À Nouméa, la fermeture de la librairie Montaigne

La fermeture à Nouméa ce lundi 2 juillet 2012 de la librairie Montaigne fiche un sacré coup au moral. Pour qui l’a fréquentée (elle avait été créée en 1958), c’était la référence, centre de gravité de la vie littéraire locale.

« Une librairie qui disparaît, c’est toujours très triste. C’est un lieu de rencontre, d’échange et de promotion de la création locale. L’âme d’une librairie, c’est tout ça, explique son ancien gérant, Pierre Faessel, libraire chez Montaigne de 1987 à 2009 qui avait notamment développé un fonds de bande dessinée et de science-fiction. »

« La librairie Montaigne a été rachetée en 2004 par Bruno Cogniard, un professionnel issu de la grande distribution, explique le quotidien du Caillou, Les Nouvelles calédoniennes. Nous avons connu une chute du chiffre d’affaires de près de 25 % ces derniers mois et les fêtes de fin d’année ont été très mauvaises. »

[Amazon est une entreprise de commerce électronique américaine créée en 1995 basée à Seattle, filiale française ouverte en 2000, effectif mondial : 17 000 personnes.)]

Autre raison invoquée : les difficultés de stationnement, et un moral en berne :

« Alors que l’As de Trèfle (autre librairie de la capitale calédonienne) recrute encore deux vendeurs, une dizaine de personnes seraient concernées par la fermeture de la librairie Montaigne. Lorsque l’on évoque l’avenir de l’enseigne, Bruno Cogniard reste pessimiste. « Aujourd’hui, personne ne veut d’une librairie. » », conclut l’article de Stéphanie Chenais.

Au Vent des îles, un éditeur océanien à Saint-Malo

« Au Vent des îles, un éditeur océanien à Saint-Malo », titre de ce reportage-portrait (7’), réalisé par Christian Tortel pour Polynésie Première.
Le film est centré sur Christian Robert, fondateur de la maison d’édition Au Vent des îles, à la tête d’un « pack » d’ « écrivains autochtones » du Pacifique invités au festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo (mai 2012).
Le travail de vingt années de l’éditeur polynésien Au vent des îles est une belle illustration de la volonté du directeur du festival, Michel Le Bris : « C’est un regard autre sur le monde » dans un événement littéraire et documentaire qui entend pratiquer le « décentrement du monde et des images ».
Cette prise de parole littéraire par des auteurs du Sud, dans le flux des langues océaniennes, « apporte de l’air et d’autres manière de raconter », souligne Michel Le Bris, « cette espèce de réalisme magique issu de nos cultures respectives », note l’écrivain polynésien Moetai Brotherson après une rencontre avec l’écrivain haïtien Gary Victor et sa lecture de son roman cathédrale La Piste des sortilèges.
Autour de l’éditeur qui a installé sa maison d’édition à Papeete et réussi à publier nombre d’auteurs d’autres archipels (Nouvelle-Calédonie notamment), s’expriment trois intellectuelles du Pacifique, la Polynésienne Chantal Spitz, la Kanak Déwé Gorodé, l’auteur maorie néo-zélandaise Patricia Grace, premier écrivain au catalogue de Vent des îles avec cinq titres traduits.

Reportage de Christian Tortel. Images : Leïla Zellouma. Son : Bernard Blondeel. Montage : Gilles Dagneau. Mixage : Erick Zénati.

Chronique Culture du 27 avril 2012

1.

Le Retour d’Ataï, scénario Didier Daeninckx, dessins Emmanuel Reuzé.
Ataï, l’un des chefs de la rébellion de 1878 en Nouvelle-Calédonie. Sa tête devenue trophée pour musée. Sa restitution est annoncée depuis peu.

Dans la BD, un vieux kanak fait le voyage depuis sa tribu de Tendo dans la province Nord de la NC. Il vient à Paris pour enquêter sur la tête, dans les musées, les salles de ventes et dans les collections privées.
La narration est assez succincte, mais ce qui fait la force de la BD est son graphisme qui nous plonge dans une atmosphère mystérieuse, de non-dit, sur la marchandisation officielle des têtes ou sur la perversité de certains collectionneurs privés. Le trait d’Emmanuel Reuzé réussit à donner une gravité et une dignité aux têtes kanak.
2.

Le Secret de l’enfant fourmi, premier long métrage de Christine François, qui sort le 2 mai, film dont le principal intérêt est de lever un tabou sur l’assassinat des enfants-sorciers par toute une communauté, les Baribas du Nord-Bénin.

(c) Agat films et Cie

Dans le film, basé sur des faits réels, une jeune femme en mal d’amour débarque chez son ancien amant qui vit en Afrique, se perd dans la nuit de la brousse, se voit confier de force un enfant abandonné par une mère en plein désarroi.

Bande-annonce :

 

Reportage réalisé par Sabine Godard, (France 3 Amiens), tant sur l’objectif  de la réalisatrice-documentariste Christine François, que sur la musique (très originale) composée par Jean-François Hoël, l’un des musiciens du groupe picard Zic Zazou :

 

3.

En Afrique du Sud … au temps de l’apartheid avec The Suit, (Le costume), une pièce de théâtre du Sud-Africain Can Themba, adaptée, mis en scène et en musique par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et Franck Krawczyk.
C’est l’histoire d’un homme amoureux de sa femme qui rentre chez lui et la découvre avec son amant qui part en courant et laisse son costume dans la place.
La suite de The Suit raconte comment ce couple va vivre avec ce costume… entre comédie et tragédie…
C’est une pièce où tout fonctionne à merveille, y compris l’anglais sur-titré en français. La violence sociale ou conjugale est sublimée par les chants de la comédienne Nonhlanhla Kheswa dont voici un avant-goût :


Vous avez reconnu Feeling Good de Nina Simone. The Suit, ce n’est pas une comédie musicale mais du théâtre chanté avec trois musiciens sur scène et qui interprètent des rôles de figurants, où Miriam Makeba côtoie Franz Schubert.
The Suit se joue à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord jusqu’au 5 mai.

Comment peut-on être sauvage (blanc) ? (François Garde)

L’ancien secrétaire général du gouvernement de Nouvelle-Calédonie est aussi prix Goncourt du premier roman. François Garde salué par la critique pour Ce qu’il advint du sauvage blanc (Gallimard) est aujourd’hui vice-président du tribunal administratif de Dijon. Nous l’avons rencontré à Passy, en Savoie, où il réside, ce qui lui permet d’avoir aussi le temps d’écrire…