Apprendre le français avec des contes antillais

Destiné aux écoles primaires, ce recueil de contes est publié par Hachette Education, qui le présente ainsi :

 » Texte intégral de quatre contes choisis pour leur intérêt littéraire et destinés à accompagner les élèves dans leur apprentissage de la lecture, de l’écriture et de la compréhension verbale. « 

La geste de compère Lapin, de Marie-Thérèse Lung-Fou ; L’accra de la richesse, de Patrick Chamoiseau ; Mamman d’lo et Ti-Coco, de Renée Maurin-Gotin , Tit Vanousse, de Thérèse Georgel.

Le bibliobus contes d’ailleurs, CM cycle 3 : les Antilles, notes Pascal Dupont, chez Hachette Education.

 

Poème 1 : Eloge de l’autre

Il est des résistants

organisés

en brigades d’interventions poétique

qui célèbrent l’éloge de l’autre,

tentative dérisoire, magnifique et gratuite,

de rêche droiture

dans le flux fou de l’obscène quotidien,

cascade cathodique d’images et de mots.

Il est des rescapés,

brise-lames

à l’ordre établi.

Leur style revêche

sculpte l’effluve du temps.

Il est des survivants

au mot en bataille,

griots de vieille sapience,

pointillés en souffrance tenaces.

Où travaillez-vous ? (Eloge de l’autre)

Jour J pour le Printemps des poètes, dont le thème est cette année  » Éloge de l’autre « . Ouverture de la quinzaine, ce soir au Théâtre Mogador . Pour l’occasion, citons Derek Walcott :

 » Dans les Caraïbes, j’ai une maison avec une vue extraordinaire. Mais pas quand j’écris. C’est mon seul conseil : n’écrivez jamais avec une fenêtre donnant sur la mer. Car vous finirez comme un de ces idiots qui se croient poètes parce qu’ils ont l’air inspiré. « 

telle est la réponse faite par le prix Nobel en 2004 à Didier Jacob, du Nouvel Observateur qui demande aux écrivains  » Non pas comment ils travaillent, mais où. C’est la question que j’ai souvent posée, depuis quelques années, en fin d’interview, aux écrivains que j’ai rencontrés. «  Les réponses d’une trentaine d’écrivains sont sur son site Rebuts de presse.

Culture alibi

Inquiétude dans l’audiovisuel public après la fin de la pub annoncée et l’incertitude budgétaire qui s’ensuit.

Inquiétude dans la culture après la baisse des subventions annoncées.

Dans le cas de l’audiovisuel public, la « no-pub » attitude serait garante de la qualité.

Dans le secteur culturel, un recentrage des aides vers les institutions culturelles nationales permetrait de rationaliser le secteur.

Dans l’audiovisuel public, on entend poindre le principe : no-pub = qualité. Or la qualité, nous dit-on, serait synonyme de télé populaire. Donc no-pub = télé populaire = qualité = culture populaire.

Ainsi par une curieuse coïncidence, on assimile la qualité (de la télé) à la culture. Mais en même temps on veut économiser la culture, au sens où la culture devrait aussi rendre des comptes.

L’apparition simultanée de l’interventionisme d’état en télé et de la rationalisation d’état dans la culture provoque une curieuse résonance. L’aspect  » financier  » unit, à première vue, ces deux projets. Soulignons un autre mot qui les réunit, le mot  » désengagement « . Dans les manifestations des professionnels de la culture ce 29 février, comme dans le « no-pub » audiovisuel. Dans le premier cas, les manifestants dénoncent un désengagement de l’état. Dans le second, il s’agirait de désengagement publicitaire.

Dans les deux cas, la culture sert d’alibi. En télé, la culture est l’alibi de la qualité. Dans le secteur culturel, l’argument de la culture rationalisée sert d’alibi à une politique culturelle qui se cherche. C’est curieux, vous ne trouvez pas, on ne parle plus d’exception culturelle ? On parle d’économie. C’est dans l’air du temps.

Le gendarme Citron, un Jean Rouch du Pacifique Sud

Alors qu’en mai 2008, le Centre Tjibaou célèbrera ses dix ans, et les Accords de Nouméa aussi, c’est un moment de grâce et d’émotion ce documentaire qui porte un nom de bande dessinée, Le gendarme Citron. Signé Gilles Dagneau, il raconte la vie d’un gendarme en Nouvelle-Calédonie au mitan du XXe siècle. C’était avant l’affaire d’Ouvéa et des gendarmes. Ce fonctionnaire a passé son temps à filmer l’Autre, c’est-à-dire les Kanak, comme Jean Rouch filma les Dogons de la falaise de Bandiagara, avec intelligence, respect et désir de comprendre. Ses vingt pellicules ont été achetées par le Centre culturel Tjibaou en 2004…

Le gendarme Citron, de Gilles Dagneau, sera diffusé sur RFO, Télé-Pays, le 28 avril, et sur France Ô le 29 avril.

Robert Citron (qui vit aujourd’hui au Sud de Paris) est né en 1920. A l’âge de 35 ans, il fait un premier séjour à l’île des Pins, connue pour son ancien bagne, son lagon turquoise, ses araucarias. En autodidacte, il commence à filmer sa famille. Puis (un gendarme aime l’ordre), il organise des courses à chevaux sur la plage qu’il filme en… 2CV, question de travelling… Il encadre des matchs de foot. Tout cela sent  » le bon temps des colonies « , une espèce de douce ingénuité où les images en couleur, muettes, semblent la décalcomanie du paradis ( » L’île la plus proche du paradis « , est d’ailleurs un slogan pour touristes utilisé pour l’île des Pins). Mais déjà Citron a un regard d’empathie avec les Kanak, dont un historien nous dit qu’ils ont acquis la pleine citoyenneté seulement en 1957 !

Après cinq ans de  » mission  » (jamais ce mot n’est prononcé dans le film), le gendarme Citron rentre en France, est muté en Guadeloupe. En 1964, il revient avec du galon à Canala, sur la côte Est de la Grande Terre. Et là, il devient Jean Rouch. Comme dans les Maîtres fous (1954), documentaire devenu un classique du film d’ethnologie, sur les pratiques rituelles d’une secte religieuse de culte Hauka dans la région du Niger. Même intelligence, même curiosité de l’Autre, même attention à une culture dont il découvre les arcanes.

A Canala, Robert Citron, qui a été agriculteur reconnaît dans ses  » administrés  » les mains de ceux qui vivent de la terre. Il faut écouter son commentaire du cycle de l’igname, le tubercule qui marque la vie et les liens du groupe. Citron est précis. C’est presque du mot à mot, avec un sens de la narration éprouvé. Il vouvoie le maître de l’igname et il ne comprend pas comment les colons peuvent le tutoyer… Citron explique pourquoi il fait durer certains plans :  » pour mieux expliquer « . Il devient le médiateur réalisateur du maire de Canala : les Kanak doivent se contenter de cultiver des parcelles de terres réduites alors que les colons ont de la surface où ils laissent paître leur bétail.

Plus extraordinaire : toute la chefferie de Canala qui passe entre les mains du guérisseur. Citron explique, plan après plan.

Essentielle, cette belle séquence où Emmanuel Kasarherou, le directeur actuel du Centre culturel Tjibaou, souligne en quoi ces images – rares –  » réactivent «  la mémoire des Anciens qui peuvent mieux raconter leurs témoignages. Autant de patrimoine oral d’une culture qui est indéxée par les chercheurs d’aujourd’hui…

Enfin, l’épilogue est très émouvant. Des habitants de Canala et de l’île des Pins s’adressent face caméra au gendarme Citron pour lui dire ce qu’ils lui doivent : un regard d’homme à homme.

Restes humains : la question de confiance et de conscience

Le musée du Quai-Branly a organisé, à Paris les 22 et 23 février 2008, un Symposium international sur la question des restes humains dans  » l’objectif de clarifier les enjeux des débats essentiels suscités par la conservation des restes humains dans les musées, ainsi que d’esquisser les procédures concrètes susceptibles de réguler les conflits d’intérêts éventuels. « 

Parmi les interventions, retenons celle de Seddon Bennington, directeur du musée Te Papa (Nouvelle-Zélande) :

 » Il y a 20 ou 30 ans, les Maori considéraient que les musées néo-zélandais leur avaient volé leur culture. Cela a changé. Le musée Te Papa est d’ailleurs dirigé par un partenariat biculturel entre Maori et non-Maori (est intervenu la veille Edward Ellison, en charge du Conseil pour la rapatriement au musée Te Papa)  . C’est une direction duelle.

En Nouvelle-Zélande, des excuses ont été faites aux Maori. C’est le mot essentiel pour une réconciliation. Le gouvernement appuie le programme de restitution. C’est une forme d’excuse illustrée par :  » Nos ancêtres doivent rentrer chez eux.  »

Te Papa reconnaît que les collections d’objets ne leur appartiennent pas. Nous sommes seulement les gardiens par le fait que les Maori nous donnent leur confiance. Te Papa est reconnu comme leader dans cette nouvelle muséologie, qui s’applique au niveau international.

Dans la médiation entre un musée détenteur d’un objet et nous, les mots  » demande  » ou  » obligation  » ne sont pas employés. C’est pour cette raison que nous ne sommes pas entrés dans le processus engagé par le Museum de Rouen [Papalagui, 23 et 28/10/07 ; 2 et 3/01/08 ]. Nous aimerions faciliter le retour des restes humains vers les gens qui y sont liés. Mais nous reconnaissons qu’il y a des cadres législatifs. Ce ne doit pas être déterminé par la loi mais pas la conscience, les sentiments, les émotions, le respect mutuel.

Te Papa se voit comme un facilitateur de voyage. Cela demande beaucoup de discussions entre institutions qui ont eu les restes depuis plus de deux cents ans. Nous sommes temporairement en charge des restes humains de ces différentes tribus. Nous sommes un élément de ce voyage. Les tribus décident de l’action responsable, comme l’ultime moment du retour. Il y a d’ailleurs différents points de vue au sein des tribus, notamment entre anciens et jeunes. Nous devons comprendre ces discussions qui relèvent de leurs prérogatives fondamentale, ce ne doit pas être déterminé par un musée.

Les musées ont un rôle à jouer dans la réconciliation post-coloniale. En Nouvelle-Zélande, la reconstruction a entraîné une forte confiance des Maori. Ce qui a eu une répercussion sur leur confiance en eux. « 

La France et ses 4 millions d’esclaves

A lire sur le site nonfiction.fr , l’article de Cécilie Champy, qui débute ainsi :

 » Le livre de Frédéric Régent, La France et ses esclaves. De la colonisation aux abolitions (Grasset) n’est pas seulement une histoire de la colonisation française sous l’Ancien Régime, mais aussi, et c’est là l’intérêt de l’ouvrage, une réflexion sur le fonctionnement des sociétés esclavagistes, à partir de l’exemple français… « 

Chamoiseau, « guerrier de l’imaginaire » (Africultures)

Extrait d’un entretien publié par Africultures, daté du 14/02/08, avec l’écrivain Patrick Chamoiseau (entretien signé Savrina Parevadee Chiniene) :

 » Je me définis comme étant un « guerrier de l’imaginaire » parce que je sais que le vrai champ de bataille, c’est l’imaginaire. Si on n’est pas vigilant sur les modalités de transformation de l’imaginaire, on est dominé. L’Amérique domine le monde par l’imaginaire. J’ai été effrayé quand j’ai vu Clinton – alors président des États-Unis – aller au Vietnam, pays massacré avec des produits qui jusqu’à maintenant provoquent des milliers de cancers. Tout le pays, tous les jeunes étaient amassés sur le chemin du président américain ; ils étaient émerveillés. Pourquoi ? Parce qu’ils vont au cinéma, ils écoutent la musique, parce qu’ils boivent du coca-cola… c’est par l’imaginaire que s’exerce une espèce de fascination. Et même s’ils peuvent avoir des vertus nationalistes, ils auront tous des jeans, des baskets… et cela passe par l’imaginaire.

Si nous n’arrivons pas à faire en sorte de nous battre surtout sur ce terrain de l’imaginaire, on peut faire sauter les deux tours, faire comme les terroristes palestiniens… on s’aperçoit que les enfants eux-mêmes entrent dans un processus d’occidentalisation irréversible sauf si on arrive à trouver des modalités de lutte contre cet imaginaire. C’est cela mon combat… »