
Le Prix Goncourt des lycéens 2012 a été attribué à Joël Dicker pour La Vérité sur l’affaire Harry Québert (Éditions de Fallois/L’Âge d’Homme), déjà récompensé du Grand Prix du roman de l’Académie française.

Le Prix Goncourt des lycéens 2012 a été attribué à Joël Dicker pour La Vérité sur l’affaire Harry Québert (Éditions de Fallois/L’Âge d’Homme), déjà récompensé du Grand Prix du roman de l’Académie française.
Paquet cadeau,
le clochard bivouaque dans le doré
d’une couverture de survie.
La chasse est un coup de fusil dans cette morale gnan-gnan qui veut qu’un enfant ne peut pas mentir. Surtout quand la police des mœurs ronge l’esprit d’une paisible communauté d’un village danois. (En France, on se souvient de l’affaire d’Outreau, présumés abus sexuels sur mineur, symbole de l’erreur judiciaire des années 2004-2005.)
Au pays d’Andersen le conteur, Lucas (Mads Mikkelsen) est séparé de sa femme et obtient de justesse le droit de garde de son fils Marcus. Son travail lui donne entière satisfaction. Il s’occupe d’enfants avec qui le jeu est un plaisir partagé.
Il semble le seul confident de la petite Klara (Annika Werdderkopp), en mal d’affection parentale, jusqu’au jour où elle le dénonce pour avoir fait des choses « qui ne se font qu’entre adultes ».
Commence alors une chasse à l’homme. Pour son meilleur ami, le père de Klara, c’est simple : sa fille ne ment jamais. Pour la patronne de l’établissement pour enfants où il travaille, même certitude. Idem pour le patron du supermarché, qui ne veut plus le servir. Ses anciens amis deviennent ses ennemis intimes, exception faite de quelques uns.
Les accusations de Klara sont partagées par tous les enfants, qui évoquent tous un sous-sol chez lui… qui n’existent pas.
Après une garde à vue et une décision du juge de le libérer de ces accusations, la chasse n’est pas terminée. Elle ira crescendo.
La chasse de Thomas Vinterberg est un film interprété magistralement par Mads Mikkelsen. Sa métamorphose d’homme qui sait parler aux enfants, et les écouter, en homme traqué par une accusation honteuse est parfaite. Elle absorbe des longueurs de scénario ou des attendus pesants. Il absorbe les coups comme un boxeur qui tient à rester debout malgré tout.

Reçois et découvre avec bonheur et stupéfaction le dernier beau livre d’Au Vent des îles, cet Aborigènes et peuples insulaires, l’histoire d’une « collision », racontée du point de vue des premiers habitants de l’Australie. Textes réunis par Marcia Langton et Rachel Perkins, traduit de l’anglais par Marc Orlando. Photos édifiantes de captifs enchaînés. On n’a pas fini d’en parler. Et on y reviendra.
Que transmettre aux générations futures quand la culture est en voie de disparition ? Un formidable documentaire du Québécois Pierre Perrault, Pour la suite du monde, a été présenté à la Cinémathèque française ce lundi soir. Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’assister à cette séance clé du cycle consacré au documentariste, ils pourront le visionner sur le site de l’Office national du film du Canada (ONF).
Considéré comme un chef d’œuvre du cinéma direct, Pour la suite du monde est un « documentaire poétique et ethnographique sur la vie des habitants de l’Isle-aux-Coudres rendue d’abord par une langue, verte et dure, toujours éloquente, puis par la légendaire pêche au marsouin, travail en mer gouverné par la lune et les marées. »
Le film débute par cet écran de présentation :
Un film qui possède une qualité rare, l’immersion et l’écoute d’un parler (sous-titré en français de France). Les anciens qui vont aider les plus jeunes à « relever la pêche » disent avec des mots simples tout l’enjeu de cette transmission : « il n’y a pas de plus belle chasse que la chasse aux marsouins ». On les devine en quête de la réalisation d’un mythe, tel Melville avec Moby Dick. Pour les spectateurs du film comme pour les insulaires, c’est la même communion dans un rituel où l’homme et la nature ne font qu’un, comme le montre ce plan où des centaines de harts sont plantés dans la mer pour qu’à marée haute, le marsouin soit piégé, grand geste collectif pour chanter à l’unisson l’appartenance à une tradition que Jacques Cartier dit venir des Indiens.
Pour la suite du monde par Michel Brault et par Pierre Perrault, Office national du film du Canada
À suivre prochainement, un colloque Pierre Perrault aux Ateliers Varan.

Dans la forêt japonaise d’Okazaki, une maternité, une maison pour accouchements naturels. L’entrée du film passe par un sous-bois en contre-jour, de la lumière à l’humus des feuilles (bande-annonce). Une eau perle d’une canalisation. Des femmes pépient. Elles diront leur fierté d’être enceintes, sourire explosif sur le visage, dans une joie communicative. Elles s’accomplissent intégralement, accompagnées par le docteur Yoshimura âgé de 78 ans.
Cette conscience morale a la parole claire (la société a médicalisé l’accouchement, le corps, la femme, au point qu’il faut soigner, alors que l’acte est beau, peut-être douloureux, mais naturel). Il aurait pu virer gourou. Il a remis le corps des femmes au cœur de la grossesse.
Le film de Naomi Kawase agit comme un poème sylvestre traversé par les épreuves physiques en aérobic de montagne : 300 flexions quotidiennes par séances de cinquante, à polir un mur de bois, coupe du bois à la hache (c’est la hache qui fait l’effort, pas le corps). Documentaire sur l’art d’être enceinte. On se laisse porter par une douceur renouvelée du lien maternel : « J’aime me souvenir de la douleur de mon accouchement », dit l’une d’elle, elle-même médecin.
Naomi Kawase a filmé trois accouchements en présence des familles. Belles réactions des enfants, paroles sans geignardise : « Grand-mère, bébé est né. » Ou les pleurs muets d’un jeune garçon submergé d’émotion.
Genpin évolue du documentaire d’empathie vers le documentaire existentiel avec le questionnement du docteur Tadashi Yoshimura, l’homme aux 20 000 accouchements naturels en cinquante ans de pratique. Sa fille aînée lui reproche de s’être moins occupé de sa famille que de sa clinique : « Je reviendrai moins souvent, dit-elle au vieil homme, mais je ne te hais pas. »
Genpin est un documentaire sur l’être-au-monde.

par lacinematheque
N.B. : Le mot « Genpin » est le nom que donne le philosophe Lao-Tzu à l’esprit de la vallée. Il est censé être incarné par une femme qui donne la vie et renvoie à la notion d’immortalité. En effet, selon cette philosophie, la vie s’inscrit dans un cycle et la mort d’une personne n’est en réalité que la mort de sa conscience, une transition vers une force supérieure imagée par la vallée. [la production]

Le prix Décembre a été attribué jeudi à Mathieu Riboulet pour Les œuvres de miséricorde (Verdier) par sept voix contre six à Christine Angot (Une semaine de vacances, Flammarion).
Dans Les œuvres de miséricorde, publié chez Verdier le 22 août, Mathieu Riboulet s’inspire des œuvres de miséricorde édictées par l’Eglise, allant à la rencontre des violences individuelles, sociales, sexuelles ou historiques, pour les lier à l’impératif de miséricorde qui fonde les culpabilités.
Résumé par l’éditeur :
« Donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, loger les pèlerins, visiter les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts : tels sont les impératifs moraux édictés par l’Église sous le nom d’œuvres de miséricorde, que le Caravage a illustrés dans un tableau conservé à Naples, et dont tous ceux nés en culture chrétienne sont imprégnés, même s’ils ne les connaissent pas. Ces injonctions morales sont ici mises à l’épreuve de l’expérience – réelle ou imaginaire.
« Il m’a fallu comprendre comment le Corps Allemand, majuscules à l’appui, après être entré à trois reprises dans la vie française par effraction (1870, 1914, 1939), continue à façonner certains aspects de notre existence d’héritiers de cette histoire. Chemin faisant, j’ai tenté d’y voir un peu plus clair dans les violences que les hommes s’infligent – historiques, guerrières, sociales, individuelles, sexuelles, massivement subies mais de temps à autre, aussi, consenties –, dont l’art et la sexualité sont le reflet et parfois la splendide, indépassable, bienheureuse expression, et de les lier du fil de cet impératif de miséricorde qui fonde notre culpabilité pour être, de tout temps et en tous lieux, battu en brèche. » »

Les Récits du nickel en Nouvelle-Calédonie (1853-1960) [432 p., 100 €], de l’universitaire Eddy Banaré, est présenté ainsi par son éditeur Honoré Champion :
« L’exploitation minière en Nouvelle-Calédonie est en ceci exemplaire qu’elle donne à voir l’élaboration d’un grand récit qui a permis de relayer une vision du monde et une conception de l’altérité non seulement fondatrices des littératures coloniales, mais dont la littérature française se nourrit encore, que ce soit pour en décliner de nouveaux avatars, ou pour les remettre en question. »
Né à la Martinique, Eddy Banaré est Docteur en littérature comparée, et se consacre à l’étude des littératures du Pacifique francophone (Nouvelle-Calédonie) ainsi qu’aux relations entre presse et littérature coloniales.
Voir l’interview d’Eddy Banaré par Abdourahman Waberi dans Slate-Afrique.
Jérôme Ferrari a été récompensé du prix Goncourt pour son roman Le Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud). On est plus qu’heureux à se souvenir de cette belle rencontre, il y a deux ans, après son prix du roman France Télévisions pour Où j’ai laissé mon âme. Reportage à Ajaccio (le prochain sera à Abou Dhabi, forcément أبو ظبي) :
Le prix Renaudot récompense Scholastique Mukasonga pour son roman Notre-Dame du Nil (Gallimard, coll. Continents noirs).