massviolence.org, de la Shoah au Rwanda

Pour la première fois s’ouvre une encyclopédie électronique universitaire sur les violences de masse au XXe siècle, www.massviolence.org, ce jeudi 3 avril. Etudier les phénomènes de violence de masse et diffuser le savoir des historiens, tel est l’objectif de ce projet lancé en 2004 par le Centre d’études et de recherches internationales de Sciences-Po Paris (Ceri), avec notamment le soutien du CNRS, de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, en partenariat avec l’Institut de recherche en sciences sociales de Hambourg et le Mémorial de Caen.

La Conférence inaugurale du site www.massviolence.org, devait avoir lieu ce jeudi 3 avril à Sciences Po-Paris, avec Simone Veil, ancienne ministre, ancienne Présidente du Parlement européen, rescapée de la Shoah, Esther Mujawayo, sociologue, survivante du génocide du Rwanda.

Jacques Sémelin, historien, politologue, directeur de recherche au CNRS, et directeur de cette Encyclopédie électronique, a réuni une équipe internationale de 40 chercheurs et informaticiens. Ce site Web en anglais sera un « outil pédagogique »

Le site proposera des index chronologiques, des études de cas par pays et des contributions théoriques sur le génocide, les crimes contre l’humanité ou les commissions Vérité et réconciliation.

Un système d’étoiles indiquera le niveau de connaissances disponibles : une étoile quand l’existence des massacres est connue mais pas l’identité de leurs auteurs, deux étoiles pour les travaux de journalistes et d’ONG, trois étoiles en présence d’études anthropologiques, sociologiques, historiques ou juridiques.

Les textes devront expliquer de manière claire à un Français ou un Chilien les massacres des Tasmaniens par exemple.

Cette base de données sera en anglais mais les études de cas seront traduites dans la langue du pays concerné.

Jacques Sémelin est l’auteur de Purifier et détruire : Usages politiques des massacres et génocides (Seuil).

 

Amour, l’intime tragique haïtien

Après sa création à Evry à l’automne dernier, la pièce Amour a mûri et c’est tant mieux. Une belle réussite ! On l’avait vu en brouillon, aux prises avec les approximations de l’impréparation. On retrouve la pièce ayiti-gwada-ch’ti pour trois semaines au Tarmac de la Villette.

D’Haïti viennent l’auteur (Marie Chauvet) et la comédienne (Magali Comeau Denis), de Guadeloupe l’adaptateur (José Pliya), de Lille le metteur en scène (Vincent Goethals). Un trio de pays pour une trilogie Amour, Colère, Folie, roman maudit de la littérature haïtienne. Amour est la première adaptation théâtrale, Colère suivra en 2009, Folie en 2010.

La romancière haïtienne Marie Vieux Chauvet l’a écrit en pleine période duvaliériste de son écriture classique mais brûlante de subversion. Ce roman est né à Paris, chez Gallimard, sous la haut patronnage de Simone de Beauvoir. Il a été interdit par la propre famille de l’auteur par crainte de represailles. Il devint roman culte, circulant en clando pour l’éveil d’une jeunesse à la politique et à la résistance intellectuelle. Il n’a été réédité qu’il y a trois ans par un homme courageux, Roger Tavernier des éditions Emina Soley.

Avec Pierre Astier comme agent littéraire, il est aujourd’hui traduit en quatre langues : anglais, allemand, serbo-croate et italien, dernier pays où les ventes sont meilleures qu’en France : 15 000 exemplaires ! Il sort aux Etats-Unis prochainement.

Amour raconte en monologue les tourments d’une vieille fille de la bourgeoisie de la province haïtienne, aînée de trois soeurs. Claire est noire, ses soeurs blanches. Les affres de Claire sont finement interprétées par Magali Comeau Denis dans de multiples registres, de l’amer à l’acide, du cynique à la manipulation, de la résignation à la révolte politique…

Dans l’épais roman, José Pliya a choisi de développer le registre intime du personnage de Claire, au détriment des aspects politiques. Pourtant la fin de la pièce occupe une place de choix dans un geste insurrectionnel de toute beauté, qui fait basculer la pièce dans le politique…

Nul doute que cette adaptation fera renaître la langue de Marie Chauvet. Elle incitera ceux qui n’ont pas encore lu le roman et son intégrale à s’y précipiter plein d’appétit, emportés par la musique de la tragédie haïtienne, version grand classique méconnu.

BD : des Maoris dans un zoo, des Inuits dans une vitrine

Kia Ora, parole de bienvenue en langue maori, est le titre de cette série,commencée il y a un an. Le tome 2 vient de sortir chez Vents d’Ouest. Il est signé Olivier Jouvray (dessin), Virginie Ollagnier-Jouvray (scénario), Efa (couleurs). Après  » Le départ « , voici donc  » Zoo humain « . Une bande dessinée s’attaque donc à la face cachée de la colonisation du Pacifique Sud : l’exhibition des indigènes emmenés en Europe. Vue par les yeux de la seule fillette de l’aventure, Nyree, qui accompagne ses parents, ce tome 2 ne tient pas les promesses du premier. C’est assez statique et les tensions sont comme lissées par des dialogues convenus.

L’arrivée en Angleterre démarre sous de bons auspices : les Maori présentent au Crystal Palace des spectacles de danse (qui rappellent le haka des terrains de rugby) et la population londonienne apprécie. Assez vite les représentations suivantes sont annulées sans explication.

La solution est d’expédier tout ce petit monde à Paris au Jardin d’acclimation. Les danseurs maori deviendront des bêtes curieuses à qui les visiteurs lancent des pièces de monnaie. Dès lors, cette prise de conscience fera demander au groupe de danseurs à repartir en Nouvelle-Zélande. Sauf le père de Nyree, tenté par l’appât du gain, qui avec sa famille va signer pour les Etats-Unis. C’est d’ailleurs ce dilemme qui étonne et enrichit l’intrigue. On attend avec impatience le tome 3.

Chloé Cruchaudet nous propose chez Delcourt une BD qui arrive comme en symétrie de Kia Ora : Groenland Manhattan. En 1897, l’explorateur Robert Peary regagne New York après une mission au Groenland et ramène dans ses bagages cinq Esquimaux, parmi lesquels Minik, un jeune garçon, et son père. Véritable objet de curiosité, le petit groupe est logé dans les sous-sols du Muséum d’histoire naturelle. Mais, en l’espace de quelques mois, la tuberculose a raison de ces grands hommes du Nord et seul Minik survit. Adopté par l’un des conservateurs du Muséum, il s’adapte peu à peu à sa nouvelle destinée. Mais sa vie bascule le jour où il découvre dans une vitrine du musée le squelette de son père…

On y reviendra prochainement…

Avril tibétain

Le drapeau tibétain : son symbolisme est décrit sur le site Tibet-info. Parmi les neuf motifs, le premier :  » Le triangle blanc au centre représente la montagne enneigée et symbolise le Tibet connu sous le nom de Pays de Neige. »

Neige, titre du petit livre remarquable de Maxence Fermine (son premier), dont l’incipit est :

Yuko Akita avait deux passions.

Le haïku.

Et la neige.

Court roman d’initiations plurielles, road-movie intimiste qui traverse le Japon du Nord au Sud et retour, où p. 80, le lecteur relève ces mots en forme d’aphorisme aérien, très souvent repris sur la Toile :  » Le vrai poète possède l’art du funambule. Ecrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une oeuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie (…) Le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde son imaginaire.  »

Le Piton des Neiges, plus haut sommet de l’île de la Réunion, se serait lui-même réveillé hier dix minutes avant minuit, nous apprend le Journal de l’île. Sur le site, plus d’une centaine de lecteurs saluent ce poisson d’avril.

Amour, le retour

© Pascal Colrat

La scène du Tarmac à la Villette (Nord-Est de Paris) reprend, du 1er au 19 avril, Amour, créée à l’Agora d’Evry, en banlieue parisienne, les 27 et 28 septembre 2007. Ce texte de la romancière haïtienne Marie Vieux-Chauvet est adapté par le dramaturge bénino-guadeloupéen José Pliya, mis en scène par le Lillois Vincent Goethals, assisté du Martiniquais José Exilis.

Amour est la première partie de la trilogie Amour, colère et folie, un véritable joyau de la littérature haïtienne. Cette critique de la bourgeoisie dont l’héroïne (dans Amour) est issue de l’aristocratie a été écrite sous le régime du dictateur François Duvalier.

La suite : Papalagui du 24/09/07.

Une critique (Odile Quirot , Le Nouvel Observateur, 27 mars-2 avril), qui a vu Amour sur la scène de L’Artchipel à Basse-Terre (Guadeloupe) :  » Ce beau projet évite le tête-à-tête exclusif qui entache trop souvent les rapports artistiques entre la métropole et les Antilles. José Pliya croit -qui lui en donnerait tort?- que la meilleure réponse au repli identitaire est celle de l’aventure commune des poètes, des artistes. Et aussi d’une audience reconquise à force d’ouverture à l’autre, ainsi lors de ces soirs où de jeunes tageurs expriment en direct sur de large toiles la vision que leur a inspiré le spectacle en cours. »

Les Indes en lecture intégrale

Assisté à la Bibliothèque Robert-Desnos de Montreuil, banlieue Est de Paris, à une belle lecture par la comédienne Sophie Bourel – rythmée par le créole de la voix haïtienne de Clorinde Zéphyr – de l’intégralité des Indes, long poème d’Edouard Glissant, parmi ses tout premiers (1956), où s’amarrent les mémoires d’une époque fabuleuse et cataclysmique, la Découverte des Indes en Caraïbe, et d’une époque de catastrophes, la Traite.

Glissant donne rendez-vous aux Parisiens le 30 mai à l’Espace Agnès B. pour le dernier séminaire de l’année de l’Institut du Tout-Monde , avec l’intitulé : Philosophie du Tout-Monde ; et le 31 mai à la Halle Saint-Pierre pour une série de lectures…

Martine et l’orthographe

« Le soir tombait. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.

Les gamins se sont certainement perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.

Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vus ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! A ce moment, le chien se mit à aboyer. »

Ce texte est la dictée qui a été proposée à vingt ans d’intervalle à un échantillon d’élèves de fin de CM2, en 1987 et en 2007. Le Monde se fait l’écho d’une « note d’alerte » émanant des services statistiques du ministère de l’éducation : le niveau en orthographe baisse !

Sur une dictée de 85 mots, la proportion d’élèves faisant plus de 15 erreurs, qui était de 26 % en 1987, est passée à 46 % en 2007.

« Le soir tombè. Papa et maman, inquiets, se demandaient pourquoi leurs quatre garçons n’étaient pas rentrés.

Les gamins se sont certainaiment perdus, dit maman. S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison.

Pourquoi ne pas téléphoner à Martine ? Elle les a peut-être vu ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! A ce moment, le chien se mit à aboyer. »

Ce sont principalement les erreurs grammaticales qui ont augmenté, passant de 7 en moyenne en 1987 à 11 en 2007. Ainsi, alors que 87 % des élèves écrivaient correctement « tombait » dans la phrase « le soir tombait », ils ne sont plus que 63 % en 2007. Alors que 61 % des élèves orthographiaient correctement le mot « certainement » en 1987, ils ne sont plus que 50 % en 2007. En revanche, sur des conjugaisons difficiles pour les élèves de CM2, comme l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir, le pourcentage de réussite n’évolue pratiquement pas : en 1987, seulement 32 % des élèves, écrivaient correctement « vus » dans la phrase « elle les a peut-être vus » ; en 2007, ils sont 29 %. »

Quelles leçons tirer ? Ce texte ne fait pas 85 mots mais 67, et que comprendre à ce raisonnement incohérent qui fait dire à maman :

 » Les gamins se sont certainement perdus « 

et juste après :

 » S’ils n’ont pas encore retrouvé leur chemin, nous les verrons arriver très fatigués à la maison « .

Ce Petit Poucet new look est correct, orthographiquement parlant (si l’on peut dire), mais assez incohérent quant au raisonnement maternel, non ? Comment envisager qu’ils seront fatigués alors qu’on les imagine perdus ? A moins de les considérer comme simplement  » égarés « , l’une des acceptions possibles de perdus, mais exagérée, n’est-ce pas ?

Téléphonons à Martine…

Le quartier-monde de Koffi Kwahulé

Cette idée d’appeler la Goutte d’Or, un quartier-monde, sonne juste.

A l’origine, une rencontre entre un auteur et un théâtre. Un auteur dont la plume musicale confronte l’Homme à son animalité. Un théâtre animé par le souffle d’un quartier-monde. L’écriture respire alors au rythme de la Goutte d’Or : Koffi Kwahulé vit en résidence au Lavoir Moderne Parisien et écrit sur le thème de la Joie avec les acteurs de ce quartier.
Anima Kwahulé est le titre de ces deux mois de programmation (à partir du 5 avril) où se mêlent spectacles, concerts, lectures, colloque, expositions dans des chantiers d’écriture-jazz.
Si la programmation Anima Kwahulé est centrée sur l’écriture de Koffi, elle invite également à découvrir un essaim d’artistes engageants – écrivains, acteurs, musiciens – dont les impros et les textes entrent en résonance. D’où une carte blanche à Denis Lavant et Monique Blin sous le parrainage de Gabriel Garran. (Extrait du site du Lavoir moderne parisien,  » quartier-monde  » de Paris).

On y reviendra forcément.

Glissant : Les Entretiens de Baton Rouge

Entre 1990 et 1991, Edouard Glissant enseigne à l’Université de Baton Rouge, aux Etats-Unis. Il se prête alors à une série d’entretiens avec son collègue médiéviste Alexandre Leupin , professeur distingué au département d’études françaises à Louisiana State University.   » Il y expose sa pensée du tremblement, opposée aux pensées de système et évoque son histoire personnelle, son départ pour la France, ses études à la Sorbonne, sa participation aux luttes anti-coloniales et ses fréquentations des intellectuels « , résume son éditeur, Gallimard, qui publie au mois d’avril Les Entretiens de Baton Rouge.

Wheke, le calmar maori de Paris complètement plastiné

A défaut de frontières accueillantes, ministère des trois  » i  » oblige, la France se fait fort de bien conserver une tête naturalisée de guerrier maori au Museum de Rouen et de faire preuve de la meileure hospitalité possible pour Wheke [pronconcez Ouéké], nouveau calmar néozélandais de 6 mètres de longueur, tentacules compris, pensionnaire d’un autre Museum , celui de Paris. Après six ans de formol, le procédé de la plastination, lui a permis d’être à nouveau présentable…Wheke est donc naturalisé et plastiné, ce qui le rend doublement séduisant…