Glissant pour une  » nation-Relation martiniquaise « 

Ce sont peut-être les mêmes lycéens qui vont concourir pour décrocher une place pour le Festival d’Avignon, qui sait [Papalagui d’hier] ?

La scène se passe au lycée Schœlcher de Fort-de-France (Martinique). Elle est racontée par Roland Sabra sur le site Madini’Art … Des lycéens interpellent Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, venus débattre de leur pamphlet « Quand les murs tombent, l’identité nationale hors-la-loi ? »

 « Ils sont revenus sous les applaudissements de leurs camarades, rapporte Roland Sabra, et sans même que Glissant et Chamoiseau exposent ils ont jeté leurs questions comme on lance un pavé, certaines devaient avoir été préparées, d’autres étaient improvisées. Là encore ils s’en foutaient, le texte les avait travaillés et ils voulaient travailler les auteurs. 

A tel point qu’ils demandèrent tout de go si l’idée même d’indépendance nationale n’était pas une idée d’un temps archaïque, d’un temps dépassé. Et là dessus ils ont vite mis en évidence un infime décalage entre la position de Chamoiseau et celle de Glissant. Ils étaient contents, les montagnes avaient bougé. Ils avaient fait bouger les montagnes. A Edouard Glissant qui déclarait : « Si l’indépendance nationale en Martinique conduit à un Etat-nation, je dis non, mais j’applaudis à la naissance d’une nation-relation martiniquaise». Patrick Chamoiseau répondait par un silence après avoir insisté au préalable sur l’indépendance comme condition d’un imaginaire libre. »

L’ensemble de ce reportage est à lire sur le site http://www.madinin-art.net/.

 

Un concours pour gagner des places au Festival d’Avignon

Heureux lycéens des Antilles et de Guyane, si vous êtes amateurs de théâtre, et si des enseignants avisés ne vous ont pas dégoûtés de la scène, si les classiques appris sur les bancs de l’école vont parlent comme des modernes, ce « Premier concours lycéen d’écriture théâtrale des régions d’Outre Mer » est pour vous. Les deux lauréats auront pour récompense un séjour accompagné d’une semaine au Festival d’Avignon 2008.

Ce concours est proposé par Etc_Caraibe, en partenariat avec l’Education Nationale, CulturesFrance et les Régions d’Antilles et de Guyane.

Les enseignants peuvent aider leurs protégés en suivant un stage gratuit de dramaturgie avec le metteur en scène hollandais Javier Lopez Pinon : le 16 janvier en Guadeloupe à L’Artchipel (ce n’est pas pressé, c’est aujourd’hui !), les 18 et 19 janvier au Fonds Saint-Jacques en Martinique, et les 24 et 25 janvier en Guyane au Lycée Gaston Monnerville de Kourou.

D’autres rencontres pour les enseignants sont annoncées, plus tard : des ateliers gratuits d’écriture dans les lycées avec l’auteur Bruno Allain du 11 au 23 février 08 et des rencontres avec trois auteurs d’Afrique francophone : Gustave Agapko (Togo), du 7 au 27 avril 2008 ; Koffi Kwahulé (Côte d’Ivoire), en juin 2008 et Kouam Tawa (Cameroun), du 17 novembre au 6 décembre 08.

Inscription individuelles sur le site Gens de la Caraïbe .

 

 

La Nouvelle-Zélande n’est pas un désert culturel (Nicolas Kurtovitch, chronique 7)

Vendredi, il y a deux semaines de cela, j’ai franchi le détroit de Cook par une mer calme, avec juste assez de roulis pour que je me remémore, nostalgique, en d’autres lieux, d’autres traversées bien plus mouvementées, effrayantes même. Cette traversée du Détroit -en milieu de journée ce jour-là- n’est plus un exploit depuis plus d’un siècle. Tout de même, une fois quittés les quais, les hauteurs du centre de Wellington puis les eaux tranquilles de la baie, j’ai ressenti un pincement au cœur, une émotion en rien comparable à celle des anciens navigateurs européens et maori, mais tout de même…nous allions dans l’île du Sud, ailleurs, un petit inconnu, une découverte.

Partis de Picton par la route, nous entrons en « Nouvelle Zélande profonde ». Montagnes alpines, collines, vallons et torrents, immenses vallées glaciaires où se déploient les routes et le chemin de fer, bord à bord. Villes de peu de monde, activités agricoles, industrieuses parfois. Nous sommes peu à peu là où « il n’y a rien d’autres que des moutons, des vaches et de l’herbe, le désert culturel ! ». Je cite de mémoire l’habituelle niaiserie à propos de ce pays, dite par plus d’un docte voyageur venu du Nord. Si riche de culture, n’est-ce pas ? Cette morgue m’attriste car j’aime tout autant ce Nord tant décrié, que les pays du Sud. Mais ces arrogants péremptoires, ces insensibles qui déclinent leur cécités font bien du mal à l’opinion que nous pourrions avoir de leur pays. Ils sont passés à côté de tant de beauté et de créativité qu’ils font pitié. La culture ne peut être limitée aux grandes salles d’opéra et de théâtre, aux galeries parisiennes et aux éditeurs s’échangeant les prix littéraires ? Dans ces terres de Nouvelle Zélande une fois passé à côté des bêtes et de leurs pâturages, nous croisons des galeries d’art, des écrivains, des poètes, des comédiens, des artistes plasticiens, des créateurs de bijoux, des architectes, de la gentillesse, de la compréhension, du savoir vivre, du savoir être. Tout le monde sait que ce pays n’est pas un désert culturel, et pourtant j’ai encore entendu ces propos stupides il n’y a pas si longtemps, à quelques jours de mon départ pour la résidence.

Je me demande : si j’allais en Europe, en France, revenant chez moi, est-ce que je dirais ne rien y avoir trouvé d’intéressant, qu’il n’y a que bruits, agressivité, précipitation, énervement, surpopulation, pollution, arrogance et suffisance, publicité à outrance, musique débile à longueur de télévision, écrivains à la réputation surfaite, comédiens sans intérêts, films pauvres et théâtre nombriliste-parisien, ignorant des autres richesses culturelles et artistiques, pourtant bien vivantes au-delà du Périphérique ? Si je m’exprimais ainsi, je serais le premier, dans un moment de lucidité, à me traiter d’imbécile et d’aveugle ! Aussi ce n’est pas ce que je dis de l’Europe et de la France. La « Nouvelle Zélande profonde » nous a offert ce qu’elle a de mieux : ce ne sont pas les paysages mais « les gens », leur disponibilité, leur créativité, leur présence humaine, leur art au quotidien, leur culture sans barrières, ouverte à « l’autre ».

Peu de traces évidentes d’une mémoire collective si l’on se borne à suivre les routes. Il faut faire l’effort de lire, de parler, de questionner, de visiter, d’interroger le paysage, l’architecture, l’évolution des populations et de leurs répartitions dans l’espace néo-zélandais. Il faut être attentif et disponible, sentir que cette mémoire collective s’érige aussi à partir de guerres internes, elles-mêmes issues de guerres coloniales, sentir que peu à peu, après des décennies, plus d’un siècle, de temps sombres, désastreux, les Maori et leur culture prennent peu à peu leur place véritable, créant l’image d’une Nouvelle Zélande à double centre, un pays ellipse plutôt qu’un pays cercle ! Il y a là de quoi méditer et réfléchir. Ce qui importe c’est la dynamique enclenchée et la volonté politique d’y impliquer l’ensemble de la population, la volonté de ne pas en déroger.

 

(Cette chronique augmentée d’une dizaine de poèmes (deux pour chaque texte) constitue un tout. Les textes n° 21, 22, 23, 24 et 25 qu’on peut trouver sur mon site).

 

Durant ces deux semaines, Julien Gracq est décédé. Je ne reste pas indifférent à cette disparition, bien qu’il s’agisse du cours naturel de la vie. Je savais son intérêt pour Uluru (Ayers Rock), bien qu’il n’ait jamais eu l’occasion de s’y rendre. Géographe, il avait su reconnaître l’originalité géologique et l’importance humaine de ce remarquable « Rocher ». Au centre du désert de Gibson, en Australie, il est certainement l’un de nos « Centres du Sud » !

Hier Edmund Hillary s’est éteint, dans sa 88ème année. J’ai toujours eu son nom et celui de Tensing Norgay dans mon esprit, ma mémoire ; mes tout premiers héros. Je me souviens de ma mère mentionnant leurs noms ainsi que de celui de Maurice Herzog. Depuis, l’Annapurna, l’Everest, m’ont toujours fait rêver ! S’il est une figure, -au sens propre du terme- de légende en Nouvelle Zélande c’est bien celle de Hillary. Son portrait orne la façade du hall extérieur d’entrée, de l’’un des plus important immeuble de Wellington, en face du parlement. Le Dominion Post d’aujourd’hui, samedi 12 janvier, en fait sa couverture, dominante de bleus, c’est le ciel pur des altitudes qui vient à nous. Clin d’œil à mon enfance, à « Montagne Froide », c’est dans ce même numéro qu’un article m’est consacré.

                                                       

Tête maorie : Rouen persiste et va signer une proposition de loi

Mercredi la justice a annulé une décision de la ville de Rouen de restituer la tête d’un guerrier maori à la Nouvelle-Zélande (au motif de non consultation de la commission chargée d’examiner les demandes de déclassement de « pièces » des collections publiques nationales).
Jeudi, un communiqué de la ville nous apprend que Rouen soutiendra une proposition de loi autorisant la restitution des restes humains maoris.

Photo de Mme Catherine MORIN-DESAILLY, sénatrice de la Seine-Maritime (Haute-Normandie) 

La proposition de loi doit être préparée par la sénatrice Catherine Morin-Desailly (Modem), adjointe chargée de la Culture, « La ville de Rouen  maintient son objectif (…) de confier à la
Nouvelle-Zélande cette tête humaine afin qu’elle y soit inhumée de façon digne
et respectueuse », a commenté le maire, Pierre Albertini (DVD), précise l’AFP.

Double peine : la tête maorie est française

Le tribunal administratif de Rouen a annulé une délibération du conseil municipal de cette ville prise en octobre [Papalagui, 28/10/07] et restituant à la Nouvelle-Zélande une tête de guerrier maori figurant dans les collections de son muséum. C’est une dépêche de l’AFP qui nous l’apprend.

Dans un arrêt en date du 27 décembre, le tribunal a annulé la décision en estimant que la ville aurait dû au préalable consulter la commission scientifique chargée d’examiner les demandes de sortie de « pièces » des collections publiques nationales.

Lors du déclenchement de l’affaire, nous évoquions la balance entre trophée (de guerre hier, culturel aujourd’hui) et patrimoine (français, universel, néo-zélandais, maori). Pour la ministre de la culture française, la tête relève des « objets sociaux », alors que pour le maire de Rouen elle est un « reste humain ».

Avec cet épilogue judiciaire (pour l’heure, rien ne dit si le maire de Rouen fera ou non appel de la décision et si la Nouvelle-Zélande poussera le zèle pour la restitution), on pourrait penser à une double peine : la tête maorie, symbole d’un rapt symbolique pendant la colonisation du Pacifique, est doublement punie, comme emprisonnée dans une Europe conquérante et comme non restituée, alors que plusieurs villes à travers le monde notamment Genève, Bâle, Manchester,
Londres, Glasgow, Edimbourg, Copenhague et Brème ont déjà répondu positivement à la demande néo-zélandaise.

D’Haïti à Tahiti, bonne année 2008 !

[animation empruntée à la Maison de la culture de Tahiti]

Bonne année se dit à Tahiti :

ia orana i te matahiti api,

et dans le créole haïtien :

bònn ané,

dans trois des langues d’Algérie (arabe, berbère de Kabylie et français) :

عام سعيد [prononcer : âam saïid], Assegwaz amegaz,  Bonne année.

Au cœur de l’Amérique latine, les Guaranís soufflent :

rogüerohory año nuévo-re

car, alentour, en espagnol :

Feliz año nuevo.

Dans l’océan Indien et à Zanzibar, en swahili, au choix :

soit : mwaka mzuri, soit : heri ya mwaka mpya,

en avion :

Happy new year,

dans les îles corses :

Pace è salute,

et chez les Maoris de Nouvelle-Zélande :

Kia hari te tau hou.

Tatie Danielle

Dans une pharmacie, une dame à l’âge canonique se confie à voix haute au maître de l’officine :  » Je suis malade et j’ai des pique-assiette pour le réveillon, c’est un comble ! Moi-même, j’ai du mal à me faire à manger, je vais au restaurant…  »

Encore un artiste tué par balle… de la police (la presse)

O Pais Online, site de presse mozambicain, nous apprend la mort du chorégraphe et danseur Augusto Cuvilas tué chez lui par la balle d’un policier. Consulter également le blog du sociologue mozambicain Carlos Serra.

Africultures titre  » Encore un artiste tué par balle  » :  » Le danseur mozambicain Augusto Cuvilas est décédé dans la nuit du 23 décembre, tué chez lui par une balle de la police dans un contexte encore flou. Il venait d’être victime d’un cambriolage. Souhaitant développer ses recherches, il avait notamment été primé lors des Rencontres de l’Afrique et de l’Océan Indien en 2003 « .

 » Sur la base de son expérience de danseur et chorégraphe, il souhaitait que l’espace de création qu’il avait ouvert à Maputo, capitale du Mozambique, soit ouvert à la confrontation non seulement entre danse mozambicaine et danse contemporaine mais aussi à la réflexion transversale entre artistes issus du milieu chorégraphique et ceux qui pratiquent d’autres disciplines.  »

 Augusto Cuvilas était le chorégraphe de Solo para cinco, pièce par laquelle le scandale était arrivé lors des 5e rencontres chorégraphiques de l’Afrique et de l’océan Indien, en novembre 2003 à Madagascar. Ses danseuses nues, récompensées du 2e prix, avaient provoqué l’émoi parmi les officiels, le protocole interdisant toute nudité devant le président de la République. On lira avec profit l’article passionnant d’Africultures à ce propos.

L’une de ses créations récentes, présentée en 2006 à Maputo portait le nom d’El Tango de la muerte :

Par ailleurs, un site belge fait la promotion des cultures mozambicaines, Amigos de Moçambique :  » S’il est une nation africaine qui ne défraye pas l’actualité, c’est le Mozambique. Nous voulons ici combler cette lacune, faire connaître ce riche pays d’Afrique australe, rendre compte de sa diversité culturelle, de ses potentialités économiques, de son histoire tumultueuse comme de ses perspectives d’avenir. «  

Sur le Mozambique, lire notamment l’excellent Mia Couto, Les Baleines de Quissico, un recueil de nouvelles publié par 10/18.

 » Internet, culture nationale « … il y a dix ans déjà

Classant, triant, jetant, gardant, relisant d’anciens carnets de notes, cet opuscule où est écrit une citation avec sa source (JDD, 13/09/98) :  » Internet est aujourd’hui notre culture nationale. « , attribuée à Hugh Sidey, chroniqueur de Time magazine, à propos de la diffusion du rapport Starr sur le Web.

Pour mémoire : le 11 septembre 1998, le Congrès américain avait publié sur son site Internet le rapport du procureur Kenneth Starr. Ce jour-là, pris d’assaut, le serveur du Congrès tomba plusieurs fois en panne, tant l’Amérique dite puritaine avait soif de tout connaître du « Monicagate ». On dit à son endroit :  » le rapport qui affole l’Amérique « . (Kenneth Starr détaillait les relations entre Monica Lewinsky, stagiaire à la Maison-Blanche, et Bill Clinton, 42e président des Etats-Unis, et analysait les onze motifs d’une procédure de destitution, qui échouera de peu).