Golshifteh Farahani, l’exil dans le présent

Portée par le public languide et mélancolique du Forum des images, un des cœurs battants de la cinéphilie parisienne, Golshifteh Farahani, exilée d’Iran pour cause de féminité dans un film hollywoodien, Mensonges d’État de Ridley Scott (2008), lance d’une voix glamour et joueuse au public français qui vient de voir À propos d’Elly, d’Asghar Farhadi (Iran, 2009), dernier film de sa période iranienne, avant « d’être virée » de son pays :
« Vous adorez le passé, vous vivez dans un futur permanent, nous c’est le présent éternel, un mode de vie entre bombes, mitrailles et menaces [je ne cite pas textuellement, mais c’est l‘esprit]. D’où cette impression, quand vous venez en Iran qui est un pays merveilleux ou dans tous ces pays bordéliques qui l’environnent, d’être dans un bouillonnement de vie et de création joyeux. On n’a pas le choix. »
Invitée d’honneur de la 6e édition du festival «Un état du monde… et du cinéma » (7-16 novembre 2014), Golshifteh Farahani sera de nouveau au Forum des images à l’occasion de la projection de son premier film Le Poirier (Derakht-e Golabi), de Dariush Mehrjui (1998), ce dimanche 16 novembre à 17h30.

Si tu me possèdes… (لو ملكتني ملكت الكل) en arabe ou en sanscrit ?

La Peau de chagrin, l’un des premiers romans de Balzac, renferme quelques mots d’arabe…

Le thème central en est le conflit entre désir et longévité. La peau de chagrin magique représente la force vitale de son propriétaire, et se racornit à chaque satisfaction de son désir d’autant plus s’il vise à l’accroissement de puissance. Faisant fi de la mise en garde de l’antiquaire qui lui offre cette peau, le héros s’entoure de richesses pour se retrouver misérable et décrépit à la fin du roman. (Wikipédia avec illustration ci-dessous d’Adrien Moreau)

L’expression « peau de chagrin » est entrée dans le langage commun pour désigner tout ce qui se réduit invinciblement à l’usage, comme l’atteste le Trésor de la langue française (TLF) :

TLF

 

 

Dans le roman de Balzac, voici le passage extrait de la première partie, Le Talisman :

Peau de chagrin

— Ah ! vous lisez couramment le sanscrit, dit le vieillard. Peut-être avez-vous voyagé en Perse ou dans le Bengale ?

— Non, monsieur, répondit le jeune homme en tâtant avec curiosité cette peau symbolique, assez semblable à une feuille de métal par son peu de flexibilité. »

Extrait (arabe traduit en français) de La Peau de chagrin (1831) d’Honoré de Balzac, lui même présenté sour le titre « Noir chagrin » par Fabienne Alice dans la petite anthologie Le goût du noir, au Mercure de France. Fabienne Alice commente ainsi la confusion anecdotique sanscrit/arabe par Balzac : « Le texte figurant sur le chagrin est en arabe, non en sanscrit, comme le précise l’histoire. À sa parution, le livre ne montre qu’une version française ; Balzac demande plus trad une traduction à un orientaliste qui fournit une version arabe. Or l’écrivain ne corrige pas les pages sur lesquelles il évoque du sanscrit ! »

À noter que dans l’expression « si tu me possèdes », soit : « law malaktani » [ لو ملكتني ], on retrouve la racine du mot « roi » ou « malik », littéralement : « Si tu es mon roi… » (!).

 

Jorge Pineda, des Antilles à la Fiac

La FIAC, ou Foire d’art contemporain, c’est au Grand-Palais et Hors les murs jusqu’au 26 octobre 2014. Justement, sur les Berges de la Seine, dans le cadre de Slick attitude, dévolu aux artistes émergents, rencontre avec Jorge Pineda, de la République dominicaine.

La musique est extraite de l’album Dominican Republic Merengue (Haïti, Cuba, Îles Vierges, Bahamas, New-York 1949-1962), direction artistique Bruno Blum, édité par Frémeaux & Associés.

Avec Nicole Garcia la lecture est un pestacle

Doit-on dire « Nicole Garcia a massacré le texte de Jean Echenoz » ? Ne devrait-on pas plutôt évoquer la négligence ? ou tout simplement l’absence de travail ? Elle a du talent. Elle a été multicésarisée. Au Théâtre du Rond-Point,  ce mardi 22 octobre, une phrase sur deux est savonnée, escamotée, empesée. Et que dire de la gestuelle démonstrative et de ce regard appuyé pour souligner un vol, une direction, une échappée ?
Le texte de Jean Echenoz (14, Minuit, 2012) est une dissection littéraire du début d’un conflit mondial qui fit tuer environ 9 millions de personnes et qui en fit blesser environ 20 millions d’autres. Cette dissection par Echenoz prend l’allure d’une description millimétrée et magistrale du temps qu’il fait début août dans un village de Vendée à l’heure de la mobilisation. Il choisit le contraire d’une fresque, soit un tableau clinique dont la précision ouvragée s’accomplit dans le réalisme minutieux des psychologies de cinq hommes du village et d’une femme. Une phrase ample s’emploie à dessiner comme un interne en médecine (quelquefois décrivant jusqu’à une précision infinie) les trajectoires dans l’impasse de la guerre. Pour ne citer qu’un critique, résumons avec Jean-Claude Lebrun (L’Humanité, 4/10/2012) l’accueil du roman, puisé au réalisme de carnets de guerre familiaux : « Jamais Echenoz ne hausse le ton ni ne flirte avec le pathos. Mais son économie d’écriture, avec ses images millimétrées et sa langue pesée au trébuchet, fait ici merveille. Son 14 s’inscrit comme une œuvre de toute première force sur le thème de la Grande Guerre. »
Nul besoin d’insister : aucune lecture surjouée ne rendra compte de 14. Au Théâtre du Rond-Point, Nicole Garcia s’emploie, elle, à une lecture spectacle qui va nous hacher menu (ou happé, écrit un critique bien disposé). Le spectateur est la victime consternée d’effets gestuels recherchés, de constantes fautes de langue et d’une diction désinvolte. Les trois jeunes comédiens qui l’accompagnent s’en tirent tout juste. Ils ont peu de places car peu de textes à se partager : Inès Grunenwald est exacte, Guillaume Poix un peu trop parfait, Pierre Rochefort, sensible et humain.
Pour cette lecture de 14, Nicole Garcia a eu la bonne idée de faire entendre quatre voix. Dans une interview publiée dans le dossier de presse du spectacle, elle souligne son intention : « Nous voulions incarner le trio amoureux de 14 et confronter ce trio pudique à une voix narrative plus ample, qui pourrait être la guerre elle-même, le temps du conflit, prenant les personnages dans une dynamique tragique. » Elle endosse donc le rôle premier de la narratrice et tout simplement de la… guerre, ogresse puissante d’un       « opéra sordide et puant ».
Les applaudissements sont polis car après tout on est venu pour elle. Ensuite chacun peut retourner au texte puissant d’Echenoz.

À suivre : Cuba, Sartre et Glissant

« Cuba : regards croisés de Glissant et Sartre sur la Révolution », tel est le titre de la séance animée par le philosophe François Noudelmann mardi 21 octobre, à 19h, à la Maison de l’Amérique latine, dans le cadre du séminaire de l’Institut du Tout-Monde.

François Noudelmann se propose de « mettre en regard les textes que Jean-Paul Sartre a rédigés en 1960, réunis sous le titre Ouragan sur le sucre, et le journal de voyage (inédit) d’Édouard Glissant, relatant leurs périples respectifs dans l’île au moment de la révolution castriste.
Nous analyserons les figures de l’engagement intellectuel, la relation à l’idéologie révolutionnaire et aux dirigeants (les dialogues avec Castro et Guevara notamment), l’alliance de la foi politique et de la distance critique, l’attention portée à la parole libre, particulièrement celle de la littérature, et à sa répression. »

« Saint-John Perse, le poète aux masques », le site de Loïc Céry

« Dédié depuis sa fondation en 2002 à la diffusion et à l’étude de l’œuvre de Saint-John Perse, le site « Saint-John Perse, le poète aux masques » (www.sjperse.org) fait peau neuve, avec une nouvelle formule entièrement rénovée et de nouvelles extensions. Le site a donné naissance en 2006 à une revue d’études persiennes éditée chez L’Harmattan, La nouvelle anabase, dont la parution, momentanément interrompue depuis 2010, reprend prochainement avec la publication de deux nouveaux numéros. À noter également en dehors de la revue, l’édition prochaine des actes augmentés du colloque international « Saint-John Perse, Aimé Césaire, Édouard Glissant : Regards croisés » tenu à l’instigation de l’Institut du Tout-Monde (UNESCO / BNF / Maison de l’Amérique latine, septembre 2012), dont Sjperse.org avait été partenaire. » Source : Loïc Céry.