Le retour du zombie (utopie triste)

Les morts aux trousses… ou comment un artiste fait une recherche en arts plastiques sur les zombies dans le film d’horreur américains. Réponse de Karim Charredib sur Radio Thésards avec sa thèse (Les Zombies et le Visible : ce qu’il en reste), entre esthétique et politique sur le corps funambule du zombie, entre pratique artistique et pensée du cinéma : le zombie est une « forme de chaos dans la profondeur de champ », une « survisibilité » en quelque sorte, « une occupation de l’espace filmique (…) objets impossibles dans le cinéma. Qu’est-ce qu’on en fait, où est-ce que ça va ? » Utopie triste d’un « changement possible qui ne se fait pas et devient à travers l’horreur sa propre parodie ».

La femme, l’argent et l’homme africain

Vu le film Hyènes de Djibril Diop-Mambety (Sénégal, 1991) à l’Institut français du Congo et sa beauté théâtrale, burlesque et tragique, à l’esthétique puissante, à l’humour chaleureux, adaptée de la pièce de Friedrich Dürrenmatt La Visite de la Vieille Dame, qui raconte le retour vengeur au pays natal, Colobane, trente ans après en avoir été bannie, de Linguère Ramatou (Ami Diakhate), milliardaire et archiputain, Médée et Méphistophélès faustien, village auquel elle offre la fortune contre la peau de son ancien amant (Dramaan Drameh, interprété par Mansour Diouf), responsable de son exil, lorsqu’à 17 ans elle était enceinte de lui. Un conte philosophique cruel sur la corruption et la lâcheté collective.

 

Mémoires Vives du Pacifique (Musée d’Aquitaine)

Carte du nouveau monde. Collection Chatillon musée d’Aquitaine 2003.4.36

De la découverte du Pacifique par les Européens à la restitution de la tête maorie du musée de Rouen il y a peu. Une belle brochette de conférences sont prévues au Musée d’Aquitaine à Bordeaux. Première d’entre elles, le 3 octobre,  « La Nouvelle-Calédonie sur le chemin du destin commun. » par Sandrine Sana Chaille de Nere, Professeure de droit international privé à l’Université Montesquieu Bordeaux IV. L’exposition Mémoires Vives, qui accompagne ce cycle et qui sera inaugurée le 15 octobre, est consacrée aux expressions plastiques des Aborigènes d’Australie.

Mots schibboleth du Congo

C’est au Congo que mon stock de mots schibboleth s’est accru sensiblement.
[Dans la Bible, « Schibboleth » est un  mot utilisé par les gens de Galaad pour reconnaître ceux d’Ephraïm, qui prononçaient sibbōlet, et qu’ils égorgeaient aussitôt (Juges 12, 6). » TLF]
Dans le registre des mots tests pour coupeurs de routes, de mots « tu-dis-juste-ou-tu-passes-à-la-trappe », on connaissait le tristissime mot espagnol « perejil », en français « persil », mot de reconnaissance de la dictature Trujillo en République Dominicaine en 1937. « Perejil » contient les sons associés en r roulé et j guttural, difficiles à prononcer pour les Haïtiens immigrés, créolophones et francophones. Bilan : entre 10 000 et 20 000 Haïtiens furent victimes de massacres de masse.

À Brazzaville, sur les bords du Djoué, des schibboleth moins fatals apparemment sont la spécialité de ce militaire rencontré lors d’une patrouille, sur les rives du Djoué, affluent du Congo, dont les flots tumultueux viennent grossir les rouleaux du fleuve frontière.

L’homme au béret noir dispose de tout un arsenal de signes pour reconnaître si vous êtes d’ici ou d’en face (Kinshasa). Une hésitation, une démarche, un accent ? Parmi les plus cocasses, le recours aux belgicismes « septante » et « nonante ». Cet héritage colonial de la langue marque à coup sûr un Kinois, en possible resquille. Militaire les appelle « Zaïrois », car il y a Congolais et… Congolais.
Curieuse démonstration… car vu la force du Djoué à cet endroit quand il se jette dans le Congo, aucun risque à trouver un passe-frontière assez téméraire pour le traverser ici.

Un autre schibboleth, m’apprend Jean-Euloge, distingue les Congolais des deux bords. Inclure dans son lingala le mot français « lait » vous identifie résident de Brazza ; si vous dîtes « miliki » (de milk)… vous venez de Kin. CQFD.

Par le passé, le mot lingala « Muĝéti », qui désigne une espèce d’arbuste, était utilisé par les coupeurs de route des années de troubles (1992 et 1998) pour signe de reconnaissance des Sudistes. Les Nordistes, eux, ne passaient pas. Un jour, un groupe sudiste arrête un vieux et lui demande quel est le nom de l’arbuste qu’ils lui montrent. Tel Œdipe résolvant l’énigme du Sphinx, le vieux répond par une question : « Si tu me dis quel est le nom de ses fruits, je te donne le nom de l’arbuste. » Cette histoire de coupeurs de routes coupés dans leur élan et rendus à leur ignorance a fait le tour du Congo.

Jean-Euloge me rajoute un mot schibboleth, un mot coupeur de routes, le mot « koto » (coude, genou), qui selon les différents accents entre la capitale et Pointe-Noire révèle votre région d’origine.

Au Congo, les ciné-clubs cachent leur jeu

À Brazzaville, il se dit que les jours de grands matchs de football, exemple Barcelone-Chelsea, les habitants de la capitale ont deux certitudes : primo, ils n’auront pas d’électricité en rentrant à la maison le soir, secundo, les « ciné-clubs » feront le plein, non pas qu’ils sont des refuges pour cinéphiles, c’est même tout le contraire : au terme d’une belle collusion, les patrons des prétendus ciné-clubs achètent un service aux employés de l’électricité qui coupent l’électricité, moyennant quoi lesdits ciné-clubs, pourvus de groupes électrogènes, ont du courant, et donc la télé, et attirent un monde fou de                 « supporteurs » qui viennent comme moustiques à la lumière.

Le Collectif Elili [« image » en lingala] n’est pas seulement un groupe de photographes qui veut « documenter le Congo », c’est aussi une belle ambition, comme celle d’organiser des formations de six mois pour des enfants, comme en témoigne le vernissage de l’exposition rue des 3 francs à Bacongo, quartier de Brazzaville, où l’ont a pu apprécier que la vocation de l’un d’entre eux était de devenir… président de la République.

Dans la capitale congolaise, les chantiers de rue étant ouverts au tout-venant, le piéton doit souvent louvoyer entre sables, graviers et goudron encore chaud avec pour seule consolation une parole entre ouvriers au repos, de part et d’autre de la chaussée, quand l’un d’entre eux hèle un camarade pour lui raconter sa vie, ses misères où telle anecdote, comme entre deux mots de lingala, cette parole magnifique, dite en français : « Je suis couturé d’impôts. Je suis couturé d’impôts. »

Au Congo, le français n’est pas une pétaudière

Brazzaville, rond-point de l’Éléphant. Une policier de la circulation arrête une voiture. Contrôle d’identité.
– Vos papiers ? demande-t-il à la conductrice.
– Pourquoi ? Vous avez une carte professionnelle ?
– Voyez mon uniforme.
– Eh papa ! Vous devez avoir une carte professionnelle, sinon je ne vous montre pas mes papiers.
– Je vous demande vos papiers… C’est pas la cour du roi Pétault…
– Si vous ne montrez pas votre carte, je m’en vais.
– ( … ! )
– Très bien, au revoir.
Et la conductrice s’en va sans être inquiétée outre-mesure.
Comment ne pas être séduit par le cran de l’automobiliste ? Mais comment ne pas être fasciné par la culture de l’agent de la circulation et le surgissement dans cette pétaudière… d’un parler rabelaisien, le roi Pétault étant une création par l’illustre auteur en 1546 d’un personnage… extravagant et sans autorité.