La terre ne révèle son pénible fardeau… لا يَنْطِقُ الرَمْسُ بضنى ثِقَلِهِ Salah Al Hamdani

Au moins 44 civils ont été tués et des dizaines d’autres blessés, mardi 19 avril, par des frappes, vraisemblablement de l’armée de l’air syrienne, sur deux marchés de la province d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, contrôlée par le Front Al-Nosra. La branche syrienne d’Al-Qaida est exclue, comme l’organisation Etat islamique (EI), de la trêve entrée en vigueur à la fin de février entre régime et rebelles.

Au moins 37 civils ont été tués dans des frappes sur un marché à Maaret Al-Nouman et au moins sept autres ont péri dans des raids sur un autre marché, à Kafr-Nabl, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Réagissant à ces attaques, parmi les plus sanglantes depuis le début du cessez-le-feu, la Coalition syrienne de l’opposition, qui regroupe les principales formations politiques en exil, a condamné des « massacres ». (Le Monde)

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شهادةٌ
لا يَنْطِقُ الرَمْسُ بضنى ثِقَلِهِ
إلا حينما يَصطدِمُ بسقوطِهِ
كَفَنُ البريءْ

Témoignage
La terre ne révèle son pénible fardeau
que lorsqu’elle heurte, dans sa chute
le cercueil de l’innocent.

Salah Al Hamdani,

dans le recueil commun avec Ronny Someck, Bagdad-Jérusalem à la lisière de l’incendie, recueil de deux poètes – l’un arabe, l’autre juif – nés la même année, 1951, dans la même ville, Bagdad, traduit de l’arabe (Irak) par Isabelle Lagny et Salah Al Hamdani, et traduit de l’hébreu (Israël) par Michel Eckhard Elial, éditions Bruno Doucey, 2012

« Mes larmes sont bleues tant j’ai regardé le ciel et pleuré… » Mohammad al-Maghout (Syrie)

« C’est bien ô siècle tu m’as vaincu
mais je ne trouve dans tout cet Orient
nul promontoire où planter le drapeau
de ma soumission » Mohammad al-Maghout

 

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En Syrie, où la dictature est une tradition familiale, les poètes sont la voix du vent qui déchire les consciences. Ainsi Mohammad al-Maghout (1934-2006), qui « de sa Syrie natale, a été celui qui a modernisé la poésie de langue arabe, en quelques recueils fulgurants publiés dans les années 1950 et 1960. Il connut la prison et l’exil, restant jusqu’au bout une conscience lucide et rétive, un homme farouchement indépendant. » Lire la suite dans Mediapart

A l’occasion de la réédition de son unique recueil de poèmes traduits en français, en 2013, le critique Salim Jay, dans un enregistrement vidéo, soulignait l’importance de la poésie de Mohammad al-Maghout. Selon lui, La joie n’est pas mon métier a des résonances contemporaines jusque dans le récit de Samar Yazbek, Feux croisés (Buchet Chastel, 2012, cf L’Orient littéraire, avril 2012 qui précède Les Portes du néant chez Stock en 2016) :

محمد الماغوط

الحصار

دموعي زرقاءْ
من كثرةِ ما نظرت إلى السماء و بكيتْ
دموعي صفراءْ
من طولِ ما حلمتُ بالسنابلِ الذهبيّةِ
و بكيتْ

فليذهبِ القادةُ  إلى الحروب
و العشّاقُ إلى الغابات
و العلماءُ إلى المختبرات
أمّا أنا
فسأبحثُ عن مسبحةٍ و كرسِّ عتيق
لأعودَ كما كنت،
حاجباً قديماً على باب الحزن
ما دامت كلُّ الكتبِ و الدساتير و الأديان
توْكّدُ أنّني لن أموتَ
إلاّ جائعاً أو سجيناً

Le blocus

Mes larmes sont bleues
tant j’ai regardé le ciel et pleuré
Mes larmes sont jaunes
tant j’ai rêvé des épis d’or
et pleuré

Que les chefs partent à la guerre
les amants aux forêts
les savants aux laboratoires
Quant à moi
je vais chercher un chapelet et une chaise ancienne
pour redevenir tel que j’étais
vieux chambellan à la porte de la tristesse
puisque tous les livres, les constitutions et les religions
assurent que je ne mourrai
qu’affamé ou prisonnier

Mohammad al-Maghout (Salamiyyé, Syrie, 1934 – Damas, 2006), « Le blocus », in La joie n’est pas mon métier, trad. Abdellatif Laâbi, La Différence, 1992, cité dans Anthologie de poésie arabe contemporaine, sélection Farouk Mardam-Bey, Édition bilingue, Actes Sud junior, IMA, 2007

Comment peuvent-ils promettre… …كيْفٓ لٓهُمْ أنْ يٓعِدوا

كيْفٓ لٓهُمْ أنْ يٓعِدوا
بالجٓنّة في السٓماء
وٓهُمْ يُلْبِسونَ سوادا
على الأَرْضِ النِّساء

Keïfa lahum an ya`idū
Bil-jannah fī as-samā’
Wa hum yulbisūna sawādā
`alā al-ardhi el-nisā’

Comment peuvent-ils promettre
Le paradis là-haut
Quand ils couvrent
Ici-bas les femmes de suie

Tahar Bekri
Au souvenir de Yunus Emre (1238-1320)
في حٓضْرٓة يونس إمْرِه
Édition bilingue, Elyzad (Tunis), 2012

Les 10 mots ? allons-y franco…

En janvier dernier, les nouveaux dix mots d’un jeu annuel francophonique sont tombés :

« Les dix mots choisis invitent à partir à la découverte du français parlé dans les différents territoires de la Francophonie » : en  France « chafouin » et « fada», au Québec « poudrerie » et « dépanneur », en Belgique  « lumerotte » et « dracher », en Suisse « ristrette » et « vigousse », en Haïti  « tap-tap » et au Congo « champagné ».

Pour ceusses qui coinceraient, les définitions sont dispensées généreusement ici. Or, comme ambassadeurs de la francophonie, on n’a pas trouvé mieux que Dany Laferrière (entré à l’Académie française en mai 2015) et Alain Mabanckou, qui vient de prononcer sa leçon inaugurale au Collège de France. Proposons ce dérivatif :

En sortant du dépanneur, faisant gaffe à pas s’étaler dans la poudrerie de l’avenue Sherbrooke Ouest en plein centre de Montréal, le nouvel académicien qu’était devenu l’ami Laferrière songeait à la ristrette qu’il s’était envoyé y a pas deux jours sur les bords du Léman. Le nouvel ambassadeur de la francophonie n’avait rien d’un fada chafouin. Il voyageait beaucoup, faisait profiter le vulgum pecus de ses nouvelles relations, très gentleman, geste que son ami Mabanckou saluait d’un « champagné ! » collégial, mot apprécié du sapeur. Cet auto-satisfecit lui laissa à peine le temps d’un rictus, qu’en rêve il se transporta à Port-au-Prince. Il sautait vigousse dans le premier tap-tap qui passait à sa portée évitant une drache tropicale qui s’affalait fissa sur les rares lumerottes du quartier.

Bon, on n’est pas loin d’un joli charabia…

 

En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français

En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français

En 2015, 17,7% des livres produits en France sont des traductions, un chiffre stable d’une année sur l’autre : sur 67 041 titres publiés, on en compte 11 847 traduits, selon l’étude annuelle de Livres-Hebdo.
Les langues les plus traduites sont l’anglais (58,1% des titres avec 6 879 ouvrages), le japonais (12,1% soit 1 432 titres), l’allemand (6,4% soit 754 titres). Le portugais et le chinois progressent avec une centaine de titres de chaque langue.
Parmi les langues les moins traduites : l’arabe, avec 74 livres traduits en 2015, contre 98 en 2014, dont seulement 15 romans, contre 26 en 2014.