« La culture est notre pétrole, une usine à rêve » (Jean-Michel Ribes)

« Si rien n’est fait, je pense que ça va vraiment péter. Mais il y a actuellement un problème de discours, avec une communication incroyablement mauvaise, car très technique, qui sectoralise un problème qui, en réalité, nous concerne tous : il fait dire qu’un euro investi dans la culture permet d’en gagner quatre ; que ce secteur pèse plus lourd que l’automobile, équipementiers compris ; que si la France reçoit 80 millions de touristes, c’est aussi parce que la culture est notre pétrole, une usine à rêve, sachant que dans le mot « usine » , il y a la notion d’emploi. L’idéal, pour chercher une solution au conflit actual, serait un moratoire, qui permettrait de tout reconsidérer après l’été. Mais ce ne sera as le cas. »
Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, Libération, 14-15 juin 2014

« L’Ange de charbon » de Dominique Batraville

L’Ange de charbon de Dominique Batraville (éditions Zulma) est un roman au style emporté. Son héros est emporté par son verbe et son errance dans Port-au-Prince post-séisme. Malgré sa taille raisonnable de 180 pages, le livre est extravagant. C’est l’histoire d’un nègre d’origine italienne qui croise sur son chemin des belles de nuit et des saints de toutes sortes dans la profusion d’un délire qui tient du chant, d’une quête identitaire, d’une épopée dans une ville-mouroir. L’Ange de charbon emprunte à la bouffonnerie satanique d’un Lautréamont, à l’écriture chaotique de Frankétienne et à la verve surréaliste dans une ville jamais complètement sure de son nom : Port aux crimes, Port aux putes, Port aux crasses.

Mon pays est un palimpseste

« Mon pays est une perle discrète
Telle des traces dans le sable
Mon pays est une perle discrète
Telle des murmures des vagues
Sous un bruissement vespéral
Mon pays est un palimpseste
Où s’usent mes yeux insomniaques
Pour traquer la mémoire. »

Ousmane Moussa Diagana, poète Mauritanien, Notules de rêves pour une symphonie amoureuse (1994).

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Ici on accouche des êtres de parole

La poésie nous aide à nous tenir debout. La poésie dans les lycées de Paris ou du 9-3 aide les adolescents à se tenir debout. La poésie se dit et « se propage comme une onde » dans le Tout-Monde comme à la ronde, quand elle est prise au sérieux, pas comme exercice, aérobic plastique pour l’épate ou effets de style pour soirées bourgeoises. C’est du sérieux comme on le voit ici dans ce reportage mis en ligne ce jour par Africultures.

Des bribes de poèmes dans la bouche, c’est un oxygène, un sens ressenti, sans doute approché. L’important n’est pas de comprendre d’emblée. On est loin de l’explication de texte. Il ne s’agit pas d’expliquer. On sent bien que l’essentiel est ailleurs : dans la quête d’un « moi disant ». Oui c’est ce « je » en phase avec le monde qui naît dans ces ateliers mis en place par Sylvie Glissant, la veuve du poète, sous la bannière de l’Institut du Tout-monde. Ici on accouche des êtres de parole. Du moins, c’est une gestation. On imagine qu’il faudrait plus de temps, plus de comédiens de la trempe de Sophie Bourel dans les classes, plus d’artistes engagés comme Federica Matta.
Car celui qui dit au profond du texte est dans le monde, pas à côté. Il se sent à sa place. Il l’a trouvée sa place. Pas besoin de démonstration, explication, détours didactiques, pédagogiques, explicatifs.

le geste en classe(c) Africultures

Dans leurs tâtonnements, les élèves sont aux prises avec une langue, de Glissant, de Césaire, prise directe sans l’explication suffocante, sans « l’asphyxiante culture », selon le titre de l’essai de Jean Dubuffet. Prise directe comme les doigts dans la prise. Ça les électrifie cette poésie. Elle n’est pas infuse mais prise d’assaut. Comme butin de l’esprit. Tout est là dans ces séquences tournées par Anne Bocandé avec son équipe d’Africultures, dont Glissant est l’un des viatiques porteurs, comme on dit d’un gros porteur, celui dont on peut s’échapper mais auquel on revient comme source et nourriture.
Suivre ces ateliers, avec toute la volonté tenace d’une comédienne pour qui c’est essentiel, c’est forcément un gros enjeu. Voir cette scène où elle mime un O géant. À moins que ce soit une grenade ou un fruit ?
On le devine cet enjeu : se déployer à l’âge où existe la tendance au repli. À l’identitaire repli. Ici tout est ouverture, comme ce O qu’elle mime avec résolution. Elle leur dit : « Le son ouvre l’imaginaire, le son ouvre le sens. » Les poèmes qu’elle leur met en bouche ne sont pas à goûter comme friandises. Ils sont plats de résistance. Ils sont aussi des « armes miraculeuses » pour plus tard, comme disait Césaire de la poésie.

Sophie Bourel est capable de leur faire dire du Frantz Fanon comme du Friedrich Hölderlin. Que leur apporte-t-elle ? Adultes, ils le diront. Ici c’est le corps qui parle. Le corps travaille. Comme c’est la langue des poètes qui passe par le corps. Le corps langue. La bouche, le souffle. Ça respire, transpire. Ça dit haut le mot. Car on se tient droit les deux pieds enracinés, ce qui n’est pas rien pour ces fils et filles de migrants, pour beaucoup. On le devine. Ils sont ici et d’ailleurs. Dans ce mêlement du monde. Ils sont cette créolisation du monde en marche.

Couvrez ces calligraphies arabes que je ne saurais voir

La calligraphie arabe en atelier, OUI ! La calligraphie arabe en affiche, NON ! Prétexte spécieux : « Il faut que « l’affiche soit comprise par tous » selon la municipalité UMP de Brignoles, dirigée par Josette Pons (son CV officiel précise qu' »elle est membre de plusieurs groupes d’études chargés de travailler sur des thématiques particulières telles que Artisanat et métiers d’art, Chasse et territoires, Chataigneraie, Politique de la Ruralité, Trufficulture et Viticulture, etc. »)

Pour des ateliers, le  calligraphe Abdallah Akar était bien au programme vendredi comme ce samedi à la Journée du livre gourmand, qui invite la Tunisie. Voir le programme détaillé sur le site municipal Brignoles.fr

En revanche, l’affiche a été retoquée.

Avant :

et dans une version murale arrachée :

Après :

Reportage de France 3 :