« L’Étranger » d’Albert Camus, traduit en créole par Raphaël Confiant

L’écrivain martiniquais Raphaël Confiant vient de traduire en créole L’étranger d’Albert Camus, sous le titre Moun-Andéwò a (en librairie le 22 octobre). Cette œuvre phare du XXe siècle, publiée en 1942, raconte un épisode de la vie d’un homme « étranger à sa société ».

« Le grand intérêt de la traduction est qu’elle oblige le créole à sortir de l’univers créole, celui donc qu’il est habitué à exprimer, pour se coltiner à des réalités totalement étrangères, explique Raphaël Confiant dans une interview à son éditeur Caraïbéditions. Le créole doit donc se dépasser lorsqu’il veut rendre Camus ou Flaubert, ce qu’il n’est pas obligé de faire dans un roman créole qui décrit la réalité créole.
 »

À noter : Etranje ! est le titre de la traduction en créole haïtien de Guy Régis Junior (Presses nationales d’Haïti, 2008).

Después de Lucía, épreuve glaçante de vérité

Después de Lucía, c’est-à-dire, traduit du mexicain, « Après Lucia ». Car après la mort de Lucia dans un accident de voiture il y a six mois, il faut se reconstruire. Son mari Roberto (Hernán Mendoza) s’installe à Mexico avec sa fille Alejandra (remarquable Tessa Ia), qui se retrouve dans une nouvelle classe. Elle deviendra bouc émissaire : brimades, humiliations, viols en réunion, autant d’épreuves filmées avec une maîtrise glaçante par Michel Franco, où se cogne l’œil du spectateur, soumis lui-même à l’épreuve du film, dont il ne peut s’échapper, presque comme proie. Le harcèlement n’est pas que d’actualité. Pour Franco, il se déploie en plans fixes comme l’observation clinique de cette petite société de malheur, camarades de classe devenus bourreaux, mutisme d’Alejandra qui ne dit rien à son père. Dernière séquence exaltée où un plan séquence à la fixité insoutenable nous embarque pour un voyage sans retour.

 

Prix Goncourt 2012 (2e sélection)

Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/L’âge d’homme)
Mathias Enard, Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari, Le sermon de la chute de Rome (Actes Sud)
Linda Lê, Lame de fond (Bourgois)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

La mort d’Eric Hobsbawm

L’historien britannique Eric Hobsbawm, né à Alexandrie en 1917, mort ce jour à Londres à l’âge de 95 ans, était connu pour son ouvrage L’Âge des extrêmes, sous-titré « Histoire du court XXe siècle » (1914-1991) qui a été traduit en près de 40 langues, y compris en hébreu, en arabe et en mandarin, rappelle Le Monde.

Il écrivait p. 21, dans son 1er chapitre, en 1994 : « De nos jours, la plupart des jeunes grandissent dans une sorte de présent permanent, sans aucun lien organique avec le passé public des temps dans lesquels ils vivent. Les historiens, dont le métier est de rappeler ce que les autres oublient, en deviennent plus essentiels que jamais en cette fin du deuxième millénaire. »

 

Grand prix du roman de l’Académie française (1ère sélection)

La commission du grand prix du roman de l’Académie française a établi une première sélection de sept titres, en vue de l’attribution du Grand Prix du Roman qui sera décerné le jeudi 25 octobre. Une deuxième sélection sera établie le jeudi 11 octobre.

La sélection :

Partages, de Gwenaëlle Aubry (Mercure de France)

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker (De Fallois/L’âge d’homme)

Rue des voleurs, de Mathias Enard (Actes Sud)

Le Sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

Mother, de Luc Lang (Stock)

Ethno-roman, de Tobie Nathan (Grasset)

Le Bonheur des Belges, de Patrick Roegiers (Grasset).

Source : Livres-hebdo.

Prix Interallié 2012 (1ère sélection)

Le prix interallié sera attribué le mercredi 14 novembre. Première sélection par le jury :
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (De Fallois/ L’âge d’homme)
Philippe Djian, « Oh… » (Gallimard)
Christophe Donner, A quoi jouent les hommes (Grasset)
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Gaspard-Marie Janvier, Quel trésor ! (Fayard)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Colombe Schneck, La réparation (Grasset).

« Si tu passes la rivière », de Geneviève Damas, Prix des cinq continents de la Francophonie 2012

Le 11e Prix des cinq continents de la Francophonie a été attribué à Geneviève Damas pour son roman Si tu passes la Rivière (éditions Luce Wilquin). Le jury, présidé par Lyonel Trouillot (Haïti), réuni le 24 septembre au siège de l’Organisation internationale de la Francophonie, a salué dans ce roman « un hommage à la vertu libératrice de l’écriture ».

Lu sur le site Le choix des libraires : Choix de Max Buvry de la librairie Vaux livres à Vaux -le-Pénil (son site), le 02/10/2011 :

« François Sorrente, «fils de la poussière et du vent», vit dans une ferme d’un côté de la rivière avec son père, sa soeur et ses frères. Illettré, ses seuls amis sont les cochons de la ferme, le dialogue n’est pas le fort de la famille, même seul avec les cochons, les mots lui manquent. La rivière marque une frontière, sur l’autre rive, zone interdite, une ferme brûlée. Personne ne doit franchir la rivière, pourtant Maryse, la soeur attentionnée, sans que François n’en connaisse les raisons, partira sans se retourner laissant la ferme sans femme, dans le silence et ses secrets. De ne pas pouvoir trouver les mots, François, lettre après lettre, courageux, entêté, apprendra à lire. Devenir «ami des mots» le transcendera, le transformera en un autre homme décidé à découvrir les secrets et drames de la famille. Un portrait attachant et émouvant d’un jeune homme qui aura le courage d’affronter son ignorance, forcer les portes du passé, s’extraire de sa condition, en espérant devenir maître de son futur et partir vers une nouvelle vie enfin choisie. »

 

“ Donner des yeux au langage ” (Octavio Paz)

Alain Freixe :
Le monde est. On ne le voit pas. On ne voit que du langage. On voit des mots. Regarder, c’est lire, épeler les choses. Si telle est la “ réalité ”, comment accéder au réel, comment éprouver la présence ? Arriverons-nous à la saisir ? La gardera-t-on ou nous échappera-t-elle toujours ? Octavio Paz disait qu’il fallait “ donner des yeux au langage ”, partagez-vous son approche de l’écriture poétique ?

Jacques Ancet :
J’ai beaucoup lu Octavio Paz et ses essais, surtout, m’ont beaucoup marqué. C’est lui qui nous dit, au début de son grand poème autobiographique Pasado en claro (regrettablement traduit par ce raide Mise au net) que “ voir le monde c’est l’épeler ”. Que percevoir c’est déjà nommer. Nous ne voyons pas les choses mais seulement leur nom. Alors, “ donner des yeux au langage ”, ce serait justement détruire ces “ mots qui sont mes yeux ” (Paz), qui me forcent à voir et donc m’empêchent de voir, pour, sur les ruines de la langue utilitaire et du sens institué, dans un langage qui ne me prendrait pas mes yeux mais me les donnerait, voir enfin. Ceci dit, j’ajouterais cette nuance importante : donner des yeux au langage, c’est lui donner une oreille. Car ce que je vois dans le poème (au sens large où il peut être roman, pièce de théâtre ou essai), en fait, je l’entends. À travers le passage silencieux d’une voix qui s’est mise à parler et qui, soudain, en sait bien plus que moi. À condition que mon encombrante identité se soit mise en veilleuse, pour que dans l’espace laissé libre par son retrait, autre chose puisse advenir. Cet autre qui est je (Rimbaud), ce “ latent compagnon qui en moi accomplit d’exister ” (Mallarmé) et avec lui le langage et le monde comme à l’état naissant. Le réel ? Je ne crois pas. Qui peut l’atteindre ? Mais en tout cas son pressentiment.

Extrait du Basilic n°41, mai 2012, gazette téléchargeable sur le site des éditions de L’Amourier, qui publient Comme si de rien, de Jacques Ancet.

Qui vive

Devant « le danger de vitrification esthétique qui menace la sensibilité entière », devant les amalgames éhontés des shows télévisés, devant les recours de plus en plus écrasés soit à un humanisme, soit à une divinité qui ont fait leurs preuves sanglantes, il faut remercier Annie Le Brun de rappeler, pour commencer, ce qui fait la grandeur du surréalisme : « avoir été au XXe siècle la seule tentative de repenser tout l’homme. » (Jean-Jacques Pauvert).

« Qui en effet oserait encore prétendre que la rupture des grands équilibres biologiques par l’anéantissement de certaines forêts d’Amérique du Sud ne va pas de pair avec l’inexistence pour la culture occidentale de certains peuples sauvages ? »

Annie Le Brun, Qui vive, Considérations actuelles sur l’inactualité du surréalisme, Ramsay – J.J. Pauvert, 1991.