Lire Fanon à Censier, Interroger le présent de Fanon à Chaillot

Le 19 novembre, l’Université Censier (Paris III) organise une journée d’études : Lire Frantz Fanon aujourd’hui.
Le 28 novembre 2011, Médiapart propose le débat : Frantz Fanon, au présent (au Théâtre National de Chaillot, à 20h30).

L’université Censier (Paris III) organise une journée d’études (10h-17h) ce 19 novembre Lire Frantz Fanon aujourd’hui. En partenariat avec la Fondation Frantz Fanon et l’Université de la Réunion.

Adresse : Université Paris III Censier : 13 rue Santeuil 75005 Paris / Salle Las Vergnas 3ème étage.

Programme :

Matin, président de séance : Daniel-Henri Pageaux

10h : ouverture par Mireille Fanon Mendès France, présidente de la Fondation Frantz Fanon.

10h15 : présentation de la journée par Carpanin Marimoutou.

10h25 : Françoise Vergès, Université de Londres, présidente du CPMHE, « Lire Fanon aujourd’hui », conférence inaugurale.

11h : Seloua Luste Boulbina, Collège international de philosophie et Université Paris VII Denis Diderot : « Une crise de possession ».

11h35 : Elsa Dorlin, Université Paris I, Panthéon Sorbonne

12h10 : Présentation de la réédition par La Découverte des œuvres de Frantz Fanon par Thomas Deltombe

Après-midi, présidente de séance : Françoise Vergès

14h: Matthieu Renault, EHESS : « Frantz Fanon ou le voyage des théories en situation (post)coloniale ».

14h35 : Mourad Yellès, INALCO, Paris : La théorie fanonienne dans le champ littéraire algérien. De la « théorie des trois phases ».

15h10 : Carpanin Marimoutou, Université de La Réunion : « Interroger l’œuvre de Frantz Fanon depuis un espace de créolisation ».

15h45 : Michel Gironde, Université Paris IV : « Peau noire, masques blancs de Fanon et Le Labyrinthe de la solitude de Paz : points de vue croisés sur l’ouverture à l’autre ».

16h20 : lecture de textes de Frantz Fanon

Interroger le présent de Fanon à Chaillot

Débat organisé par Médiapart : Frantz Fanon, au présent, 28 novembre 2011 au Théâtre National de Chaillot, à 20h30. En partenariat avec l’Institut du Tout-Monde, la Fondation Frantz Fanon et le Théâtre National de Chaillot.

Adresse : 1 Place du Trocadéro et du 11 Novembre, 75116 Paris (entrée place du Trocadéro)

Présentation : 50 ans après sa mort, quel usage pouvons-nous faire, aujourd’hui, de la pensée de Frantz Fanon ? En quoi la vie de ce Martiniquais d’origine, inhumé en terre algérienne en 1961, médecin psychiatre, écrivain, théoricien et combattant anticolonialiste peut-elle nous aider dans notre saisie et conduite du présent ?

Participants : Elsa Dorlin, philosophe ; Nicole Lapierre, socio-anthropologue; Pap N’diaye, historien ; Louis-Georges Tin, porte-parole du CRAN. Edwy Plenel présentera cette soirée, le débat sera animé par Joseph Confavreux, journaliste à Mediapart.

Inscriptions : debats@mediapart.fr (merci d’indiquer le nombre de places souhaitées)

 

 

Photos à la Une (texte de la chronique Culture n°7 du 11/11/11)

En ce 11 novembre, notre regard s’arrête sur des photographies historiques.
1. Photo record à la Une : 4,3 millions de dollars. La plus chère du monde en ce mois de novembre 2011 est une photo des rives du Rhin par Andreas Gursky, connu pour ces photos grandioses, répétitives, vertigineuses où l’homme est minuscule devant un monde globalisé. Lors de la vente aux enchères du 8 novembre 2011, Christie’s à New York a battu le record mondial avec la photo Rhein II (1999) avec 4 338 500 dollars, soit 3,1 millions d’euros (actualités).
Voir le palmarès des dix photos les plus chères au monde, sur evous.fr, la galerie qui le représente, la Galerie Matthew Marks, la fiche Gursky du Centre Pompidou, un article détaillé du blog Phototrend, le point de vue de Henri Peyre Andreas Girsky ou la photographie du grandiose, les conseils de Télérama pour devenir collectionneur.
2. Photo symbole à la Une : la couverture du livre La France noire (La Découverte), créditée Getty images, première agence mondiale de la vente de photos, selon Le Monde.
C’est une photo parmi une série de cinq titrées « Jeune femme portant coiffe », sans nom de photographe, ce qui a autorisé le recadrage et le traitement sépia du document, dont l’original est plus grand, comme on peut le constater sur le site en accès libre de Getty images, dans la catégorie « glamour ».
Parmi d’autres utilisations de cette photo, une version d’un « rire à gorge déployée » est proposée pour l’affiche du First Friday du New Jersey, une rencontre d’échanges dans le réseau communautaire noir américain.
Probablement un mannequin inconnu par un photographe inconnu. La 4e de couverture représente un soldat des Troupes de marine (voir le feuilleté) ce qui, le jour du 11 novembre rappellera le Soldat inconnu, voire la Soldate de la beauté noire…
3. Photo Paris à la Une, avec l’un des rassemblements les plus importants de l’année, qui draine une multitude de galeries et de photographes, avec l’Afrique côté cœur, l’Amérique et les pays du Nord côté argent. Sotheby’s qui a mis en vente à 43 950 € ce vendredi à Paris une photo d’Irving Penn, Femme scarifiée du Dahomey, 1967, Fondation Irving Penn.
Dans une autre vente aux enchères à Paris, le 12 novembre, Women in Moroccan Palace, une autre photo d’Irving Penn, a été adjugée 361 000 euros.
Paris Photo est accompagné de différentes manifestations Off et de ventes aux enchères où la suprématie nord-américaine occupe les esprits. Parmi ces salons Off, la première édition de Fotofever avec ses 40 galeries invitées.
4. Photos de film à la Une : L’Ordre et la Morale, de Mathieu Kassovitz, au cinéma le 16 novembre (voir la bande-annonce). L’affiche actuelle (Mathieu Kassovitz dans le rôle de Philippe Legorjus) est quelquefois associée à une affiche qui représente Alphonse Dianou, interprété par Iabe Lapacas, debout attendant un hélicoptère de l’armée.
Mais la première affiche qui était présentée en début de tournage (Cinéma Teaser, 3/09/10) était plus complexe, moins épurée, de face et non de profil ou de dos. Les deux drapeaux, français et indépendantiste, encadrent les deux héros, de face. Elle a été écartée, la symbolique des deux drapeaux, hier et aujourd’hui, n’étant plus la même, puisqu’ils coexistent aux frontons des mairies calédoniennes. L’affiche actuelle privilégie une symbolique où seul domine l’accablement d’un héros survivant.

Simon Liberati, prix Femina 2011

Le prix Femina a été décerné à Simon Liberati pour Jayne Mansfield 1967 (Grasset), choisi au 1er tour par le jury par 9 voix contre 3 à Colette Fellous pour Un amour de frère (Gallimard).

Le Femina étranger récompense l’Américain Francisco Goldman pour Dire son
nom (Christian Bourgois) et le Femina essai à Laure Murat pour L’Homme qui
se prenait pour Napoléon (Gallimard).

Voir les dernières sélections du Femina 2011.

Carole Martinez, prix Goncourt des lycéens 2011

Le 24e prix Goncourt des lycéens a été décerné à Carole Martinez pour Du Domaine des murmures (Gallimard). Les organisateurs du prix (Fnac et ministère de l’éducation nationale) ont réuni aujourd’hui à Rennes, les treize délégués des 2000 lycéens jurés, qui ont choisi leur lauréate au terme de deux mois de lecture des quinze livres en lice.
Le président du jury des lycéens a déclaré : « Les lycéens ont été séduits par l’écriture poétique du livre de Carole Martinez qui offre une autre vision du monde ».

Source : communiqué.

Le palmarès du prix Goncourt des lycéens.

Guadeloupe, Martinique : deux ans après les événements de 2009, quelles questions ?

Dans la programmation de la magnifique Citéphilo de Lille, réunie à Lille du 8 au 29 novembre, notons cette table ronde  : « Guadeloupe, Martinique : deux ans après les événements de 2009, quelles questions ? », au Palais des Beaux-Arts – grand auditorium – Place de la République, le 26 novembre, à 18h30 à 21h30.

Présentée ainsi :

« Poursuite de la réflexion publique sur le sens et la nouveauté des mouvements qui ont soulevé la Guadeloupe puis la Martinique, de janvier à mars 2009. Réflexion qui n’est d’ailleurs pas close là-bas ; en témoignent notamment les textes produits par des acteurs de ces événements dans « Guadeloupe – Martinique, janvier-mars 2009 : la révolte méprisée » numéro spécial de la revue Les Temps modernes (janvier-avril 2011, n°662-663), et La liste des courses, film de Gilles Elie-Dit-Cosaque, également sorti au printemps 2011. »

  • Jean Bourgault
    Coordinateur du numéro 662-663 des Temps modernes, professeur de lettres supérieures au Lycée Jeanne d’Arc à Rouen, membre du Groupe d’Études Sartriennes, du comité de rédaction des Études sartriennes et des Temps modernes, co-animateur de l’équipe ITEM-Sartre (CNRS-ENS UME 8132)
  • Gérard Delver
    Directeur des Affaires culturelles de la ville de Basse-Terre (Guadeloupe), président de l’Association Tout-Monde, secrétaire général de l’Institut du Monde Caribbéen, musicien et comédien (« L’Incroyable destinée de Monsieur Byennémé »), signataire du Manifeste pour les produits de haute nécessité, contributeur au numéro 662-663 des Temps modernes (« Lettre de sous mon tamarinier »)
  • Gilles Elie Dit Cosaque
    Cinéaste et photographe,
    Auteur, notamment, de Ma grena’ et moi (2004), Outre-mer, Outre-tombe (2006) et Zétwal (2008) [Production La Maison Garage]
  • Présentation: Jacques Lemière
    Institut de sociologie et d’anthropologie CLERSE (UMR 8019 CNRS) université Lille 1
  • projection de La liste des courses, film de Gilles Elie Dit Cosaque (2011, 52’, couleur) à 18h30.

 

La chronique Culture n°7 du 4 novembre 2011

Référence des événements culturels cités dans la chronique Culture sur France Ô au JT du soir :

Exposition : Le Louvre accueille Jean-Marie G. Le Clézio, Les musées sont des mondes.

Livre : Jean-Marie G. Le Clézio, Histoire du pied et autres fantaisies (Gallimard) ;

Musique : Tanya Saint-Val, 25 ans de carrière avec la sortie d’un triple album Tanyamania (dix titres ré-enregistrés (CD 1 ), dix titres re-masterisés (CD 2 ) et dix chansons inédites (CD 3).

 

Grâce à Le Clézio, Haïti entre pour la première fois au Louvre

Une statuette grecque du IIIe millénaire avant JC, des peintures historiques, des gravures révolutionnaires, des objets vaudou d’Haïti et des tableaux tel Le Serment des ancêtres en cours de restauration, des nattes du Vanuatu, des ex-voto mexicains, ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais un musée imaginé par Jean-Marie G. Le Clézio, grand invité du Louvre pendant trois mois pour un cycle de conférences, de rencontres et une exposition « Les musées sont des mondes », du 3 novembre 2011 au 6 février 2012 (voir la programmation).

A l’aune de Malraux et d’André Breton, Le Clézio écrit dans le livre catalogue son opposition à la « hiérarchie des cultures », en invitant le visiteur à « faire un pas de côté » pour regarder l’artisanat autant que l’art.

Un rôle d’iconoclaste qui convient à ce « fantaisiste » comme le reconnaît joliment le titre de son dernier livre, Histoire du pied et autres fantaisies (Gallimard). Grâce à Le Clézio, Haïti entre pour la première fois au Louvre. Le parcours qu’il propose commence par Haïti, dont les œuvres d’Hector Hyppolite  [lire l’article d’André Breton] et se poursuit par l’Afrique, le Mexique et le Vanuatu. Le pied étant cette partie du corps « souvent négligée » qui nous mène à l’aventure, à travers le monde, dans le métro, dans un musée…

Choc esthétique

Volonté manifeste de faire se correspondre l’ancien et le contemporain, ce qui est considéré comme de l’art premier et l’art à base de récupération. Autre très belle performance muséographique par celui qui ne prétend pas avoir de compétence particulière dans ce domaine : la présence de deux superbes automobiles low-riders avec leurs propriétaires, des familles de Chicanos de Los Angeles, emblèmes d’une culture urbaine métissée, objets roulant customisés, capitonnés, bichonnés, magnifiés, qui à eux seuls vont attirer quantité de curieux… Cette « Orgullo mexicano » trois fois primée dans un concours de beauté pourrait rendre jaloux quelques conservateurs ! Un véritable choc esthétique.

Lyonel Trouillot, Grand Prix du roman Métis 2011

Selon une indiscrétion avérée, Lyonel Trouillot, à défaut de prix Goncourt, pourra se consoler avec le Grand prix du roman Métis 2011 qui sera décerné à La Réunion début décembre pour son roman La Belle amour humaine (Actes Sud).

Le Grand Prix du Roman Métis avait récompensé en 2010, lors de sa première édition, Maryse Condé pour En attendant la montée des eaux et avait décerné une mention spéciale à Une année chez les Français de Fouad Laroui.

Avec Lyonel Trouillot, voici les finalistes 2011 :

Marine Bramly, Mon petit bunker, éditions Jean-Claude Lattès, 2011
Delphine Coulin, Samba pour la France, éditions du Seuil, 2011
Rose Nollevaux, Petite reine de Saba, Memory Press, 2011
Catherine Pinaly, Sur Feuille de Songe…, L’Harmattan, 2011
Marc Trillard, Les Mamiwatas, Actes Sud, 2011
Marvin Victor, Corps mêlés, Gallimard, 2011.

Goncourt 2011 : le Jenni de L’Ordre et la Morale

L’Art français de la guerre est un gros roman écrit en cinq ans par un « écrivain du dimanche » [belle modestie !] qui a envoyé son manuscrit par la poste aux éditions Gallimard. Son blog de dessinateur nous parle de ses « Voyages pas très loin ».

Son livre est pourtant très ambitieux et très documenté, déployant la vie d’un ancien combattant et de ses guerres coloniales qu’il raconte à un homme jeune à l’avenir incertain. Comment transmettre ce passé qui ne passe pas ? Comment décoder ce qui se passe dans une banlieue de Lyon, alors que « l’émeute s’annonce », que des militants extrémistes nostalgiques de la guerre et de la force profitent de la misère sociale ?

L’Art français de la guerre décrit le génie français au sens ironique de la « guerre à la française ». Un art de la manipulation selon Jenni, une manipulation de la langue française aussi, celle qui classe les gens malgré eux, en conformes et non-conformes. Une aliénation qui parle de nous aujourd’hui, de notre destin commun après les guerres coloniales, en Indochine, en Algérie… voire dans les banlieues.

À lire avec profit le travail de Fluctuat.net, pour un bel entretien et un visionnage par Alexis Jenni du film L’Ordre et la Morale [signalé par Alexandre Le Quéré]. Le lauréat du Goncourt affirme [décidément modeste] : « On m’a souvent demandé ce qu’était L’Art français de la guerre, et je ne sais pas bien répondre. J’ai tourné autour pendant 600 pages et je ne sais pas le dire en quelques mots. Mais maintenant, je sais ce que je vais dire : « L’Art français de la guerre ? Regardez L’Ordre et la Morale, regardez le film de Mathieu Kassovitz. Tout est là, tout est montré ; c’est exactement ça, l’art français de la guerre, cette façon grandiose et absurde d’aller au massacre. J’en parle, il le montre ; regardez. »