Les 10 mots ? allons-y franco…

En janvier dernier, les nouveaux dix mots d’un jeu annuel francophonique sont tombés :

« Les dix mots choisis invitent à partir à la découverte du français parlé dans les différents territoires de la Francophonie » : en  France « chafouin » et « fada», au Québec « poudrerie » et « dépanneur », en Belgique  « lumerotte » et « dracher », en Suisse « ristrette » et « vigousse », en Haïti  « tap-tap » et au Congo « champagné ».

Pour ceusses qui coinceraient, les définitions sont dispensées généreusement ici. Or, comme ambassadeurs de la francophonie, on n’a pas trouvé mieux que Dany Laferrière (entré à l’Académie française en mai 2015) et Alain Mabanckou, qui vient de prononcer sa leçon inaugurale au Collège de France. Proposons ce dérivatif :

En sortant du dépanneur, faisant gaffe à pas s’étaler dans la poudrerie de l’avenue Sherbrooke Ouest en plein centre de Montréal, le nouvel académicien qu’était devenu l’ami Laferrière songeait à la ristrette qu’il s’était envoyé y a pas deux jours sur les bords du Léman. Le nouvel ambassadeur de la francophonie n’avait rien d’un fada chafouin. Il voyageait beaucoup, faisait profiter le vulgum pecus de ses nouvelles relations, très gentleman, geste que son ami Mabanckou saluait d’un « champagné ! » collégial, mot apprécié du sapeur. Cet auto-satisfecit lui laissa à peine le temps d’un rictus, qu’en rêve il se transporta à Port-au-Prince. Il sautait vigousse dans le premier tap-tap qui passait à sa portée évitant une drache tropicale qui s’affalait fissa sur les rares lumerottes du quartier.

Bon, on n’est pas loin d’un joli charabia…

 

En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français

En 2015, seulement 15 romans arabes ont été traduits en français

En 2015, 17,7% des livres produits en France sont des traductions, un chiffre stable d’une année sur l’autre : sur 67 041 titres publiés, on en compte 11 847 traduits, selon l’étude annuelle de Livres-Hebdo.
Les langues les plus traduites sont l’anglais (58,1% des titres avec 6 879 ouvrages), le japonais (12,1% soit 1 432 titres), l’allemand (6,4% soit 754 titres). Le portugais et le chinois progressent avec une centaine de titres de chaque langue.
Parmi les langues les moins traduites : l’arabe, avec 74 livres traduits en 2015, contre 98 en 2014, dont seulement 15 romans, contre 26 en 2014.

La pensée de Glissant en Martinique ? « Hélas, rien à dire… », déplore Confiant

Cinq ans après la disparition du poète martiniquais Édouard Glissant, à l’âge de 83 ans le 3 février 2011, son compatriote Raphaël Confiant déplore que la « pensée rhizomique » de l’auteur du « Tout-Monde » n’ait aucune retombée aujourd’hui dans une « Martinique désemparée », écrit-il dans Montray Kréyol, 04/02/16 :

« La pensée de Glissant était une pensée rhizomique comme il le dit lui-même, connectée à toutes les histoires, à toutes les langues, à tous les mondes. Le contraire donc d’une pensée nombriliste et bêtement nationaliste. Cette pensée-là fut et demeure très difficile à acclimater dans une Martinique travaillée par une souffrance identitaire tri-séculaire, incapable de s’assumer, bipolaire (je n’aime pas le Blanc, mais je vote « NON » en cas de référendum sur l’indépendance), cultivant une africanité fantasmatique et surtout cosmétique, détruite économiquement après l’effondrement de l’industrie sucrière dans les années 60 du XXe siècle. Une Martinique désemparée pour tout dire. Dirigée par des politiciens, de quelque bord qu’ils soient, pour qui la mondialisation n’existe pas. (…) Le reste du monde se résumant de temps à autre à quelque évocation de notre relation avec la France et l’Europe. C’est à se demander si nous savons que la Chine est devenue la première puissance mondiale. (…) Que devient la pensée de Glissant à la Martinique ? [à cette question] je ne réponds rien. Car il n’y a, hélas, rien à dire… »

Lire le texte intégral de Raphaël Confiant sur Montray Kréyol, 04/02/16