L’envie de lire ? Pennac (suite), Mengestu (suite)

Daniel Pennac nous donne rendez-vous le 11 octobre pour deux nouveaux titres : Chagrin d’école chez Gallimard et Ecrire publié par Hoëbeke. Nous y reviendrons.

Dans une interview à Jean-Maurice de Montrémy pour Livres Hebdo, ce 28/09, l’auteur de Comme un roman, est interrogé sur ce  » qui transmet l’envie de lire ?  » :

 » Des libraires de quartiers, des bilbiothèques, certains professeurs, ceux qui ne jouent pas les gardiens du temple. Pour le reste c’est encore une histoire d’amour. Le plus souvent, ce sont nos proches qui nous font lire (…)

Les médias, c’est la transmission indirecte. Ils nous révèlent qu’il existe une offre de lectures importante et toujours renouvelée. Mais ils ne remplacent pas la contagion d’une conversation, d’une rencontre, d’un échange directs. Naguère, Bernard Pivot savait faire cela, être littérairement contagieux (on le lui a d’ailleurs beaucoup reproché !), mais les temps ont changé. Quant à moi, je ne regarde presque jamais la télévision : j’écris, je lis, je sors. Je picore un peu dans la presse mais je me sers surtout chez mes amis, ou en écoutant la radio, ou indirectement à la table du libraire en grapillant, par-ci par-là, sans jamais lire la quatrième de couverture. De mon côté, j’essaye de transmettre ce qui m’a plu. Et, puisque nous y sommes, j’en profite pour vous recommander la lecture du dernier roman qui m’a vraiment touché : Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu.  » [Papalagui, chronique du 13 septembre].

Les droits élémentaires de l’écrivant

 

Dans son roman, Comme un roman, (Gallimard, 1992), Daniel Pennac nous prescrivait très justement « les droits imprescriptibles du lecteur » : 

1.  Le droit de ne pas lire.

2.  Le droit de sauter des pages.

3.  Le droit de ne pas finir un livre.

4.  Le droit de relire.

5.  Le droit de lire n’importe quoi.

6.  Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).

7.  Le droit de lire n’importe où.

8. Le droit de grappiller.

9. Le droit de lire à haute voix.

10.  Le droit de nous taire. 

 

Au sortir d’un très bel atelier d’écriture, ce jour même, pourrait-on suggérer

« Les droits élémentaires de l’écrivant » : 

1.  Le droit à l’angoisse de la page blanche.

2. Le droit à prendre la plume.

3.  Le droit d’écrire pour rien.

4.  Le droit d’écrire sous contrainte.

5. Le droit au haïku hapaxique.

6. Le droit d’écrire sous influence.

7. Le droit de raturer avec rage.

8. Le droit d’inventaire imaginaire invétéré.

9. Le droit à l’exercice de style, oulipien ou rien.

10.  Le droit au mot d’enfant.   

« Les droits élémentaires de l’écrivant » ? à ne pas confondre avec  » les droits de l’écrivain « … à ne pas confondre, encore, avec  » l’écrivain à tous les droits « .

Wilfried N’Sondé, lauréat du prix des Cinq continents de la francophonie

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Avec Le Cœur des enfants léopards, Wilfried N’Sondé est le lauréat 2007 du prix des Cinq continents de la francophonie, doté de 10 000 euros. Le premier roman de cet auteur, d’origine congolaise, résident et musicien berlinois, est une belle autofiction africaine où les ancêtres ont des comptes à rendre est aussi en lice pour le prix RFO du livre.

Or en 2005 et 2006, les lauréats des Cinq continents ont aussi remporté le prix RFO : Alain Mabanckou et Ananda Devi.

En 2007, N’Sondé va-t-il aussi décroché le prix RFO ? Suspense jusqu’à la mi-octobre.

photoLivre

Les Nègres version jeune génération

 
© Stéphane Durieu

Pour ses vingt-cinq ans, l’Athénée théâtre Louis-Jouvet, à Paris, propose en ouverture de saison 2007-2008 deux pièces en Noir et Blanc. Dans la grande salle, Les Nègres de Jean Genet. Dans la petite, Topdog/Underdog, une pièce inédite en français de Suzan Lori-Parks, mise en scène par Philip Boulay, pièce sur la communauté noire américaine.

Côté Nègres, la jeunesse de la metteuse en scène, Cristèle Alves Mera, tout juste âgée de 25 ans, est sans doute pour quelque chose dans la fraîcheur du spectacle. Ecrite à la veille des indépendances, en 1959, Les Nègres, est un texte qui donne le vertige. Il présente l’idée que des Blancs se font des Nègres. Les Nègres sont des comédiens qui jouent leur rôle, tel que les Blancs les voient. C’est une allure de carnaval grave, solennel ou joyeux selon les tableaux, conduit « absurdement » clame le personnage d’Archibald interprêté par l’excellent Jean-Baptiste Anoumon, déjà remarqué dans Pièce africaine [Papalagui du 7/03/07].

Les Nègres

Cristèle Alves Mera entend, nous dit le dossier de presse :  » dénoncer les apparences trompeuses, les clichés, les préjugés en réunissant des comédiens d’horizons divers – Cameroun, Bénin, Côte d’Ivoire, Togo, Antilles, Inde, Chili, Etats-Unis dans un souci d’élargir la définition du nègre et de ne pas le réduire à la couleur de peau. « 

Un Amour (éternel)

Lettre à D. 

« Tu viens juste d’avoir quatre-vingt-deux ans. Tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. »

C’est ainsi qu’écrivait André Gorz dans Lettre à D., Histoire d’un amour, publié l’an dernier chez Galilée. Ce fut un succès de librairie, inattendu dans une rentrée littéraire trop prévisible.

André et Dorine Gorz viennent d’en écrire l’épilogue : tous deux, âgés de 84 ans, se sont suicidés à leur domicile après 58 ans de vie commune.

Un Amour (maudit) de roman haïtien

Marie Vieux Chauvet

© Anthony Phelps, Port-au-Prince, 1963

Rentrée théâtrale à l’Agora d’Evry, en banlieue parisienne, les 27 et 28 septembre avec Amour, texte de la romancière haïtienne Marie Vieux-Chauvet, adaptée par le dramaturge bénino-guadeloupéen José Pliya, mis en scène par le Lillois Vincent Goethals, assisté du Martiniquais José Exilis.

Amour est la première partie de la trilogie Amour, colère et folie, un véritable joyau de la littérature haïtienne. Cette critique de la bourgeoisie dont l’héroïne (dans Amour) est issue de l’aristocratie a été écrite sous le régime du dictateur François Duvalier.

Quand Marie Chauvet enverra le manuscrit à Simone de Beauvoir, l’auteur du Deuxième sexe le soutient auprès des éditions Gallimard. La famille de Marie Chauvet intervient auprès de l’éditeur pour en interdire la vente, de peur de s’attirer les foudres duvaliéristes.

Pendant plus d’une génération, la trilogie circulera clandestinement. Suite au retrait d’Amour, colère et folie des librairies, Marie Chauvet décide de s’exiler à New York et de se divorcer. C’est ce livre maudit, mais ô combien puissant, que José Pliya découvre en 2005, grâce à l’édition de Roger Tavernier (Emina Soleil).

 Amour, Colère et Folie

A l’enterrement d’une feuille morte

C’est l’automne, c’est une fête… version Prévert, le poète disparu il y a trente ans [billet du 9 avril dernier].

Les escargots… On ne s’en lasse pas. On l’avait appris par cœur. Il revient tout seul, comme un hit, à écouter non pas à pleins tubes, mais chuchoté. C’est avant le disco, avant le rap, avant le slam, avant toute chose, comme une valeur sure… Question de saison, c’est une comptine qui tintinnabule. Et nous, on titube.

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s’en vont dans le soir
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
C’est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L’autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C’est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l’oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C’est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent a chanter
A chanter a tue-tête
La vrai chanson vivante
La chanson de l’été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C’est un très joli soir
Un joli soir d’été
Et les deux escargots
S’en retournent chez eux
Ils s’en vont très émus
Ils s’en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un petit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.

Aller décaniquer… (le livre)

” La population parle un français dont elle doit être fière “, nous dit un de ses archipéliens, dans un petit livre, véritable curiosité… Comme Antonia l’a bien deviné… il s’agit de l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon… et le livre, qui pourrait être de chevet, est signé Marc Dérible, Mots et expressions de Saint-Pierre et Miquelon, édition 2006, Roger Guichot éditeur. Son contact, comme précisé en dernière page : dmarc@cheznoo.net.

Sélection du prix roman France Télévisions

Quelque 1800 amateurs de littérature ont adressé un courrier de motivation à France Télévision pour être juré du prochain prix du livre dans la catégorie roman. Vingt-cinq candidats ont été retenus. Ce jury de téléspectateurs désignera le lauréat du prix roman 2007 France Télévisions le 15 novembre. Ils devront élire un titre parmi six, choisis par une dizaine de journalistes littéraires de France 2, France 3, France 5 et RFO, réunis ce jour autour d’Olivier Barrot, président du jury de présélection :

Olivier Adam, A l’abri de rien, L’Olivier ; Jacques Chessex, Le vampire de Ropraz, Grasset ; Ananda Devi, Indian Tango, Gallimard ; Christophe Donner, Un roi sans lendemain, Grasset ; Gilles Leroy, Alabama song, Mercure de France ; Diane Meur, Les vivants et les ombres, Sabine Wespieser éd.