La force de vie de Mimi Barthélémy

Avec Dominique Sylvain, avec un documentaire de Roland Moreau Mimi Barthélémy, la voie de la conteuse… Avec le sésame des contes de Mimi Barthélémy : « Messieurs-dames la société… »… Avec le chanteur Belo : « Quand reviendras-tu nous voir ? », a-t-il demandé en créole… Avec la belle parole des militants associatifs haïtiens qui organisaient cette veillée : Elliott Roy, Paul Baron, Peggy Bazile, avec la confession émouvante de Moïse Geoling, avec la poésie de Gérald Bloncourt, avec la guitare d’Amos Coulanges, les tambours de rythme banda d’Atissou, le « Yé krik ! — Est-ce-que la cour dort ? » de Luc Saint-Éloi, le phrasé de douce rocaille de Praline Gay-Para, avec les interviews d’Élodie Barthélémy et de Maurice Barthélémy.

« Honneur et respect ! » …

La disparition de Mimi Barthélémy, un hommage de Jacques Nesi

« Jamais elle ne s’est inscrite dans la sinistrose ambiante, elle n’est jamais arrivée à couvrir Haïti de  l’opprobre et de la malédiction où conduisent les luttes des élites pour le pouvoir et la perfidie des tyrans. L’action de Mimi Barthélemy ne saurait être considérée comme celle d’une conteuse faisant écarquiller seulement les yeux des enfants avant de regagner leur lit le soir, mais prolonge un combat permanent d’affirmation de l’identité haïtienne, loin de la désintégration de l’Etat occultée par des soudards élevés au rang de dirigeants mêlés aux  fêtards et aux Etats puissants. Projeter une image spécifique à Haïti, déployant sa force, sans chercher à l’isoler dans un particularisme vindicatif, aux termes de longues années d’exclusion, tel est le sens de son oeuvre. Ainsi, la disparition de Mimi Barthélemy est une catastrophe pour Haiti. »

extrait d’un hommage de Jacques Nesi, prononcé lors d’une émission spéciale de Kòn Lanbi, à Paris ce 28 avril 2013, texte intégral sur le site du Collectif2004 images.

Veuves ou orphelines, les femmes, notre avenir

En ce dimanche ensoleillé, ma libraire est absente du marché.

Son camion est en panne, dit son voisin vendeur de statuettes africaines.

Je repars avec mes cabas de fruits et légumes, poisson et fromages. Veuves et orphelines.

Dans la nostalgie des moments passés à feuilleter tel ou tel recueil de poésie, bonheur de la découverte insolite en ce lieu de dépôt presque aléatoire, furetage et carottage du passé. Souvenir qui convoque des bribes de mémoire, tel L’enlèvement des Sabines, épisode de la mythologie romaine relaté par Tite-Live, durant lequel les premiers hommes de Rome prennent des femmes en les enlevant à leurs voisins les Sabins, thème qui a inspiré les peintres de la Renaissance puis Jacques-Louis David, avec Les Sabines, tableau de 1799 :

Dans Histoire Romaine, de Tite-Live, trad. Désiré Nisard, 1864, chapitre 3 « La fondation de Rome et le règne de Romulus », l’amateur lira :

« Les mêmes Sabines, dont l’enlèvement avait allumé la guerre, surmontent, dans leur désespoir, la timidité naturelle à leur sexe, se jettent intrépidement, les cheveux épars et les vêtements en désordre, entre les deux armées et au travers d’une grêle de traits : elles arrêtent les hostilités, enchaînent la fureur, et s’adressant tantôt à leurs pères, tantôt à leurs époux, elles les conjurent de ne point se souiller du sang sacré pour eux, d’un beau-père ou d’un gendre, de ne point imprimer les stigmates du parricide au front des enfants qu’elles ont déjà conçus, de leurs fils à eux et de leurs petits-fils.

« Si cette parenté, dont nous sommes les liens, si nos mariages vous sont odieux, tournez contre nous votre colère : nous la source de cette guerre, nous la cause des blessures et du massacre de nos époux et de nos pères, Nous aimons mieux périr que de vivre sans vous, veuves ou orphelines. »

Ferrailler pour battre le record de traversée du Pacifique

Quand l’actualité du Pacifique rattrape la fiction des Caraïbes…

Paraît aujourd’hui au Diable Vauvert dans sa traduction française (par Sara Doke) le livre palpitant — et hautement recommandé — de l’Américain Paolo Bacigalupi, un roman d’anticipation pour adolescents. Les ados héros du roman, eux, rêvent d’un ailleurs à la fin du XXIe siècle, de beaux clippers et d’une morale de vie dans une Louisiane dévastée par les chamboulements climatiques et les tempêtes tueuses de villes.

A été annoncée hier une tentative de record du Pacifique à la voile par l’équipage d’Alain Thébault, sous le titre publié dans Le Télégramme : « L’Hydroptère veut y retourner » : « Alain Thébault et ses trois équipiers (Yves Parlier, Jacques Vincent, Jean Le Cam) se lanceront, à partir de la fin mai, à l’assaut du record de la traversée du Pacifique entre Los Angeles (Californie) et Honolulu (Hawaï) avec l’Hydroptère.

« L’enjeu sera de contrôler la vitesse du bateau, de ne pas être trop déraisonnable », a expliqué Thébault lors d’une présentation de son projet à Paris. Il a rappelé que l’Hydroptère -un trimaran de 18,28 m à foils – est capable de vitesses très élevées puisqu’il a franchi la barre des 50 nœuds (92,6 km/h). L’objectif, sur une distance d’environ 2.200 milles en route directe, sera de maintenir « une vitesse raisonnable de 30-35 noeuds » pour ne pas casser. Thébault et ses compagnons voulaient tenter de battre le record l’an dernier mais ils étaient arrivés trop tard à Los Angeles pour bénéficier d’une bonne fenêtre météo. Ils avaient dû renoncer. »

Cent cinquante choristes normands chantent Césaire

Parmi les hommages à Aimé Césaire à l’occasion de l’année du centenaire de sa naissance, saluons à la veille du 5e anniversaire de sa disparition, le 17 avril 2008, la performance des 150 choristes de six chorales de Normandie (les chorales Gloria N’Kembo, d’Hérouville (dont la jeune soliste Edmée Doudy) , À cœur joie, de Ouistreham, le Violet Calix bridge gospel et Arpador, toutes deux de Caen, et À cœur joie, de Normandie. Elles ont interprété l’œuvre de Lorenz Maierhofer, « Ethno-Messe pour la paix », sous la direction du chef de chœur Denis Thuillier (remarquable, comme on le voit dans le reportage de France Ô). Il s’agit d’une pièce pour chœurs, solistes et percussions, composée de chants gospels, africains, amérindiens entre lesquels sont incorporés des textes d’Aimé Césaire. Ceux-ci ont été lus par la comédienne Karinn Helbert..

En novembre prochain, 70 de ces choristes feront le voyage de la Martinique pour chanter Césaire avec des chœurs de son île natale.

À l’origine de ce projet un couple franco-congolais, qui a créé une association humanitaire pour venir en aide à l’éducation des jeunes de RD Congo, association humanitaire Kiamvu-Le pont.

Chef de chœur : Denis Thuillier, comédienne lectrice de Césaire : Karinn Helbert, Percussionnistes : Ne Nkamu Luyindula, Aimé Kifoula, Pianiste : Noël Letertre.

Voir le site dédié à cet événement.

Prix Ouest-France Etonnants voyageurs 2013 (sélection finale)

Sur les dix sélectionnés, cinq ont été choisis par un jury composé de dix jeunes lecteurs français, âgés de 15 à 20 ans :

Emmanuelle Bayamack-Tam, Si tout n’a pas péri avec mon innocence, P.O.L

Jean-Luc Coatalem, Nouilles froides à Pyongyang, Grasset

Hubert Haddad, Le peintre d’éventail, Zulma

Aïssa Lacheb-Boukachache, Scènes de la vie carcérale, Au Diable Vauvert

Michelle Tourneur, La beauté m’assassine, Fayard.

Décision, lors d’Étonnants voyageurs, le 18 mai 2013.

Lannion, tout un poème

Depuis vingt ans, la ville de Lannion (Côtes-d’Armor) réunit des poètes au printemps. Nous avons rencontré trois d’entre eux à l’occasion de la vingtième édition de Il fait un temps de poème.

Lannion est une ville d’estuaire du Nord-Bretagne, propice aux rencontres, organisées par l’un des rares poètes professionnels de France, Yvon Le Men.

En quelques mois, ce jeune poète de 60 ans publie une anthologie : Il fait un temps de poème, vol. 2 (Filigranes), un recueil de poèmes écrits en Haïti : Sous le plafond des phrases (éditions Bruno Doucey), un livre d’entretien avec Cypris Kophidès : La langue fraternelle (édition Diabase) et un recueil de nouvelles : Existence marginale mais ne trouble pas l’ordre public (Flammarion).

Souleymane Diamanka et Julien Barret sont les auteurs du livre Écrire à voix haute : rencontre entre un poète et un linguiste autour de la poésie orale d’aujourd’hui, préface de Dominique Boudou (L’Harmattan).

Alexis Gloaguen est l’auteur de deux titres de poésie narrative chez Maurice Nadeau : Les Veuves de verre et La Chambre de veille.

Congo, vraie histoire, mauvais procès

Alors que Congo, une histoire, de David Van Reybrouck est un essai magnifique, multi-primé (il l’était encore lundi 8 avril 2013, comme raconté par Papalagui), qu’il est un modèle d’enquête et de connaissance, qu’il rend hommage à quelques-uns des cinq cents témoins rencontrés par l’auteur au cours de six années de travail, il est la cible d’un curieux procès. Ou plutôt sa couverture. Ou plutôt celle de Congo. Een geschiedenis, puisqu’il s’agit de l’édition originale qui est en cause, ou plutôt de la photo de sa couverture.

Les ayants droit d’Etienne Nkazi-A-Kanda-Ndotepelo, l’homme qui figure sur la couverture de l’ouvrage [l’un des dédicataires, aujourd’hui décédé], ont réclamé jeudi devant le tribunal de première instance de Bruxelles la condamnation de l’auteur, du photographe Stephan Vanfleteren et de la maison d’édition De Bezige Bij pour l’utilisation sans autorisation de son image. Ils estiment en outre que le cliché est « blessant et injurieux » (agence de presse Belga, rapportée par Le Vif).

Selon ses héritiers « Étienne Nkazi avait accepté d’être photographié, mais il n’avait jamais donné son accord pour que les clichés soient utilisés, encore moins en couverture. Ils estiment également que la photo choisie est injurieuse pour les Congolais et qu’elle renforce l’image du « pauvre Africain » [sic].

L’avocat de l’auteur, du photographe et de la maison d’édition, Me De Bleeckere, avance que M. Nkazi avait « au moins implicitement » donné son accord. « Le shooting s’est déroulé de manière professionnelle. Les clichés devaient par ailleurs être conformes aux standards occidentaux et non aux congolais ». La défense a ajouté que les plaignants n’avaient en outre pas pu prouver qu’ils étaient les héritiers de M. Nkazi.

Le tribunal rendra sa décision le 16 mai.

La photographie de la couverture de l’édition française, chez Actes Sud, qui représente un anonyme, n’est pas en cause.

Pour prolonger le plaisir de lecture, on préfèrera le document produit par l’éditeur néerlandais, De Bezige Bij : « Congo. Een geschiedenis  », film documentaire de 15’31, sur les rencontres de David Van Reybrouck avec quelques-uns des grands témoins interviewés lors de son enquête au RD Congo. Parmi eux des anciens combattants, une religieuse, une journaliste culturelle, des musiciens, un cameraman : Augustin Mfukidi, Martin Kabuya, Apolline Lemole, Jean Lema, Pierre Yantula, Armand Mwango, Isidore Kabongo, Bibish Mumbu :

Congo. Een geschiedenis from thibault judicq on Vimeo.