, à l’esthétique puissante, à l’humour chaleureux, adaptée de la pièce de Friedrich Dürrenmatt La Visite de la Vieille Dame, qui raconte le retour vengeur au pays natal, Colobane, trente ans après en avoir été bannie, de Linguère Ramatou (Ami Diakhate), milliardaire et archiputain, Médée et Méphistophélès faustien, village auquel elle offre la fortune contre la peau de son ancien amant (Dramaan Drameh, interprété par Mansour Diouf), responsable de son exil, lorsqu’à 17 ans elle était enceinte de lui. Un conte philosophique cruel sur la corruption et la lâcheté collective.
Francofonia n°63, spécial Édouard Glissant

Francofonia, n°63 : Le frémissement de la lecture. Parcours littéraires d’Edouard Glissant, Bologne, décembre 2012 (Revue semestrielle dirigée par Daniela Gallingani et Maria Chiara Gnocchi)
Lire la note de lecture d’Yves Chemla dans Cultures Sud, la revue en ligne des littératures du Sud.

Mémoires Vives du Pacifique (Musée d’Aquitaine)

Carte du nouveau monde. Collection Chatillon musée d’Aquitaine 2003.4.36
De la découverte du Pacifique par les Européens à la restitution de la tête maorie du musée de Rouen il y a peu. Une belle brochette de conférences sont prévues au Musée d’Aquitaine à Bordeaux. Première d’entre elles, le 3 octobre, « La Nouvelle-Calédonie sur le chemin du destin commun. » par Sandrine Sana Chaille de Nere, Professeure de droit international privé à l’Université Montesquieu Bordeaux IV. L’exposition Mémoires Vives, qui accompagne ce cycle et qui sera inaugurée le 15 octobre, est consacrée aux expressions plastiques des Aborigènes d’Australie.
