Parlez de votre thèse en 3 minutes, succès garanti !

L’éloquence c’est tout un art. Le concours « Ma thèse en 180 secondes » en apporte une preuve éclatante. La finale nationale qui a réuni 27 jeunes chercheurs, dont une représentante de la Guyane, mercredi 3 juin 2015 à Nancy était à la fois une fête de l’esprit et un spectacle où trois petites minutes suffisaient pour démontrer l’intérêt de ses recherches. Les lauréats devront se préparer pour la finale internationale francophone en octobre à Paris.

laureats_mt180_1Les lauréats du concours Ma thèse en 180 secondes. De gauche à droite : Alexandre Artaud, 1er prix du jury et prix du public, Rachida Brahim, 2e prix du jury, Grégory Pacini, 3e prix du jury, et Camille Rouillon, Prix des internautes / Pour la Science.

Premier prix du jury et prix  du public : Alexandre Artaud, Université Grenoble Alpes. Titre de sa thèse « Spectroscopie tunnel à très basse température de graphène sur rhénium supraconducteur ».

Deuxième prix du jury : Rachida Brahim, (Aix-Marseille université). Sa thèse : « Crimes racistes et racialisation. Processus de différenciation et d’universalisation des groupes ethniquement minorisés dans la France contemporaine, 1971-2003 ».

Troisième prix du jury : Grégory Pacini (Sorbonne Paris Cité). Sa thèse est intitulée : « Rôle d’EHD4 dans la régulation du facteur de restriction du VIH-1 : BST2 ».

TF1 a battu le record en 2’25 :

« La Cuisine d’Elvis », de Lee Hall, mise en scène par Sophie Chen

C’est intense, créatif et prometteur : à suivre le travail de la jeune compagnie Damaetas qui présentait sur trois dates, les 29, 30 et 31 mai 2015, la pièce La Cuisine d’Elvis dans un lieu improbable, Le Théâtre de verre, dans le quartier de la Place des Fêtes, à Paris, XXe arrondissement.

Quatre comédiens – tous épatants –  évoluent dans un vaste huis clos familial sur un plateau immense, entre les portants de vêtements de chaque côté et une penderie des vestes d’Elvis en fond de salle, Elvis la passion du père (Dad par Mathieu Métral) devenu légume sur chaise roulante suite à un accident : « Dad, tétraplégique et impuissant face à la déchéance de sa famille, prend la parole sous le straits d’Elvis un King. » écrit la feuille volante de présentation du spectacle (que l’Académie préfère à flyer dans un article digne d’être lu).

Les ingrédients de la pièce de l’Anglais Lee Hall (connu pour son scénario du film Billy Elliot en 2000) sont taillés sur mesure pour jouer la balance entre tragique et humour et ramasser la mise auprès des spectateurs. Le mari mutique ou chantant selon les scènes est notre représentant – après tout le spectateur est lui aussi mutique -, observateur qu’on déplace de scène en scène.

Sa femme (Mam, Céline Bevierre) cherche le réconfort d’un corps auprès de Stuart (Léon Cunha Da Costa) qui séduit la fille (Marie Craipeau). Les rôles féminins sont les rôles centraux autour desquels évoluent les deux personnages masculins. Dans le dialogue cru entre la mère et la fille, notons quelques scènes d’anthologie : la gâteau d’anniversaire soufflé par Dad, bougie après bougie par le souffle ténu qui lui reste ou le jeu de la séduction prépubère de la fille auprès de l’amant de sa mère.

La mise en scène de Sophie Chen respecte la place essentiel des dialogues. Elle exploite au mieux le vaste plateau offert dans ce lieu inédit où les comédiens sont à leur aise malgré le risque de s’y perdre. Des comédiens aux jeux très différents et ici judicieusement complémentaires.

 

Les Indes, d’Édouard Glissant par Sophie Bourel

« La mémoire des esclaves et celle des esclavagistes doivent se rencontrer. Nous avons besoin de nous souvenir ensemble. » C’est ainsi que la comédienne Sophie Bourel présente l’enjeu de ce texte dit en public. Pas seulement lu pour soi mais partagé en public comme elle l’a fait lors d’une tournée dans les Caraïbes en 2009 (Cuba, Haiti, République dominicaine).
Pour préparer cette première à Paris, le 29 mai à la Maison de la poésie, elle a appris par cœur ce long poème d’une cinquantaine de pages. Une performance au vu de la langue de Glissant. Les images habituelles de la Découverte des Amériques par Christophe Colomb ne sont pas les seules convoquées.

« Mangrove textuelle »
Ce « poème de l’une à l’autre terre », selon le sous-titre originel, est un chant élégiaque, une « mangrove textuelle », selon l’expression de l’universitaire tunisienne Samia Kassab-Charfi, qui alterne entre un « lieu convoité », les Indes de Colomb et des conquistadores espagnols, et un « non-lieu », un lieu pensé comme utopie. Glissant a ainsi « décentrer le regard élogieux du lecteur occidental », selon les mots de l’universitaire Anaïs Stampfli pour « l’initier à la pensée de la Relation ».
Dans Les Indes, Glissant confronte des mémoires antagonistes pour les faire dialoguer. Il esquisse ainsi des pistes pour le Tout-Monde à venir.
Une long compagnonnage avec le poète disparu en 2011 avait permis à Sophie Bourel de travailler le texte au plus près de sa source.
Le poème puise dans l’Appel, le Voyage, la Conquête, la Traite [négrière], les Héros [rebelles] et dans la Relation, selon les titres des six chants qui le constituent.
Deux ans après Les Indes, en 1958 Édouard Glissant est lauréat du prix Renaudot pour son roman La Lézarde.

Legba sur l’épée de Dany Laferrière

Sur l’épée d’académicien de Dany Laferrière, sculptée par Patrick Vilaire, remise deux jours avant sa réception sous la Coupole, Legba, le dieu vaudou de l’écrivain : « À partir du moment où Legba en personne est venu m’ouvrir la dernière porte, j’ai été hors d’atteinte de tout mal. Je n’appartiens plus au monde de la dictature. » (Le Cri des oiseaux fous, p. 344).

Migrants, un business juteux pour les trafiquants

« Ceux qui se font prendre sont toujours les plus petits, ceux qui vivent et travaillent dans les zones chaudes, où le risque est le plus élevé. Les chefs sont ceux qui ont le moins de problèmes avec la justice et s’en sortent à bon compte s’ils se font prendre. » p. 180, Trafiquants d’hommes, d’Andrea Di Nicola et Giampaolo Musumeci, éditions Lina Levi.

Alaa El Aswany : la démocratie, solution au « fascisme religieux »

Les débats dans les festivals littéraires ne sont pas futiles et réservés à des cénacles réservés. Ils ont des répercussions dans le monde arabe, nous dit à Saint-Malo lors d’Étonnants voyageurs l’écrivain égyptien Alaa El Aswany, le célèbre auteur de L’immeuble Yacoubian, l’une des figures intellectuelles du Printemps arabe, auteur d’un essai Extrémisme religieux et dictature, les deux faces d’un malheur historique.
Alaa El Aswany rencontré à l’issue d’une table ronde intitulée « Être Charlie ? » consacrée aux lendemains des attentats de janvier à Paris,

Bien que la liberté d’expression en Égypte soit « pire aujourd’hui que sous Moubarak » nous confie Alaa El Aswany au sortir du théâtre Chateaubriand de Saint-Malo, bien qu’il soit lui-même interdit de publier dans la presse de son pays, bien que ses livres soient dorénavant interdits au Qatar et au Koweit, l’écrivain de la place Tahrir continue son combat pour la liberté d’expression.
Son dernier livre prend de face cette question. Extrémisme religieux et dictature, Les deux faces d’un malheur historique (Actes Sud) réunit des chroniques qui avait écrites de 2009 à 2013. Ces textes courts portent souvent un titre posé sous forme de question, par exemple : « Pourquoi sommes-nous en retard sur le reste du monde ? » ou « Pourquoi les religieux extrémistes sont-ils si préoccupés par le corps de la femme ? »
En faisant sien l’enjeu fondamental de dépasser ce qu’il nomme « le fascisme religieux » ses chroniques sont toutes terminées par la phrase : « La démocratie est la solution. »

Taxi 145

Mon taxi parisien est une parisienne. Elle ne connaît pas ma rue mais en connaît quand même 600 sur les 5000 de la capitale.
Dans le quartier, elle me cite toutes les grandes artères.
– À Londres, vous devez avoir en tête la liste de toutes les rues pour passer l’examen de taxi. Pas à Paris. A l’examen vous êtes recalé si vous n’allez pas directement à destination.
– Si on balade le client, en somme ?
– C’est ça. Mais vous vous avez de la chance…
– Ah bon… Pourquoi ?
– Tous les feux sont au vert !