Les gros volumes leur avaient semblé un océan…

 

Entre deux langues, les métaphores jouent avec génie. L’exemple est édifiant : il prend en compte l’origine du mot arabe pour désigner le « dictionnaire », al-qâmûs (القاموس).
« Quand les savants d’Orient avaient découvert les dictionnaires grecs, eux dont la langue était restée jusqu’alors essentiellement orale, ils les avaient comparés à ce qu’ils connaissaient le mieux : les mers. Les gros volumes leur avaient semblé un océan, de mots, de sons, de sens, de saveurs, de savoirs, raconte Sophie Chérer en introduction de son beau livre, Renommer (éditions L’École des loisirs). C’est pourquoi, poursuit-elle, le premier auteur connu d’un dictionnaire arabe écrit, Al-Firouzabadi, avait intitulé son ouvrage au XIVe siècle de notre ère, d’après un mot transcrit du grec okeanos : Al uqyanus al-muhrit, littéralement « l’océan qui entoure tout ». Adapté, simplifié, uqyanus est devenu aujourd’hui al qâmûs, le dictionnaire. »
C’est ainsi que la vastitude de la connaissance prit la dimension d’un océan.

Poète, quel sang coule dans ton poème ?

دمُ مَنْ هذا الذي يجري في قصيدتكَ أيها الشاعر ؟
عمياءُ قصيدتُك
وصوتُكَ أعمى
لكنَّ الهواءَ يُهَدْهِدُ الشَّهلَ والعشبَ يهمسُ للقتيل.
القمحُ يتطاولُ
ليرى
ارتجافَ الهضبَة.

Poète, quel sang coule dans ton poème ?
Aveugle est ton poème,
aveugle est ta voix.
Mais l’air berce la plaine, l’herbe chuchote à la victime.
Le blé grandit
pour voir
trembler la colline.

[Nouri al-Jarrah (Damas, 1956), Sept jours, Poème, éditions Europia, 2013, bilingue, traduction Rania Samara]

Chaque mot est un départ pour une rencontre

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En lisant l’excellent « Mahmoud Darwich » de la revue Europe (janvier 2017), je découvre sa proximité avec Yannis Ritsos, rencontré à Athènes.
De fil en aiguille, je recherche des textes du poète grec. Et je tombe sur cette pépite qui vaut son pesant de poesie, et que je vous laisse, gratis :
« Chaque mot est un départ pour une rencontre – annulée souvent – et c’est un mot vrai seulement quand, pour cette rencontre, il insiste. »

La Chaire universitaire Mahmoud Darwich sera inaugurée mercredi 25 janvier 2017, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique.

une goutte de poésie

« Ah ! si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour nous pouvions apaiser la haine du monde ! » Pablo Neruda, Résidence sur la terre.
Magnifique de poésie et de beauté dionysiaque que le film de Pablo Larraín où s’entremêlent traque politico-policière, dialogues oniriques auteur-personnage et quête de grandeur…

Bon-courage-bonne-année !

Un cri traverse la ligne :
Bon-courage-bonne-année !

Ligne 2 du métro
Une femme
Démarche claudicante
Pliée en deux
Pieds nus,
Pieds luxés,
Un bonnet de laine épaisse sur ses yeux masqués
Un gobelet de vieux carton à la main
Bon-courage-bonne-année !

C’est un Quasimodo surgi de la foule —

La surprise passée, ce n’est plus un cri
C’est un chant profond qui enveloppe la ligne
On détourne le regard / on donne une pièce
Bon-courage-bonne-année !

Une voix lyrique
Vous harponne
Puissante et belle
Griffe d’émotion…

La vie est un opéra
Et la mendiante
Soliste en survie
Chante misère, Oui !

La femme sauvage du métro,
Est une gueuse magnifique
Une voix au grain magique

Qui jouit de sa beauté
entourée d’un chœur muet qui se laisse traverser
— subjugué
Bon-courage-bonne-année !