La Méditerranée dans un dictionnaire français et arabe

20160320_1_8_1_1_0_obj11307980_1(c) Massilia Mundi

Un Dictionnaire de la Méditerranée de 1728 pages en deux langues (française en septembre, arabe pour la fin de la l’année), rédigé par 169 auteurs : c’est une grande entreprise que nous annoncent les éditions Actes Sud et la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH). Les trois universitaires qui le dirigent (Dionigi Albera, Maryline Crivello, Mohamed Tozy) invoquent dans leur introduction la « Plus Grande Méditerranée » chère à Fernand Braudel et les « cent frontières » traversées par « un vaste savoir non pacifié » fruit de multiples circulations et influences.
Des « croisades » au « nettoyage ethnique », les 207 entrées du Dictionnaire proposent les contours d’un « portulan » multidisciplinaire aux « regards comparatifs », « une pluralité de vues et d’horizons » pour « une invitation au voyage » destinée tant à l’étudiant qu’à l’amateur à la recherche de « clés » pour comprendre ce monde complexe.
En raison du caractère « hétéroclite et disparate des connaissances concernant la Méditerranée », face à ce « conglomérat démesuré », les chercheurs ne prétendent pas à l’exhaustivité.
Cinq axes orientent la lecture : les savoirs, les territoires, l’histoire sociale et politique, les figures et les pratiques culturelles. Parmi les entrées qui aiguisent notre curiosité : « alchimie », « pharmacopée », « Albert Camus », « Drogman » (interprète), « Harraga » (curieusement pas d’entrée « Réfugiés » mais une entrée « Mur »), « Joute poétique », « Poésie », « Printemps arabe », « Taha Hussein » et ces deux entrées des plus prometteuses : « Utopie méditerranéenne » et… « Sieste ».

Un soleil s’est échappé…

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La nuit bientôt.

Mais cette trouée dans l’azur…
Un soleil météore
semble zébrer les ciels pastels
en lacis de lumières mouchetées

Un pinceau géant, invisible et divin
fait-il de nous
des inclusions du paysage ?
mouches minuscules
– bientôt papillons de nuit –
pris dans la toison de couleurs évanescentes,
mille-feuille atmosphérique
qui repose à marée basse
sur la plage alanguie…

Goûter des yeux.

Au loin, un horizon dégagé.
Bientôt la nuit.
Alors le ciel
sera troué
d’étoiles — :
voûte
que des enfants malicieux
percent de leurs cerfs-volants…

Quelle échappée !

Niroz Malek, Le Promeneur d’Alep, تحت سماء الحرب (Sous le ciel de la guerre)

nmExtrait p. 25 :

Un passage

Rentrant chez lui avec sa ration quotidienne de pain, de légumes et quelques fruits, il remarque le nombre important de faire-part de décès collés à l’entrée des immeubles qu’il longe. Il se dit : La mort est en forte croissance ces derniers temps, que Dieu nous préserve.
Il franchit les derniers pas qui le séparent de son immeuble. À l’entrée, il tombe sur un faire-part de décès, apparemment ancien. Il se met à le lire et quand il a fini, il s’étonne de se voir mort en martyr depuis bientôt un mois.
Triste, il fait demi-tour et prend la direction du cimetière. Il doit y arriver avant le coucher du soleil, sinon, il trouvera le passage fermé. Il restera ainsi éveillé toute la nuit et ne parviendra à sa tombe pour y dormir que le lendemain matin.

Niroz Malek, Le Promeneur d’Alep, Le Serpent à plumes, 2015, trad. Fawaz Hussain. Titre original : تحت سماء الحرب   « Tahta sam’il harb » (Sous le ciel de la guerre).

Existe en arabe, français, suédois ; à la fin 2016 en allemand…

Badin ? Badalov réunit Ottoman et Ottowoman…

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Dans son exposition For the wall, for the world, au Palais de Tokyo (Paris), Babi Badalov, artiste azerbaïdjanais réfugié politique à Paris, nous présente son « journal intime de la vie quotidienne » : « J’écris peut-être de la poésie mais je ne me suis jamais considéré comme un poète. Ce que je fais consiste surtout pour moi en une succession d’erreurs grammaticales. » Ces erreurs sont en écho à « la confusion d’une vie nomade » où Babi Badalov opère par glissements de mots et de langues. Badalov conçoit cette installation comme un hommage au « multiculturalisme parisien ». Jusqu’au 11/09/2016.

Quelle Abeille a piqué Araki ?

arakiExposition Araki Nobuyoshi, Musée Guimet (Paris) jusqu’au 5 septembre 2016

« Ne t’est-il jamais arrivé de découvrir quelque chose de très beau, et, soudain, de souffrir très fort, et si vite que tu t’en aperçois à peine, parce que ce fragment de beauté que tu contemples, tu devrais le partager avec quelqu’un et qu’il n’y a que l’absence ? » Jacques Abeille, Les jardins statuaires, p. 365

Ce romancier surréaliste a écrit Les jardins statuaires comme premier épisode (de plusieurs centaines de pages quand même) du Cycle des contrées dont le ressort est une « attente des barbares », et où le thème de la création est considéré comme préexistant au créateur (l’œuvre contient son propre dessein, le créateur ne fait que l’accompagner).

Lire l’interview de Jacques Abeille dans Le Nouvel Observateur, 19/11/2011 et consulter le site des éditions Le Tripode