Sélection 2008 pour la bourse du premier roman de l’académie Goncourt

L’académie Goncourt a sélectionné neuf premiers romans en vue de sa bourse qui sera attribuée le 4 mars.

Lors de sa prochaine réunion, le 1er mardi de mars, l’académie Goncourt décernera sa bourse du premier roman à l’un des titres suivants :
Corps volatils, Jakuta Alikavazovic (L’Olivier) ;
Le théorème d’Almodova
, Antoni Casas Ros (Gallimard) ;
La main de Dieu, Yasmine Char (Gallimard) ;
Circuit,  Charly Delwart (Seuil) ;
Le passé devant soi, Gilbert Gatoré (Phébus) ;
La désœuvre, Karine Henry (Actes Sud) ;
L’obscur, Jeanne Labrune (Grasset) ;
La donation, Florence Noiville (Stock) ;
La princesse et le pêcheur, Minh Tran Huy (Actes Sud).

« Un soupçon d’indigo » trace des bleus dans la mémoire (Michèle Gazier)

C’est un roman qu’on lit comme on feuillette un guide touristique qui, très vite, deviendrait un album de famille, sans photo, avec seulement des taches de bleus éparses. Les couleurs, la touffeur des tropiques, les bruits, les bavardages de trois hommes invisibles et mystérieux, le créole qui s’ouvre difficilement. Autant d’indices que Michèle Gazier dispose en touches impressionnistes sur le chemin de la mémoire « avare de souvenirs, d’indices », comme le Petit Poucet et ses cailloux. Michèle Gazier réussit à créer un suspense intimiste où le  » soupçon d’indigo  » est ce qui reste dans la mémoire de Lucie et des anciens de l’île.

Lucie découvre  » l’île ronde  » de Marie-Galante, en face de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). Ses yeux bleu indigo signent sa parenté probable avec Maurice, un homme qui naguère imprima une marque indélébile dans la mémoire collective. Il a disparu du jour au lendemain. Mort ? Évanoui, parti, noyé dans le bleu du paysage qu’il avait choisi. Lucie est sa petite-fille. Elle ne l’a pas connu.  » I mako kon tou a seri « , entend-elle en créole.  » Elle est curieuse comme un trou de serrure. » Comme la romancière est curieuse de l’île.

Cette île de Marie-Galante est révélée subtilement par  » son négligé, son charme noir, son austérité « . Avant la canne à sucre, ses distilleries, la culture du rhum, elle avait une richesse : l’indigotier. Dans l’indigotier, il y a l’indigo. Dans l’indigo, il y a l’Inde. L’air de rien… cet indigo distille le soupçon de l’Histoire à travers l’histoire de Lucie, de sa mère Isabelle et du père d’Isabelle, Maurice. Ce roman en trois parties donc nous livre trois recherches sur la mémoire diffuse et poreuse d’un être aimé qui abandonna sa famille, en quête d’idéal. Trois parties, trois écritures : la découverte impressionniste ; le tourment filial de l’abandon ; l’amitié révélée. Les deux premières parties, deux femmes, une fille, sa mère.

Un soupçon d’indigo est un roman de la couleur bien entendu. Il y a le bleu et ses traces. Mais aussi les Noirs et les Blancs. Et le gris, couleur qui obnubila jadis Gauguin lors de son passage en Martinique. Oui, le gris.

Dans la troisième partie du livre, intitulée  » Maurice « , c’est un métis antillais qui raconte cette amitié qui le révéla à lui-même ( » Nous n’en finirons jamais avec ces histoires de couleur, nous, Antillais, pur mélange. Enfin, presque. »)

Extrait, p. 214-215 :

 » C’est la couleur de votre peau qui me revient lorsque je cherche votre image dans ma mémoire. Une couleur qui n’avait rien à voir avec votre teint de Blanc. Je vous avais connu hâlé, de ce hâle léger qui faisait ressortir le bleu de vos yeux mélancoliques. Je vous avais revu plus blanc de mes séjours parisiens. Chez nous, vous êtes devenu blafard puis, peu à peu, gris de ce gris étrange des nègres qui ont perdu leur couleur à force de fatigue, de rhum et de tristesse. Un gris de vielle barcasse que perçait votre regard, désormais perdu, affolé, immense. Des yeux comme des flaques qui veulent refléter le vie telle qu’elle est; qui ne veulent rien perdre de sa part sordide. Des yeux à la recherche de la vérité. Mais la vérité, comme le soleil et l’amour, peut être regardée en face. La vérité tue. « 

Lire a un prix

Ça ne s’invente pas :  » Pour lutter contre l’échec scolaire « , les enfants de la petite bourgade de Noblejas (Tolède, Espagne) seront payés pour lire. Ainsi l’a annoncé Agustín Jiménez, le maire PSOE (socialiste) depuis 1983, qui a décidé de « subventionner les familles à hauteur d’un euro par heure passée à la bibliothèque ». La mesure concerne 250 élèves de Primaire (6 à 10 ans). Elle devrait coûter entre 100 000 et 150 000 euros par an, auxquels devraient s’ajouter la même somme pour payer la campagne d’explication des éducateurs auprès des parents. [voir la vidéo et les réactions plutôt négatives des parents sur le site d’ADN.TV].

Noblejas, connue pour les toits de sa vieille ville, est située à 58 km de Tolède, province de Castille-La Mancha. Autant dire que Don Quichotte n’est pas loin. Un roman que commence ainsi Cervantès, dans son  » Prologue au lecteur  » :

 » Lecteur oisif, tu me pourras bien croire sans serment, j’aurais voulu que ce livre, comme fils de l’entendement, eût été le plus beau, le plus gaillard et le plus ingénieux que l’on eût pu imaginer. Mais je n’ai pu contrevenir à l’ordre de nature, selon lequel chaque chose engendre sa pareille. Et par ainsi que pourrait produire mon esprit stérile et mal cultivé sinon l’histoire d’un enfant sec, endurci, fantasque, rempli de diverses pensées, jamais imaginées de personne, comme celui qui s’est engendré en une prison, là où toute incommodité a son siège et tout triste bruit sa demeure ?  »

Jiménez le maire est bien le digne héritier du génial Cervantès.

2 CV neuve à 25 000 euros

Au salon Rétromobile , porte de Versailles, à Paris, remarquée cette 2 CV quasi neuve  » jamais immatriculée « , de couleur rouge. Mais sans âme… d’autant que le prix demandé est hors de propos : 25 000 euros !

Née en 1948, la 2 CV a 60 ans cette année. A l’époque le prix annoncé était de 185 000 francs (la 4 CV 245 500 !). L’INSEE nous apprend que 1000 francs de 1948 équivalent en pouvoir d’achat à 31,46 euros de 2007, donc 185 000 francs de 1948 équivalent en pouvoir d’achat … 5 820,60 euros d’aujourd’hui. Ainsi cette 2 CV proposée à 25 000 euros c’est plus de 4 fois le prix d’origine !

On se réfugie sur un autre stand, celui de l’Association 2 CV clubs de France , avec cette trouvaille, un autocollant pour pare-brise, vendu 1 euro :  » Ceci n’est pas une voiture mais un art de vivre. « 

Plus loin, le Raid des baroudeurs vous fait rêver, en organisant des raids en Tunisie (pour débutants) ou pour Vladivostok (pour confirmés). Il peut même vous louer la Deuche (avec une majuscule s’il vous plaît). Son slogan :  » Vie l’âge 2 CV « . On aurait préférer l’impératif qui refuse la nostalgie :  » Vit l’âge 2 CV !  »

De quoi lire ou relire un classique de la littérature :

Extraits des Champs d’honneur, de Jean Rouaud, prix Goncourt 1990 :

 » Quand il pleuvait à verse, ce qui ne constitue pas une anomalie au bord de l’Atlantique, la 2 CV ballottée par la bourrasque, ahanant contre le vent, prenant l’eau de toutes parts, tenait du caboteur délabré embarqué contre l’avis météo sur une mer trop grosse. La pluie s’affalait sur la capote dont on éprouvait avec inquiétude la précarité, tonnerre roulant, menaçant, qui résonnait dans le petit habitacle comme un appel de grands fonds. « 

(…)

« La 2 CV est une boîte crânienne de type primate : orifices oculaires du pare-brise, nasal du radiateur, visière orbitaire des pare-soleil, mâchoire prognathe du moteur, légère convexité pariétale du toit, rien n’y manque, pas même la protubérance cérébelleuse du coffre arrière ».

… j’essaie d’être au coeur de la Ville importante (Nicolas Kurtovitch, chronique 8 et dernière)

Depuis le 18 novembre, on retrouve avec plaisir et amitié Nicolas Kurtovitch pour sa chronique hebdomadaire depuis Wellington (Nouvelle-Zélande). L’écrivain calédonien était en résidence d’écriture au Randell Cottage. Résidence qui vient de se terminer. Avant de rentrer à Nouméa, il nous envoie ses dernières impressions d’écrivain-poète-résident…

Le week-end dernier, la grande affaire c’était le « Super Seven ». Il s’agit de rugby, de rugby à Sept bien entendu. Il s’agit aussi d’une folie collective à Wellington. J’ai lu dans le courrier des lecteurs du New-Zeland Herald qu’une « Aucklandaise », regrettait amèrement sa migration vers le Nord. « Il n’y a qu’à Wellington que l’on peut trouver de la folie joyeuse et de l’irrévérence » affirme-t-elle. Les « Néos » ont gagné, les équipes du Pacifique ont été brillantes, particulièrement celle de Samoa, qui fit passer des sueurs froides aux supporters locaux jusqu’à l’ultime minute de la finale. Que demander de plus en ce weekend, d’autant que dans les tribunes du stade, bière, chants, déguisement et sympathie étaient de règle.

Mon séjour est terminé. J’ai aimé vivre là, toutes ces semaines protégé des attaques du quotidien professionnel –merci à mes collaborateurs restés « au travail »-, j’ai aimé le quartier de Thorndon, la rue de St Mary, la ville de Wellington, ses théâtres, ses jardins, ses Hip-Hoppers du Civic Center qui ont fait un remarquable accueil à ma fille et à son compagnon venus nous rendre visite mais aussi présenter un spectacle « dans la rue ». J’ai aimé être dans la ville au milieu des gens, regarder, entendre parfois écouter, être dans le bus y rencontrer la gentillesse et la disponibilité du chauffeur.

Il y a eu des longs jours d’attente que Nicole me rejoigne.

 En face de Isola Bella  /  mal assis sur cette chaise  /  de bois à peine raboté  /  quel goût aurait alors cette bière  /  si tu la buvais avec moi.

J’ai aimé survoler le pays vers le Sud, les Alpes et les vallées glaciaires, les plaines agricoles où les moutons se font de plus en plus rares au profit des vaches laitières ! Plus tard, nous sommes passés de la montagne enneigée à la plage tropicale en quelques heures de route, et toujours les Néozélandais accueillants, simples, disponibles. J’ai aimé les soirées avec les familles Kindman, Underwood, Mc Kays, Mireille, Jean, Sarah, Tia Bennet, et croiser dans un café Patricia Grace ! Je repense à Geof Cush et ses amis artistes de Newton, Arien Munkl, Adrian Wilkins lui va bientôt se rendre à Menton, poursuivre la présence autour du souvenir de Katherine Mansfield. Nous avons « parlé théâtre » avec Vincent O’Sullivan, Nicole, Yves et Maryse, et la veille du départ avec Hone Kouka. Un soir Alan Duff est arrivé au cottage, directement de chez lui à Havelock North, pour nous rencontrer et dormir une nuit avant de retrouver Christian Robert des Editions « Au vent des îles ». J’ai aimé et apprécié les repas en toute simplicité à l’Ambassade, sans protocole en compagnie de Michel et Marlyse Legras, simplement parler de littérature, de la Chine, des poètes Tang et de la Nouvelle-Calédonie, son histoire, son devenir, son quotidien. A propos de la fameuse poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, on me demandait ce que cela avait représenté pour moi :

 « Cette poignée de main signifiait la paix. Du moins nous l’espérions tous, je l’espérais ».

Je n’ai pas aimé être à Wellington alors que la saison de rugby est terminée, la suivante se fera sans moi ! Je me suis rabattu sur le championnat du monde de Netball, une découverte, un grand sport, je me demande si les hommes seraient capables d’y jouer, de vraiment y jouer ? Pas de basketball, sinon à la télévision, sur la chaîne Maori, les New Zéland Breakers qui s’en sortent très bien dans le relevé championnat professionnel australien. J’ai plusieurs fois posé la question et dis mon incompréhension lors de discussions à propos de l’enseignement : « Pourquoi le Maori n’est-il pas enseigné obligatoirement dès le classes primaires » ! Les réponses n’ont jamais été satisfaisantes. Qu’un tel facteur d’unité et de sympathie soit tout bonnement laissé sur le bord de la route me laisse pantois.

 

Par tous les temps à Montagne Froide

portail de branchage ouvert ou fermé

rien n’interdit de ne rien faire

ainsi c’est l’attitude que je préfère

 

c’est aux collines de Tinakori

que je me suis promené ces jours derniers

un escalier étroit raide et tout en pierre

en quelques marches je quittai la petite rue.

 

Il y a eu de très nombreuses heures d’écriture. Rien ne me faisait davantage plaisir que d’avoir ce temps devant moi. Ecrire si il y a vie, sinon ce n’est rien. Je peux dire que toutes ces semaines ont été de véritables semaines de vie, toutes tournées in fine, vers l’écriture. C’est bien là le but d’une résidence d’écriture !

La ville grande est moderne

par ses « buildings » ses « avenues »

zones piétonnes agréables

ses lumières ses halls lumineux

et par le nombre de banques

de distributeurs d’argent

de cartes de crédits autorisées

par le nombre important

de cafés de cordonniers d’hôtels

par le nombre important

de magasins de luxe

leurs articles, articles utiles

côtoyant articles inutiles

de décoration d’amusement

le nombre important de clients

dans les boutiques spécialisées

les librairies

les cinémas les théâtres

la ville est importante

les hommes sont en costume

les femmes sont belles

belles également leurs tenues

un nombre si important

de restaurants de « dancings »

de rue aménagées de taxis

de places accueillants en nombre

sculptures modernes et fontaines

artistes ambulants mimes et musiciens

quémandeurs simplement assis

un nombre si important

de banquiers d’affairistes

d’assureurs d’agents immobiliers

la ville est une capitale

un port un immense échangeur

la ville est importante

elle attire les pauvres

les très pauvres les abandonnés

ils dorment sur les trottoirs

mangent quand ils peuvent

ce qu’ils trouvent ce qu’on donne

la ville est la capitale

les pauvres sont maoris jeunes blancs

« Pacificas » peu souvent Asiatiques.

 

La ville est importante

son développement repose

sur les petits revenus

quelques sous ce qu’il faut

ne pas mourir se nourrir tout juste

c’est une ville importante

belle ville accueillante que nous aimons

un nombre si important

de baies de collines de forêt

des chemins de randonnées

des escaliers un « cable cab »

c’est une ville politique

la maison du ministre

celle des parlementaires

elle abrite les contres-pouvoirs

les anarchistes sur « Cuba street »

ont leur rassemblement

un nombre si important

de manifestations depuis toujours

de publications libres de luttes

nationales internationales

d’ambassades de consulats

dont celui de la Chine populaire

à côté du « cottage » qui nous accueille

je pense au Tibet magnifique symbole

des hommes sous l’oppression.

 

La ville cette ville

est une ville importante

s’y traite les affaires du pays

une part des affaires du Monde

s’y traite le sort des démunis

la réalité de l’équité tant espérée

 

Comme toutes les villes importantes

elle se doit d’être à l’écoute

de ceux qui ne gouvernent pas

qui sont soumis aux pouvoirs

les humbles qui sont ses Habitants véritables

invisibles des passants étrangers

 

C’est à eux que je pense

alors que de ma table de travail

j’essaie d’être au cœur de la Ville importante.

 

 

                                                           Nicolas Kurtovitch

Dalembert voyage la nuit (je confirme)

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L’excellent Louis-Philippe Dalembert a été récompensé, à La Havane, du Prix Casa de las Americas dans la catégorie littérature caribéenne  » en français ou en créole  » pour son roman publié en 2006 aux éditions du Rocher, Les Dieux voyagent la nuit.

Le jury du prix a distingué  » un livre novateur dans sa structure qui fond présent et passé dans une mémoire transitant en divers espaces. Avec une langue intense et inventive l’auteur narre une histoire personnelle, marquée par des conflits intimes mêlés à la réalité haïtienne « .

Louis-Philippe Dalembert a été lauréat en 1998 du prix RFO du livre pour son roman, L’Autre face de la mer (Stock).

Akout en créole réunionnais

Remarquée par L’Espresso (la newsletter de Télérama) la webradio Akout  :

« Créée en octobre dernier par une poignée d’« activistes culturels » – comme ils se définissent —, la webradio Akout (« écoute » en créole) diffuse toutes sortes de musiques, séga, maloya, funk, reggae, rap, jazz ou rock. A une condition : qu’elles soient toutes d’origine réunionnaise, autrement dit « mét an lèr lo mizik La Rényon ». Pour Guillaume Péroux, qui dirige l’association Akout, il s’agit d’utiliser « tous les moyens qu’offrent les nouvelles technologies pour s’affranchir des frontières naturelles de notre petite île ». Les morceaux diffusés peuvent être récents ou porter la marque des années. Parmi les membres de l’association, Arno Bazin, musicien et chanteur du groupe Tapok, dont la collection de vinyles fait le bonheur des oreilles nostalgiques ou curieuses et permet de plonger dans un passé pittoresque. Un voyage musical exotique et plaisant. » (L.LS.)

Australie : des excuses aux Aborigènes

L’annonce par le gouvernement australien de prochaines excuses aux Aborigènes est l’occasion de lire ou relire le roman d’Alexis Wright, romancière métisse da talent, qui nous confiait lors d’une interview apprécier beaucoup Patrick Chamoiseau, aparté à méditer.

A sa parution dans sa version française en 2002, l’éditeur notait à propos des Plaines de l’espoir :

 » Quelque part dans le Nord de l’Australie, une jeune Aborigène est un jour arrachée à sa mère pour, comme tant d’autres, être placée à l’orphelinat d’une mission religieuse qui se chargera de lui « blanchir » l’âme. Folle de douleur, la mère se suicide ; dès lors plane sur la mission une sorte de malédiction, symbolisée par l’inquiétante présence de corbeaux sur un arbre… Aussi visionnaire qu’engagé, Les Plaines de l’espoir est un roman total où rêve et action, fiction et témoignage s’unissent pour révéler ce qu’il en fut, aux antipodes, de dizaines de milliers d’enfants aborigènes enlevés à leurs familles dans l’espoir d’en faire des Blancs. Torrentueux et âpre, traversant les paysages hallucinogènes du bush ou la violence des mégapoles de l’Australie moderne, hanté à parts égales par l’actualité et par le mythe, Les Plaines de l’espoir dresse une stèle en mémoire d’un peuple pour que lui soit restitué le droit à l’avenir.  »

Le roman prend tout son sel au vu de la dernièr annonce du Premier ministre australien Kevin Rudd… Il ouvrira la session parlementaire, le 13 février, par un discours d’excuses à la communauté aborigène, comme il s’y était engagé avant la victoire des travaillistes fin novembre. Le Premier ministre présentera des excuses à la « génération volée », qui désigne ces milliers d’enfants autochtones retirés de force jusqu’aux années 70 à leurs familles, pour être placés dans des institutions ou des foyers européens à des fins d’assimilation, a indiqué la ministre des Affaires indigènes, Jenny Macklin. « C’est une première étape, nécessaire, pour avancer », a indiqué Mme Macklin. « Les excuses seront présentées au nom du gouvernement australien et ne veulent désigner aucun coupable parmi la génération actuelle du peuple australien ».

L’ex-Premier ministre libéral, John Howard, au pouvoir de 1996 à novembre 2007, s’était toujours opposé à une telle démarche. La population aborigène représente 455 000 personnes soit 2% de la population australienne totale. Marginalisés et défavorisés, les Aborigènes  ont une espérance de vie inférieure de 17 ans à celle d’un Australien non-aborigène.

Début janvier, Mme Macklin avait exclu que ces excuses s’accompagnent d’indemnisations financières, comme le réclament certains leaders aborigènes. Le directeur du Centre aborigène de Tamanie, Michael Mansell, avait souhaité que le gouvernement octroie un milliard de dollars australiens (780 millions dollars US) à un fonds destiné aux 13 000 aborigènes, qui ont été enlevés à leurs familles, pendant 40 années. (avec AFP)

           

Edmund Hillary est un héros néo-zélandais… (Nicolas Kurtovitch)

Edmund Hillary est un héros néo-zélandais. Ce n’est pas le seul, on devrait citer Ernest Rutherford bien sûr, mais aussi, selon un lecteur du Dominion Post, Marshal Sir Keith Park. Personne ne m’en a jamais parlé, pourtant il fut l’un deux principaux commandants des groupes d’aviation de la Bataille d’Angleterre. Une victoire dans les cieux qui sauva l’Angleterre et par là, permis la victoire contre le nazisme. La guerre toujours… la mémoire collective néozélandaise repose pour beaucoup sur les guerres, guerres mondiales mais aussi guerres entre maori et colons… [lire la suite sur le site de Nicolas Kurtovitch].

Yambo Ouologuem a aussi un prix

L’ écrivain ivoirien Isaïe Biton Koulibaly a remporté le Prix Yambo Ouologuem 2008 d’une valeur de 5 000 000 Fcfa pour son roman, Et pourtant, elle pleurait , (Frat-Mat édition, 2006). En recevant son prix, lors de la première édition de la Rentrée littéraire au Mali, du 17 au 19 janvier, Koulibaly a affirmé tout joyeux, rapport Afribone : « De tous les prix que j’ai reçu dans ma carrière d’écrivain, celui que je reçois ce soir est de loin le meilleur, parce qu’il porte le nom d’un des plus grands écrivains de ce monde ».

Yambo Ouologuem, écrivain malien qui vit près de Mopti, a été lauréat du prix Renaudot en 1968 pour un roman sulfureux à la plume radicale et tourmentée, Le Devoir de violence (Le Seuil, rééd. Le Serpent à plumes), chronique historique de l’Afrique et de ses esclavages.

Il est assez cocasse de voir récompenser un auteur de romans sentimentaux (Koulibaly est connu en Afrique francophone pour son titre Ah les femmes !) par un prix qui porte le nom de Yambo Ouologuem. C’est sans doute une manière de bénéficier de l’aura symbolique d’un auteur emblématique de la décennie des indépendances, auteur maudit pour un accusation rapide de plagiat et son  » inélégance  » à dénoncer les crimes et tabous de l’Afrique ancestrale. Senghor avait même utilisé l’épithète   » d’affligeant  » à propos du Devoir…