Le goût des autres ? « Le plus dur reste à faire » (Syla, rappeur)

Pour son festival « Le goût des autres », Le Havre a voulu faire place aux « littératures de la négritude », pluriel ambitieux à cerner si l’on excepte le trio Senghor, Damas, Césaire. Césaire dont l’année 2013 est celle du centenaire de la naissance.

La belle idée des organisateurs est d’avoir lancé cette année du centenaire de Césaire la même semaine que Fort-de-France, en Martinique. Mais au Havre, en ce premier jour de rencontres, on a davantage évoqué le jumelage avec une autre ville, Pointe-Noire, capitale économique et principal port du Congo, avec la personne de l’écrivain Alain Mabanckou, qui publie Lumières de Pointe-Noire (Le Seuil), une forme de cahier d’un retour au pays natal.

Le programme du Goût des autres.

Dans ce reportage apparaissent successivement les rappeurs Syla, A-Kalmy et le député-maire du Havre, Édouard Philippe. Images : Leïla Zellouma, son : Bernard Blondeel, montage : Harold Horoks :

« La Martinique aux Martiniquais » a 50 ans

« Ils se disaient « anti-colonialistes » et voulaient, à l’instar des pays du tiers-monde, « débarrasser » la Martinique de la tutelle française (…) Ils sont passés à l’acte en affichant officiellement leur existence dans un manifeste placardés sur les murs des églises, des gendarmeries ou des mairies de la Martinique, le 19 décembre 1962 : « La Martinique aux Martiniquais ».

Quelques semaines plus tard, ces militants de l’OJAM (Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique) seront arrêtés et quelques-uns d’entre jugés pour « complot contre l’État ».

Lire l’article d’Adam Kwateh de France-Antilles.

Cuba, Trinidad, un Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde 2012

 

Après le Grand prix du livre insulaire, remporté en août à Ouessant, l’écrivaine cubaine Karla Súarez, résidant à Lisbonne, en résidence temporaire à Vincennes où elle anime des ateliers d’écriture en espagnol, a été récompensée le 14 décembre à Paris du Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-monde 2012 pour son troisième roman, La Havane année zéro, traduit de l’espagnol (Todos mienten) par François Gaudry pour les éditions Métailié, alors que l’écrivain d’origine trinidadienne, vivant à Vancouver (Canada) David Chariandy reçoit une mention pour son premier roman Soucougnant que les éditions Zoé ont eu la bonne idée de publier en français faisant appel très justement à Christine Raguet, elle-même déjà récompensée pour sa traduction du Prix Baudelaire de la Société des gends de lettre. Bref, deux sacrés bons romans.

Ferrements et Moi, laminaire… d’Aimé Césaire, deux éditions critiques

Avant même le coup d’envoi de l’année du centenaire Césaire, certains éditeurs sont prêts et le font savoir. Ainsi Orizons, spécialiste d’une littérature exigeante, quelquefois difficile d’accès, relève le défi de Ferrements, recueil de poésie publié par Aimé Césaire en 1960. Du fond d’un pays de silence n’est pas une simple réédition mais une édition critique où chaque poème est commenté et remis dans le contexte de l’époque, par exemple de la rupture d’avec le Parti communiste ou de l’héritage de la période esclavagiste.
Rencontre avec l’un des co-auteurs, l’africaniste Lilyan Kesteloot, l’une des spécialiste reconnue de l’œuvre de Césaire.

La mort de Michel Leveau

« C’était un homme aussi puissant que discret. Michel Leveau, président de la fondation et du musée Dapper, est décédé mercredi 14 novembre, à l’âge de 81 ans, à Gorée au Sénégal. Son amitié avec le sculpteur Ousmane Sow l’avait amené à acheter récemment une maison sur cette île où il préparait une exposition sur les masques africains pour le 8 décembre. »

La suite de l’article de Sabine Gignoux dans La Croix.

Avec son épouse Christiane Falgayrettes-Leveau, il préparait une exposition à Gorée.

Au Japon, la cohorte littéraire de la créolisation

Malgré beaucoup d’efforts, nous n’irons pas au Japon assister aux rencontres de Feuilles d’automne, où Patrick Chamoiseau est invité d’honneur. Organisée par l’Institut français du 8 novembre au 15 décembre, la manifestation propose de japoniser certains auteurs, tel Mabrouck Rachedi dont le Petit Malik est en cours de traduction ou Eric Faye, dont le Nagazaki nous avait séduit. Quant à la créolisation des Japonais, elle est déjà bien engagée par Michaël Ferrier (voir Japon : la Barrière des rencontres, publié en 2009 aux éditions Cécile Defaut) (texte disponible en anglais, dans la revue Small Axe.
Elle se poursuivra par cette traduction numérique de l’essai que Samia Kassab-Charfi avait consacré à l’auteur de Biblique des derniers gestes, en mars 2012.

La couche pirogue en folie court à jadis (Julienne Salvat)

« La couche pirogue en folie court à jadis
case navire ivre de fumeuses incandescences
elle perd le nord au long cours d’une odyssée de toile
qu’à l’envi balbutie l’enivrée
soumise au change de zombis enfants d’Hypnos rebelle
conflagrations d’hystérie marchande
mutineries carrousses et reniements sans façons
désespoirs mélasses et lamentations de pacotille
blues nègre qui prend le vent du sud profond. »

Julienne Salvat, Nuit cristal, L’Harmattan, 2012

« L’Étranger » d’Albert Camus, traduit en créole par Raphaël Confiant

L’écrivain martiniquais Raphaël Confiant vient de traduire en créole L’étranger d’Albert Camus, sous le titre Moun-Andéwò a (en librairie le 22 octobre). Cette œuvre phare du XXe siècle, publiée en 1942, raconte un épisode de la vie d’un homme « étranger à sa société ».

« Le grand intérêt de la traduction est qu’elle oblige le créole à sortir de l’univers créole, celui donc qu’il est habitué à exprimer, pour se coltiner à des réalités totalement étrangères, explique Raphaël Confiant dans une interview à son éditeur Caraïbéditions. Le créole doit donc se dépasser lorsqu’il veut rendre Camus ou Flaubert, ce qu’il n’est pas obligé de faire dans un roman créole qui décrit la réalité créole.
 »

À noter : Etranje ! est le titre de la traduction en créole haïtien de Guy Régis Junior (Presses nationales d’Haïti, 2008).

Prix Femina 2012 (1ère sélection)

Gisèle Pineau figure dans la première sélection du prix Femina 2012 pour Cent vies et des poussières (Mercure de France), parmi dix-neuf romans français et onze romans étrangers.

Deux prochaines sélections seront établies les 8 et 19 octobre, avant le prix proclamé le 5 novembre.

19 romans français

Thierry Bestingel, Ils désertent (Fayard)
Jeanne Cordelier, Escalier F (Phébus)
Julia Deck, Viviane Élisabeth Fauville (Minuit)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil, prix du roman?Fnac)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L’Age d’homme)
Philippe Djian, « Oh !» (Gallimard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Claudie Hunzinger, La Survivance (Grasset)
Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser éditeur)
Florence Noiville, L’attachement (Stock)
Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières (Mercure de France)
Nathalie Rheims, Laisser les cendres s’envoler (Léo Scheer)
Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset)
Antoine Senanque, Salut Marie (Grasset)
Anne Serre, Petite table, soit mise ! (Verdier)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

11 romans étrangers
Sébastien Barry, Du côté de Canaan (J.?Losfeld)
Michiel Heyns, La dactylographe de Mr James (P.?Rey)
Yan Lianke, Les quatre livres (P.?Picquier)
Antonio Lobo Antunes, La nébuleuse de l’insomnie (Bourgois)
Audur Ava Olafsdottir, L’embellie (Zulma)
Michael Ondaatje, La table des autres (L’Olivier)
Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer (Phébus)
José Luís Peixoto, Livro (Grasset)
Juan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent (Seuil)
Jeannette Winterson, Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? (L’Olivier)
Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Grasset).

Source : Livres-hebdo.

Une Guadeloupéenne indépendantiste (Maryse Condé)

Interviewée à l’occasion de la sortie de son dernier livre, Maryse Condé affirme dans une interview à Philippe Triay, pour Culturebox (29.08.12) :

« Je crois que je ne serai jamais rien d’autre qu’une Guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne à ma manière, qui parle peu créole, qui réside en partie à New York, qui a visité le monde… Mais au fond de moi, le lieu qui a fait ce que je suis, mes parents, mes souvenirs d’enfance, ont créé quelque chose que ne pourrai jamais modifier. J’aime la Guadeloupe, le pays, la nature, les sons, les images. Je mourrai guadeloupéenne. Une Guadeloupéenne indépendantiste. »

À rapprocher de ses propos de juillet 2007 lorsque l’amertume l’avait incitée à quitter son île natale (Papalagui, 16.07.07) :

« La Guadeloupe est un pays complètement laminé, décervelé par le colonialisme, un pays où on a peur de l’avenir, où on parle toujours du passé, un pays qui se replie sur ses traditions et qui ne veut pas la nouveauté, la création, la créativité. »

Son dernier livre porte bien son titre : La vie sans fards (Lattès).

La critique de Rodney Saint-Éloi, Le Nouvelliste.