L’artisan

« J’arrive ! »
Toujours affairé
Mon cordonnier
Même le dimanche
Son mot d’accueil
Ne varie jamais
Doigts noueux comme des racines
Ongles noircis par le labeur
Il a toujours un soulier entre les mains
Le marteau sur le billot
Ses crépins à portée de main
Quand il s’occupe de vous
Ça ne dure pas longtemps
L’œil est comme la main
Précis et sûr
Le diagnostic tombe à chaque fois juste
Jamais je ne demande le prix
La réparation sera toujours impeccable
Au jour dit, la paire est prête
« Voilà, elles sont comme neuves. »
Une semelle, un talon, une boucle
Quel que soit le travail
On paye, on prend, on se salue
À chaque fois c’est pareil
À chaque fois, j’en ressors admiratif
Je repars avec mes chaussures parfaites
Retapées, restaurées, requinquées
Soignées
Pleinement en forme
Et le sentiment d’emporter un peu
Pour moi seul
La certitude
D’avoir côtoyer
Un homme et son métier
D’emporter avec moi
Son geste et son art
Sa justesse et sa noblesse
Et ça, ça n’a pas de prix.

 

Étymologie : Mot né vers 1255 ; de cordoan, cordouan «  de Cordoue  », ville célèbre pour ses cuirs, et -ier, avec une altération due à l’influence de cordon (Le Grand Robert de la langue française)

« La culture est notre pétrole, une usine à rêve » (Jean-Michel Ribes)

« Si rien n’est fait, je pense que ça va vraiment péter. Mais il y a actuellement un problème de discours, avec une communication incroyablement mauvaise, car très technique, qui sectoralise un problème qui, en réalité, nous concerne tous : il fait dire qu’un euro investi dans la culture permet d’en gagner quatre ; que ce secteur pèse plus lourd que l’automobile, équipementiers compris ; que si la France reçoit 80 millions de touristes, c’est aussi parce que la culture est notre pétrole, une usine à rêve, sachant que dans le mot « usine » , il y a la notion d’emploi. L’idéal, pour chercher une solution au conflit actual, serait un moratoire, qui permettrait de tout reconsidérer après l’été. Mais ce ne sera as le cas. »
Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, Libération, 14-15 juin 2014

« L’Ange de charbon » de Dominique Batraville

L’Ange de charbon de Dominique Batraville (éditions Zulma) est un roman au style emporté. Son héros est emporté par son verbe et son errance dans Port-au-Prince post-séisme. Malgré sa taille raisonnable de 180 pages, le livre est extravagant. C’est l’histoire d’un nègre d’origine italienne qui croise sur son chemin des belles de nuit et des saints de toutes sortes dans la profusion d’un délire qui tient du chant, d’une quête identitaire, d’une épopée dans une ville-mouroir. L’Ange de charbon emprunte à la bouffonnerie satanique d’un Lautréamont, à l’écriture chaotique de Frankétienne et à la verve surréaliste dans une ville jamais complètement sure de son nom : Port aux crimes, Port aux putes, Port aux crasses.

Mon pays est un palimpseste

« Mon pays est une perle discrète
Telle des traces dans le sable
Mon pays est une perle discrète
Telle des murmures des vagues
Sous un bruissement vespéral
Mon pays est un palimpseste
Où s’usent mes yeux insomniaques
Pour traquer la mémoire. »

Ousmane Moussa Diagana, poète Mauritanien, Notules de rêves pour une symphonie amoureuse (1994).

Lire l’article sur Jeuneafrique.com