Dimanche de pluie sur la Sainte-Famille

Inépuisable le dernier Chamoiseau, livre-gouffre-sans-fond d’émotions et de mots. Le lecteur est pris au piège d’Un Dimanche au cachot (Gallimard). Dans un cachot c’est la mort, le repli, la fermeture, alors que cette littérature dévide son surplus de mots, charroie son immensité d’horizon. De ce cachot, Chamoiseau en fait une bombe à retardement littéraire. Ce cachot est un trou noir, où une énorme énergie s’effondre sur elle-même.

Avec Un Dimanche au cachot, Chamoiseau tente de raconter l’irracontable. La violence d’aujourd’hui convoque l’histoire de l’esclavage. Des vestiges d’aujourd’hui rappellent un quartier de haute sécurité de droit féodal. On ne verrait pas bien quoi en faire. Chamoiseau si. Une improbable matière littéraire ?

Argument…

 » Un dimanche de pluie, une petite chabine se réfugie sous une voûte de pierre, dans le jardin du foyer qui l’a recueillie, sur le site d’une ancienne sucrière. Terrassée par une souffrance indépassable, Caroline reste prostrée dans l’ombre, fixant l’obscur des pierres pour les déchiffrer. Pour renouer le contact avec elle, l’institution sollicite alors Patrick Chamoiseau, écrivain, Marqueur de paroles, mais surtout éducateur en matière de justice.  » 

Ce serait un roman historique ? Non, très contemporain même. Qu’on en juge : son ami Sylvain, éducateur à la Sainte Famille, dans le nord de la Martinique, appelle Chamoiseau. C’est un dimanche, jour où l’écrivain ne fait rien, ni comme éducateur, qu’il est dans le civil, ni dans les divers rôles que lui assigne la société. Non, le dimanche est informe comme informe est l’écrivain sur sa chaise d’écriture, nous dit-il.

Il se trouve qu’une de ses pensionnaires, la dénommée Caroline s’est réfugiée dans les vestiges d’un obscur cachot dont elle ne sort plus. Avec son histoire familiale où se sont succédé viols et violences, elle est dans un état d’autisme, un mot qui n’est pas écrit d’ailleurs dans ce roman où les mots sont comme cascades, étoiles filantes, nébuleuses, feux d’artifices, immenses cataractes de sens et d’émotions. On se dit qu’autour de soi les lecteurs ont dû lâcher prise, tellement on implose dans ce cachot, on se rétracte en soi, en s’immole par l’intérieur, on s’inglutit (au risque du néologisme en écho au texte d’auteur). Caroline s’implose au dedans. L’écrivain convoqué lui invente une histoire, puis l’Histoire, certes romanesque. L’Oubliée revient. Il l’a fait revivre dans cette habitation démoniaque où règne le Maître.

Caroline recluse dans une ruine, L’Oubliée son double en Histoire.

Le cachot de l’Habitation, ferme de la plantation esclavagiste, l’obscur où est recluse l’Oubliée, personnage clé de son précédent roman, Biblique des derniers gestes, publié en 2002. Biblique des derniers gestes

L’argument de Dimanche au cachot… suite :

 » Mais tandis qu’il vient au secours de l’enfant, l’éducateur devine ce qu’elle ignore : cette voûte ténébreuse n’est autre que le plus effrayant des vestiges. C’est un cachot dont les parois balisent  une ténébreuse mémoire, qui dérive loin dans les impensables de l’Histoire, dans l’intransmissible de l’esclavage, ce crime sans châtiment. Dans la beauté du lieu, sous l’éclat de la pluie, je perçois le terrible palimpseste… « 

Ce livre est inépuisable. Il nous épuise, nous simples lecteurs, simples mortels. Il nous digère, nous inclut, nous intègre en son for, là au coeur de ce trou noir où est tombée la lumière, disparue, apesantie de ses milliers de flammes.

Si Biblique était un livre à l’ambition démesurée, que sera ce Dimanche au cachot, sinon son complément en Histoire incréée, dans ce point focal, ce lieu unique, où l’histoire bouillonne, et brouillonne l’humanité tout alentour.

Prolongements :

A lire le précédent texte de Chamoiseau, la préface de La prison vue de l’intérieur (Albin Michel) où il dit la  » poésie secrète d’une curieuse entité «  ou, publié en 1994, Guyane, traces-mémoires du bagne (photos Rodolphe Hammadi), et l’analyse de Véronique Larose à ce propos : http://www.potomitan.info/atelier/pawol/prison.php.

 

 » La poésie secrète d’une curieuse entité « , car là aussi, Un Dimanche au cachot comme Les murs tombent laissent le mot de la fin à la… beauté.

Chamboula, le grand chamboulement (Oulipo)

 

Après Chamoiseau, qui veut  » résister à la barbarie par la beauté «  [Papalagui, 6/10/07], vient tout naturellement à l’esprit le tout dernier roman de Paul Fournel, Chamboula, aux éditions du Seuil.

Chamboula est une boîte à merveilles. C’est l’histoire simple, et faussement naïve, d’un village africain où les blancs découvrent du pétrole. Avec l’accord du Chef, maudit par les ancêtres, ils vont transformer le village en ville. Les acteurs du drame gravitent autour de Chamboula, reine de beauté…

Extrait, Chamboula, p. 25 :

 » Regarder passer la belle Chamboula était une des occupations favorites des hommes du village. Le Chef racontait que, toute petite déjà, la belle Chamboula était la belle Chamboula. Elle était la grande beauté du village parce que chacun des ancêtres lui avait fait le cadeau d’une petite beauté. Elle avait les yeux du vénéré chef Massou, elle avait les mains de la déjà belle Roballa, elle avait le ventre de Bounia, elle avait le dos du grand guerrier Tadoussa, les seins de Madina, la femme du vieux vieux chef, et, surtout, des fesses qui rassemblaient les fesses des ancêtres et qui étaient la Beauté Rassemblée elle-même. Les jeunes du village ne pouvaient pas savoir tout cela, mais regarder passer Chamboula était regarder passer leur histoire tout entière et la beauté même de leur tribu.  »

Chamboula (le roman) déploie tout au long de ses 343 pages une parabole de la beauté, mais de la beauté chamboulée par l’intrusion de la modernité…

Extrait, Chamboula, p. 229 :

 » Les ancêtres ne se présentaient pas aux élections. La sagesse ne vient pas aux hommes par les élections. Les ancêtres n’étaient pas modernes. Qu’est-ce que ça voulait dire,  » être moderne  » ? Le Chef fit un grand geste pour montrer tout ce qui avait poussé autour d’eux, les maisons, les boutiques, les tours, les antennes de télévision, les paraboles, les haut-parleurs qui diffusaient de la world music, les passants en costume et les passantes en jean de chez Prada, le téléphone enfoncé directement dans le trou de l’oreille.  »

Ce conte philosophique ne ménage aucun suspense. D’emblée l’Histoire est écrite : ( » … se déversa sur le village un déluge de bruit qui ne devait plus avoir de fin « , p.101).

Ce qui en fait le charme, c’est justement l’écriture de l’histoire, une histoire dont l’écriture prolifère comme le veut l’Oulipo, l’Ouvroir de littérature potentielle, que préside Paul Fournel.

Paul Fournel a placé en épigraphe cette parole d’Italo Calvino [feu membre de l’Oulipo]:

 » C’est un contresens d’écrire aujourd’hui de longs romans : le temps a volé en éclats, nous ne pouvons vivre ou penser que des fragments de temps qui s’éloignent chacun selon sa trajectoire propre et disparaissent aussitôt.  »

Chamboula construit ainsi sa propre histoire -comme toute fiction-, comme son autodérision. Comme si tout cela n’avait pas de finalité, pas de sens. Seuls les mots et ce qu’on en fait semblent nous sauver. Ainsi le personnage de Boulot qui, au gré de l’auteur sera un émigré congelé dans le train d’atterissage d’un avion (p.119), décongelé (p.121), dans le sas des candidats réfugiés (p.123), face à la police (p.125), en classe (p.127), surdoué, à l’Ecole normale sup. (p.167),champion du 400 m, de retour en  » un peu chef  » (p.163), celui  » qui apporta la littérature au village  » (p.174). Finalement Boulot fondit (p.305).

Autant d’histoires qui raillent   » les hordes de sans-mémoire  » (p. 333) et qui se moquent même du narrateur, traité de  » petit con «  par Chamboula (p.312).

Un roman qu’on n’a pas envie de finir, comme un bonbon qu’on suce lentement pour en garder longtemps le goût.  

Notons au passage que l’Oulipo fait sa rentrée publique ce 8 octobre avec  » Les lundis de l’Oulipo  » au Théâtre du Rond-Point, à Paris. Pour cette ouverture de saison, le thème est  » De l’Amour « …
Lu sur le site (http://www.oulipo.net/) :  » Le lundi, venez écouter l’OUvroir de LIttérature POtentielle. Et rire des contraintes qui font exploser les barreaux de la pensée, du sens, des mots, des lettres, de l’encre, du stylo, du papier, de la table, des molécules, des atomes… et de votre belle-mère aussi. « 
Participation annoncée de Jacques Roubaud, Hervé Le Tellier, Paul Fournel, Jacques Jouet, Marcel Bénabou, Olivier Salon, Michelle Grangaud, Anne Garrétta, Ian Monk, Valérie Beaudouin, Harry Mathews, Frédéric Forte et un invité surprise.

La Corée, une histoire belge en noir et blanc

C’est un roman graphique publié par les éditions Quadrants. Couleur de peau : miel est l’autobiographie d’un scénariste de BD belge né en Corée, adopté à l’âge de 5 ans, abandonné en Asie, retrouvant une famille adoptive et nombreuse en Belgique.

[Ce livre a été adopté en film. Voir Culturebox.]

Cet enfant de la BD franco-belge a choisi de raconter un mot :  » miel « , nom de sa couleur de peau, écrite sur la fiche anthropométrique de son orphelinat coréen, avant adoption. Miel pour ne pas dire jaune, véritable Rosebud de son identité…

Au péril jaune, Jung oppose le péril jeune, celui d’un destin assumé, d’un dessin en traces de lavis noir et blanc.

Dans un entretien à Didier Pasamonik pour le site Univers BD (http://www.actuabd.com/spip.php?article5740), Jung explique : « Cette autobiographie n’est pas un règlement de compte avec ma famille. Mon adoption n’est ni réussie, ni ratée, c’est plus nuancé que ça. Ce livre est pour moi un prétexte pour parler de l’adoption avec toutes les joies ou les tristesses qui l’accompagnent.  (…) J’ai longtemps renié mon pays d’origine. Je changeais de trottoir lorsque je rencontrais un autre adopté qui par ailleurs faisait de même. J’ai vécu cet abandon comme une disgrâce et, à un moment donné, surtout dans la période de l’adolescence, on a besoin de trouver des repères. J’étais Asiatique et un besoin vital de m‘identifier à quelque chose. Tout naturellement, j’ai fait un report d’affectivité sur la culture japonaise. Le Japon était un pays longtemps ennemi et voisin de la Corée. En fait, j’étais un traître et heureux de l’être ! »

La photo :

La planche p. 6 :

 © photo Didier Pasamonik

Jung réussit à nous émouvoir avec le récit de sa vie. Le dessinateur suit ses propres traces :  » dans un style plus jeté, plus spontané. Le dessin est rond, sympathique, afin que le lecteur entre dans mon univers sans trop de difficultés. «  Jung réussit également à nous expliquer pourquoi  » de par son ampleur, l’adoption internationale corréenne est un phénomène unique dans le monde et dans l’histoire. « 

Son style est empreint de cette distance qui permet à l’ironie de rendre sensible une destinée en aller-retour.

La résistance par la beauté ?

Paris, ce soir-là, se prépare à sa Nuit blanche. On pourrait les croire à l’écart du monde. Alors que 16,6 millions de Français regardent un match de rugby à la télé, ils sont une centaine réunis dans un cinéma, La Clef. Pas de film à l’affiche mais un  » texte d’intervention « , nous dit l’éditrice de Galaade, Emmanuelle Collas. Un livre de 26 pages mis en vente à 10 000 exemplaires. Un titre à la typographie géante, comme un appel à une mobilisation. Un manifeste pour dire  » non  » au ministère de l’immigration, de l’identité nationale, de l’intégration et du codéveloppement. Une version légèrement différente du texte publié par L’Humanité le 4 septembre.

 » Non  » à un  » mur-ministère « , selon le mot-valise des deux écrivains, Glissant et Chamoiseau, avec ce sous-titre :  » L’identité nationale hors-la-loi ? « , et cette dernière phrase, p. 26 :  » Tout le contraire de la beauté « . 

On attend Patrick Chamoiseau venu de Fort-de-France. Les militants de la commission culturelle du Comité d’entreprise de la Caisse d’Epargne Paris/Ile-de-France ont organisé la soirée. Certains lisent les quotidiens du jour. Libération fait son portrait de der sur le ministre du  » mur-ministère « , avec ce titre :  » Où il y a du gène…  » ; Le Monde publie un entretien avec un ancien ministre, Jacques Toubon, président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. 

Après une lecture du texte par trois comédiens, Marianne Basler, Nicole Dogué, Greg Germain, Chamoiseau confie avec douceur son  » indignation « . Oui… avec douceur.

Au nom de la beauté, les deux intellectuels de Martinique ont voulu rappeler ce qu’est l’identité, dire  » non  » à   » l’identité racine unique « ,  » oui  » à l’identité relation :

Extrait p. 11 :

 » Le côté mur de l’identité peut rassurer. Il peut alors servir à une politique raciste, xénophobe ou populiste jusqu’à consternation. Mais, indépendamment de tout vertueux principe, le mur identitaire ne sait plus rien au monde. Il ne protège plus, n’ouvre à rien sinon à l’involution des régressions, à l’asphyxie insidieuse de l’esprit, à la perte de soi. « 

A la tribune, l’auteur d’Ecrire en pays dominé explique qu’il faut dire  » non « . Même en levant seulement la main, même hors l’action collective. Pour Chamoiseau, l’époque est à l’individu et toute résistance individuelle est bonne à prendre.

De retour en Martinique, il sillonnera son île et ses communes pour appeler à résister  » au nom de la beauté « . 

Paris est une jungle !

Paris déploie la culture animale dans un triptyque à La Grande Halle de la Villette, et bientôt au musée Dapper et au musée du Quai-Branly.

 La Grande Halle de la Villette présente l’exposition, Bêtes et Hommes, jusqu’au 20 janvier.

On apprécie le témoignage du gardien du Jardin des Plantes qui raconte comment Wayana, la femelle orang-outang, aimait délacer les souliers humains, puis comment elle s’est découvert une passion : les noeuds. Ce qui questionne son intelligence… et notre regard sur l’animal.

On est interloqué par les dix-huit bocaux contenant une grenouille formolisée,  » vêtue  » d’un… maillot de bain. Ou encore, dans le même registre, des alignements de bocaux contenant des animaux en peluche…

On est admiratif devant les « cultures animales « , comme ces macaques du Japon qui ont pris l’habitude de se prélasser dans les bains naturels chauds et les dauphins d’Amérique qui chassent en groupe, poursuivant leur menu fretin jusqu’au rivage, où il s’échoue. A l’issue d’une véritable chasse à courre nautique… ils le croquent.  

On apprécie l’éclairage sur la conception du monde des Amérindiens wayãpi, où l’aller-retour homme-animal est permanent. 

On reste sur notre faim : point de combats de coqs mis à la question, d’arènes tauromachiques sous le feu de l’actualité, alors que, bien entendu l’ours des Pyrénées a droit à ses partisans et à ses détracteurs.

On a envie de se replonger dans la mètis grecque faite de ruse et d’adresse, de lire le dernier roman d’Eric Chevillard. On pense à Alain Mabanckou et à ses Mémoires de Porc-Epic, ou au succès de l’été, signé Muriel Barbery, L’élégance du hérisson.


  Final de compte, l’expo est assez centrifuge. Au lieu de nous recentrer sur les petits espaces qu’elle nous mènage dans cette grande ménagerie de la Grande halle, elle nous propulse vers l’extérieur, vers d’autres lectures ou vers le programme environnant, des documentaires, des débats. Tel Allons enfants de Camopi, l’horizon amérindien de Yves de Peretti, projection prévue les mercredis à partir du 14 novembre.  » En Guyane, des Amérindiens teko et wayãpi, citoyens français désemparés, parlent de leurs problèmes, de la déperdition de leurs valeurs et du souci de conserver leur culture. La création du Parc national de Guyane les préservera-t-elle des ravages liés à l’arrivée brutale de la modernité ? «  
Le musée Dapper proposera l’exposition Animal, à partir du 11 octobre. Vocation du musée oblige, c’est l’Africain et son dialogue avec les animaux qui en est le prétexte… Masques, figures cultuelles, objets de dignité et parures, quelque cent cinquante pièces sont les témoins vivants de la présence animale dans les œuvres, ses codes et ses symboles.  

Kwele Congo - Masque bois et pigments - H. 55 cm - © Musée Dapper Paris - Photo Mario Carrieri - 128.8 ko 

Pendant dix jours, à partir du 20 décembre, le musée du Quai-Branly développe la thématique du corps, avec un premier cycle de spectacles qui met à l’honneur le corps animal. « Ce cycle renvoie au chamanisme et aux besoins premiers de l’homme de s’accaparer la force et la puissance de l’animal, de l’imiter, de le diviniser. »

Quel programme !

 

Rituel Abakua du Nigeria à Cuba : Les masques des hommes léopards Efiks

 » Les anciens chasseurs Efiks Ibo, Ibibio et Ijaw, les hommes léopards du sud-est nigérian, affrontaient par des danses rituelles masquées les mystères de la nuit et s’appropriaient la force de la jungle. Confrontés à l’esclavage, ceux que l’on appelait aussi les Carabali ou Brikamo débarquèrent à Cuba en 1762. Les Efiks prolongeront ce rituel Abakua à Cuba jusqu’à nos jours. C’est pour la première fois en Europe la rencontre du rituel Abakua nigérian et cubain, avec une multitude de masques et de parures extravagantes, qui ont évolué au cours des siècles. « Ces hommes léopards seront suivis d’une évocation « corps et graphique» du tigre et du lion en Inde du Sud et du rituel des dieux-serpents Naga par les bardes Pulluvan du Kerala.

Le Petit Chaperon Vert (atelier d’écriture)

Ce petit livre est un sacrément bon petit livre aux dizaines de variations sur le même thème du conte de Perrault. Coordonné par Pierre Jourde, il résulte du travail avec des étudiants de Valence… Chacun de ces étudiants s’est inspiré des Exercices de style de Raymond Queneau, vous savez, cette histoire, dont l’une des versions est :

« Un jour vers midi du côté du parc Monceau sur la plate-forme arrière d’un autobus à peu près complet de la ligne 84, j’aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d’un galon tressé au lieu de ruban. » Une histoire racontée de 99 façons différentes… 

Donc, si l’on reprend dans l’ordre :

Queneau écrit ses Exercices de style ; Jourde fait travailler ses étudiants qui rédigent 64 façons différentes d’écrire Le Petit Chaperon rouge ; le relais c’est pour mésigue qui s’en empare à son tour, tendance variations intemporelles avec d’autres amateurs d’écriture au long cours… Qui sait ce que d’autres en ont fait, en feront…

La preuve par l’exemple que, Grenelle de l’environnement ou non, les ateliers d’écriture ont du bon. Ainsi ce texte signé Pascale Pibot, Le Petit Chaperon Vert.

 » Une mère et sa fille vivaient dans une maison loin d’obéir aux règles de Haute Qualité Environnementale (HQE). La fille portait régulièrement un foulard vert en coton bio, acheté dans un magasin équitable, d’où son nom : le petit chaperon vert. Un jour, la mère qui faisait exclusivement de la cuisine végétarienne, confia à sa fille le soin de porter à sa grand-mère une galette de farine d’épeautre et un pot de beurre enrichi en oméga 3. Le petit chaperon vert partit à pied, seul moyen de transport véritablement écologique. Même le VTT avait été interdit en forêt, afin de ne pas contribuer à l’érosion des sols.   En chemin, elle rencontre un des derniers survivants des canidés sauvages, figurant à l’annexe I de la Convention de Washington : un loup gris. Depuis la vague d’extinction des ruminants herbivores, contaminés par la pollution au mercure des rivières et des fleuves, le loup peinait à se nourrir. Il était donc affamé. La petite fille, qui avait toujours rêvé de travailler pour la biodiversité, était ravie. Elle joua avec le loup et finit par l’apprivoiser. Le loup, qui avait conservé son instinct de prédateur, décida cependant de ne pas la manger tout de suite quand il comprit qu’il ne pourrait pas échapper aux acteurs de la déforestation qui œuvraient aux alentours. La petite fille continua tranquillement sa randonnée dans le parc régional avant d’atteindre sa destination. Elle put ainsi faire un inventaire de la flore locale, pourtant sérieusement menacée depuis la maladie des abeilles due à un insecticide violent.  Quand elle arriva chez sa grand-mère, elle toqua à la porte en bois labellisé renouvelable. En pénétrant dans la maison, elle fut surprise de trouver sa grand-mère enfouie sous une couette anti-acariens. A cause du réchauffement climatique, la température était en effet très élevée et la climatisation avait été interdite. A la demande de sa grand-mère, elle se coucha auprès d’elle et commença à la détailler : son anatomie la surprit : elle était en effet couverte d’une pilosité noire très abondante. Mais le petit chaperon vert mit cette bizarrerie sur le compte des résidus hormonaux ingérés par sa grand-mère dans son ancien régime à base de viande, heureusement abandonné aujourd’hui. Ce ne fut que quand le loup ouvrit la bouche et lui montra ses grande dents qu’elle comprit. 

Pour une fois, la nature se vengeait de l’homme en faisant disparaître un humain avant qu’il ne se reproduise. Un moyen naturel de lutter contre le problème démographique actuel. « 

Le petit chaperon vert

Certains se souviendront peut-être d’une autre version au titre identique, signée Grégoire Solotareff, Le Petit Chaperon vert, paru à l’Ecole des loisirs en 1989, illustré par Nadia. Ce n’était pas un vert écologique mais un vert de couleur… 

La Bibliothèque nationale de France présente cette variante dans ses dossiers pédagogiques, http://classes.bnf.fr/, à côté d’un Petit Chaperon bleu marine…

 » Cette version [Solotareff, Le petit Chaperon vert] s’ouvre sur une histoire de couleur de capuchon : vert pour l’héroïne, jaune pour sa sœur, bleu pour sa meilleure amie et rouge pour son ennemie détestée  » parce que c’était une menteuse « . Comme sa grand-mère est malade, le petit chaperon vert part lui donner des médicaments et  » des bonnes choses à manger « . Dans la forêt, elle rencontre le petit chaperon rouge qu’elle ne salue pas, qui porte également un panier, puis  » un énorme loup noir «  courant à vive allure sans se préoccuper de la fillette. Celle-ci arrive chez sa grand-mère et lui raconte l’aventure. Sur le chemin du retour, elle retrouve le chaperon rouge, la met en garde contre ce qui peut lui arriver, mais le chaperon rouge ne s’en soucie guère. Cependant, la mère du petit chaperon vert est inquiète et demande à sa fille de raccompagner son ennemie chez elle car  » toi, habillée en vert, avec ton chaperon vert parmi les hautes herbes vertes de la forêt verte, tu ne risques pas grand-chose et c’est d’ailleurs pour ça que je t’habille toujours en vert « . Le chaperon vert s’exécute et croise alors un convoi de chasseurs portant un loup mort, accompagné du chaperon rouge chantant sa mort et sa résurrection… : le chaperon vert et sa mère concluent au mensonge. «  

« Persil », le mot qui tue…

En ce mois d’octobre 1937, il ne fait pas bon être Haïtien et résident en République Dominicaine.

Le 2 octobre, Trujillo donne l’ordre des tueries. Ce sera vite fait. Il faut dire que la crise de la canne à sucre (les prix mondiaux ont augmenté) lui fournit un bon prétexte à  » dominicaniser  » le Nord du pays, jugé sous l’influence raciale du voisin.

Lorsque le doute surgissait dans l’esprit des militaires dominicains, ils sortaient leur mot test :  » perejil « , mot espagnol (l’espagnol est la langue de la République Dominicaine) pour  » persil « . L’association des deux lettres  » r  » roulé et  » j  » de la jota castillane, était censée faire mouche : les Haïtiens étaient supposés ne pas pouvoir prononcer les deux lettres…

Cela va durer trois jours : entre 10 000 et 20 000 Haïtiens furent victimes de ces massacres de masse.

 » Persil « , mot qui tue, crime d’Etat impuni, Trujillo dictateur ayant régné jusqu’en 1961… Ces trois romans, de Mario Vargas Llosa, Louis-Philippe Dalembert et Edwige Danticat évoque cette anecdote fatale :

En Haïti, un Comité Mémoire 1937 a lancé, ce 2 octobre, une année  » Perejil « , une série de manifestations en vue de commémorer le massacre de ces coupeurs de canne, nous apprend l’agence haïtienne indépendante AlterPresse.

Le Comité a invité les personnalités haïtiennes et dominicaines à se joindre a lui pour commémorer « l’année Perejil ».

[cf. L’exposition Esclaves au paradis, Papalagui du 16/05/07].

Les sauces dictionnarisent, les lettrés s’encanaillent

 

C’est comme une bouffée d’air frais sur les mots !

Un Lexik des cités (Fleuve noir) où les mots sont graffés et graffités au beubz par les jumeaux Alhassane et Alhousseynou Sarré. Une véritable fête au tieks d’Evry. Des sauces du nom de Cédric, Cindy, Dalla, Franck, Imane, Kandé, Marcela, Marie Mirline :  » J’espère que les gens apprécieront ce Lexik, écrit dans l’introduction Boudia, qu’ils comprendront que notre langage n’est pas agressif et qu’on peut très bien parler les deux langages, celui des jeunes et celui des livres. « 

Comme leurs auteurs, les mots viennent de partout, de l’Arabie, heureuse ou malheureuse, du verlan, de la mode, de mots en bordel, pour les blédards comme pour les bolos, les bâtards comme les balances portant bishop.

Négro est défini comme  » terme affectueux pour interpeller un ami ou un proche  » :  » Wesh, négro, tu fais quoi aujourd’hui, tu dînes à la maison ?  » alors que les  » renois  » (noirs en verlan) sont appelés aussi  » karlouch « , selon une étymologie arabo-dialectale et… amicale. Et les Antillais… Moikas.

Intérêt du Lexik : un code décodé, hors ghetto.

Dans la préface on peut y lire côte à côte, Alain Rey et Disiz La Peste dans un beau dialogue où l’histoire des mots est vivace. Exemple :

– Quand on dit à quelqu’un t’es grave, dans le sens de t’es lourd… (Disiz La Peste)

– Les Romains auraient compris ! (Alain Rey).

Ou encore (c’est toujours le dictionnariste qui parle) :  » Pour moi, le critère pour qu’un mot intégre le Petit Robert, ce n’est pas qu’il soit employé dans les cités. Ça ne suffit pas. Il faut que ces mots soient sortis des cités et qu’ils soient allés dans les cours de récréation, comme les mots keuf ou keum, par exemple. Et dans les cours de récréation, c’est toutes les classes d ela société qui les emploient. «  

 

Après Erik (toujours avec un  » k  » comme le Lexik !) Orsenna et son succès de librairie, La grammaire est une chanson douce, c’est un autre lettré et autre Goncourt qui va sur les brisées des lexicologues. Patrick Rambaud publie La grammaire en s’amusant  (Grasset). Il établit un dialogue avec un enfant de 7 ans, amateurs d’images mais peu de mots châtiés…

 

En résumé, écrit l’auteur de La Bataille :

. Lire des livres reste la meilleure méthode pour se perfectionner dans l’art d’en parler et d’écrire. [Pour parler des livres que l’on n’a pas lus, cf. Pierre Bayard, Papalagui 5/01/07].

. Le roman est le plus interactif des médias, puisque le lecteur doit accomplir la moitié du chemin : son imagination seule va animer le texte.

. Le roman est par essence multimédia. Avec des mots, il fait surgir des images, des sons, des volumes, des couleurs, des odeurs et des mouvements, des émotions.

. Le village planétaire, où l’électronique nous fait entrer, est un monde de solitude.

Théâtre en Noir et Blanc (suite et fin)

visuel La comédie indigène

© visuel Pascal Colrat 

Après Les Nègres et Topdog/Underdog, deux pièces en simultané à l’Athénée théâtre Louis-Jouvet, une troisième sur le rapport Noir/Blanc est à l’affiche, La Comédie indigène, jusqu’au 27 octobre au Tarmac de La Villette (Paris).

Mais autant l’ouverture de saison de l’Athénée a de quoi séduire en imposant un jeu de miroirs troublant, autant cette Comédie laisse un goût d’inachevé.

C’est d’ailleurs moins une comédie qu’une parodie grotesque du colonialisme, du racisme, et de leurs discours et de leurs  » représentations  » sur un siècle, de 1830, année de la prise de possession de l’Algérie par la France, à 1931, année de la dernière grande exposition coloniale, à Paris.

Le metteur en scène, Lotfi Achour, a souhaité présenter les textes du XIXè siècle sur la théorie de la hiérarchie des races par des savants en blouse blanche, une leçon de français  » petit nègre  » aux soldtas sénégalais, des discours à la Chambre des députés sur la vision de l’Arabe en voie de conqûete en Algérie. Ces textes -certains réclament une  » extermination  » sont superbement incarnés par des acteurs de talent : Thierry Blanc, Marcel Mankita, Ydire Saidi.

Le spectateur entend même un extrait hors contexe du discours de l’actuel président de la République française, prononcé à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar en juillet dernier :

 » Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. « 

La mi-scène est traversée par un immense vitrail transparent sur lequel sont projetés les visages filmés en noir et blanc d’hommes et de femmes, noirs ou jaunes. Malgré cette scénographie réussie, utilisée par trop d’intermittence, l’ensemble paraît décousu. Et la très belle voix de la chanteuse vocaliste Lê Duy Xuân, n’est hélas ! qu’un songe passager voulant rappeler les chants coloniaux…

A l’inventaire préliminaire qui énumère des noms évoqués par la Colonie, ses richesses notamment, semble correspondre l’inventaire des textes historiques. L’ultime scène entend donner la clé de l’ensemble : un homme noir, en costume trois-pièces, surgit du fond de la salle (interprété par Marcel Mankita), les lumières allumées, et vient apsotropher le tribun (Thierry Blanc), qui cite Lamartine, Tocqueville, Maupassant, etc. La réplique est un texte d’Achille Mbembé censé répondre au discours dominant, celui qui a forgé les représentations, selon Lotfi Achour. Texte assez faible. Cette réponse n’a pas la force de la cataracte de clichés déversés sur le spectateur pendant une heure. On est un peu perdu. Et déçu.

 

D’autant que Mbembé, professeur d’université, développe par ailleurs une hauteur de vue sur la question. Ainsi sur le blog de l’écrivain Alain Mabanckou :

 » L’Afrique se sauvera par ses propres forces ou elle périra. Personne ne la sauvera à sa place, et c’est bien ainsi (…)

Le premier principe est que l’Afrique ne doit rien attendre de la France. En retour, que la France s’abstienne (dans le sens d’abstinence) au maximum d’exercer chez nous la sorte de « pouvoir de nuisance » qu’elle n’a cessé de manifester depuis la fin des colonisations directes.

Le deuxième principe est que par rapport à la France comme d’ailleurs dans les rapports avec le reste du monde, les Africains s’efforcent de cultiver l’autonomie morale. Sans cette indépendance morale, ils seront toujours exposés à la corruption et leur liberté de jugement et d’action sera toujours hypothéquée. « 

Le théâtre en noir et blanc, au piège de la négrité

Topdog/Underdog

Ouverture en noir et blanc, ouverture réussie et magnifiquement dérangeante, de la saison théâtrale à l’Athénée théâtre Louis-Jouvet, de Paris, avec deux pièces, toutes deux à 20h et jusqu’au 20 octobre : Les Nègres de Jean Genet et Topdog/Underdog de Suzan-Lori Parks. Deux pièces que les lycéens devraient aller voir…

Les Nègres, créée à la veille des indépendances africaines, présente une troupe de comédiens jouant l’idée que des blancs se font des noirs. Ces comédiens sont noirs et blancs. Ils vont être jugés par une Cour où les rôles sont interprétés par des comédiens noirs et blancs. Cet emboîtement des situations, leur mise en miroir permanent et toujours soumis à la question (les spécialistes parlent de mise en abyme) nous oblige à considérer de manière autrement complexe la  » question noire  » que l’année 2005 a fit resurgir.

Topdog/Underdog est jouée dans un petite salle, le public se retrouve plongé, aux Etats-Unis, dans le quotidien d’une chambre miteuse. Par un effet grossissant, l’histoire américaine et un élément fondateur se rejouent devant nos yeux. Deux frères habitent cet abri. L’aîné s’appelle Lincoln, le cadet Booth. L’aîné porte le nom d’un président des Etats-Unis qui a mis fin à la Guerre de Sécession, le cadet porte le nom de son assassin. Ainsi en ont voulu les parents, qui les ont d’ailleurs abandonnés. 

Curieuse situation où se réfléchit encore en miroir… l’histoire et la tragédie américaine. Lincoln a été le premier président américain assassiné.

Mais ce jeu de double est un jeu de dupe. Pour gagner sa vie, Lincoln doit s’exiber dans une foire, où il porte maquillage… blanc et barbe. Des spectateurs lui tirent dessus… à blanc. Se joue ainsi une histoire fondatrice de l’Amérique où la couleur (noire) est ainsi masquée… et le lynchage symbolique permanent.

Mais de retour chez lui (ou plutôt chez son frère où il squatte), Lincoln redevient… noir. Là se joue une autre histoire de dominant/dominé… Aîné/cadet, maître/disciple au bonneteau,  » Topdog/Underdog  » (chien dominant/chien dominé). Ecrire en pays dominé, a écrit Chamoiseau ; Dans Topdog/Underdog se joue un curieux phénomène où les deux frères revivent leur enfance…

On pourrait dire que Topdog/Underdog est une autre  » clownerie  » que Les Nègres, selon le mot employé par Genet, dont le nom d’origine était… Blanc. Ces deux pièces ont des points communs : la domination raciale, les préjugés, les stéréotypes et la volonté des deux auteurs à plus de quarante ans d’écart de brouiller les pistes pour mieux interroger nos contradictions, notre difficulté à regarder l’Autre dans sa dimension propre.

Les Nègres est un classique du théâtre contemporain. Sa précédente présentaton l’était dans la mise en scène d’Alain Ollivier au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis (banlieue Nord de Paris), au printemps 2002. La mise en scène de Cristèle Alves Meira, du haut de ses 24 ans, lui apporte une fraîcheur qui la renouvelle. Elle a même obtenu des ayant-droits de Genet de remplace dans le texte de la pièce le mot  » Afrique  » par le mot  » Autre « , dans une volonté de généralisation. Comme si  » on était toujours le Nègre de quelqu’un « . Sa réflexion sur la question identitaire est à ce prix. Comme le désir de monter cette pièce après les événements de banlieue en 2005.

Topdog/Underdog est une véritable révélation, écrite par une figure de la nouvelle génération du théâtre américain. Suzan-Lori Parks est actuellement en tête d’affiche de la saison théâtrale américaine avec sa série marathon : 365 days/365 plays, autrement dit : elle a passé l’année 2006 à écrire une pièce par jour ! Bref, elle est d’une autre dimension…

 » Suzan-Lori Parks a reçu le prix Pulitzer de théâtre en 2002 pour cette oeuvre qualifiée de « post-raciste », ce qui signifie qu’il ne s’agit pas d’un drame entre Afro-Américains, mais simplement entre deux frères, faisant, comme dans un roman noir, le mauvais choix qui conduit à l’abîme. «  (Martine Silber, Le Monde, 12/10/07)

Suzan-Lori Parks est née en 1964 dans le Kentucky. Très tôt influencée par James Baldwin, elle a écrit plus d’une dizaine de pièces de théâtre ( Venus, In the Blood, Fucking A), des scénarii (elle a écrit pour Spike Lee, Oprah Winfrey, Denzel Washington) et un roman. Elle a remporté le prix Mac Arthur Foundation “Genius Grant” en 2oo1, et le Pulitzer Prize for Drama en 2oo2 pour Topdog/Underdog. Suzan-Lori Parks est une tenante de l’art dit « prismatique », qui entend échapper au paradigme de la « race », à toute forme d’essentialisme racial ou ethnique : « En tant qu’Africains-Américains, nous devons reconnaître cet essentialisme insidieux (la »négrité ») pour ce que c’est : un satané piège visant à nous réduire à une seule et unique manière d’être. Nous devons entreprendre de montrer au monde, ainsi qu’à nous-mêmes, notre diversité : elle est aussi magnifique que puissamment infinie. » 

Dans Topdog/Underdog, la question de la responsabilité de chacun dans sa condtion est ainsi posé. Après tout, Lincoln, interprété par Moanda Daddy Kamono (photo du haut), a le choix entre se faire licencier de son rôle dans un jeu de massacre humiliant ou de reprendre son activité de bonneteur. Son frère (joué par Toto Kisaku Mbengana, photo du bas) a le choix entre disputer la suprématie du jeu à son frère, épouser sa petite amie, Grace, ou l’assassiner…

  

Ajoutons que c’est un spectacle où l’on rit, comme dans Les Nègres…  Comme quoi, la tragédie de notre condition d’homme se regardant dans le miroir de l’Autre, n’est pas de tout repos. La Bibliothèque nationale de France (BnF) organise une rencontre autour des représentations du Noir dans le théâtre contemporain (mardi 16 octobre 2007, 18h30 – 20h30) avec Philip Boulay, metteur en scène de Topdog/Underdog, Cristel Alves Meira, metteur en scène des Nègres, et Sylvie Chalaye, de l’Université de Paris 3. Site François-Mitterrand, Petit auditorium, entrée libre. 

Pour prolonger la question :

Homme invisible, pour qui chantes-tu ?